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Dès l’annonce de la mort subite du président du MODENA
(Mouvement pour le développement national), Atsutsè Kokouvi Agbobli, le 15
août dernier, certains ont tout de suite vu derrière cette disparition, la
main du pouvoir en place et depuis lors, la suspicion ne cesse de prendre le
pas sur le deuil. Et pour cause, le communiqué du ministre de la sécurité
aussi ben que le rapport d’autopsie n’ont pas réussi à situer les Togolais
sur les causes de ce tragique et subit décès.
Pour certains analystes, le passé du pouvoir en place, marqué par
des violences et crimes politiques non élucidés, ne plaide pas en sa
défaveur. Ceux-ci énumèrent, entre autres événements malheureux,
l’assassinat du président Sylvanus Olympio en 1963, les événements de Fréau
jardin (aujourd’hui baptisé Place Anani Santos), les massacres lors des
échéances électorales (notamment la présidentielle de 2005), la mort de
Tavio Amorin le 29 juillet 1992, la disparition de David Bruce le 06
septembre 1994. Ces pages sombres (la liste n’est pas exhaustive) de
l’histoire du pays ne sont pas encore élucidées.
Invité à l’émission 7 sur 7 de
la TV7
dimanche dernier, Me Ajavon Zeus, expliquait le procès d’intention fait au
régime en place à Lomé en ces termes : « la situation est telle que si
aujourd’hui, un citoyen par mégarde, trébuche et tombe sur les marches de la
présidence, on suspectera le RPT de l’avoir poussé ». Pour Me Ajavon, cette
perception des choses est si ancrée dans la conscience des Togolais qu’ils
ne croiraient jamais aux circonstances réelles, c’est-à-dire, le
déterminisme naturel qui pourrait par concours de circonstances conduire à
cette chute.
Les uns et les autres soutiennent que le mutisme «apparent» du
chef de l’Etat et de son gouvernement au lendemain de la disparition de M.
Agbobli, connu pour ses critiques à l’endroit du pouvoir togolais, a
inquiété plus d’un et les Togolais qui s’attendaient de voir leurs
dirigeants se réunir d’urgence pour plancher sur l’affaire ont déchanté.
Ce, d’autant plus que l’illustre disparu n’a pas servi de son vivant qu’au
pays mais a été aussi son ambassadeur à l’Oua (Organisation de l’Unité
Africaine), au BIT (Bureau International du Travail) et ailleurs. En effet,
M. Atsutsè Kokouvi Agbobli fut de 1994 à 1997, respectivement ministre de la
communication et du chargé des relations avec le parlement, après avoir
assumé sur le plan international, les fonctions de chef de division au sein
de l’OUA et de haut fonctionnaire puis de consultant au BIT. M. Agbobli fut
également Directeur de l’IPRI (Institut panafricain des relations
internationales). Dans les milieux intellectuel africain et mondial, le
journaliste togolais jouissait d’une notoriété particulière. Raisons assez
suffisantes pour que sa disparition dans des conditions aussi troublantes
suscite des réactions plus promptes des autorités togolaises. C’est du moins
ce que pensent certains togolais.
Et, déclare un chef de parti politique, c’est à juste titre si
des gens continuent de dénoncer les conclusions de l’autopsie qui font
croire que M. Agbobli serait mort d’une « intoxication médicamenteuse ».
D’autres vont jusqu’à dénier au médecin Napo-Koura commis par le ministère
public pour réaliser l’autopsie, les qualités nécessaires pour entreprendre
cette tâche. «Le professeur Napo-Koura est un brillant
anatome-cyto-pathologiste, mais il n’est pas un médecin légiste », fera
remarquer le docteur David Ihou. Des déclarations qui sont de nature à
remettre en cause les résultats de l’autopsie présentés par le procureur de
la République,
Robert Bakaï.
En somme, il s’avère nécessaire, surtout que les supputations se
poursuivent, que le pouvoir de Faure Gnassingbé mette tout en œuvre pour
faire la lumière sur cette disparition. Car, dira le journaliste Sylvain
Koffi Sasse du magazine «Afrique Souveraine», la question d’Atsutsè Agbobli
est toute simple : «Soit on veut la vérité et on la recherche, soit on ne la
veut pas et on laisse tomber » et de conclure que si le Togo n’a pas de
moyens technologiques pour ce faire, il peut solliciter l’aide des pays
rompus à la tâche pour ce genre de dossiers.
Vendredi 15 août 2008, vers la fin de la matinée, les bruits
faisant état de la mort de l’ancien ministre de
la communication,
Atsutsè Agbobli, courraient de façon persistante dans les rues de Lomé.
