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ACTUALITÉ / NEWS
Commission Vérité au Togo : S’inscrire dans le patrimoine mondial
L'Union #136 du 25 juillet 2008

La précision a été apportée le 21 juillet 2008 par le président d’honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), Sidiki Kaba. «La FIDH n’imposera rien, elle n’a pas un type de commission prêt-à-porter. Le Togo doit inventer sa commission que nous devons verser au patrimoine mondial». En clair, pas de modèle transposable d’un pays à un autre en la matière. Le modèle sera original, décidé par les Togolais et appliqué par les Togolais eux-mêmes. Dans un projet initié par sa branche togolaise, la Ligue togolaise des droits de l’homme (LTDH), l’institution faîtière des ligues nationales a rassemblé les politiques et la société civile autour de la question «quelle commission Vérité, justice et réconciliation pour le Togo?». Au finish, trois grandes idées s’imposent au Togo à en croire Me Yacoubou Hamadou de la LTDH : créer sa propre commission, le chemin sera long, difficile et semé d’embûches, l’Etat doit apporter toutes les garanties pour faire aboutir cette commission. Et pour y arriver, des expériences des pays latino-américains et africains (Pérou, Chili, Argentine, Maroc, Afrique du Sud, Liberia, …) ont été versées aux débats. Afin de mûrir les réflexions sur les aspects institutionnels, la question de réparation, le budget et l’articulation de la future commission Vérité au Togo. Il faut donc des échanges pour avoir une commission efficace, crédible et opérationnelle qui pourrait formuler des propositions concrètes qui peuvent être appliquées dans le cadre d’un mécanisme de suivi de manière à ce que le processus en cours puisse être mené à son terme.

       Aujourd’hui, le modèle transposable se résume dans ces questions : sur combien de temps il faut enquêter ? Sur quels types de violations des droits de l’homme il faut enquêter ? Qu’est-ce qu’on fait avec la question de la justice : punir les auteurs des violations graves des droits de l’homme ou les amnistier en contrepartie de leurs témoignages pour obtenir la vérité ? Qui composent la commission ? Comment répare-t-on les violations des droits et les préjudices commis ?

       Cette vision était déjà partagée par les autorités togolaises. «La conduite des consultations nationales et la poursuite des efforts de réconciliation nationale sont et demeureront l’œuvre des Togolais. Non seulement le mal à exorciser est togolais, non seulement les drames à proscrire se déroulent généralement en terre togolaise et entre Togolais et leurs victimes sont essentiellement togolaises, mais il est du devoir et de la responsabilité des Togolais de conjurer ces épreuves», reconnaissait à juste titre le chef de l’Etat Faure Gnassingbé, à l’occasion du lancement officiel du processus le 15 avril 2008. Pour l’heure, la méthode utilisée a été celle des questionnaires et de la sensibilisation, avec pour matériaux les entretiens individuels, les discussions thématiques avec des groupes organisés, les rencontres communautaires dans les communes et les préfectures. Aux dernières nouvelles, le bureau togolais du Haut commissariat des droits de l’homme (HCDH-Togo) est actuellement à l’étape du dépouillement des questionnaires administrés.

Sylvestre D.


Evala : Diversité culturelle chez les Kabyès

       C’est un peu la surprise pour l’observateur pendant les Evala 2008 : les Kabyès, populations des montagnes du nord Togo, ne forment pas malgré l’évidence un peuple homogène. Ayant conscience de l’appartenance à un même corps ethnique, ils se caractérisent quand même par des distinguos d’ordre socioculturel. Lesquels distinguos peuvent à l’analyse s’expliquer par l’histoire, la sociologie et la politique. Ils concernent des éléments essentiels de la culture comme la langue (différence au niveau de l’accent) et les pratiques coutumières. Ainsi peut-on l’observer pendant les Evala dits en pays kabyè qui se sont déroulés du 12 au 19 juillet dernier.

