En 1963, le premier président
togolais, Sylvanus Olympio, est assassiné au cours
d’un coup d’État militaire dirigé par le général
Gnassingbé Eyadéma. Quatre ans plus tard, Gnassingbé
Eyadéma prend officiellement les rênes du pouvoir à
Lomé. Avec son parti, le Rassemblement du peuple
togolais (RPT), il gouverne le Togo d’une main de fer
avec l’appui des Occidentaux, qui voient en ce régime
un point d’ancrage régional dans la lutte contre le
communisme.
Au début des années 90, avec
l’effondrement du communisme dans le monde, une
démocratisation de façade des régimes africains est
exigée par les Occidentaux. Un commencement de
transition démocratique apparaît au Togo. Une nouvelle
Constitution, adoptée en 1992, introduit le
multipartisme et la liberté de la presse. Dorénavant,
le président de la République est élu pour un mandat
de cinq ans, renouvelable une seule fois. Dans les
faits, en 2002, Gnassingbé Eyadéma fait de nouveau
modifier la constitution pour pouvoir se faire élire
une troisième fois.
Après un massacre perpétré en
janvier 1993 durant le séjour du ministre français de
la coopération et du secrétaire d’État allemand aux
Affaires étrangères, plusieurs pays européens qui
entretenaient des relations de coopération avec le
Togo suspendent leur aide. Un an plus tard, la France
reprend sa coopération. La suspension française n’a
pas eu de grandes conséquences car les crédits de
coopération votés ont été versés jusqu’à leur échéance.
MASSACRE DE JANVIER 1993
Le 25 janvier 1993, plusieurs
dizaines de personnes ont été tuées par les Forces
armées togolaises (FAT) au cours d’une manifestation
pacifique organisée à Lomé par l’opposition. Alors que
les manifestants commençaient à se rassembler, les
FAT, aidées par les miliciens du RPT, les ont
contraints à changer leur itinéraire et ont soudain
ouvert le feu sans sommation. «De nombreux corps
gisaient par terre, je ne peux pas dire combien
exactement, 200, sinon plus. Etaient-ils tous morts ?
Je ne sais pas. En tout cas, j’ai vu s’arrêter trois
camions militaires qui ont chargé des corps et ramassé
tout ce qui traînait. J’ai vu aussi une jeep militaire.
Les soldats en sont descendus pour inspecter le
travail accompli ».
Des journalistes et les ministres
venus de France et d’Allemagne se sont rendus à la
morgue et ont vu les corps de plusieurs manifestants
qui avaient été tués. Cette sanglante répression
occasionna, selon le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR),
l’exode de plus de 300.000 personnes vers le Bénin et
le Ghana.
Les ministres européens en visite
ont déclaré à la presse qu’ils avaient conseillé au
président Eyadéma de renvoyer l’armée dans ses
casernes pour empêcher toute immixtion dans le domaine
politique. Le ministre togolais de l’intérieur a, peu
après, déclaré que les FAT avaient tiré en l’air après
qu’un de leurs collègues eut été attaqué par les
manifestants.
A la suite des plaintes françaises
et allemandes, le président Eyadéma aurait ordonné au
ministre de la défense d’ouvrir une enquête sur les
violences du 25 janvier. Le procureur de la République
aurait à son tour ordonné l’autopsie des morts du 25
janvier. Toutefois, aucun résultat n’a été rendu
public, aucune information judiciaire n’a été ouverte,
et aucun responsable n’a été puni.
Sur la base des nouvelles lois, le
général Eyadéma est élu à deux reprises, en 1993 et
1998, à la suite d’élections très controversées du
fait de leur manque de transparence et des violences
qui les ont accompagnées.