Le soir, au journal de 20 heures,
la TVT
à travers un communiqué signé du ministre de la Sécurité et de
la Protection civile, Atcha Titikpina, viendra de façon officielle
confirmer les rumeurs. Au delà de cette confirmation, les termes du
communiqué qui tendaient à faire croire que le président du MODENA se serait
suicidé ont choqué plus d’un. Et ce n’est pas le rapport d’autopsie
diligenté quelques jours plus tard qui viendra dissiper le doute autour de
cet événement malheureux que certains essaient d’attribuer, à tort ou à
raison, au régime RPT. En effet, loin de satisfaire les attentes des amis
et proches de l’illustre disparu, le rapport d’autopsie qui s’est contenté
d’écarter l’hypothèse d’une mort par noyade et de celle dune mort violente,
a plutôt suscité une véritable psychose au sein de la population encore sous
le coup des événements douloureux de ces 15 dernières années.
En somme, plus qu’un devoir citoyen, la nécessité de faire
« toute la lumière » sur la mort subite et dans les circonstances assez
troubles, de l’opposant politique togolais, constitue pour le pouvoir RPT,
un acte politique majeur destiné à le blanchir de tout soupçon. Si tant il
est qu’il n’en est pour rien comme le soutiennent certains de ses
responsables. A moins, conclut un responsable politique, qu’il veuille en
profiter pour exercer une forme de pression psychologique sur ses
adversaires de 2010.
Grégoire Awesso
Empreinte africaine dans la mondialisation des medias :
L’Afrique
toujours en quête de sa propre identité médiatique
Du 31 juillet au 11 août dernier, les employés d’Africa n°1, radio qui se
veut panafricaine, ont observé pour la énième fois un long mouvement de
grève. Un débrayage qui illustre à volonté le malaise que traverse cette
station radiophonique et qui remet sur le tapis la question de la
disponibilité, par les médias qui se proclament « africains » ou se
réclament de « l’identité noire », de moyens financiers à même de leur
permettre de concurrencer valablement les grands canaux de diffusion de la
planète. Et de gommer dans la mentalité de leur auditoire le « White way of
life » (mode de vie à l’Occidental).
La question de fond du mouvement d’humeur observé entre la fin juillet et
début août par les 93 employés d’Africa n°1 tournait autour de la
négociation de leurs primes de licenciement. Ces employés réclamaient que
ces primes leur soient versées en fonction de leur rémunération annuelle
(englobant divers primes et avantages sociaux) et non en se fondant sur le
montant de leurs salaires de base. En d’autres termes, sur la base de la
rémunération annuelle, l’enveloppe vouée aux licenciements s’élèverait à 06
milliards de FCFA alors que le comité de privatisation de cette chaîne
gabonaise à vocation intercontinentale qui a vu le jour le 07 février 1981
ne proposait que « 400 millions de fcfa ».
Depuis janvier 2008, Tripoli, à travers la LJB (Libyan Jamahiriya
Broadcasting) avait acheté 52% des parts d’Africa n°1 en
recapitalisant ce média qui faisait face à d’énormes difficultés financières
depuis plusieurs années. Libreville avait gardé toutefois 35% des actions de
ce canal de diffusion radiophonique et le secteur privé local 13%. Aux
termes du plan social négocié entre la LJB et Libreville (plan social
financé par l’Etat gabonais), le licenciement des 93 salariés de la station
qui se veut panafricaine était prévu, la LJB étant libre de réemployer ou
non qui elle voulait. La conciliation entre les agents d’Africa n°1
et leurs nouveaux patrons qui est intervenue par la suite ne peut en aucune
manière nous rendre amnésiques au sujet du fossé qui sépare cette chaîne
d’information qui émet depuis Moyabi (Gabon) et ses principaux concurrents
que sont RFI (Radio France Internationale) et BBC (British broadcast
corporation), en matière de couverture et de livraison de l’actualité
africaine. Certes, la LJB nourrit l’ambition de redorer le blason de cet
organe d’information, célèbre auprès des auditeurs d’Afrique francophone
grâce à des voix comme celles de Patrick Ngema Ndong ou encore du défunt
Omer Léonce Rembenambia, en la restructurant totalement. Diffuser dans
toutes les régions du continent noir sur différentes fréquences et dans
plusieurs langues non-africaines et internationales comme le français,
l’anglais, l’arabe et aussi en bambara (langue dont le parlé est répandu en
Afrique de l’ouest) et en swahili (langue qui sert de véhicule identitaire
