|
La
précision a été apportée le 21 juillet 2008 par le président d’honneur de la
Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), Sidiki Kaba.
«La
FIDH n’imposera rien, elle n’a pas un type de commission prêt-à-porter. Le Togo
doit inventer sa commission que nous devons verser au patrimoine mondial».
En clair, pas de modèle transposable d’un pays à un autre en la matière. Le
modèle sera original, décidé par les Togolais et appliqué par les Togolais
eux-mêmes. Dans un projet initié par sa branche togolaise, la Ligue togolaise
des droits de l’homme (LTDH), l’institution faîtière des ligues nationales a
rassemblé les politiques et la société civile autour de la question «quelle
commission Vérité, justice et réconciliation pour le Togo?». Au finish, trois
grandes idées s’imposent au Togo à en croire Me Yacoubou Hamadou de la LTDH :
créer sa propre commission, le chemin sera long, difficile et semé d’embûches,
l’Etat doit apporter toutes les garanties pour faire aboutir cette commission.
Et pour y arriver, des expériences des pays latino-américains et africains
(Pérou, Chili, Argentine, Maroc, Afrique du Sud, Liberia, …) ont été versées aux
débats. Afin de mûrir les réflexions sur les aspects institutionnels, la
question de réparation, le budget et l’articulation de la future commission
Vérité au Togo. Il faut donc des échanges pour avoir une commission efficace,
crédible et opérationnelle qui pourrait formuler des propositions concrètes qui
peuvent être appliquées dans le cadre d’un mécanisme de suivi de manière à ce
que le processus en cours puisse être mené à son terme.
Aujourd’hui, le modèle transposable se résume dans ces questions : sur combien
de temps il faut enquêter ? Sur quels types de violations des droits de l’homme
il faut enquêter ? Qu’est-ce qu’on fait avec la question de la justice : punir
les auteurs des violations graves des droits de l’homme ou les amnistier en
contrepartie de leurs témoignages pour obtenir la vérité ? Qui composent la
commission ? Comment répare-t-on les violations des droits et les préjudices
commis ?
Cette
vision était déjà partagée par les autorités togolaises. «La conduite des
consultations nationales et la poursuite des efforts de réconciliation nationale
sont et demeureront l’œuvre des Togolais. Non seulement le mal à exorciser est
togolais, non seulement les drames à proscrire se déroulent généralement en
terre togolaise et entre Togolais et leurs victimes sont essentiellement
togolaises, mais il est du devoir et de la responsabilité des Togolais de
conjurer ces épreuves», reconnaissait à juste titre le chef de l’Etat Faure
Gnassingbé, à l’occasion du lancement officiel du processus le 15 avril 2008.
Pour l’heure, la méthode utilisée a été celle des questionnaires et de la
sensibilisation, avec pour matériaux les entretiens individuels, les discussions
thématiques avec des groupes organisés, les rencontres communautaires dans les
communes et les préfectures. Aux dernières nouvelles, le bureau togolais du Haut
commissariat des droits de l’homme (HCDH-Togo) est actuellement à l’étape du
dépouillement des questionnaires administrés.
Sylvestre D.
Evala :
Diversité culturelle chez les Kabyès
C’est un peu la surprise pour l’observateur pendant les Evala 2008 : les
Kabyès, populations des montagnes du nord Togo, ne forment pas malgré l’évidence
un peuple homogène. Ayant conscience de l’appartenance à un même corps ethnique,
ils se caractérisent quand même par des distinguos d’ordre socioculturel.
Lesquels distinguos peuvent à l’analyse s’expliquer par l’histoire, la
sociologie et la politique. Ils concernent des éléments essentiels de la culture
comme la langue (différence au niveau de l’accent) et les pratiques coutumières.
Ainsi peut-on l’observer pendant les Evala dits en pays kabyè qui se sont
déroulés du 12 au 19 juillet dernier.