Des élections dans le sang
Les élections présidentielles de
1993. L’élection du général Eyadéma, le 25 août 1993,
a été vivement critiquée pour ses irrégularités. Le
fils du premier président du Togo, Gilchrist Olympio,
dirigeant de l’opposition, n’a pas pu présenter sa
candidature parce que son certificat médical n’était
pas en règle. Deux autres candidats sérieux se sont
retirés en signe de protestation contre la préparation
insuffisante des listes électorales et le rejet de la
candidature de Gilchrist Olympio. Les délégués
américains et allemands ont quitté le Togo avant
l’ouverture du scrutin, affirmant que les conditions
requises pour que l’élection soit libre et équitable
n’avaient pas été remplies et un des observateurs
français a quitté la délégation. Pour autant, le porte-parole
du ministère français des Affaires étrangères a
déclaré le jour du scrutin: « Le Comité
international de suivi, tout en demandant la
correction des irrégularités relevées, n’a pas
considéré pour autant que le processus devait perdre
sa validité». Le lendemain de l’élection, quarante
sympathisants présumés de l’opposition ont été arrêtés
au village d’Agbandi, dans le centre du pays, par des
membres d’une force spéciale de sécurité mise en place
pour maintenir l’ordre pendant la période électorale.
Vingt et un d’entre eux, maltraités au moment de leur
arrestation, sont morts en détention. Selon les
autorités, ils auraient été empoisonnés par de la
nourriture apportée par leurs proches.
Les élections présidentielles de
1998.
En juin 1998, pendant la
campagne pour les élections présidentielles, et après
la proclamation des résultats, des centaines de
personnes, dont des militaires, ont été exécutées de
manière extrajudiciaire. Des victimes ont été jetées
dans l’océan depuis des avions et des hélicoptères des
forces de sécurité togolaises survolant à très basse
altitude le golfe de Guinée. Des corps ont été
retrouvés sur les plages au Togo et au Bénin, des
cadavres ont été vus en haute mer durant plusieurs
jours au large du Bénin.
Sur la côte togolaise des corps,
dont certains portaient des menottes, gisaient sur les
plages.
Certaines des victimes portaient un
bandeau autour du bras, signe de ralliement de
l’opposition. D’autres portaient des impacts de balles.
Il n’y a aucun doute quant à l’identité des
responsables de ces exécutions extrajudiciaires. Au
Togo, seules les forces de sécurité possèdent des
avions, des hélicoptères et des menottes.
Bien que la presse togolaise ait
rendu compte de la découverte de corps sur les plages
et que des particuliers aient informé certains postes
de gendarmerie que des corps portant des menottes aux
poignets avaient été retrouvés dans certains endroits,
aucune enquête n’a été ouverte par la justice
togolaise (4).
Malgré les violences et les fraudes
constatées par les observateurs internationaux au
cours des deux scrutins, la communauté internationale
ne remet aucunement en cause le régime Eyadéma.
Les élections présidentielles de
2003.
En juillet 1999, le parti au
pouvoir et l’opposition signent, sous les auspices de
l’Union européenne, l’Accord-cadre de Lomé. Il prévoit
la tenue d’élections législatives anticipées,
organisées par une Commission électorale nationale
indépendante (CENI), composée de membres du RPT et
des partis d’opposition. Il prévoit aussi le départ du
général Eyadéma à la fin de son mandat en 2003.
Malheureusement, aucun des engagements n’est respecté.
L’Assemblée nationale, dominée par les députés du RPT,
modifie le code électoral en février 2002 et confie la
responsabilité de la préparation et de l’organisation
des élections législatives au ministère de l’intérieur.
Le nouveau code interdit aux candidats en exil et/ou
de double nationalité de se présenter aux élections
présidentielles. Ainsi, le principal opposant,
Gilchrist Olympio, qui a fait l’objet d’une tentative
d’assassinat en 1992 et qui vit depuis en France, est
exclu de la course à la présidentielle de 2003. La
composition de la CENI, privée de son mandat
principal, est également modifiée. Elle est désormais
composée de magistrats nommés exclusivement par le
pouvoir exécutif.
Les élections législatives, prévues
pour octobre 2001, sont repoussées à deux reprises
avant d’avoir lieu en octobre 2002. Faute d’un accord
et de garanties sur la transparence des opérations
électorales, l’opposition boycotte le scrutin. Le
parti du président Gnassingbé Eyadéma remporte ainsi
la majorité des sièges de l’Assemblée nationale. Sur
81 sièges de députés, soixante douze sont RPT.
