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Suspicions autour du décès d’Atsutsè K. Agbobli : Le régime en place rattrapé par «son» passé
Golfe Info #338 du 27 août 2008

Dès l’annonce de la mort subite du président du MODENA (Mouvement pour le développement national), Atsutsè Kokouvi Agbobli, le 15 août dernier, certains ont tout de suite vu derrière cette disparition, la main du pouvoir en place et depuis lors, la suspicion ne cesse de prendre le pas sur le deuil. Et pour cause, le communiqué du ministre de la sécurité aussi ben que le rapport d’autopsie n’ont pas réussi à situer les Togolais sur les causes de ce tragique et subit décès.

Pour certains analystes, le passé du pouvoir en place, marqué par des violences et crimes politiques non élucidés, ne plaide pas en sa défaveur. Ceux-ci énumèrent, entre autres événements malheureux, l’assassinat du président Sylvanus Olympio en 1963, les événements de Fréau jardin (aujourd’hui baptisé Place Anani Santos), les massacres lors des échéances électorales (notamment la présidentielle de 2005), la mort de Tavio Amorin le 29 juillet 1992, la disparition de David Bruce le 06 septembre 1994. Ces pages sombres (la liste n’est pas exhaustive) de l’histoire du pays  ne sont pas encore élucidées.

Invité à l’émission 7 sur 7 de
la TV7 dimanche dernier, Me Ajavon Zeus, expliquait le procès d’intention fait au régime en place à Lomé en ces termes : « la situation est telle que si aujourd’hui, un citoyen par mégarde, trébuche et tombe sur les marches de la présidence, on suspectera le RPT de l’avoir poussé ». Pour Me Ajavon, cette perception des choses est si ancrée dans la conscience des Togolais qu’ils ne croiraient jamais aux circonstances réelles, c’est-à-dire, le déterminisme naturel qui pourrait par concours de circonstances conduire à cette chute.

Les uns et les autres soutiennent que le mutisme «apparent» du chef de l’Etat et de son gouvernement au lendemain de la disparition de M. Agbobli, connu pour ses critiques à l’endroit du pouvoir togolais, a inquiété plus d’un et les Togolais qui s’attendaient de voir leurs dirigeants se réunir d’urgence pour plancher sur l’affaire ont déchanté.  Ce, d’autant plus que l’illustre disparu n’a pas servi de son vivant qu’au pays mais a été aussi son ambassadeur à l’Oua (Organisation de l’Unité Africaine), au BIT (Bureau International du Travail) et ailleurs. En effet, M. Atsutsè Kokouvi Agbobli fut de 1994 à 1997, respectivement ministre de la communication et du chargé des relations avec le parlement, après avoir assumé sur le plan international, les fonctions de chef de division au sein de l’OUA et de haut fonctionnaire puis de consultant au BIT. M. Agbobli fut également Directeur de l’IPRI (Institut panafricain des relations internationales). Dans les milieux intellectuel africain et mondial, le journaliste togolais jouissait d’une notoriété particulière. Raisons assez suffisantes pour que sa disparition dans des conditions aussi troublantes suscite des réactions plus promptes des autorités togolaises. C’est du moins ce que pensent certains togolais.

Et, déclare un chef de parti politique, c’est à juste titre si des gens continuent de dénoncer les conclusions de l’autopsie qui font croire que M. Agbobli serait mort d’une « intoxication médicamenteuse ». D’autres vont jusqu’à dénier au médecin Napo-Koura commis par le ministère public pour réaliser l’autopsie, les qualités nécessaires pour entreprendre cette tâche. «Le professeur Napo-Koura est un brillant anatome-cyto-pathologiste, mais il n’est pas un médecin légiste », fera remarquer le docteur David Ihou. Des déclarations qui sont de nature à remettre en cause les résultats de l’autopsie présentés par le procureur de
la République, Robert Bakaï.

En somme, il s’avère nécessaire, surtout que les supputations se poursuivent,  que le pouvoir de Faure Gnassingbé mette tout en œuvre pour faire la lumière sur cette disparition.  Car, dira le journaliste Sylvain Koffi Sasse du magazine «Afrique Souveraine»,  la question d’Atsutsè Agbobli est toute simple : «Soit on veut la vérité et on la recherche, soit on ne la veut pas et on laisse tomber » et de conclure que si le Togo n’a pas de moyens technologiques pour ce faire, il peut solliciter l’aide des pays rompus à la tâche pour ce genre de dossiers.