Les Evala
ne sont pas célébrés de la même manière partout chez les Kabyès. Ce qui est
médiatisé, et auquel a assisté le chef de l’Etat la semaine dernière, est
spécifique aux Kabyès de la préfecture de la Kozah. Il est à noter que le
passage cette année des luttes, phase spectaculaire dans les arènes, dans une
zone du Doufelgou, constitue une exception. Préfecture peuplée majoritairement
de Nawdeba (Losso) et de Kabyè, le Doufelgou a rompu avec cette pratique depuis
des décennies. Les luttes de juillet 2008 marquent peut-être un retour à cette
pratique. Leur continuation dans les années confirmera si ce retour est
définitif.
A
l’instar des Kabyès du Doufelgou, ceux de la Binah (une préfecture
originellement constituée de Kabyè), de Soutouboua (Kabyès issus de
l’immigration plus d’un siècle) (etc.) ont délaissé la lutte ou ne l’ont jamais
pratiquée. On peut même noter une différence d’ordre chronologique des mêmes
pratiques coutumières.
Par
exemple, ceux de Soutouboua ont commencé leurs cérémonies lundi dernier, la
semaine suivant les Evala de la Kozah, tandis que ceux de la Binah le font en
saison sèche. En réalité, les pratiques culturelles sont rigides dans la Kozah
et le deviennent moins au fur et à mesure que l’on s’éloigne des montagnes de ce
que les Allemands appellent la Transkaragebiet. Les différences s’accentuent au
niveau de la préfecture de la Binah où les pratiques sont plutôt flexibles.
Ici, les
cérémonies d’initiation devant conduire le jeune Kabyè de l’adolescence à la
classe d’âge des adultes se limitent à des prières sacrificielles faites à la
fois, successivement, dans la famille paternelle et maternelle de l’évalo. Il
est à noter l’importance chez tous les Kabyès de l’oncle maternel, considéré
comme un second père. On immole un mouton, un chien et des poulets dans les deux
familles dans un autel que dispose chaque famille dans sa concession. Les
cérémonies tendent non à enseigner la combativité et l’agressivité au jeune
évalo, comme dans la Kozah, mais à s’assurer de sa maîtrise de certaines
pratiques domestiques.
Si dans
la Kozah, l’évalo reste dans la réclusion pendant des jours et mange le chien
avec ses pairs, dans la Binah, c’est tout le contraire. Et plus «cyniquement»,
l’évalo ne mange pas les chiens qui sont tués pendant les cérémonies. Tout au
plus, lui en donne-t-on un morceau.
Dans la Kozah
existe un interdit sur le chien à partir du moment où l’évalo devient «kondona»,
c’est-à-dire un vrai adulte. Dans la Binah, cet interdit n’existe pas. La
consommation du chien fait partie des mœurs culinaires, et cette viande se vend
quotidiennement au marché de Kétao.
Plus
spécifique chez les Kabyès de la Binah, c’est leur rapide adaptation à la
modernité, leur flexibilité. Ainsi, les cérémonies initiatiques des Evala et
Kondona peuvent se faire en deux jours au lieu de cinq ans dans la Kozah.
L’histoire, la politique et la rapide modernisation du pays expliquent ces
différences notables.
Un autre
fait marquant de la diversité culturelle chez les Kabyè, rien que dans les
cérémonies initiatiques, c’est cette exception dans la Binah. Les Kabyès de
Kimerida, par exemple, ont adopté une forme plus sévère et rigoureuse des Evala.
Là-bas, les châtiments corporels remplacent la lutte. L’évalo est fouetté,
histoire de voire sa résistance à la douleur.
Sociologiquement, les Kabyès ne constituent pas les seuls peuples du Togo où on
note ces variances culturelles dans une même ethnie ou tribu. Chez les Ewé du
sud Togo, il y a également de nombreuses différences, notamment dans l’Agou ou
le Kloto où les différences se remarquent même dans des hameaux distants d’à
peine trois kilomètres.
Et parmi
les fortes minorités Kabyès vivant dans les régions des Plateaux, on note que
ces pratiques initiatiques sont pratiquement inexistantes. Car, beaucoup pour le
faire devraient revenir dans leurs lieux d’origine. Si certains viennent honorer
ces rites pendant les Evalas, une majorité reste dans leurs lieux d’adaptation
pour des raisons financières ou professionnelles. Les temps changent.
Ce qui
démontre une fois de plus que l’homme est avant tout un produit culturel.