Le 30 décembre 2002, le RPT profite
de sa majorité absolue à l’Assemblée nationale pour
modifier une nouvelle fois la Constitution, afin,
cette fois-ci, de permettre au président Eyadéma de
briguer un troisième mandat en 2003. Le scrutin passe
de deux tours à un seul tour.
En juin 2003, le général Eyadéma
est reconduit à la tête de l’État; le candidat le plus
crédible de l’opposition, Gilchrist Olympio, n’a pas
pu présenter sa candidature à défaut d’avoir résidé
sur le territoire togolais durant les 6 mois précédant
le scrutin. De nombreuses violations des droits de
l’homme sont de nouveau constatées après le scrutin.
2005 : vrai coup d’État, fausse
démocratie. Le 5 février 2005, le général
Gnassingbé Eyadéma décède à l’âge de 69 ans. Au mépris
de la Constitution togolaise, qui prévoit, en cas de
décès du président, que « la fonction
présidentielle est exercée provisoirement par le
président de l’Assembllée nationale », l’armée
confie le pouvoir au fils du président, Faure
Gnassingbé. Pour tenter de donner une apparence de
légalité au coup d’État, les militaires font voter
par l’Assemblée nationale, dominée par le
Rassemblement du peuple togolais (RPT), une
modification de la constitution: l’intérim, limité à
soixante jours, est étendu à la fin du mandat du
président défunt. Ainsi, Faure Gnassingbé peut rester
au pouvoir jusqu’à 2008.
Les autorités togolaises tentent
par tous les moyens d’étouffer les voix dissidentes de
l’opposition: fermeture de radios et de télévisions,
interdiction de manifester sous prétexte de «deuil
national», intimidations, menaces de mort,
arrestations arbitraires, répression de mouvements de
foule. Tous les jours, la violence fait des victimes.
La répression permet de réduire au silence une grande
partie de la société civile. Toutefois, les
condamnations internationales se multiplient contre
le coup d’État militaro institutionnel. La plupart des
institutions internationales et sous-régionales
demandent aux putschistes la tenue d’élections
présidentielles. Face à la fermeté de la communauté
internationale, Faure Gnassingbé démissionne de ses
fonctions le 28 février 2005. Le vice-président du
Parlement, Abbas Bonfoh, est désigné comme président
intérimaire jusqu’à l’organisation des élections
présidentielles, fixées le 24 avril 2005. Faure
Gnassingbé est bien entendu candidat à ce scrutin.
2005 : une farce électorale.
Fort de l’absence d’un cadre institutionnel
susceptible de permettre l’organisation d’élections
libres, transparentes et ouvertes à tous, fort du
soutien du RPT et des forces armées, et avec la mise à
disposition de tous les moyens de l’État en sa faveur,
Faure Gnassingbé est élu le 24 avril après une
nouvelle mascarade électorale, marquée par de
terribles violences (plus de 500 morts selon les
Nations unies) et des fraudes massives. Les violences
sont telles que plusieurs dizaines de milliers de
personnes partent se réfugier au Ghana et au Bénin.
Plusieurs milliers d’autres se déplacent à l’intérieur
du pays pour éviter la répression.
2006 : une accalmie avant la
prochaine tempête? Les mois passent et le Togo
retombe dans une nouvelle situation de fausse paix. En
avril 2006, un an après les violences, le nouveau
gouvernement relance à Lomé le dialogue intertogolais.
Mais en raison de désaccords profonds à propos de la
composition de la Commission électorale nationale
indépendante (CENI), des conditions d’éligibilité à
la présidence de la République et des questions liées
à la réforme de l’armée, le dialogue entre le
gouvernement et l’opposition prend rapidement fin.
