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Le
Togo est un pays atypique, unique en son genre où tous les comportements
absurdes et irrationnels sont de coutume. Le gouvernement du fameux
technocrate Gilbert Fossoun Houngbo est connu des Togolais depuis le 15
septembre.
Si
dans l’ensemble il n’y a rien à signaler puisque pour la plupart, ce sont
les mêmes «incorrigibles gaffeurs» qui sont maintenus à leur
poste, il faut relever que le rattachement à la Présidence des ministères de
la Défense et des Anciens Combattants et celui des Travaux Publics et des
Transports suscite bien des interrogations.
Comment se fait-il que dans ce pays où les cadres compétents aussi bien
dans l’armée que dans la société civile sont à portée de mains, l’on n’ait
pu trouver un seul pour occuper ces postes ?
Faure Gnassingbé et la boulimie du pouvoir
«Contrairement aux caisses de résonance du pouvoir, le cumul des postes de
Défense et celui des Travaux Publics n’est guidé par aucun souci de rigueur
ni de transparence»,
a déclaré un député de l’opposition parlementaire. En effet, si nous prenons
le cas du ministère de la Défense et des Anciens Combattants, son
rattachement à la Présidence de la République en décembre 2007 était
consécutif au différend qui opposait Faure Gnassingbé à son frère Kpatcha
redouté à tort ou à raison dans l’entourage va-t-en-guerre de Faure
Gnassingbé.
Pendant donc 9 mois qu’a duré le gouvernement Mally, Faure Gnassingbé a
assuré le rôle du Président de la République, Chef suprême des Armées et ministre de
la
Défense et des Anciens Combattants. Mais à l’œuvre nous n’avons pas vu un
Chef suprême des Armées, encore moins un ministre de la Défense prendre ses
responsabilités.
La
preuve tangible est que lors des dernières inondations avec les
effondrements de ponts en cascades et les milliers de sinistrés, notre
« vaillante » armée et son génie militaire étaient longtemps
introuvables sur le terrain. Interrogé à l’époque sur cette anomalie, un
officier supérieur des FAT avait répondu : « L’armée est un corps
discipliné qui obéit à une hiérarchie et elle ne peut sortir sans l’ordre de
son chef supérieur ». Le chef supérieur ici, nous le connaissons bien et
pendant cette période de drame pour les Togolais, il était muré dans son
château comme si de rien n’était. Avait-il conscience de la responsabilité
qui lui revenait en tant que chef supérieur des armées ayant le pouvoir de
décréter l’état d’urgence et de mobiliser les militaires pour les tâches
prioritaires ? Personne ne saura l’affirmer la main sur la conscience.
Puisque ce sont les militaires ghanéens qui étaient venus au secours du Togo
en évacuant non seulement les populations des zones sinistrées, mais aussi
en mettant leur génie militaire et leurs hélicoptères à la disposition des
autorités togolaises et des FAT. Cette intervention ghanéenne a été
ressentie par les Togolais et surtout par les FAT comme une humiliation.
C’est après de nombreuses critiques de la presse que l’ordre a été
formellement donné aux militaires d’aller au secours des victimes, et là
aussi, avec beaucoup d’approximations puisqu’ils étaient dépourvus de
matériel de travail. Faure a-t-il conscience que le ministère de la Défense
n’est pas conçu pour recruter uniquement les soldats et organiser des
défilés ?
Dans un monde de concurrence où les forts écrasent les faibles, le ministère
de la Défense est un pôle stratégique, un haut lieu de savoir, de
l’intelligence, militaire, économique, technologique voire politique. Au
Togo, l’on semble être loin de cette réalité parce que la défense nationale
se résume à la sécurité personnelle du Chef de l’Etat.
Autre chose, il n’est un secret pour personne que l’armée togolaise est,
comme partout ailleurs, budgétivore. Même si pour des raisons stratégiques,
le vrai budget de l’armée n’est pas connu de tout le monde, l’évidence est
que des milliards de nos francs sont régulièrement consacrés à ce
département au détriment de la Santé, de l’Education et de la Recherche qui
ne demeurent pas moins des secteurs vitaux du développement de tout pays.
