AgoraPress

 

Tribune

 

Politique

 

Culture

 

Société

 

Sites

AGORAPRESS

23  janvier 2007

Le football togolais à la croisée des chemins

Bassirou AYEVA

Une chose est sûre. Depuis le 9 janvier, jour de l’élection d’un nouveau président à la tête du football togolais, plus rien se sera comme avant. Courageusement, les 47 électeurs ont osé amorcer l’écriture d’une nouvelle page de l’histoire de notre football. Ce, après huit longues et éternelles années dominées par le règne de l’improvisation, de l’instinct, de l’arrogance, et d’une gestion humaine et financière calamiteuses, d’un certain Rock Gnassingbé, fils du défunt dictateur Eyadèma, qui se croyait propriétaire de la planète football au Togo.

Cette alternance, douce pour tout l’ensemble du peuple togolais et amère pour Rock et le maigre nombre de personnes qui le soutenaient encore, n’a été possible, il faut le reconnaître que parce que certains Togolais, lucides, patriotes et excédés par la gestion solitaire de l’héritier du dictateur ont osé très tôt tirer la sonnette d’alarme et attirer l’attention de la FIFA, sur l’indigeste situation de l’administration du sport Roi au Togo.

Mais le succès de la révolte et du lobby de ces hommes et de ces femmes n’aurait été complet, concret, si Rock lui-même, n’avait une fois de plus affiché sa vraie nature animale, lors du Mondial de 2006 en Allemagne.

Ayant délibérément choisi de narguer, ses joueurs, ses collègues dirigeants, les supporters togolais et africains au mépris de tout bon sens et de toute humilité ou humanité, Rock a fini par se rendre tristement célèbre et par marquer des buts contre son propre camp. Il s’est auto – éliminer d’avance. L’instante dirigeante du football mondial a fini par comprendre et par se convaincre qu’il y avait un dictateur à la tête du football togolais.

Ce qui était incompatible avec les règles modernes de la FIFA, qui, après être intervenue en Allemagne, de diverses manières pour résoudre la crise a imposé une feuille de route basée sur le renouvellement du bureau exécutif de la FTF, le 9 janvier 2007. Ce qui fut fait, apportant du coup une bouffée d’oxygène, disons de démocratie dans la gestion de ce sport.

À la fin des consultations du 9 janvier, consultations dans une ambiance tendue et à l’issue incertaine, un " ouf !" de soulagement a été exprimé par la famille du football togolais, africain, voire universelle. Universelle d’autant plus que l’archaïsme et l’autoritarisme de la gestion du football togolais par Rock, s’est révélé être un véritable cas d’école qui avait largement dépassé les frontières du Togo et fini par être traité par tous les médias du monde. Le bon déroulement du scrutin et le résultat que nous saluons n’ont été possible que grâce au courage de la Commission Électorale Indépendante présidée par le général Seyi Memène et surtout aux 24 électeurs qui malgré toutes les intrigues et les menaces de l’ex – président ont refusé d’achever d’ypothéquer le présent et l’avenir du football togolais, en donnant leurs voix à M. Tata Avlessi au second tour du scrutin.

Si nous restons reconnaissants aux électeurs de M. Avlessi qui ont réussi à chasser Rock, il ne peut pas en être de même en l’endroit du général – président du CEI. Car l’histoire retiendra que cet officier supérieur, ancien putschiste de son état a, plus d’une fois contribué à semer la désolation dans le cœur de nos populations. Il était temps qu’il tente de se réhabiliter aux yeux de cette même population lassée par l’omnipotence du clan Gnassingbé. Mèmene a donc tenu à sauver- même si ce n’est pas suffisant -, son honneur perdu et partant sa carrière au sein de la CAF et pourquoi pas, de la FIFA.

Même si la réussite de la mission de Méméne permet de consoler en partie les Togolais bafoués dans leur dignité et humiliés par la main basse faite par la famille Gnassingbé sur le pays, il n’en reste pas moins vrai, qu’il en faudra plus à Mèmene pour se soustraire au jugement de ceux qui se sont employer à nous avilir.

Bye Bye Rock, bienvenue à Tata.

Nous osons croire que l’homme, Tata n’a été élue à cause de sa supposée ou avérée immense fortune. Nous osons croire que l’homme a été élu à cause de son programme, de sa capacité à redorer l’image du football togolais, même si en réalité celle – ci reflète – c’est le moins que l’on puisse dire - celle du pays lui – même.

Nous osons croire que l’homme a été choisi à cause de sa force à pouvoir panser les plaies causées par son prédécesseur, à réconcilier la famille du football, bref à entamer et à réussir des chantiers nouveaux, tels que redonner confiance aux différents acteurs, réorganiser la prospection et la formation... L’industrie du football est devenue plus exigeante, et requiert des énergies et des connaissances nouvelles.

Nous osons croire que M. Avlessi le sait et qu’il s’y emploiera à gagner le défi que lui-même a accepté de se lancer.

Nous osons croire qu’il évitera de s’entourer à son tour de courtisans prédateur et insouciants. D’ores et déjà nous avons des appréhensions en sachant qu’il s’est doté d’un cabinet quasi officiel alors que le bureau exécutif qu’il préside suffisait pour attaquer son cahier de charge. Peut – être que les statuts de la FTF autorisent un cabinet parallèle au risque de faire de l’ombre au bureau élu...

Certes, cela ne sera pas facile. Si les nouveaux élus veulent s’affranchir du pouvoir RPT, ils devront compter avec des peaux de bananes, s’ils choisissent de composer avec, ils couriront le risque de retomber dans les travers que nous avons décriés. Déjà que s’onnoncent des flictions entre le président et son vice, de profondes divergeances entre le Ministre RPT de la Jeunesse et un Sport... Il faut y ajouter et ne pas sous estimer l’héritage légué par Rock... Ce sont autant de domaines qui imposeront patience, rigueur et vigilance à la nouvelle équipe

Notre propos ne vise pas à célébrer le nouveau président, mais plutôt de nous réjouir du départ par la petite porte de celui qui a empêché des Togolais dont la seules raisons d’espérer, de rêver pour une fois, coulaient de l’inédite qualification au rendez – vous du mondial de 2006, de s’évader. En aucun cas, M. Avlessi ne saurait être un messie. Attendons de lui des résultats tout en nous disant qu’il a déjà réussi ce qui paraissait plus qu’improbable face aux expériences électorales togolaises. Son triomphe a démontré qu’en lieu et place de l’intimidation, des fusils, des gourdins et de la certitude de l’impunité, si toutes les conditions d’un scrutin juste, transparent étaient réussies, un Gnassingbé n’est pas invincible. Le football nous l’apprend. Et Rock, pour une fois avait vu juste, lorsque après son éviction, il qualifiait le résultat des élections de " politique .

Politique ou sportif, toujours est – il que le nouveau président et son staff ont pour mission de définir une nouvelle politique de gestion du football au Togo. Ils doivent le relancer, dans le respect des règles, le respect des supporters, et surtout dans le respect des acteurs. La nouvelle a pour devoir d’insuffler une nouvelle dynamique, une nouvelle mentalité au sein des différentes structures de la FTF et surtout des équipes nationales. Elle devra dès à présent indiquer une direction claire pour la résurrection de ce football togolais quasiment traumatisé par les errances de Rock et aujourd’hui à la croisée des chemins.

Bassirou AYEVA
Sportif Africain

   

 
 
 
 
 

© 2005  www.togoforum.com All rights reserved