Quatre mois plus tard, le 8 août 2006, sous les
auspices du président burkinabé Blaise Compaoré, le
dialogue intertogolais reprend officiellement à
Ouagadougou (Burkina-Faso). Le 20 août 2006, le
gouvernement et l’opposition signent un « accord
politique global» à Lomé. Cette signature
débouchera-t-elle sur la formation d’un nouveau
gouvernement d’union nationale ouvert aux partis
politiques d’opposition? Y aura-t-il enfin des
élections législatives véritablement démocratiques et
sans violences en juin 2007 ? Peut-être, mais depuis
1993, plusieurs accords ont déjà été signés, sans
qu’aucun d’entre eux n’ait jamais été appliqué.
Violations des droits de l’homme
« Le 9 octobre 2005, alors que je
quittais mon service au bureau [du magazine] Forum de
la Semaine, des individus m’ont fait tomber de ma moto,
m’ont aspergé de gaz lacrymogène, m’ont battu à terre
et ont essayé de me faire avaler un poison.»
Dimas Dzikodo, journaliste
indépendant
Depuis 1992, la Constitution
togolaise prévoit l’interdiction de la torture en son
article 21: «Tout individu, tout agent de l’État
coupable […] d’actes de torture […] sera puni
conformément à la loi. ». Bien que la loi
l’interdise, la torture est couramment utilisée dans
les commissariats de police, les brigades de
gendarmerie et les camps militaires en vue de
l’obtention des aveux des personnes arrêtées et
maintenues en garde-à-vue. Les exécutions
extrajudiciaires et les répressions sanglantes des
manifestations de l’opposition sont également
courantes. Dans ses conclusions de mai 2006, le Comité
contre la torture des Nations unies tirait la
sonnette d’alarme en s’estimant profondément «
préoccupé par les allégations qu’il a reçues, en
particulier après les élections d’avril 2005, faisant
état d’une pratique généralisée de la torture, de
disparitions forcées, d’arrestations arbitraires, et
de détention au secret, ainsi que de viols fréquents
de femmes par le personnel militaire, souvent en
présence de membres de leur famille, ainsi que de
l’impunité apparente dont bénéficient les auteurs de
ces actes. »
Qui sont les responsables de ces
atteintes graves aux droits de l’homme et qui en sont
les victimes?
Les auteurs des persécutions
Les forces de sécurité togolaises.
Les forces de sécurité togolaises se distinguent
depuis l’indépendance du pays en 1960 par leur
intrusion quasi-continuelle dans la vie politique.
Elles sont composées des Forces
armées togolaises (FAT), de la police nationale et de
la gendarmerie. La police relève du ministère de la
sécurité, alors que la gendarmerie et l’armée sont
sous la supervision du ministère de la défense. Dans
la réalité, les autorités civiles n’ont aucun contrôle
sur les forces de sécurité. Placée sous la
responsabilité directe du président de la République,
l’armée assure la pérennité du pouvoir depuis 1967.
Ses effectifs sont évalués à 13.000 hommes, dont 2 000
« Bérets verts » (garde présidentielle) et plus
de 1 500 « Bérets rouges» (para-commandos).
Environ 75 % des officiers et soldats de l’armée sont
issus du groupe ethnique kabyé, ethnie de la famille
Gnassingbé. Les postes importants sont occupés par les
membres de la famille Gnassingbé, d’où une armée
surnommée par la population « l’armée des
cousins ».
Légalement, la police et la
gendarmerie sont chargées de faire respecter la loi et
de maintenir l’ordre dans le pays. Dans les faits,
l’armée assure ce travail de police et est responsable
de la plupart des violations massives des droits de
l’homme. Dans son rapport relatif aux événements qui
ont secoué le Togo au printemps 2005, le haut-commissaire
aux droits de l’homme des Nations unies souligne que
« les forces de sécurité ont joué un rôle majeur
dans les actes de violation des droits de l’homme. Les
réactions des forces de sécurité étaient largement
excessives par rapport aux manifestations et aux
actions des militants de l’opposition. L’utilisation
des unités d’élites de combat, notamment les corps
militaires des Bérets rouges et des Bérets verts […]
témoigne de la volonté de réprimer les manifestants ».
