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Une chose est sûre. Depuis le 9 janvier, jour de
l’élection d’un nouveau président à la tête du football
togolais, plus rien se sera comme avant. Courageusement,
les 47 électeurs ont osé amorcer l’écriture d’une
nouvelle page de l’histoire de notre football. Ce, après
huit longues et éternelles années dominées par le règne
de l’improvisation, de l’instinct, de l’arrogance, et
d’une gestion humaine et financière calamiteuses, d’un
certain Rock Gnassingbé, fils du défunt dictateur
Eyadèma, qui se croyait propriétaire de la planète
football au Togo.
Cette alternance, douce pour tout l’ensemble du peuple
togolais et amère pour Rock et le maigre nombre de
personnes qui le soutenaient encore, n’a été possible,
il faut le reconnaître que parce que certains Togolais,
lucides, patriotes et excédés par la gestion solitaire
de l’héritier du dictateur ont osé très tôt tirer la
sonnette d’alarme et attirer l’attention de la FIFA, sur
l’indigeste situation de l’administration du sport Roi
au Togo.
Mais le succès de la révolte et du lobby de ces hommes
et de ces femmes n’aurait été complet, concret, si Rock
lui-même, n’avait une fois de plus affiché sa vraie
nature animale, lors du Mondial de 2006 en Allemagne.
Ayant délibérément choisi de narguer, ses joueurs, ses
collègues dirigeants, les supporters togolais et
africains au mépris de tout bon sens et de toute
humilité ou humanité, Rock a fini par se rendre
tristement célèbre et par marquer des buts contre son
propre camp. Il s’est auto – éliminer d’avance.
L’instante dirigeante du football mondial a fini par
comprendre et par se convaincre qu’il y avait un
dictateur à la tête du football togolais.
Ce qui était incompatible avec les règles modernes de la
FIFA, qui, après être intervenue en Allemagne, de
diverses manières pour résoudre la crise a imposé une
feuille de route basée sur le renouvellement du bureau
exécutif de la FTF, le 9 janvier 2007. Ce qui fut fait,
apportant du coup une bouffée d’oxygène, disons de
démocratie dans la gestion de ce sport.
À la fin des consultations du 9 janvier, consultations
dans une ambiance tendue et à l’issue incertaine, un "
ouf !" de soulagement a été exprimé par la famille du
football togolais, africain, voire universelle.
Universelle d’autant plus que l’archaïsme et
l’autoritarisme de la gestion du football togolais par
Rock, s’est révélé être un véritable cas d’école qui
avait largement dépassé les frontières du Togo et fini
par être traité par tous les médias du monde. Le bon
déroulement du scrutin et le résultat que nous saluons
n’ont été possible que grâce au courage de la Commission
Électorale Indépendante présidée par le général Seyi
Memène et surtout aux 24 électeurs qui malgré toutes les
intrigues et les menaces de l’ex – président ont refusé
d’achever d’ypothéquer le présent et l’avenir du
football togolais, en donnant leurs voix à M. Tata
Avlessi au second tour du scrutin.
Si nous restons reconnaissants aux électeurs de M.
Avlessi qui ont réussi à chasser Rock, il ne peut pas en
être de même en l’endroit du général – président du CEI.
Car l’histoire retiendra que cet officier supérieur,
ancien putschiste de son état a, plus d’une fois
contribué à semer la désolation dans le cœur de nos
populations. Il était temps qu’il tente de se
réhabiliter aux yeux de cette même population lassée par
l’omnipotence du clan Gnassingbé. Mèmene a donc tenu à
sauver- même si ce n’est pas suffisant -, son honneur
perdu et partant sa carrière au sein de la CAF et
pourquoi pas, de la FIFA.
Même si la réussite de la mission de Méméne permet de
consoler en partie les Togolais bafoués dans leur
dignité et humiliés par la main basse faite par la
famille Gnassingbé sur le pays, il n’en reste pas moins
vrai, qu’il en faudra plus à Mèmene pour se soustraire
au jugement de ceux qui se sont employer à nous avilir.
Bye Bye Rock, bienvenue à Tata.
Nous osons croire que l’homme, Tata n’a été élue à cause
de sa supposée ou avérée immense fortune. Nous osons
croire que l’homme a été élu à cause de son programme,
de sa capacité à redorer l’image du football togolais,
même si en réalité celle – ci reflète – c’est le moins
que l’on puisse dire - celle du pays lui – même.
Nous osons croire que l’homme a été choisi à cause de
sa force à pouvoir panser les plaies causées par son
prédécesseur, à réconcilier la famille du football, bref
à entamer et à réussir des chantiers nouveaux, tels que
redonner confiance aux différents acteurs, réorganiser
la prospection et la formation... L’industrie du
football est devenue plus exigeante, et requiert des
énergies et des connaissances nouvelles.
Nous osons croire que M. Avlessi le sait et qu’il s’y
emploiera à gagner le défi que lui-même a accepté de se
lancer.
Nous osons croire qu’il évitera de s’entourer à son
tour de courtisans prédateur et insouciants. D’ores et
déjà nous avons des appréhensions en sachant qu’il s’est
doté d’un cabinet quasi officiel alors que le bureau
exécutif qu’il préside suffisait pour attaquer son
cahier de charge. Peut – être que les statuts de la FTF
autorisent un cabinet parallèle au risque de faire de
l’ombre au bureau élu...
Certes, cela ne sera pas facile. Si les nouveaux élus
veulent s’affranchir du pouvoir RPT, ils devront compter
avec des peaux de bananes, s’ils choisissent de composer
avec, ils couriront le risque de retomber dans les
travers que nous avons décriés. Déjà que s’onnoncent des
flictions entre le président et son vice, de profondes
divergeances entre le Ministre RPT de la Jeunesse et un
Sport... Il faut y ajouter et ne pas sous estimer
l’héritage légué par Rock... Ce sont autant de
domaines qui imposeront patience, rigueur et vigilance à
la nouvelle équipe
Notre propos ne vise pas à célébrer le nouveau
président, mais plutôt de nous réjouir du départ par la
petite porte de celui qui a empêché des Togolais dont la
seules raisons d’espérer, de rêver pour une fois,
coulaient de l’inédite qualification au rendez – vous du
mondial de 2006, de s’évader. En aucun cas, M. Avlessi
ne saurait être un messie. Attendons de lui des
résultats tout en nous disant qu’il a déjà réussi ce qui
paraissait plus qu’improbable face aux expériences
électorales togolaises. Son triomphe a démontré qu’en
lieu et place de l’intimidation, des fusils, des
gourdins et de la certitude de l’impunité, si toutes les
conditions d’un scrutin juste, transparent étaient
réussies, un Gnassingbé n’est pas invincible. Le
football nous l’apprend. Et Rock, pour une fois avait vu
juste, lorsque après son éviction, il qualifiait le
résultat des élections de " politique .
Politique ou sportif, toujours est – il que le nouveau
président et son staff ont pour mission de définir une
nouvelle politique de gestion du football au Togo. Ils
doivent le relancer, dans le respect des règles, le
respect des supporters, et surtout dans le respect des
acteurs. La nouvelle a pour devoir d’insuffler une
nouvelle dynamique, une nouvelle mentalité au sein des
différentes structures de la FTF et surtout des équipes
nationales. Elle devra dès à présent indiquer une
direction claire pour la résurrection de ce football
togolais quasiment traumatisé par les errances de Rock
et aujourd’hui à la croisée des chemins.
Bassirou AYEVA
Sportif Africain |