Vendredi 15 août 2008, vers la fin de la matinée, les bruits faisant état de la mort de l’ancien ministre de
la communication, Atsutsè Agbobli, courraient de façon persistante dans les rues de Lomé.

Le soir, au journal de 20 heures,
la TVT à travers un communiqué signé du ministre de la Sécurité et  de la  Protection civile, Atcha Titikpina, viendra de façon officielle confirmer les rumeurs. Au delà de cette confirmation, les termes du communiqué qui tendaient à faire croire que le président du MODENA se serait suicidé ont  choqué plus d’un. Et ce n’est pas le rapport d’autopsie diligenté quelques jours plus tard qui viendra dissiper le doute  autour de cet événement malheureux que certains essaient d’attribuer, à tort ou à raison, au régime RPT. En effet, loin de satisfaire les attentes des  amis et proches de l’illustre disparu, le rapport d’autopsie qui s’est contenté d’écarter l’hypothèse d’une mort par noyade et de celle dune mort violente, a plutôt suscité une véritable psychose au sein de la population encore sous le coup des événements douloureux de ces 15 dernières années.

En somme, plus qu’un devoir citoyen, la nécessité de faire « toute la lumière » sur la mort subite et dans les circonstances assez troubles, de l’opposant politique togolais, constitue pour le pouvoir RPT, un acte politique majeur destiné à le blanchir de tout soupçon. Si tant il est qu’il n’en est pour rien comme le soutiennent certains de ses responsables. A moins, conclut un responsable politique, qu’il veuille  en profiter pour exercer une forme de pression psychologique sur ses adversaires de 2010.
Grégoire Awesso


Empreinte africaine dans la mondialisation des medias : L’Afrique toujours en quête de sa propre identité médiatique
Du 31 juillet au 11 août dernier, les employés d’Africa n°1, radio qui se veut panafricaine, ont observé pour la énième fois un long mouvement de grève. Un débrayage qui illustre à volonté le malaise que traverse cette station radiophonique et qui remet sur le tapis la question de la disponibilité, par les médias qui se proclament « africains » ou se réclament de « l’identité noire », de moyens financiers à même de leur permettre de concurrencer valablement les grands canaux de diffusion de la planète. Et de gommer dans la mentalité de leur auditoire le « White way of life » (mode de vie à l’Occidental).

La question de fond du mouvement d’humeur observé entre la fin juillet et début août par les 93 employés d’Africa n°1 tournait autour de la négociation de leurs primes de licenciement. Ces employés réclamaient que ces primes leur soient versées en fonction de leur rémunération annuelle (englobant divers primes et avantages sociaux) et non en se fondant sur le montant de leurs salaires de base. En d’autres termes, sur la base de la rémunération annuelle, l’enveloppe vouée aux licenciements s’élèverait à 06 milliards de FCFA alors que le comité de privatisation de cette chaîne gabonaise à vocation intercontinentale qui a vu le jour le 07 février 1981 ne proposait que « 400 millions de fcfa ».