Le rapport souligne également l’existence d’une
stratégie de répression au plus haut niveau de l’État:
plus de « 2 500 soldats habillés en civil et
armés de coupe-coupe, machettes et gourdins cloutés
auraient été regroupés en unité de 200 [hommes] pour
porter un appui aux militants du RPT et mener la
répression au cours des manifestations […] 2
500 coupe-coupes auraient été achetés à cet
effet par l’armée. »
COOPÉRATION MILITAIRE ET POLICIÈRE
DE LA FRANCE AU TOGO
Le Togo est lié à la France depuis
le 10 juillet 1963 par un accord de défense, renforcé
en 1976 par des accords de coopération technique et
militaire. Cette coopération se poursuit malgré les
exactions commises par le régime togolais. La relation
ambiguë de Paris avec Lomé, non démentie au cours des
décennies 80 et 90, perdure encore, un soutien
financier et une coopération technique étant
maintenus.
En huit ans, entre 1995 et 2003, la
France a livré des armes au Togo pour un montant de 3
900 000 euros. En 2004, la France a autorisé quatre
livraisons de matériel de guerre à destination du
Togo pour un montant de 375 945 euros. La France a
également fait plusieurs cessions onéreuses et
gratuites de matériel de guerre à destination du Togo
l’année passée. Selon le code de conduite européen,
adopté le 8 juin 1998, la France ne doit pourtant pas
délivrer d’«autorisation d’exportation s’il existe un
risque manifeste que le bien dont l’exportation est
envisagée serve à la répression interne». Elle
ne doit pas non plus autoriser les « exportations
susceptibles d’aggraver les tensions dans le pays de
destination finale ».
D’autre part, l’État français
continue de fournir une assistance militaire technique
au Togo et offre des formations en France à des
membres des forces armées togolaises sur lesquels
pèsent de graves soupçons de violation des droits de
l’homme.
Les milices du parti présidentiel
(RPT). La première milice pro-gouvernementale, le
Haut conseil des associations et mouvements
estudiantins (HACAME), a été créée dans les années
1990. D’autres ont vu le jour depuis. Elles sont
toutes constituées d’étudiants, de membres actifs du
RPT et d’éléments des forces de sécurité opérant en
civil et utilisant des véhicules banalisés. Ces
milices agissent fréquemment de concert avec les
Forces armées togolaises (FAT) pour réprimer les
manifestations d’opposition. Leurs membres recourent
aux menaces, intimidations et, parfois, aux
exécutions sommaires des opposants. De nombreux
témoignages d’avril 2005 font état de bandes de civils,
armés de gourdins hérissés de clous et de machettes,
semant la terreur dans Lomé et à Atakpamé aux côtés
des FAT. Ces miliciens avaient été regroupés, armés et
organisés par les FAT et conduits du nord du pays vers
la capitale par camions. Fin 2000, les Nations unies,
dans un rapport de mission d’enquête internationale,
pointaient déjà du doigt les exactions commises par
ces milices RPT (viols, enlèvements, pillages...) et
le soutien qu’elles recevaient de la part de
l’appareil d’État.
Les militants de l’opposition dite
« radicale ». Certains jeunes militants de
l’opposition dite « radicale » ont, eux aussi, commis
des violences graves lors des manifestations du
printemps 2005 (assassinats ciblés, atteintes aux
biens et aux personnes, agressions des forces de
l’ordre).
Les victimes de persécutions
Les violations des droits de
l’homme commises par les forces de sécurité togolaises
visent particulièrement les membres des forces armées
qui émettent des opinions critiques et les citoyens (opposants
politiques, journalistes et défenseurs des droits de
l’homme) qui protestent contre les autorités
togolaises et sont de fait considérés comme des «
gens manipulés ».
Les militaires en rupture avec le
régime. Les membres des forces de sécurité en
rupture avec le régime, accusés de conspiration, ou
supposés proches des partis d’opposition sont
impitoyablement réprimés, davantage même s’ils sont
gradés. Les exécutions extrajudiciaires sont courantes.