       Les Evala ne sont pas célébrés de la même manière partout chez les Kabyès. Ce qui est médiatisé, et auquel a assisté le chef de l’Etat la semaine dernière, est spécifique aux Kabyès de la préfecture de la Kozah. Il est à noter que le passage cette année des luttes, phase spectaculaire dans les arènes, dans une zone du Doufelgou, constitue une exception. Préfecture peuplée majoritairement de Nawdeba (Losso) et de Kabyè, le Doufelgou a rompu avec cette pratique depuis des décennies. Les luttes de juillet 2008 marquent peut-être un retour à cette pratique. Leur continuation dans les années confirmera si ce retour est définitif.

       A l’instar des Kabyès  du Doufelgou, ceux de la Binah (une préfecture originellement constituée de Kabyè), de Soutouboua (Kabyès issus de l’immigration plus d’un siècle) (etc.) ont délaissé la lutte ou ne l’ont jamais pratiquée. On peut même noter une différence d’ordre chronologique des mêmes pratiques coutumières.

       Par exemple, ceux de Soutouboua ont commencé leurs cérémonies lundi dernier, la semaine suivant les Evala de la Kozah, tandis que ceux de la Binah le font en saison sèche. En réalité, les pratiques culturelles sont rigides dans la Kozah et le deviennent moins au fur et à mesure que l’on s’éloigne des montagnes de ce que les Allemands appellent la Transkaragebiet. Les différences s’accentuent au niveau de la préfecture de la Binah où les pratiques sont plutôt flexibles.

       Ici, les cérémonies d’initiation devant conduire le jeune Kabyè de l’adolescence à la classe d’âge des adultes se limitent à des prières sacrificielles faites à la fois, successivement, dans la famille paternelle et maternelle de l’évalo. Il est à noter l’importance chez tous les Kabyès de l’oncle maternel, considéré comme un second père. On immole un mouton, un chien et des poulets dans les deux familles dans un autel que dispose chaque famille dans sa concession. Les cérémonies tendent non à enseigner la combativité et l’agressivité au jeune évalo, comme dans la Kozah, mais à s’assurer de sa maîtrise de certaines pratiques domestiques.

       Si  dans la Kozah, l’évalo reste dans la réclusion pendant des jours et mange le chien avec ses pairs, dans la Binah, c’est tout le contraire. Et plus «cyniquement», l’évalo ne mange pas les chiens qui sont tués pendant les cérémonies. Tout au plus, lui en donne-t-on un morceau.

Dans la Kozah existe un interdit sur le chien à partir du moment où l’évalo devient «kondona», c’est-à-dire un vrai adulte. Dans la Binah, cet interdit n’existe pas. La consommation du chien fait partie des mœurs culinaires, et cette viande se vend quotidiennement au marché de Kétao.

       Plus spécifique chez les Kabyès de la Binah, c’est leur rapide adaptation à la modernité, leur flexibilité. Ainsi, les cérémonies initiatiques des Evala et Kondona peuvent se faire en deux jours au lieu de cinq ans dans la Kozah. L’histoire, la politique et la rapide modernisation du pays expliquent ces différences notables.

       Un autre fait marquant de la diversité culturelle chez les Kabyè, rien que dans les cérémonies initiatiques, c’est cette exception dans la Binah. Les Kabyès de Kimerida, par exemple, ont adopté une forme plus sévère  et rigoureuse des Evala. Là-bas, les châtiments corporels remplacent la lutte. L’évalo est fouetté, histoire de voire sa résistance à la douleur.

       Sociologiquement, les Kabyès ne constituent pas les seuls peuples du Togo où on note ces variances culturelles dans une même ethnie ou tribu. Chez les Ewé du sud Togo, il y a également de nombreuses différences, notamment dans l’Agou ou le Kloto où les différences se remarquent même dans des hameaux distants d’à peine trois kilomètres.

       Et parmi les fortes minorités Kabyès vivant dans les régions des Plateaux, on note que ces pratiques initiatiques sont pratiquement inexistantes. Car, beaucoup pour le faire devraient revenir dans leurs lieux d’origine. Si certains viennent honorer ces rites pendant les Evalas, une majorité reste dans leurs lieux d’adaptation pour des raisons financières ou professionnelles. Les temps changent.  