Depuis janvier 2008, Tripoli, à travers la LJB (Libyan Jamahiriya Broadcasting) avait acheté 52% des parts d’Africa n°1 en recapitalisant ce média qui faisait face à d’énormes difficultés financières depuis plusieurs années. Libreville avait gardé toutefois 35% des actions de ce canal de diffusion radiophonique et le secteur privé local 13%. Aux termes du plan social négocié entre la LJB et Libreville (plan social financé par l’Etat gabonais), le licenciement des 93 salariés de la station qui se veut panafricaine était prévu, la LJB étant libre de réemployer ou non qui elle voulait. La conciliation entre les agents d’Africa n°1 et leurs nouveaux patrons qui est intervenue par la suite ne peut en aucune manière nous rendre amnésiques au sujet du fossé qui sépare cette chaîne d’information qui émet depuis Moyabi (Gabon) et ses principaux concurrents que sont RFI (Radio France Internationale) et BBC (British broadcast corporation), en matière de couverture et de livraison de l’actualité africaine. Certes, la LJB nourrit l’ambition de redorer le blason de cet organe d’information, célèbre auprès des auditeurs d’Afrique francophone grâce à des voix comme celles de Patrick Ngema Ndong ou encore du défunt Omer Léonce Rembenambia, en la restructurant totalement. Diffuser dans toutes les régions du continent noir sur différentes fréquences et dans plusieurs langues non-africaines et internationales comme le français, l’anglais, l’arabe et aussi en bambara (langue dont le parlé est répandu en Afrique de l’ouest) et en swahili (langue qui sert de véhicule identitaire en Afrique orientale et australe) sont les maîtres mots de la nouvelle politique  que veut imprimer la LJB à Africa n°1. Une politique qui ne demeure actuellement qu’un vœu et laisse filer davantage quotidiennement RFI et BBC. En effet, généralement, dans les pays francophones de l’Afrique, les réflexes des auditeurs, lorsqu’ils éprouvent le besoin de s’informer sur l’actualité de leur continent et du reste du monde, sont désormais connus : ils se branchent soit sur les fréquences de RFI ou de BBC. Même en matière de livraison de l’actualité purement africaine, la concurrence entre la chaîne française, britannique et celle qui se proclame « la voix  de l’Afrique dans le reste du monde » est sans nom : Africa n°1 dispose d’une cinquantaine de correspondants dans le monde entier alors que RFI est représentée par des plumes dans la quasi-totalité des Etats africains, sans compter ses localiers dans les autres régions géographiques de la planète. Quand « la radio panafricaine » arrête ses programmes, du lundi au dimanche, sous le coup de 23h, RFI et BBC continuent d’émettre, 24/24, tout en agrandissant le réseau de leurs stations partenaires dans des pays dans lesquels elles n’ont pas encore de relais FM (Modulation de fréquence) ! Après 27 années d’existence de la station émettant de Moyabi, « les voix de la France et la Grande-Bretagne dans le reste du monde (RFI et BBC) », pour ne citer que ces deux médias appartenant à des Occidentaux, accordent plus de place à la promotion des langues africaines comme le haoussa ou le swahili qu’Africa n°1 ne le fait. Des «performances» qui jettent du discrédit sur le chiffre des 20 millions d’auditeurs que prétend posséder l’ex-station dont les actions étaient exclusivement détenues par le pays d’Omar Bongo Ondimba, alors qu’au même moment, RFI qui bénéficie de meilleurs atouts techniques et financiers se réclame modestement la paternité de 40 millions d’auditeurs, toutes ses fréquences sur la planète confondues.

Au-delà d’Africa n°1
Cette sinistrose ambiante dans laquelle semble baigner le média dont les parts appartiennent en majorité dorénavant à la LJB n’épargne pas d’autres moyens de communication de masse à l’échelle du continent africain. La PANA (Agence panafricaine de presse) n’est plus que l’ombre d’elle-même en matière de presse écrite alors qu’aucun projet de création d’une chaîne de télévision africaine d’information continue comme France 24 ou Al Jazeera ne s’est pour le moment matérialisé. D’ailleurs, la simple évocation de pareils projets relève déjà d’une gageure. Du coup, les médias des ex-colonisateurs s’approprient la création et la diffusion d’images sur l’Afrique, parfois au grand dam des réelles réalités du continent berceau de l’humanité. Ainsi, dans leurs bulletins quotidiens d’information, les chaînes publiques africaines de télévision ne servent qu’à leurs téléspectateurs et téléspectatrices que reportages ou images qu’elles reçoivent généralement d’AITV-RFO (Agence internationale de télévision-Réseau France d’Outre-mer).

Cette quasi-dictature des images de l’Occident en Afrique se remarque aussi en matière de diffusion des sitcoms ou telenovelas. « Marimar, Maria la del bario, Rosa Salvaje, le Prince de Bel air, Colombo etc. », personnages de séries télévisées produits au Nord ou dans d’autres Etats du Sud situés hors du continent berceau de l’humanité, mènent une rude concurrence et supplantent dans certains cas des acteurs talentueux africains comme Michel Gohou, Souké, Siriki et compagnies. Jusqu’à quand l’Afrique va-t-elle ainsi continuer de se singulariser en refusant de promouvoir elle-même ses propres valeurs ? Pourtant, ce n’est ni le personnel qualifié ni les moyens pécuniaires qui font défaut en Afrique où la somme d’argent que gagne le lauréat du Prix Mo Ibrahim (en référence à la distinction promue par le richissime Soudanais du même nom) est plus élevée que celle qui revient à un Nobel.

A tout prendre, la dépravation des mœurs (d’un point de vue vestimentaire, comportemental, éducatif etc.) qui a posé ses tréteaux dans les rues de l’Afrique, sur la base de la transposition que fait la jeunesse africaine dans son vécu quotidien du « White way of life », ne connaîtra un début d’éclipse que si les journalistes du continent repensent leurs médias. A défaut, après avoir cédé aux sirènes du « White way of life », l’Africain pourrait filer doux à la « Chinese way of life ».

Edem Gadégbéku

 
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