Que fait-on alors de tous ces milliards au point que les FAT se retrouvent
sans matériels adéquats ? C’est là l’énigme de ce ministère qui
certainement, cache un certain nombre de secrets. Dans un pays démocratique,
la transparence dans la gestion des affaires publiques doit s’observer à
tous les niveaux, y compris celui du ministère de la Défense. En
s’appropriant de nouveau ce département malgré l’immensité des tâches de la
Présidence de la République, Faure Gnassingbé confirme encore une fois qu’il
entend demeurer le seul maître à bord à tous les niveaux de décision alors
que nous ne sommes pas dans un régime présidentiel.
Le
rattachement du ministère des Travaux Publics et des Transports à la
Présidence est également lié aux mêmes motivations à savoir : garder une
main mise sur tous les secteurs juteux de l’économie nationale alors que qui
embrasse trop mal étreint. Après avoir confié les ministères clés à ses
fidèles et par ricochet à lui-même, à savoir la Coopération, les Mines et
l’Energie, les Postes et Télécommunications, l’Economie et les Finances,
Faure Gnassingbé met dans son escarcelle ce ministère. Ayant occupé le poste
des Travaux Publics, des Mines, de l’Equipement et des Télécommunications
dans le gouvernement de son défunt père jusqu’en 2005, il sait mieux que
quiconque les milliards qui sont régulièrement mis à la disposition de ce
département.
C’est sous son autorité à l’époque que la privatisation des phosphates a
tourné au désastre avec la volatilisation des 40 millions de dollars des
Juifs Tunisiens. C’est également sous son autorité que le secteur des
Travaux Publics a sombré avec des empoignades terribles entre les sieurs
Tchandja Malaki, Tchédé, Tchamsi, Celestin Talaki et autres. Le corollaire
de cette gestion opaque est le siphonnement des milliards du FER et enfin de
compte, la destruction des routes et la rupture en cascade des ponts.
Lorsqu’on remet ce ministère sous la responsabilité du Chef de l’Etat alors
que ce dernier avait géré le même département avec toutes les conséquences
qu’on vient de décrire, l’on se demande si c’est pour recommencer les mêmes
manquements ou par souci de mieux faire. La vérité est qu’avec la rupture
des ponts, la dégradation avancée des infrastructures, des centaines de
milliards sont annoncés par les partenaires bilatéraux et multilatéraux pour
la reconstruction du pays. Alors, faudra-t-il garder un œil sûr sur cette
manne. Et misons que c’est dans un souci de bonne gestion et de
transparence. Parlant d’ailleurs de bonne gestion, depuis qu’il est aux
affaires, Le système RPT a montré ses limites. Le secteur des Travaux
Publics malgré les milliards mis à sa disposition, est le goulot
d’étranglement du pays. Au Togo, tous les anciens ou nouveaux barons du RPT,
les proches parents de la famille présidentielle sont devenus des
entrepreneurs avec des sociétés fictives de BTP et de réfection des routes.
Le cadre de passation des marchés publics est rangé dans les tiroirs et les
marchés sont octroyés dans une opacité totale. En cette période de
reconstruction du pays qui exige le déploiement d’énormes efforts pour
rassurer les partenaires, le rattachement du ministère des Travaux Publics
et des Transports à la présidence de la République est des plus inquiétants.
Tout compte fait, en mettant sous sa coupe
malgré ses charges énormes, les ministères de
la
Défense et des Anciens Combattants et celui des Travaux Publics et des
Transports, Faure Gnassingbé confirme sa vision du pouvoir qui fait de lui
un «manitou». Cette méthode rappelle étrangement celle des bouffons et
mégalomanes Amin Dada et Jean Bedel-Bokassa qui à leur époque étaient à la
fois Chefs d’Etat, Chefs des armées, ministres de la Défense, ministre de la
Justice et même parfois, recteurs d’université. Si tel est qu’à chaque
remaniement ministériel, le Président de la République s’accaparera un
nouveau ministère, l’on est tenté de se demander si à ce rythme, il ne
finira pas par avaler tous les ministères. Le Togo a-t-il encore besoin d’un
gouvernement ?
F.
N.
