|
Le 05 septembre dernier, le premier ministre Komlan
Mally a rendu sa démission au chef de l’Etat qui l’a acceptée. Me Tchassona,
cette démission vous a-t-elle surpris ? C’est une première au Togo, quelles
peuvent être, selon vous en tant qu’acteur politique, les raisons de cette
démission pour le moins inattendue ?
D’abord je voudrais vous (Togoforum)
remercier pour le travail formidable que vous faites pour informer les Togolais
de l’intérieur comme de l’extérieur.
Concernant la démission du Premier ministre Komlan Mally, je dirai peut-être que
c’est les gens qui ne sont pas analystes de la situation politique togolaise qui
peuvent se dire être surpris de cette démission. Nous pouvons même dire qu’elle
est tardive. La nouveauté, c’est que au lieu d’être démissionné, il a
démissionné. A notre niveau, nous pensons que les deux mots s’équivalent : être
démissionné ou démissionné, cela revient au même puisque quelques jours après un
nouveau premier ministre a été nommé, cela suppose qu’il y avait un premier
ministre sous la main le premier ministre avant que celui-là ne donne sa
démission. Donc, moi je ne suis pas du tout surpris compte tenu de la situation
qui prévalait dans le pays depuis les élections de l’année dernière ; nous nous
attendions un tout petit peu à cela parce que les élections n’ayant pas donné
les promesses qui étaient attendues et vu le gouvernement qui a été mis en
place à l’issue de ces élections et la situation qui s’en est suivie sur le plan
politique, économique, social et autre, on ne pouvait s’attendre qu’à cela.
Quarante huit (48) heures après la démission de M.
Mally, un nouveau premier ministre a été nommé en la personne de Gilbert Houngbo,
un illustre inconnu des Togolais. Quelle est votre réaction à chaud ?
Le problème aujourd’hui, c’est de revenir toujours à
cela : au sortir des élections, nous avons vu un pays presque cassé en deux : il
y avait une majorité mécanique qui était sortie de ces élections là qui
octroyait la majorité absolue au parti RPT. Mais quand vous analysé un peu le
corps électoral qui a donné ces députés aux différents partis, on sent un pays
divisé en deux. Je crois qu’à ce niveau là quand on veut former un gouvernement,
le souci premier qu’on devait avoir, c’est de mettre la chapelle au centre du
village. Mais nous avons remarqué que les gens ont fait une analyse beaucoup
plus mécanique, arithmétique de la situation et ont mis plutôt la chapelle dans
leur camp, dans un quartier plutôt que de la mettre au milieu du village. Voilà
les conséquences. Alors, aujourd’hui la nomination d’un nouveau premier
ministre, si cela n’est pas issu d’un compromis politique où toute la classe
politique est concertée pour pouvoir poser clairement le diagnostic des
problèmes de ce pays là et aboutir à un premier ministre de consensus, nous
craignions fort qu’avant la fin 2010 qu’on ait nommé un 5e premier
ministre puisque que nous sommes au 4e premier ministre depuis 2005.
Vu le profil du nouveau locataire de la primature,
peut-on s’attendre à des miracles ?
Non ! Ce que je dis ce n’est pas les compétences qui manquent. Des technocrates,
il y en a plein dans ce pays. Tout le monde reconnaît que le Togo et le Bénin
constituent le quartier latin de l’Afrique. Et des technocrates, on en a vu.
Aujourd’hui, nous sommes presque à la même expérience qu’avait connu feu
président de
la République quand il avait nommé Adoboli comme premier
ministre, c’était un technocrate mais nous avons vu les résultats. Aujourd’hui,
on nomme encore quelqu’un qui est du système des Nations Unies, peut-être le
problème qu’on visait à ce niveau, comment régler le problème de confiance qui
est posé par rapport aux bailleurs de fonds. Mais le tout n’est pas de nommer
celui-là, faut-il encore qu’il fasse le consensus dans la classe politique, que
les gens l’acceptent, que aujourd’hui qu’il ait la maîtrise des problèmes que
les Togolais connaissent et qu’il apporte des solutions qu’il faut parce que le
problème politique n’est pas un problème de mathématiques, ni un problème de la
calculatrice pour savoir qu’il faut que ceci vienne de là, mais c’est d’avoir
des projections, faire des projets à court, moyen et long terme pour sortir ce
pays de la situation où il se trouve.
Me Tchassona, dites-nous qu’est-ce qui fait que nous
tournons toujours en rond (4 premiers ministres en un quinquennat) : la capacité
ou la compétence des hommes, les textes ou le manque de volonté politique ?
Le
seul premier ministre parmi les quatre, le 4e qui arrive, on ne sait
pas encore ce que ça va donner, qui n’a pas posé problème, c’est Me Agboyibo,
mais les deux autres qui sont passés nous cause un problème. Quand on analyse
la situation du Premier ministre Agboyibo c’était à l’issue des discussions qui
ont eu lieu à Ouaga que celui-ci a été nommé. Donc, c’était le seul premier
ministre de consensus qu’il soit parce qu’il est issu de larges discussions et
les Togolais ont espéré qu’avec celui-là au moins on pouvait aller loin. Et
c’est cela qui a pu permettre qu’on ait organisé des élections législatives qui
n’aient pas soulevé beaucoup de contestations quoi qu’on ait à redire par
rapport à ces élections. Avant lui, c’était le premier ministre Edem Kodjo.
Toute la classe politique n’était pas d’accord, mais le premier ministre de
consensus c’était Me Agboyibo. Donc, tant que vous n’avez pas réglé ce problème
de consensus, vous ne pouvez pas réglé quoique ce soit dans le pays parce qu’il
s’agit d’une question de gestion d’un pays ; aujourd’hui le pays est dans un
état de délabrement avancé qu’un seul camp ne peut se targuer de dire moi j’ai
la solution. Il faut ouvrir le pays à toutes les bonnes volontés, que des gens
apportent leur contribution. Voilà !
S’agissant du premier ministre qui a été nommé après les élections législatives,
il a eu des difficultés pourquoi ? Tout simplement parce qu’il provient d’un
camp où on connaît toutes les pesanteurs, ce qui a fait qu’il n’a pas pu
avancer ; le résultat nous le connaissons, il a été obligé d’être démissionné ;
celui qui vient aujourd’hui, c’est le même camp qui le nomme. Est-ce qu’il a le
soutien de la classe politique ? Non, parce que nous n’avons pas été consulté
pour cela. Nous attendons de voir quelle politique il va mettre en œuvre. Est-ce
le programme du président de
la République de 2005, est-ce le programme RPT issu des élections
de 2007, est-ce les 22 engagements s’il y en a encore à mettre à œuvre, est-ce
la volonté des bailleurs de fond ? Tout cela aujourd’hui reste des questions que
nous nous posons par rapport à la capacité de ce nouveau premier ministre à
sortir le pays de la crise. Dans tous les cas s’il arrivait, on lui dira chapeau
mais nous avons des doutes. |