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Le 6 août
dernier, la brigade de gendarmerie de Sokodé a interpellé un chauffeur du
camion Titan qui déchargeait sa cargaison de maïs achetée au Burkina Faso.
Deux autres camions Titan en provenance du Burkina Faso et se dirigeant à
Lomé furent arrêtés au poste de péage de Sotouboua.
Les propriétaires de ces chargements, les femmes commerçantes de céréales,
sont accusées par l’Observatoire pour la Sécurité Alimentaire du Togo (OSAT)
de se livrer à l’exportation de ces céréales et de créer une pénurie sur le
marché national. « Contrairement au mouvement inverse qui consiste à
acheter les produits du Ghana et du Burkina Faso » pour abreuver le
marché togolais, elles sont considérées comme des contrevenantes à la loi.
Décidées de mener toutes les démarches possibles pour un dénouement heureux
de la situation, elles ont souhaité se confier à la presse le 14 août dans
l’enceinte de GF2D (Groupe de réflexion et d’action Femme, Démocratie et
Développement) à Lomé pour expliquer de fond en comble ce qui s’est
réellement passé. Pour ces femmes, il s’agit d’un « montage grotesque »
orchestré sur les médias par les autorités de l’OSAT pour les inculper
‘’ gratuitement’’.
Dans le souci de pallier le problème de pénurie de céréales au Togo, les
femmes commerçantes de céréales ont décidé d’acheter les produits de
l’extérieur notamment du Ghana et du Burkina Faso. A cet effet, elles
convoient par des camions, des marchandises lesquelles servent à combler le
manque de céréales sur le marché national. Pour se faire, elles s’en
procurent et s’organisent pour les convoyer collectivement.
Les longues queues faites devant les baraques de l’OSAT pour se procurer du
maïs sont illustratives du manque de céréales sur le marché local. 1200 FCFA
le bol sur le marché, l’OSAT vend ses produits à un prix nettement
inférieur, 350 FCFA le bol, dans le but de constituer un contrepoids à la
flambée des prix des produits céréaliers sur le marché.
Si autrefois le Togo dégageait des surplus céréaliers qui servaient à la
consommation extérieure, aujourd’hui ce n’est pas possible à cause de la
baisse de la production due aux aléas climatiques. Pour décourager les
commerçants véreux qui se livrent à la spéculation dans le seul but
d’exporter leurs marchandises vers l’extérieur et afin d’assurer une
disponibilité suffisante sur le plan national, le gouvernement a décidé de
mener un contrôle tatillon sur les frontières.
Les faits tels que relatés par les femmes revendeuses de céréales
Le samedi 9 août 2008, la télévision nationale togolaise (TVT), dans ses
éditions de 20 heures et 22 heures, a montré des images des femmes qui,
selon les présentateurs, feraient partie d’un réseau de spéculateurs et à ce
titre seraient à la base de la flambée du prix de maïs sur le marché local.
Les récoltes n’ayant pas été bonnes au Togo l’année précédente, les femmes
revendeuses de céréales ont opté pour l’importation de ces produits. Depuis
cinq ou six mois, elles reviennent avec les céréales achetées soit au Ghana
soit au Burkina Faso. C’est ainsi que, certaines commerçantes revenant du
Burkina Faso ont été arrêtées le 6 août dernier à Sokodé alors qu’elles y
ont marqué une escale pour décharger une partie du maïs à une revendeuse du
milieu qui, auparavant, leur a signifié par téléphone d’un besoin croissant
en produits céréaliers dans la localité. Le camion s’était stationné au
niveau de la prison civile de Sokodé en train de décharger la marchandise
quand les gendarmes l’ont entouré du coup.
Selon les dires de ces commerçantes, après avoir demandé à l’une des
commerçantes la provenance du maïs, le lieutenant Klintèkou en poste à
Sokodé lui fait savoir qu’il a reçu des consignes du lieutenant-Colonel
Ouro-Koura Agadazi, directeur général de l’OSAT de l’emmener à la
gendarmerie de Sokodé. Là, la femme ainsi que le chauffeur ont été gardés
dans des locaux différents. Pour protéger les autres en route pour Lomé, la
dame fait comprendre au chef de brigade (CB) qu’elle était seule à aller au
Burkina Faso pour s’approvisionner en produits céréaliers.