Confidentiel : Le PM Gilbert Houngbo donne trois (3) mois à
Faure…
Au
lendemain de sa passation de service avec Komlan Mally, Gilbert Fossoun
Houngbo s’était précipitamment envolé pour New York sur convocation du
Secrétaire Général de l’ONU Ban-Ki-Moon. Quelques jours après ce voyage, le
voile se lève sur la nature des discussions entre les deux hommes. Il
ressort que les discussions ont tourné autour de l’avenir de Gilbert Houngbo
dans le système onusien.
Le
nouveau Premier ministre aurait demandé une mise en disponibilité de trois
(3) mois. De retour au pays, il aurait donné une période d’essai de 3 mois à
Faure Gnassingbé que d’ici là si les choses ne changent pas dans la bonne
direction, il serait obligé de repartir pour son poste aux Nations Unies.
Cette disposition transparaît clairement dans la déclaration de programme
présentée au Parlement où le Premier ministre se donnait six (6) mois pour
changer le quotidien des Togolais. En d’autres termes, si dans les 3
premiers mois les choses bougent comme il le souhaite, les Togolais
constateront les fruits de cet effort dans les 6 mois.
Il
est donc clair qu’avec Gilbert Houngbo, Faure joue sa crédibilité voire sa
dernière carte. Il a alors intérêt à discipliner les « incorrigibles
gaffeurs » pour laisser les coudées franches au Nouveau PM. Autrement,
le sieur Houngbo qui est conscient de la merde dans laquelle il a atterri
pourra à tout moment reprendre le chemin de New York. Une si belle carrière
aux Nations Unies ne saurait être sacrifiée sur l’autel des caprices d’un
pouvoir qui refuse de s’inscrire dans la modernité.
F.S
Plaidoyer pour
un traité sur le commerce des armes : Amnesty International craint «du sang
à la croisée des chemins»
Les dirigeants du monde ont un rendez-vous important en octobre
prochain à New York. Sous la coupole de l’ONU, ils devront décider s’ils
s’engagent ou non dans les négociations devant aboutir à un traité sur le
commerce des armes dans le monde. En amont à cette rencontre, Amnesty
International mène une campagne à travers ses branches locales pour
convaincre les Etats de l’impératif du traité, qui devra enfin éviter au
monde d’énormes pertes en vies humaines.
Amnesty International plaide pour une « règle d’or » dans le
traité qui pourra disposer que « les gouvernements doivent empêcher les
transferts d’armes lorsqu’il y a un risque important que ces armes soient
utilisées pour commettre de graves violations du droit international
humanitaire et relatif aux droits humains ».
Dans un rapport publié pour l’occasion, « du sang à la croisée
des chemins, plaidoyer pour un traité sur le commerce des armes », l’ONG
internationale examine pour la première fois en détail les paramètres et la
portée d’un tel traité. Elle s’appuie sur neuf études de cas sur les
conséquences désastreuses pour les droits fondamentaux d’un commerce des
armes entièrement libre.
Au Togo, la branche locale de l’ONG et l’association Cercle des
jeunes pour une société de paix se mêlent au combat. De leur côté, elles
dressent un bilan des actions menées depuis 2003 dans le cadre du contrôle
des armes dans le pays. « Malheureusement, les initiatives n’ont pas
permis l’atteinte des objectifs à savoir, éviter que les armes ne tombent
entre les mains des personnes susceptibles de les utiliser pour commettre
des violations des droits de l’homme et aussi amener les détenteurs légaux à
ne pas en abuser », publient-elles dans une déclaration.
Alors qu’en 2006, l’Assemblée générale de l’ONU s’est massivement
prononcée pour le lancement des travaux en vue d’un traité et que les
discussions semblent progresser, quelques Etats tels que la Chine, l’Egypte,
les Etats-Unis, l’Inde, le Pakistan et la Russie essaient de bloquer ou de
retarder les propositions, déplore Amnesty. L’ONG cite également le nom des
mêmes pays au nombre de ceux qui fournissent des armes pour alimenter les
violations des droits humains au Soudan au Darfour, en Irak et dans d’autres
endroits du monde.
En attendant la prochaine AG pleine d’enjeux et que AI considère
comme une croisée des chemins, le sang continue de couler aux bouts des
armes dans le monde et… au Togo.
Maxime Domegni |