Actualité Tribune Forums Photos Music Sports Sites Interviews Downloads Carrefour Contact
ACTUALITÉ / NEWS
Réaction de Me Tchassona Mohamed Traoré, président du Mouvement Citoyen pour la Démocratie et le Développement (MCD)
AgoraPress - Propos récueilli par Alain Nococo
Le 05 septembre dernier, par le biais de la télévision nationale,  les Togolais ont appris la démission inattendue du désormais ex-premier ministre, Komlan Mally. Quarante huit (48) heures après cette nouvelle, alors que les mêmes Togolais s’interrogeaient sur les raisons de cette démission, la même chaîne rend public un décret signé du président de la République qui nomme M. Gilbert Houngbo nouveau premier ministre du Togo. Pour beaucoup de Togolais, il y a des zones d’ombre dans cette démission de Komlan et dans cette nomination à la va-vite du nouveau premier ministre. Pour avoir la réaction d’un acteur politique, nous avons approché Me Tchassona Traoré qui est à la tête d’un parti politique ayant participé aux dernières élections législatives. Il donne son point de vue par rapport à ces deux événements et pose le problème de la nécessité d’associer toutes les forces politiques à la gestion du pays. Lisez sa réaction !  

Le 05 septembre dernier, le premier ministre Komlan Mally a rendu sa démission au chef de l’Etat qui l’a acceptée. Me Tchassona, cette démission vous a-t-elle surpris ? C’est une première au Togo, quelles peuvent être, selon vous en tant qu’acteur politique, les raisons de cette démission pour le moins inattendue ?

D’abord je voudrais vous (Togoforum) remercier pour le travail formidable que vous faites pour informer les Togolais de l’intérieur comme de l’extérieur.

Concernant la démission du Premier ministre Komlan Mally, je dirai peut-être que c’est les gens qui ne sont pas analystes de la situation politique togolaise qui peuvent se dire être surpris de cette démission. Nous pouvons même dire qu’elle est tardive. La nouveauté, c’est que au lieu d’être démissionné, il a démissionné. A notre niveau, nous pensons que les deux mots s’équivalent : être démissionné ou démissionné, cela revient au même puisque quelques jours après un nouveau premier ministre a été nommé, cela suppose qu’il y avait un premier ministre sous la main le premier ministre avant que celui-là ne donne sa démission. Donc, moi je ne suis pas du tout surpris compte tenu de la situation qui prévalait dans le pays depuis les élections de l’année dernière ; nous nous attendions un tout petit peu à cela parce que les élections n’ayant pas donné les promesses qui étaient attendues  et vu le gouvernement qui a été mis en place à l’issue de ces élections et la situation qui s’en est suivie sur le plan politique, économique, social et autre, on ne pouvait s’attendre qu’à cela.

Quarante huit (48) heures après la démission de M. Mally, un nouveau premier ministre a été nommé en la personne de Gilbert Houngbo, un illustre inconnu des Togolais. Quelle est votre réaction à chaud ?
Le problème aujourd’hui, c’est de revenir toujours à cela : au sortir des élections, nous avons vu un pays presque cassé en deux : il y avait une majorité mécanique qui était sortie de ces élections là qui octroyait la majorité absolue au parti RPT. Mais quand vous analysé un peu le corps électoral qui a donné ces députés aux différents partis, on sent un pays divisé en deux. Je crois qu’à ce niveau là quand on veut former un gouvernement, le souci premier qu’on devait avoir, c’est de mettre la chapelle au centre du village. Mais nous avons remarqué que les gens ont fait une analyse beaucoup plus mécanique, arithmétique de la situation et ont mis plutôt la chapelle dans leur camp, dans un quartier plutôt que de la mettre au milieu du village. Voilà les conséquences. Alors, aujourd’hui la nomination d’un nouveau premier ministre, si cela n’est pas issu d’un compromis politique où toute la classe politique est concertée pour pouvoir poser clairement le diagnostic des problèmes de ce pays là et aboutir à un premier ministre de consensus, nous craignions fort qu’avant la fin 2010 qu’on ait nommé un 5e premier ministre puisque que nous sommes au 4e premier ministre depuis 2005.