Tony Feda
Ecole primaire publique de Kaadè :
Inégalité entre garçons et filles
Pour son développement, un pays doit compter avant tout sur son potentiel
humain basé pour l’essentiel sur une population nombreuse et travailleuse, une
main-d’œuvre qualifiée – elle-même basée sur une formation de qualité – mais
également et surtout l’égalité entre les sexes.
Au Togo,
malgré l’égalité constitutionnelle proclamée entre homme et femme, on constate
malheureusement que dans les faits, tel n’est pas le cas. Les hommes et les
femmes ne bénéficient pas des mêmes avantages du système, plus favorable aux
premiers qu’aux secondes.
Le milieu
social où l’inégalité des conditions est plus visible est l’école. C’est ce que
l’on peut observer à l’Ecole primaire publique de Kaadè, au pied d’une montagne
dans le Soumdina, canton de la préfecture de la Kozah.
Dans les
classes basses de cette école, on relève le même effectif de filles et de
garçons ; et dans certains cas, les filles sont plus nombreuses que les garçons.
Les résultats de fin d’année dans les basses classes, notamment au cours
préparatoire et au cours élémentaire montrent que le taux de réussite est égal
pour filles et garçons, avec un pic favorable aux filles. Ainsi, peut-on
observer par exemple au cours élémentaire première année (CE1) que sur les cinq
premiers, les filles occupent les quatre premières places, pour un effectif
global de 15 filles sur 12 garçons.
Cependant, les filles commencent à avoir de mauvais résultats à partir du cours
moyen. Pour une proportion sensiblement égale des deux sexes, il y a plus de
réussite chez les garçons que chez les filles. A l’examen du CEPD, sur un
effectif global de 19 admis sur 23 candidats, les filles sont les seules à avoir
été recalées.
Selon M.
Wélla Tchandao, directeur de l’école, l’échec des filles s’explique par les
occupations domestiques, les retards et les absences à l’école ; les retards
étant eux-mêmes la conséquence des occupations. «A mesure que la fille
grandit en âge, elle prend de plus d’importance dans les tâches domestiques,
contrairement aux garçons. En sus des travaux champêtres, la fille participe
grandement aux travaux de la maison», observe M. Tchandao. «Et
quelquefois, les parents sont plus disposés à payer les frais de scolarité du
garçon que de la jeune fille», ajoute-t-il, malgré les précautions prises
par l’Etat de diminuer le coût de la scolarité de la jeune fille.
Enseignants
abandonnés
EPP Kaadè
de Soumdina illustre à elle seule les difficultés de l’enseignement au Togo.
Cette école porte les stigmates des manquements du ministère de l’Enseignement
et l’hypocrisie de l’Etat en matière de gestion des ressources humaines.
Voici une école
fondée par les habitants de Kaadè en 1998 et intégrée par le ministère en 2006.
La formation était conduite au début entièrement par des enseignants volontaires
(EV), non payés pour ainsi dire par l’Etat parce que ne faisant pas partie de la
fonction publique et non recrutés à l’issue d’un concours officiel. En réalité,
ces enseignants volontaires sont rétribués sur le budget de l’Association des
parents d’élèves (APE), à raison de 8.000 à 10.000 francs, soit 50 à 66% du
Smig. Mais à peine arrivent-t-ils à être payés généralement, puisque les membres
de l’APE sont eux-mêmes bien en peine de payer leur cotisation. Ces
laissés-pour-compte de l’enseignement se rattrapent passablement dans les zones
rurales en recourant à l’utilisation des enfants dans les travaux champêtres.
Mais vu l’insuffisance et la pauvreté des sols dans les montagnes de la Kozah,
il va sans dire que ces martyrs de l’enseignement ne sont jamais au bout de leur
peine.
En 2006,
l’Etat recrute un enseignant qu’il nomme directeur de l’Ecole, puis deux autres,
à l’issue d’un concours de recrutement national. Les nouveaux remplacent les
enseignants volontaires qui repartent à leurs misères, sans indemnités, oubliés
jusqu’à ceux qu’ils instruisent. Seuls ceux qui ont la chance de réussir à un
concours de recrutement retrouvent leur poste.