Lors de la purge organisée au sein de l’armée en mars
1993, le général Améyi et les colonels Tépé et Akpo
ont par exemple été froidement abattus. Durant la
campagne pour la présidentielle de 2003, le colonel
Bitiniwé Kuma, ancien chef d’État-major de l’armée de
terre, a échappé à une tentative d’assassinat; après
le scrutin, ce sont quelque quarante militaires, pour
la plupart gradés, qui ont été arrêtés et torturés.
Nombre d’entre eux sont encore en détention.
Les opposants politiques.
Toute personne considérée comme opposante ou
sympathisante aux idées de l’opposition dite «
radicale », ou dénoncée comme telle, est susceptible
d’être agressée physiquement par les forces de
sécurité ou leurs supplétifs. Au printemps 2005, les
membres, réels ou supposés, de l’opposition radicale
et leurs sympathisants (scrutateurs, observateurs des
élections) ont été particulièrement visés par la
répression dans les villes ou les quartiers réputés
ou connus pour leur soutien aux mouvements
d’opposition, au sud et à l’est du pays, dimension
ethnique cristallise dans une certaine mesure les
divisions politiques entre le pouvoir en place et
l’opposition « radicale» puisque les Kabyés,
originaires du nord, sont considérés comme les proRPT
(pouvoir en place) et les personnes originaires du sud
sont considérées comme les pro-UFC (opposition). Lors
des répressions de grande ampleur, les personnes
originaires du sud représentent des cibles pour les
forces de sécurité.
Les membres de la société civile.
Depuis 2001, la situation ne cesse de se dégrader
pour les membres de la société civile (militants des
droits de l’homme, journalistes, éditeurs de presse
et représentants syndicaux) qui refusent de suivre les
orientations gouvernementales. D’une manière générale,
les militants des droits de l’homme sont catalogués
comme des « voix dissidentes» par les autorités
politiques. Ils subissent dans l’exercice de leurs
activités une surveillance policière permanente et
sont régulièrement l’objet d’intimidations (menaces
de mort par coups de téléphone anonymes),
d’arrestations arbitraires, de traitements inhumains
et/ou dégradants et de tortures, Plusieurs militants
des droits de l’homme ont dû précipitamment quitter
leur pays à cause de menaces de mort. Leurs familles
font parfois l’objet d’actes discriminatoires, voire
de persécutions, Le harcèlement tout comme les
restrictions imposées aux associations semblent
participer d’une stratégie de maintien de la société
civile togolaise dans un état «embryonnaire »,
Durement éprouvées par la répression violente qui a
suivi les élections présidentielles d’avril 2005, de
nombreuses associations ont dû mettre fin à leurs
activités pour se protéger et assurer la sécurité de
leurs membres. D’autres ont été contraints à l’exil
pour sauver leur vie.
Plusieurs associations parmi
lesquelles l’ACAT -Togo, créée en 1990, ne sont
toujours pas reconnues par les autorités togolaises
qui refusent de leur délivrer le récépissé officiel
de reconnaissance d’association bien qu’elles se
soient régulièrement déclarées auprès du ministère de
l’intérieur. Il faut noter que l’absence de
reconnaissance officielle par le gouvernement
togolais constitue un facteur de blocage à
l’accréditation des associations togolaises auprès
des organisations internationales (ONU, Commission
africaine des droits de l’homme et des peuples, etc).
Il en est de même pour l’obtention de certains appuis
financiers et techniques extérieurs qui sont
conditionnés par cette reconnaissance.
SITUATION DE ACAT-TOGO
L’ACAT- Togo a été persécutée à de
nombreuses reprises ces dernières années par les
autorités togolaises.
Après la parution d’un rapport
d’Amnesty international en 1999 sur les violations
des droits de l’homme qui ont suivi les élections
présidentielles, plusieurs membres du bureau de
l’association, dont le président et le trésorier, ont
été harcelés et contraints à l’exil dans des pays
limitrophes ou en Europe.