Vu le profil du nouveau locataire de la primature, peut-on s’attendre à des miracles ?
Non ! Ce que je dis ce n’est pas les compétences qui manquent. Des technocrates, il y en a plein dans ce pays. Tout le monde reconnaît que le Togo et le Bénin constituent le quartier latin de l’Afrique. Et des technocrates, on en a vu. Aujourd’hui, nous sommes presque à la même expérience qu’avait connu feu président de la République quand il avait nommé Adoboli comme premier ministre, c’était un technocrate mais nous avons vu les résultats. Aujourd’hui, on nomme encore quelqu’un qui est du système des Nations Unies, peut-être le problème qu’on visait à ce niveau, comment régler le problème de confiance qui est posé par rapport aux bailleurs de fonds. Mais le tout n’est pas de nommer celui-là, faut-il encore qu’il fasse le consensus dans la classe politique, que les gens l’acceptent, que aujourd’hui qu’il ait la maîtrise des problèmes que les Togolais connaissent et qu’il apporte des solutions qu’il faut parce que le problème politique n’est pas un problème de mathématiques, ni un problème de la calculatrice pour savoir qu’il faut que ceci vienne de là, mais c’est d’avoir des projections, faire des projets à court, moyen et long terme pour sortir ce pays de la situation où il se trouve.

Me Tchassona, dites-nous qu’est-ce qui fait que nous tournons toujours en rond (4 premiers ministres en un quinquennat) : la capacité ou la compétence des hommes, les textes ou le manque de volonté politique ?    
Le seul premier ministre parmi les quatre, le 4e qui arrive, on ne sait pas encore ce que ça va donner, qui n’a pas posé problème, c’est Me Agboyibo, mais  les deux autres qui sont passés nous cause un problème. Quand on analyse la situation du Premier ministre Agboyibo c’était à l’issue des discussions qui ont eu lieu à Ouaga que celui-ci a été nommé. Donc, c’était le seul premier ministre de consensus qu’il soit parce qu’il est issu de larges discussions et les Togolais ont espéré qu’avec celui-là au moins on pouvait aller loin. Et c’est cela qui a pu permettre qu’on ait organisé des élections législatives qui n’aient pas soulevé beaucoup de contestations quoi qu’on ait à redire par rapport à ces élections. Avant lui, c’était le premier ministre Edem Kodjo. Toute la classe politique n’était pas d’accord, mais le premier ministre de consensus c’était Me Agboyibo. Donc, tant que vous n’avez pas réglé ce problème de consensus, vous ne pouvez pas réglé quoique ce soit dans le pays parce qu’il s’agit d’une question de gestion d’un pays ;  aujourd’hui le pays est dans un état de délabrement avancé qu’un seul camp ne peut se targuer de dire moi j’ai la solution. Il faut ouvrir le pays à toutes les bonnes volontés, que des gens apportent leur contribution. Voilà !

S’agissant du premier ministre qui a été nommé après les élections législatives, il a eu des difficultés pourquoi ? Tout simplement parce qu’il provient d’un camp où on connaît toutes les pesanteurs, ce qui a fait qu’il n’a pas pu avancer ; le résultat nous le connaissons, il a été obligé d’être démissionné ; celui qui vient aujourd’hui, c’est le même camp qui le nomme. Est-ce qu’il a le soutien de la classe politique ? Non, parce que nous n’avons pas été consulté pour cela. Nous attendons de voir quelle politique il va mettre en œuvre. Est-ce le programme du président de
la République de 2005, est-ce le programme RPT issu des élections de 2007, est-ce les 22 engagements s’il y en a encore à mettre à œuvre, est-ce la volonté des bailleurs de fond ? Tout cela aujourd’hui reste des questions que nous nous posons par rapport à la capacité de ce nouveau premier ministre à sortir le pays de la crise. Dans tous les cas s’il arrivait, on lui dira chapeau mais nous avons des doutes.     

 
Retourner à la page Accueil
 

 

© 2005  www.togoforum.com All rights reserved

ARCHIVES