C’est
malheureusement la triste iniquité dans l’enseignement. Officiellement, seuls
ceux qui sont recrutés par la fonction publique peuvent prétendre au statut
d’enseignement de l’Etat. Mais diantre pourquoi alors ce système d’enseignant
volontaire, un système d’apartheid qui fait qu’à travail égal salaire inégal ?
L’Etat
qu’on dit être un monstre froid doit avoir quelquefois un cœur humain et cesser
d’exploiter impunément ses sujets. Dans le cas d’espèce, il faudrait que l’Etat
trouve une solution adéquate pour soulager la situation des enseignants
volontaires.
A l’EPP
Kaadè, le taux de réussite au CEPD cette année est de 83%, dû à un enseignant
volontaire.
Tony Feda
Energie :
Plus de 80
milliards pour une centrale électrique à Lomé
Le
drame des délestages devra fini à moyen et long termes. La CEET, qui table sur
2010, est confirmée dans ses prévisions par le financement décroché il y a une
semaine par ContourGlobal Togo pour la production de 100 MW fin 2009 au Togo.
ContourGlobal Togo, filiale de la compagnie internationale d’énergie
ContourGlobal, a décroché, le 17 juillet dernier, l’approbation pour un
financement et une assurance de risque politique à hauteur de 209 millions de
dollars US (près de 84 milliards de francs Cfa). Le fonds est accordé par le
conseil d’administration de l’OPIC (Overseas Private Investment Corporation),
une agence américaine. Il va servir à la construction d’une centrale électrique
à Lomé.
Le
projet constitue à ce jour le plus important investissement électrique en
République du Togo, a indiqué à New York, aux Etats-Unis, un communiqué de
presse de ContourGlobal. Ce projet innovant de 100 MW «triple carburant» devrait
être opérationnel à la fin de 2009. La centrale sera alimentée par six moteurs
Wartsila 18V50DF (16,6 MW chacun), qui sont capables de fonctionner avec du gaz
naturel, du mazout lourd et du carburant diesel distillé, ce qui permettra un
changement instantané de carburant le cas échéant.
La
centrale commencera par être alimentée avec du mazout lourd, jusqu’à ce que du
gaz naturel soit disponible via le gazoduc WAGP (West Africa Gas Pipeline),
précise le texte. La centrale produira plus de 780 GWh d’électricité et aidera
le Togo ainsi que la région à surmonter les pénuries d’électricité, sources de
délestages électriques et inhibitrices de la croissance économique.
L’OPIC
fournira un financement maximal de 147 millions de dollars et une assurance
maximale de 62 millions de dollars à ContourGlobal Togo pour la construction et
l’exploitation de la centrale.
ContourGlobal Togo a conclu l’année dernière un contrat d’achat d’électricité de
25 ans en vertu duquel la compagnie vendra l’électricité générée par la centrale
à la Compagnie énergie électrique du Togo (CEET).
La
centrale électrique construite par ContourGlobal ajoutera au marché togolais une
source considérable d’énergie, qui sera fiable et vendue à un prix compétitif,
assure ContourGlobal. De plus, elle permettra de diversifier la production
d’énergie du Togo.
«Nous sommes
très heureux d’être parvenus à cette étape critique dans notre projet de
génération d’électricité au Togo (…). Ce projet innovant est le plus important
investissement de génération en Afrique de l’Ouest depuis plus d’une décennie :
il va propulser la croissance économique et améliorer la santé et les occasions
au Togo et dans la région», a déclaré Joseph Brandt, président et chef de la
direction de ContourGlobal.
ContourGlobal a été fondé en 2005 par Joseph Brandt avec Reservoir Capital
Group, un fonds de 3,5 milliards de dollars établi à New York. La société
développe, achète et exploite des compagnies électriques et de chauffage urbain
dans le monde entier. Elle est actuellement composée de huit installations sur
quatre continents et a environ 100 MW de capacité installée et un pipeline actif
de nouvelles activités de développement totalisant 10 000 MW.
Quant à
l’OPIC, une agence du gouvernement des Etats-Unis créée en 1971, elle aide les
entreprises américaines à investir à l’étranger, promeut le développement
économique dans les marchés nouveaux et émergents, aide le secteur privé à gérer
les risques associés aux investissements à l’étranger, et soutient la politique
étrangère américaine.