Contrairement aux aveux de la dame, le conducteur du Titan déclare qu’ils
sont nombreux à charger les marchandises au Burkina Faso et que les autres
sont en route pour Lomé. C’est alors que la consigne est donnée au poste de
péage de Sotouboua de fouiller, arrêter et ramener à Sokodé tous camions en
provenance du nord et qui seraient chargés de céréales. Et le jour suivant,
le 07 août, les deux autres camions sont arrêtés et ramenés à la
gendarmerie de Sokodé.
La gendarmerie fait alors venir la télévision nationale (TVT) pour
médiatiser la scène présentée comme un trophée de chasse. Mais les
commerçantes refusent de se faire filmer et de répondre aux questions de la
presse sous prétexte que « la
TVT ment, elle dira ce qu’elles n’ont pas dit ».
Il a fallu l’intervention du préfet de Tchaoudjo pour les convaincre.
Rassurées de l’authenticité des documents qu’elles détiennent, elles
acceptent de se prêter au jeu et font « des déclarations qui,
malheureusement, n’ont pas été entièrement diffusées à la télévision »
confirmant ainsi leur inquiétude d’avant.
Pour les femmes commerçantes, il s’agit d’une interpellation qui ne repose
sur aucun texte légal puisque ‘’aucune disposition réglementaire
n’interdit l’importation de céréales’’ au Togo.
Invitées à fournir les papiers de la douane pour vérification, elles
s‘exécutent mais la gendarmerie récusent les documents présentés pour non
conformité avec les marchandises chargées. Raison évoquée, 100 sacs de
céréales ont été marqués dans les documents alors que les camions
transportaient 600 sacs chacun. Les commerçantes expliquent que 2 sacs du
Burkina équivalent à 1sac du Togo. Donc mathématiquement chaque camion a
embarqué 300 sacs du Togo. Toutes ces explications ont été fournies à la
douane de Cinkassé qui a accepté ce rapprochement. De plus, les douaniers
ont taxé le tiers des marchandises expliquant que dans l’espace CEDEAO les
nourritures ne sont pas normalement taxables. En définitive, les calculs
donnent les résultats suivants : 600 sacs du Burkina = 300 sacs du Togo. 1/3
des sacs du Togo taxés équivaut à 100 sacs.
C’est après toutes ces tracasseries que les véhicules sont autorisés à
quitter Sokodé le lundi 11août pour Lomé avec un gendarme à bord qui, à
chaque poste de contrôle, se faisait le plaisir de descendre pour dire : ‘’je
suis le chef de convoi, j’emmène les camions avec leurs propriétaires qui
ont volé le maïs. Voilà les femmes qui ont volé le maïs’’
Arrivées à Lomé le mardi vers 23 heures, les commerçantes et leurs
cargaisons sont conduites à l’OSAT. Et là, leurs cargaisons sont déchargées
dans les entrepôts de l’OSAT malgré leur protestation.
Passant à la vérification, les journalistes au point de presse ont pu
remarquer que les faits allégués par les commerçantes sont conformes à ce
qui se trouve dans les documents. Et pour prouver leur bonne foi, elles ont
donné, à qui le veut, les numéros de téléphone de leurs fournisseurs au
Burkina Faso pour s’assurer de la provenance des marchandises.
Dans une lettre datée du 13 août et adressée au ministre de la sécurité,
l’Union des Forces de Changement (UFC), s’insurgeant contre ces pratiques
d’un autre temps et qui bafouent de manière grotesque les droits du citoyen,
demande à celui-ci de « donner les instructions nécessaires afin qu’il
soit mis fin aux tracasseries dont ces femmes sont victimes et qu’il soit
procédé à la restitution de leur marchandise, en attendant leur
dédommagement » |