         Ce qui démontre une fois de plus que l’homme est avant tout un produit culturel.

Tony Feda 


Ecole primaire publique de Kaadè : Inégalité entre garçons et filles

       Pour son développement, un pays doit compter avant tout sur son potentiel humain basé pour l’essentiel sur une population nombreuse et travailleuse, une main-d’œuvre qualifiée – elle-même basée sur une formation de qualité – mais également et surtout l’égalité entre les sexes.

       Au Togo, malgré l’égalité constitutionnelle proclamée entre homme et femme, on constate malheureusement que dans les faits, tel n’est pas le cas.  Les hommes et les femmes ne bénéficient pas des mêmes avantages du système, plus favorable aux premiers qu’aux secondes.

       Le milieu social où l’inégalité des conditions est plus visible est l’école. C’est ce que l’on peut observer à l’Ecole primaire publique de Kaadè, au pied d’une montagne dans le Soumdina, canton de la préfecture de la Kozah.

       Dans les classes basses de cette école, on relève le même effectif de filles et de garçons ; et dans certains cas, les filles sont plus nombreuses que les garçons. Les résultats de fin d’année dans les basses classes, notamment au cours préparatoire et au cours élémentaire montrent que le taux de réussite est égal pour filles et garçons, avec un pic favorable aux filles. Ainsi, peut-on observer par exemple au cours élémentaire première année (CE1) que sur les cinq premiers, les filles occupent les quatre premières places, pour un effectif global de 15 filles sur 12 garçons.

       Cependant, les filles commencent à avoir de mauvais résultats à partir du cours moyen. Pour une proportion sensiblement égale des deux sexes, il y a plus de réussite chez les garçons que chez les filles. A l’examen du CEPD, sur un effectif global de 19 admis sur 23 candidats, les filles sont les seules à avoir été recalées.

       Selon M. Wélla Tchandao, directeur de l’école, l’échec des filles s’explique par les occupations domestiques, les retards et les absences à l’école ; les retards étant eux-mêmes la conséquence des occupations. «A mesure que la fille grandit en âge, elle prend de plus d’importance dans les tâches domestiques, contrairement aux garçons. En sus des travaux champêtres, la fille participe grandement aux travaux de la maison», observe  M. Tchandao. «Et quelquefois, les parents sont plus disposés à payer les frais de scolarité du garçon que de la jeune fille», ajoute-t-il, malgré les précautions prises par l’Etat de diminuer le coût de la scolarité de la jeune fille.  

Enseignants abandonnés

       EPP Kaadè de Soumdina illustre à elle seule les difficultés de l’enseignement au Togo. Cette école porte les stigmates des manquements du ministère de l’Enseignement et l’hypocrisie de l’Etat en matière de gestion des ressources humaines.

Voici une école fondée par les habitants de Kaadè en 1998 et intégrée par le ministère en 2006. La formation était conduite au début entièrement par des enseignants volontaires (EV), non payés pour ainsi dire par l’Etat parce que ne faisant pas partie de la fonction publique et non recrutés à l’issue d’un concours officiel. En réalité, ces enseignants volontaires sont rétribués sur le budget de l’Association des parents d’élèves (APE), à raison de 8.000 à 10.000 francs, soit 50 à 66% du Smig. Mais à peine arrivent-t-ils à être payés généralement, puisque les membres de l’APE sont eux-mêmes bien en peine de payer leur cotisation. Ces laissés-pour-compte de l’enseignement se rattrapent passablement dans les zones rurales en recourant à l’utilisation des enfants dans les travaux champêtres. Mais vu l’insuffisance et la pauvreté des sols dans les montagnes de la Kozah, il va sans dire que ces martyrs de l’enseignement ne sont jamais au bout de leur peine.

       En 2006, l’Etat recrute un enseignant qu’il nomme directeur de l’Ecole, puis deux autres, à l’issue d’un concours de  recrutement national. Les nouveaux remplacent les enseignants volontaires qui repartent à leurs misères, sans indemnités, oubliés jusqu’à ceux qu’ils instruisent. Seuls ceux qui ont la chance de réussir à un concours de recrutement retrouvent leur poste.