K.
Tchamdja
Relations BAD/Togo :
La BAD efface 10 milliards d’arriérés du Togo
-
Le Togo
satisfait aux critères d’Etat fragile
Le conseil d’administration de la Banque africaine de développement (Bad)
a approuvé, mardi à son siège à Tunis, un programme d’apurement des arriérés du
Togo à hauteur de 24 millions de dollars américains, soit 10 milliards de francs
Cfa. Le conseil d’administration, d’après un communiqué de presse, a considéré
que le Togo, en tant qu’État fragile, satisfait aux critères requis pour
bénéficier de l’assistance de la Facilité en faveur des Etats fragiles, un
nouveau mécanisme de la Bad qui prévoit une assistance opérationnelle
supplémentaire aux pays sortant de conflit ayant satisfait à deux conditions
principales : engagement du pays à consolider la paix et la sécurité ; et mise
en œuvre de politiques macroéconomique saines et transparence des comptes
publics.
A ce
titre, le conseil d’administration a considéré que les autorités togolaises ont
donné plusieurs signaux positifs de leur engagement à consolider la paix et la
sécurité : tenue à Lomé du dialogue inter togolais en 2006 qui a abouti à
l’Accord Politique Global ; organisation des élections législatives dans des
conditions relativement acceptables en octobre 2007 suivie de la formation d’un
gouvernement d’ouverture. Par ailleurs, le Togo a mis en œuvre d’importantes
réformes macroéconomiques et structurelles depuis 2006. La gestion budgétaire
est devenue plus prudente et rigoureuse, et le pays a entamé la restructuration
de plusieurs secteurs clés de l’économie, notamment le secteur financier, et les
sous-secteurs du coton et des phosphates où de graves problèmes de gouvernance
avaient été relevés.
En 2008,
le Togo s’est engagé à poursuivre ces réformes dans le cadre d’un programme
triennal appuyé par la Facilité pour la réduction et la pauvreté (FRPC) du Fonds
monétaire international (FMI). Ce programme devrait permettre au pays de
bénéficier d’un allègement de sa dette extérieure au titre de l’Initiative en
faveur des Pays pauvres très endettés (PPTE) et de l’Initiative d’allégement de
la dette multilatérale.
Normalisation
La
décision du conseil d’administration permet au Togo de normaliser ses relations
avec le Groupe de la Bad, qui souffraient depuis 2001 d’une accumulation
d’arriérés s’élevant à 24,2 millions de dollars au 31 décembre 2008, y compris
les échéances non payées de 2008. Compte tenu de la situation financière fragile
du Togo, la quote-part du pays dans le programme d’apurement des arriérés a été
limitée au seuil symbolique de 1 %.
Par cette
décision du conseil d’administration, la Bad marque sa ferme volonté
d’accompagner le Togo vers la sortie de crise aux côtés des autres partenaires
du pays. Dans la perspective de la reprise effective de ses activités au Togo,
une mission de la Bad s’est rendue au Togo la semaine dernière afin de préparer
un document de stratégie par pays intérimaire. La mission a mené des discussions
avec les autorités togolaises sur les priorités à court et moyen termes du
gouvernement ; priorités qui orienteront les domaines d’interventions de la
banque dans les mois à venir.
Le Togo
est le premier pays à bénéficier de la nouvelle Facilité en faveur des Etats
fragiles (FEF), approuvée fin mars 2008.
K.
Tchamdja
Musique
:
L’extraordinaire renaissance
de la musique
togolaise
Ce soir (vendredi 25 juillet) à 20 heures au CCF, fait un concert en live
Joe Coo, un musicien togolais, entre tradition et modernité. Ce spectacle clôt
depuis presque 12 mois le chapitre du passage de musiciens au CCF et de
parution d’albums qui témoignent de la renaissance de la musique togolaise. Une
renaissance commencée, il est vrai, depuis 1999 avec King Mensah, celui qui a
réveillé la musique nationale de la torpeur dans laquelle l’a plongé la mort de
la chanteuse Bella Bello.