En 2003, Yannick Bigah, nouveau
président de l’ACATTogo, a reçu plusieurs
convocations des membres du gouvernement togolais,
suite à un rapport transmis au Parlement européen sur
la situation des droits de l’Homme dans son pays. Il a
été reçu par les ministres de l’intérieur et de la
justice qui, après un long interrogatoire, ont fait
peser sur lui le risque de poursuites pour
diffamations. Il a ensuite été convoqué par le chef de
l’État mais, craignant pour sa sécurité, il a décidé
de ne pas s’y rendre et a quitté le Togo pour le Bénin
le jour même. Des menaces continuant à peser sur lui,
plusieurs ONG internationales se sont mobilisées pour
organiser son départ du Bénin.
La secrétaire générale de l’ACAT-Togo,
Lynda Agondanou, a été intimidée à son tour afin
qu’elle dévoile le lieu où se trouvait Yannick Bigah.
Après avoir fait face à d’incessants appels
téléphoniques anonymes à son domicile la menaçant et
avoir été suivie jusqu’à son établissement scolaire,
elle a aussi été contrainte de fuir au Bénin en mars
2003. Les menaces ont continué à s’exercer contre
elle au Bénin, elle a même été victime d’un accident
de la circulation dirigé contre elle. Elle a donc
quitté le Bénin pour l’Europe où elle est exilée
depuis janvier 2004. («Campagne Togo 2004, « Les
ACAT et la FIACAT lèvent « la chape de plomb » », 7
juin 2004 http://www.org/fr/rubrique.php3?id_rubrique=102).
Exemples d’actions de l’ACAT-France
Affaire OUMOLOU
Le 20 décembre 2004, Jean-Paul
Oumolou, ancien président du Collège des délégués de
l’université de Lomé, est exclu de l’établissement
pour avoir publiquement réclamé de meilleures
conditions de fonctionnement. Vers 9 h 00, après avoir
été battu par des inconnus, Jean-Paul Oumolou est
embarqué de force dans un véhicule banalisé,
direction la Brigade Anti-Gang pour y être torturé
durant quelques heures. Il est ensuite transféré
pendant quarante-huit heures dans les locaux de la
gendarmerie nationale pour y être à nouveau torturé.
Le 22 décembre 2004, il est incarcéré à la prison
civile de Lomé, accusé d’ « outrage à agent de
l’ordre public, de destruction de biens privés et
publics et de violences volontaires ». Le 11
février 2005, suite aux pressions de la société civile
togolaise et internationale, Jean-Paul Oumolou est
libéré, sans procès, après décision du procureur de la
république de Lomé.
Agression de Kodjo Akpossogna et
Kokou TSEVI (étudiants soupçonnés d’être proches de
l’opposition)
Messieurs Kodjo Akpossogna et Kokou
Tsevi ont été arrêtés à Lomé, le 11 février 2005,
alors qu’ils revenaient d’une réunion du Collectif des
associations de la société civile et des organisations
syndicales tenue au siège de la Ligue togolaise des
droits de l’homme (LTDH). Transférés au siège de la
gendarmerie nationale de Lomé, ils y ont été torturés
pendant quatre jours. Ils ont ensuite été déférés à la
prison civile de Lomé, où ils ont passé quatorze jours.
Le 1er mars 2005, à l’issue d’un procès expéditif et
en violation de leur droit de défense, ils ont été
condamnés à six mois d’emprisonnement avec sursis pour
«association de malfaiteurs ». Aucun avocat
n’avait été autorisé à les défendre.
TÉMOIGNAGE DE KOKOU TSEVI
« Le vendredi 11 février 2005, aux
environs de 19 heures, mon ami Akpossogna et moi avons
quitté le siège de la LTDH pour nous rendre à
Kodjoviakopé pour une rencontre avec les autres
camarades étudiants; c’est en nous rendant au lieu de
rendez-vous que nous avons été interpellés par un
groupe de gendarmes stationnés dans la station
d’essence Mobil à Kodomé. Par respect, nous avons
répondu à leur interpellation; ils nous ont posé la
question de savoir qui nous étions et nous avons
répondu que nous étions des étudiants et qu’on se
rendait à la maison. Rien qu’en écoutant le mot «étudiant»,
ils ont crié: «Voilà, c’est eux ça ! ». Ils nous ont
alors roués de coups avec des gourdins et des
matraques.