       C’est malheureusement la triste iniquité dans l’enseignement. Officiellement, seuls ceux qui sont recrutés par la fonction publique peuvent prétendre au statut d’enseignement de l’Etat. Mais diantre pourquoi alors ce système d’enseignant volontaire, un système d’apartheid qui fait qu’à travail égal salaire inégal ?

       L’Etat qu’on dit être un monstre froid doit avoir quelquefois un cœur humain et cesser d’exploiter impunément ses sujets. Dans le cas d’espèce, il faudrait que l’Etat trouve une solution adéquate pour soulager la situation des enseignants volontaires.

       A l’EPP Kaadè, le taux de réussite au CEPD cette année est de 83%,  dû à un enseignant volontaire. 

Tony Feda


Energie : Plus de 80 milliards pour une centrale électrique à Lomé

            Le drame des délestages devra fini à moyen et long termes. La CEET, qui table sur 2010, est confirmée dans ses prévisions par le financement décroché il y a une semaine par ContourGlobal Togo pour la production de 100 MW fin 2009 au Togo.

          ContourGlobal Togo, filiale de la compagnie internationale d’énergie ContourGlobal, a décroché, le 17 juillet dernier, l’approbation pour un financement et une assurance de risque politique à hauteur de 209 millions de dollars US (près de 84 milliards de francs Cfa). Le fonds est accordé par le conseil d’administration de l’OPIC (Overseas Private Investment Corporation), une agence américaine. Il va servir à la construction d’une centrale électrique à Lomé.

          Le projet constitue à ce jour le plus important investissement électrique en République du Togo, a indiqué à New York, aux Etats-Unis, un communiqué de presse de ContourGlobal. Ce projet innovant de 100 MW «triple carburant» devrait être opérationnel à la fin de 2009. La centrale sera alimentée par six moteurs Wartsila 18V50DF (16,6 MW chacun), qui sont capables de fonctionner avec du gaz naturel, du mazout lourd et du carburant diesel distillé, ce qui permettra un changement instantané de carburant le cas échéant.

          La centrale commencera par être alimentée avec du mazout lourd, jusqu’à ce que du gaz naturel soit disponible via le gazoduc WAGP (West Africa Gas Pipeline), précise le texte. La centrale produira plus de 780 GWh d’électricité et aidera le Togo ainsi que la région à surmonter les pénuries d’électricité, sources de délestages électriques et inhibitrices de la croissance économique.

          L’OPIC fournira un financement maximal de 147 millions de dollars et une assurance maximale de 62 millions de dollars à ContourGlobal Togo pour la construction et l’exploitation de la centrale.

          ContourGlobal Togo a conclu l’année dernière un contrat d’achat d’électricité de 25 ans en vertu duquel la compagnie vendra l’électricité générée par la centrale à la Compagnie énergie électrique du Togo (CEET).

          La centrale électrique construite par ContourGlobal ajoutera au marché togolais une source considérable d’énergie, qui sera fiable et vendue à un prix compétitif, assure ContourGlobal. De plus, elle permettra de diversifier la production d’énergie du Togo.

«Nous sommes très heureux d’être parvenus à cette étape critique dans notre projet de génération d’électricité au Togo (…). Ce projet innovant est le plus important investissement de génération en Afrique de l’Ouest depuis plus d’une décennie : il va propulser la croissance économique et améliorer la santé et les occasions au Togo et dans la région», a déclaré Joseph Brandt, président et chef de la direction de ContourGlobal.

          ContourGlobal a été fondé en 2005 par Joseph Brandt avec Reservoir Capital Group, un fonds de 3,5 milliards de dollars établi à New York. La société développe, achète et exploite des compagnies électriques et de chauffage urbain dans le monde entier. Elle est actuellement composée de huit installations sur quatre continents et a environ 100 MW de capacité installée et un pipeline actif de nouvelles activités de développement totalisant 10 000 MW.