A sa
suite se dressent d’autres chanteurs à l’instar précisément de l’artiste de ce
soir, Joe Coo, peu connu et moins aimé à cause de sa musique élitiste, de Peter
Solo, Sassou Koudou, du percussionniste Agbetoglo, de Susu Bilibi, Brice Kapel,
des musiciens de hip hop tels que Eric MC et le groupe Djanta Kan ; puis tout
récemment de la prometteuse Vanessa Worou. La liste n’est pas exhaustive mais
celle-ci est emblématique d’une musique nationale qui renaît de ses cendres, en
dépit du contexte culturel difficile caractérisé par un déficit d’organisation
et d’investissement de la culture par l’Etat, et les faiblesses structurelles
des organisations privées.
Cette
musique, si elle n’arrive pas encore à faire concurrence véritable aux musiques
étrangères –cela ne saurait tarder-, exception faite de la musique de King
Mensah, plébiscitée, a toutefois limité leurs influences et prépare leur terrain
pour la relève. Cette génération citée ci-dessus est pionnière. Celle qui vient
est forcément obligée de faire mieux.
Avant
cette situation nouvelle, le Togo manquait d’artistes musiciens. La plupart
vivaient sous influence des rythmes importés du Congo démocratique, de la Côte
d’Ivoire, du Bénin et même des Etats-Unis. Des goûts kitsch qui plaisent à la
majorité des mélomanes, joués fréquemment dans les boîtes de nuit, mais qui ne
reflètent point les cultures togolaises.
L’artiste
phare dans l’illustration du copier-coller des musiques étrangères est le
chanteur Gnanky Gnankana, qui voyage entre les musiques congolaises et le
couper-décaler ivoirien, au point d’être considéré par une certaine télé
nationale comme l’artiste togolais le plus en vogue !
A côté
des copieurs, il y a également des artistes de la chanson religieuse qu’on nomme
pompeusement et faussement « Gospel ». S’ils sont plus vendeurs d’albums, force
est de reconnaître que leur musique est loin du genre dont il s’affuble.
Pour en
arriver à cette situation nouvelle, les artistes de la renaissance ont dû
résoudre la question de la problématique d’une musique togolaise reconnaissable
par son originalité parmi les dizaines de rythmes musicaux du monde.
Le Graal est
à la maison
La
réponse se trouve dans un voyage initiatique vers les sources traditionnelles
pour y puiser les rythmes locaux dont agbadja, aguéché, akpessé, kamou etc, et
les mitonner à la sauce moderne. Il a fallu plus de 25 ans aux Togolais pour
savoir que le Graal est à la maison.
A tout
seigneur tout honneur. King Mensah a sonné le tocsin dans ce domaine après sa
formation à l’école Ki Yi en Côte d’Ivoire, une école où l’on apprend à
travailler les rythmes et les danses traditionnels africains. Résultat : un
funk et une soul mangés à la sauce agbadja et kamou, chantés dans le créole
ewé-mina de Lomé, et une esthétique où la voix prend une part importante. Cela a
conduit a deux titres de Kora donnant une dimension internationale à notre
musique. Un art people aimé la fois du peuple et d’une certaine élite.
Les
autres, Joe Coo, Sassou Koudou, Vanessa Worou et Peter Solo, abonderont plus ou
moins dans le même sens, avec beaucoup de variances. Si Joe Coo, Peter Solo et
Vanessa Worou semblent avoir puisé également dans les sources des musiques
noires des Etats-Unis, Sassou Koudou et Brice Kapel sont marqués par des
influences européennes, la mise en jeu de nombreux instruments africains et
occidentaux, même asiatiques chez Sassou Koudou.
Cette
renaissance a quelques faiblesses. L’emblématique King Mensah réussit grâce à
une production abondante -cinq albums en 8 ans- et à de nombreuses productions
de spectacles. Il n’en est pas de même de Joe Coo et de Peter Solo, dont les
opus sont moindres malgré une production en salle en France.
Une vraie
réussite passe par la production d’albums et surtout l’organisation des
spectacles. Et c’est là que l’Etat togolais devrait intervenir. Comme le dit si
bien King Mensah, il faut revoir le tarif de location des salles et venir en
soutien aux artistes. Le problème, c’est qu’il n’y a presque pas de salle de
spectacle !