en Afrique orientale et australe) sont les maîtres mots de la nouvelle
politique que veut imprimer la LJB à Africa n°1. Une politique qui
ne demeure actuellement qu’un vœu et laisse filer davantage quotidiennement
RFI et BBC. En effet, généralement, dans les pays francophones de l’Afrique,
les réflexes des auditeurs, lorsqu’ils éprouvent le besoin de s’informer sur
l’actualité de leur continent et du reste du monde, sont désormais connus :
ils se branchent soit sur les fréquences de RFI ou de BBC. Même en matière
de livraison de l’actualité purement africaine, la concurrence entre
la chaîne française, britannique et celle qui se proclame « la voix de
l’Afrique dans le reste du monde » est sans nom : Africa n°1
dispose d’une cinquantaine de correspondants dans le monde entier alors que
RFI est représentée par des plumes dans la quasi-totalité des Etats
africains, sans compter ses localiers dans les autres régions géographiques
de la planète. Quand « la radio panafricaine » arrête ses programmes,
du lundi au dimanche, sous le coup de 23h, RFI et BBC continuent d’émettre,
24/24, tout en agrandissant le réseau de leurs stations partenaires dans des
pays dans lesquels elles n’ont pas encore de relais FM (Modulation de
fréquence) ! Après 27 années d’existence de la station émettant de Moyabi,
« les voix de
la France et la Grande-Bretagne dans le reste du monde (RFI et BBC) »,
pour ne citer que ces deux médias appartenant à des Occidentaux, accordent
plus de place à la promotion des langues africaines comme le haoussa ou le
swahili qu’Africa n°1 ne le fait. Des «performances» qui jettent du
discrédit sur le chiffre des 20 millions d’auditeurs que prétend posséder
l’ex-station dont les actions étaient exclusivement détenues par le pays
d’Omar Bongo Ondimba, alors qu’au même moment, RFI qui bénéficie de
meilleurs atouts techniques et financiers se réclame modestement la
paternité de 40 millions d’auditeurs, toutes ses fréquences sur la planète
confondues.
Au-delà d’Africa n°1
Cette sinistrose ambiante dans laquelle semble baigner le média dont les
parts appartiennent en majorité dorénavant à la LJB n’épargne pas d’autres
moyens de communication de masse à l’échelle du continent africain. La PANA
(Agence panafricaine de presse) n’est plus que l’ombre d’elle-même en
matière de presse écrite alors qu’aucun projet de création d’une chaîne de
télévision africaine d’information continue comme France 24 ou Al Jazeera ne
s’est pour le moment matérialisé. D’ailleurs, la simple évocation de pareils
projets relève déjà d’une gageure. Du coup, les médias des ex-colonisateurs
s’approprient la création et la diffusion d’images sur l’Afrique, parfois au
grand dam des réelles réalités du continent berceau de l’humanité. Ainsi,
dans leurs bulletins quotidiens d’information, les chaînes publiques
africaines de télévision ne servent qu’à leurs téléspectateurs et
téléspectatrices que reportages ou images qu’elles reçoivent généralement d’AITV-RFO
(Agence internationale de télévision-Réseau France d’Outre-mer).
Cette quasi-dictature des images de l’Occident en Afrique se remarque aussi
en matière de diffusion des sitcoms ou telenovelas. « Marimar, Maria la
del bario, Rosa Salvaje, le Prince de Bel air, Colombo etc. »,
personnages de séries télévisées produits au Nord ou dans d’autres Etats du
Sud situés hors du continent berceau de l’humanité, mènent une rude
concurrence et supplantent dans certains cas des acteurs talentueux
africains comme Michel Gohou, Souké, Siriki et compagnies. Jusqu’à quand
l’Afrique va-t-elle ainsi continuer de se singulariser en refusant de
promouvoir elle-même ses propres valeurs ? Pourtant, ce n’est ni le
personnel qualifié ni les moyens pécuniaires qui font défaut en Afrique où
la somme d’argent que gagne le lauréat du Prix Mo Ibrahim (en
référence à la distinction promue par le richissime Soudanais du même nom)
est plus élevée que celle qui revient à un Nobel.
A tout prendre, la dépravation des mœurs (d’un point de vue vestimentaire,
comportemental, éducatif etc.) qui a posé ses tréteaux dans les rues de
l’Afrique, sur la base de la transposition que fait la jeunesse africaine
dans son vécu quotidien du « White way of life », ne connaîtra un
début d’éclipse que si les journalistes du continent repensent leurs médias.
A défaut, après avoir cédé aux sirènes du « White way of life »,
l’Africain pourrait filer doux à la « Chinese way of life ».
Edem Gadégbéku |