         Quant à l’OPIC, une agence du gouvernement des Etats-Unis créée en 1971, elle aide les entreprises américaines à investir à l’étranger, promeut le développement économique dans les marchés nouveaux et émergents, aide le secteur privé à gérer les risques associés aux investissements à l’étranger, et soutient la politique étrangère américaine.

K. Tchamdja 


Relations BAD/Togo : La BAD efface 10 milliards d’arriérés du Togo

  • Le Togo satisfait aux critères d’Etat fragile

       Le conseil d’administration de la Banque africaine de développement (Bad) a approuvé, mardi à son siège à Tunis, un programme d’apurement des arriérés du Togo à hauteur de 24 millions de dollars américains, soit 10 milliards de francs Cfa. Le conseil d’administration, d’après un communiqué de presse, a considéré que le Togo, en tant qu’État fragile, satisfait aux critères requis pour bénéficier de l’assistance de la Facilité en faveur des Etats fragiles, un nouveau mécanisme de la Bad qui prévoit une assistance opérationnelle supplémentaire aux pays sortant de conflit ayant satisfait à deux conditions principales : engagement du pays à consolider la paix et la sécurité ; et mise en œuvre de politiques macroéconomique saines et transparence des comptes publics. 

       A ce titre, le conseil d’administration a considéré que les autorités togolaises ont donné plusieurs signaux positifs de leur engagement à consolider la paix et la sécurité : tenue à Lomé du dialogue inter togolais en 2006 qui a abouti à l’Accord Politique Global ; organisation des élections législatives dans des conditions relativement acceptables en octobre 2007 suivie de la formation d’un gouvernement d’ouverture. Par ailleurs, le Togo a mis en œuvre d’importantes réformes macroéconomiques et structurelles depuis 2006. La gestion budgétaire est devenue plus prudente et rigoureuse, et le pays a entamé la restructuration de plusieurs secteurs clés de l’économie, notamment le secteur financier, et les sous-secteurs du coton et des phosphates où de graves problèmes de gouvernance avaient été relevés.

       En 2008, le Togo s’est engagé à poursuivre ces réformes dans le cadre d’un programme triennal appuyé par la Facilité pour la réduction et la pauvreté (FRPC) du Fonds monétaire international (FMI). Ce programme devrait permettre au pays de bénéficier d’un allègement de sa dette extérieure au titre de l’Initiative en faveur des Pays pauvres très endettés (PPTE) et de l’Initiative d’allégement de la dette multilatérale.

Normalisation

       La décision du conseil d’administration permet au Togo de normaliser ses relations avec le Groupe de la Bad, qui souffraient depuis 2001 d’une accumulation d’arriérés s’élevant à 24,2 millions de dollars au 31 décembre 2008, y compris les échéances non payées de 2008. Compte tenu de la situation financière fragile du Togo, la quote-part du pays dans le programme d’apurement des arriérés a été limitée au seuil symbolique de 1 %.

       Par cette décision du conseil d’administration, la Bad marque sa ferme volonté d’accompagner le Togo vers la sortie de crise aux côtés des autres partenaires du pays. Dans la perspective de la reprise effective de ses activités au Togo, une mission de la Bad s’est rendue au Togo la semaine dernière afin de préparer un document de stratégie par pays intérimaire. La mission a mené des discussions avec les autorités togolaises sur les priorités à court et moyen termes du gouvernement ; priorités qui orienteront les domaines d’interventions de la banque dans les mois à venir.

       Le Togo est le premier pays à bénéficier de la nouvelle Facilité en faveur des Etats fragiles (FEF), approuvée fin mars 2008.

K. Tchamdja 


Musique : L’extraordinaire renaissance de la musique togolaise

       Ce soir (vendredi 25 juillet) à 20 heures au CCF, fait un concert en live Joe Coo, un musicien togolais, entre tradition et modernité. Ce spectacle clôt depuis presque 12 mois le chapitre du passage de musiciens au CCF et de parution  d’albums qui témoignent de la renaissance de la musique togolaise. Une renaissance commencée, il est vrai, depuis 1999 avec King Mensah, celui qui a réveillé la musique nationale de la torpeur dans laquelle l’a plongé la mort  de la chanteuse Bella Bello. 