Portrait :
Bafafre,
forgeron
à Tcharè
Très tôt le matin, Tcharè, petit village à une dizaine de kilomètres au
nord-ouest de Pya, dans la région de Kara, commence à s’animer. Autour de l’une
de ses forges, située au centre des habitations.
Les
braises avaient commencé à perdre de leur incandescence dans le four de pierre.
Mais Bafafre leur redonne vie en jetant quelques fagots soigneusement entreposés
non loin de là. Les bras de sa femme, ou l’un de ses fils, le week-end,
commencent à s’activer, dans un geste fort et précis, pour faire sortir l’air du
soufflet mu grâce à une corde passant autour d’une poulie. Il en sera ainsi
toutes les journées de la semaine. Sans discontinuer. Il n’y a qu’à la nuit
tombée que le souffle et son bruit cesseront. Quand toute la famille ira se
reposer.
Six forgerons
à Tcharè
Bafafre
est l’un des six forgerons de Tcharè, tous issus de pères de forgerons, tout
comme ils forment dès leur plus jeune âge, leurs fils à ce noble mais dur
métier. La région est la capitale de la forge, du travail du fer. Ce sont eux
qu’il y a des lustres fabriquaient les fers des lances des guerriers et des
chasseurs. C’est de ce travail de pré-guerrier qu’est venue la considération
pour leur métier. Avec tous ses rites. Par exemple, chaque semaine, un animal
est sacrifié et le sang versé sur et dans la four pour chasser tous les mauvais
esprits. Le four sert aussi, en son sommet, à fumer quelques animaux sauvages
pour permettre leur conservation. On peut aisément concevoir qu’il faut être
bien nourri pour travailler dans la forge. Le travail est lent, long, rude,
nécessite une énergie considérable.
Il suffit
de voir les muscles de Bafafre et de ses fils pour comprendre. Toute la journée,
muni d’une pierre lourde, il travaille le métal chauffé à rouge dans le four,
puis posé sur une enclume, c'est-à-dire une plus ou moins large pierre, mais en
tout cas très longue, enfoui dans la pierre.
Frapper sur
une enclume en pierre
Il faut
s’accroupir pour manier marteau de pierre d’une dizaine de kilos et frapper
régulièrement pendant des heures dans cette situation inconfortable. Aucun
organisme européen ne résisterait, mais, à Tcharé, dès dix ans on se met au
travail. Et l’on pétrit le métal, la pierre devenant plus lourde aux fils des
ans et de la vigueur. La faiblesse est interdite dans cette antre sombre de
quatre mètres de diamètre, aérée par deux portes et deux minuscules fenêtres.
Fierté
Là,
s’activent le forgeron, sa femme au soufflet et deux de ses fils pour les
travaux moins lourds. Chacun a son enclume en fonction du labeur à effectuer.
D’une pièce de
métal provenant d’une épave d’un vieux camion ou d’une voiture hors d’usage,
chauffée à rouge ou à blanc dans l’âtre du four, naissent à coups de masse de
pierre des plaques qui s’étirent lentement selon la volonté du forgeron. Elles
prendront d’autres formes grâce aux tenailles et burins.
Elles se
transforment, avec un métal de plus en plus difficile à trouver,
essentiellement, maintenant, en pelles, utiles aux agriculteurs. Ou bien en gong
ou castagnettes pour les groupes folkloriques locaux. Chaque forgeron marque de
sa propre empreinte, emboutie dans le métal rougeoyant. C’est sa signature.
Rares sont les touristes, les produits sont écoulés au Togo, dans la région ou
bien au Bénin.
A 41 ans,
Bafafre travaille depuis bien avant ses dix ans. Il est maintenant entouré de
Clémentine Yoma, son épouse qui, entre deux tétées au petit dernier, s’active au
soufflet pendant que les deux garçons aident leur père. Le plus grand avec une
force déjà hors du commun pour ses petits bras de dix ans. Le soir, ils
rejoignent la maison mitoyenne. Pour un repos bien mérité mais avec la fierté
d’être forgerons.
Par Alan Lawson
|