       A sa suite se dressent d’autres chanteurs à l’instar précisément de l’artiste de ce soir, Joe Coo, peu connu et moins aimé à cause de sa musique élitiste, de Peter Solo, Sassou Koudou, du percussionniste Agbetoglo, de Susu Bilibi, Brice Kapel, des musiciens de hip hop tels que Eric MC et le groupe Djanta Kan ; puis tout récemment  de la prometteuse Vanessa Worou.  La liste n’est pas exhaustive mais celle-ci est emblématique d’une musique nationale qui renaît de ses cendres, en dépit du contexte culturel difficile caractérisé par un déficit d’organisation et d’investissement de la culture par l’Etat, et les faiblesses structurelles des organisations privées.

       Cette musique, si elle n’arrive pas encore à faire concurrence véritable aux musiques étrangères –cela ne saurait tarder-, exception faite de la musique de King Mensah, plébiscitée, a toutefois limité leurs influences et prépare leur terrain pour la relève. Cette génération citée ci-dessus est pionnière. Celle qui vient est forcément obligée de faire mieux.

       Avant cette situation nouvelle, le Togo manquait d’artistes musiciens. La plupart vivaient sous influence des rythmes importés du Congo démocratique, de la Côte d’Ivoire, du Bénin et même des Etats-Unis. Des goûts kitsch qui plaisent à la majorité des mélomanes, joués fréquemment dans les boîtes de nuit, mais qui ne reflètent point les cultures togolaises.

       L’artiste phare dans l’illustration du copier-coller des musiques étrangères est le chanteur Gnanky Gnankana, qui voyage entre les musiques congolaises et le couper-décaler ivoirien, au point d’être considéré par une certaine  télé nationale comme l’artiste togolais le plus en vogue !

       A côté des copieurs, il y a également des artistes de la chanson religieuse qu’on nomme pompeusement et faussement « Gospel ». S’ils sont plus vendeurs d’albums, force est de reconnaître que leur musique est loin du genre dont il s’affuble.

       Pour en arriver à cette situation nouvelle, les artistes de la renaissance ont dû résoudre la question de la problématique d’une musique togolaise reconnaissable par son originalité parmi les dizaines de rythmes musicaux du monde.

Le Graal est à la maison

       La réponse se trouve dans un voyage initiatique vers les sources traditionnelles pour y puiser les rythmes locaux dont agbadja,  aguéché, akpessé, kamou etc, et les mitonner à la sauce moderne. Il a fallu plus de 25 ans aux Togolais pour savoir que le Graal est à la maison.

       A tout seigneur tout honneur. King Mensah a sonné le tocsin dans ce domaine après sa formation à l’école Ki Yi en Côte d’Ivoire, une école où l’on apprend à travailler les rythmes  et les danses traditionnels africains. Résultat : un funk et une soul mangés à la sauce agbadja et kamou, chantés dans le créole ewé-mina de Lomé, et une esthétique où la voix prend une part importante. Cela a conduit a deux titres de Kora donnant une dimension internationale à notre musique. Un art people aimé la fois du peuple et d’une certaine élite.

       Les autres, Joe Coo, Sassou Koudou, Vanessa Worou et Peter Solo, abonderont plus ou moins dans le même sens, avec beaucoup de variances.  Si Joe Coo, Peter Solo et Vanessa Worou semblent avoir puisé également dans les sources des musiques noires des Etats-Unis, Sassou Koudou et Brice Kapel sont marqués par des influences européennes, la mise en jeu de nombreux instruments africains  et occidentaux, même asiatiques chez Sassou Koudou.

       Cette renaissance a quelques faiblesses. L’emblématique King Mensah réussit grâce à une production abondante -cinq albums en 8 ans- et à de nombreuses productions de spectacles. Il n’en est pas de même de Joe Coo et de Peter Solo, dont les opus sont moindres malgré une production en salle en France.

       Une vraie réussite passe par la production d’albums et surtout l’organisation des spectacles. Et c’est là que l’Etat togolais devrait intervenir. Comme le dit si bien King Mensah, il faut revoir le tarif  de location des salles et venir en soutien aux artistes. Le problème, c’est qu’il n’y a presque pas de salle de spectacle !  

Portrait : Bafafre, forgeron à Tcharè

       Très tôt le matin, Tcharè, petit village à une dizaine de kilomètres au nord-ouest de Pya, dans la région de Kara, commence à s’animer. Autour de l’une de ses forges, située au centre des habitations.

       Les braises avaient commencé à perdre de leur incandescence dans le four de pierre. Mais Bafafre leur redonne vie en jetant quelques fagots soigneusement entreposés non loin de là. Les bras de sa femme, ou l’un de ses fils, le week-end, commencent à s’activer, dans un geste fort et précis, pour faire sortir l’air du soufflet mu grâce à une corde passant autour d’une poulie. Il en sera ainsi toutes les journées de la semaine. Sans discontinuer. Il n’y a qu’à la nuit tombée que le souffle et son bruit cesseront. Quand toute la famille ira se reposer.

Six forgerons à Tcharè

       Bafafre est l’un des six forgerons de Tcharè, tous issus de pères de forgerons, tout comme ils forment dès leur plus jeune âge, leurs fils à ce noble mais dur métier. La région est la capitale de la forge, du travail du fer. Ce sont eux qu’il y a des lustres fabriquaient les fers des lances des guerriers et des chasseurs. C’est de ce travail de pré-guerrier qu’est venue la considération pour leur métier. Avec tous ses rites. Par exemple, chaque semaine, un animal est sacrifié et le sang versé sur et dans la four pour chasser tous les mauvais esprits. Le four sert aussi, en son sommet, à fumer quelques animaux sauvages pour permettre leur conservation. On peut aisément concevoir qu’il faut être bien nourri pour travailler dans la forge. Le travail est lent, long, rude, nécessite une énergie considérable.

       Il suffit de voir les muscles de Bafafre et de ses fils pour comprendre. Toute la journée, muni d’une pierre lourde, il travaille le métal chauffé à rouge dans le four, puis posé sur une enclume, c'est-à-dire une plus ou moins large pierre, mais en tout cas très longue, enfoui dans la pierre.

Frapper sur une enclume en pierre

       Il faut s’accroupir pour manier marteau de pierre d’une dizaine de kilos et frapper régulièrement pendant des heures dans cette situation inconfortable. Aucun organisme européen ne résisterait, mais, à Tcharé, dès dix ans on se met au travail. Et l’on pétrit le métal, la pierre devenant plus lourde aux fils des ans et de la vigueur. La faiblesse est interdite dans cette antre sombre de quatre mètres de diamètre, aérée par deux portes et deux minuscules fenêtres.

Fierté

       Là, s’activent le forgeron, sa femme au soufflet et deux de ses fils pour les travaux moins lourds. Chacun a son enclume en fonction du labeur à effectuer.

D’une pièce de métal provenant d’une épave d’un vieux camion ou d’une voiture hors d’usage, chauffée à rouge ou à blanc dans l’âtre du four, naissent à coups de masse de pierre des plaques qui s’étirent lentement selon la volonté du forgeron. Elles prendront d’autres formes grâce aux tenailles et burins.

       Elles se transforment, avec un métal de plus en plus difficile à trouver, essentiellement, maintenant, en pelles, utiles aux agriculteurs. Ou bien en gong ou castagnettes pour les groupes folkloriques locaux. Chaque forgeron marque de sa propre empreinte, emboutie dans le métal rougeoyant. C’est sa signature. Rares sont les touristes, les produits sont écoulés au Togo, dans la région ou bien au Bénin.

       A 41 ans, Bafafre travaille depuis bien avant ses dix ans. Il est maintenant entouré de Clémentine Yoma, son épouse qui, entre deux tétées au petit dernier, s’active au soufflet pendant que les deux garçons aident leur père. Le plus grand avec une force déjà hors du commun pour ses petits bras de dix ans. Le soir, ils rejoignent la maison mitoyenne. Pour un repos bien mérité mais avec la fierté d’être forgerons.

Par Alan Lawson 

 
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