C’est à ce moment que mon ami a
révélé son identité et ce fut le comble car son papa
est gendarme et a la réputation d’être un opposant au
camp de la gendarmerie.
Ils nous ont alors bien roués de
coups avant l’arrivée de leur chef de bataillon qui
nous demanda de partir. Mais à notre grande surprise,
les gendarmes ont refusé l’ordre de leur supérieur, et
ils nous ont embarqués pour le camp de la gendarmerie
; là, ils nous ont bien maltraités, surtout moi, car
j’avais une forte corpulence et, selon eux, c’était
moi qui soulevais le campus universitaire. Là, ils
m’ont cassé la tête et tout m’a été refusé. Nous avons
été gardés là jusqu’au lundi 14 février 2005, date où
le colonel Ali de la gendarmerie est venu donner
l’ordre au capitaine Kondi du Service de recherche et
d’investigation (SRI) d’écrire notre procès-verbal
pour qu’il donne des consignes au procureur de la
République pour notre incarcération. On a alors été
déféré à la prison civile de Lomé aux environs de 17 h
30. »
Depuis les événements d’avril 2005,
les Togolais vivent dans la peur et dans une sorte d’«état
d’urgence» permanent. Les militants des droits de
l’homme qui cherchent à témoigner ou à informer la
communauté internationale sur des exactions commises
par les forces de sécurité sont l’objet de harcèlement,
d’intimidation et d’agression. Dans le même temps, les
journalistes indépendants ont, du fait de la censure
qui frappe leurs publications, le plus grand mal à
exercer leur profession librement.
Violences, intimidations et
harcèlement du journaliste indépendant Dimas Dzikodo
Le 9 octobre 2005 au soir, après
avoir bouclé la dernière édition de son magazine « Forum
de la semaine », Jean-Baptiste Dzilan, alias Dimas
Dzikodo, journaliste indépendant et membre de
l’association des Journalistes pour les droits de
l’homme (JDHO), est victime d’une tentative de meurtre.
Regagnant son domicile à moto, il a été renversé par
deux inconnus, euxmêmes à moto. Une fois à terre, dix
individus ont surgi et l’ont roué de coups de gourdin.
Ses agresseurs ont aspergé son visage de gaz
lacrymogène et ont tenté de le forcer à ingérer une
sorte de « pilule » acide, dont le contenu n’a pas été
identifié. Au Togo, seuls les militaires possèdent du
gaz lacrymogène. Alertés par ses appels au secours,
des passants ont accouru, obligeant les agresseurs à
prendre la fuite. Plusieurs témoins ont raconté par la
suite avoir vu plusieurs militaires dans un bar proche
du bureau où se trouvait le journaliste avant son
agression. Ils étaient en tout une dizaine, répartis
sur six motos et une voiture. Deux d’entre eux ont été
identifiés comme étant les gendarmes Iboué Kossi et
Agbo Eni.
Conduit à l’hôpital de toute
urgence, Dimas Dzikodo souffre de graves blessures sur
l’ensemble du corps. Le produit toxique qu’on lui a
mis dans la bouche lui a causé des brûlures et un
important dessèchement des muqueuses buccales.
« Une enquête a été réclamée par
les autorités car la presse et la société civile
s’étaient mobilisées sur le sujet; une marche de
soutien a même été organisée. » La police
judiciaire (PJ) a donc mené une enquête et a remis
ses conclusions à la justice. Les conclusions de
l’enquête ont également été remises au président de la
République. Les résultats n’ont jamais été communiqués
à la partie civile. « Le procureur de la république
n’a pas fait enregistrer le rapport de la PJ au niveau
de son secrétariat, empêchant ainsi les avocats de la
partie civile d’y avoir accès ». Plusieurs avocats
ont essayé, en vain, de faire pression sur les
instances pour avoir copie du rapport. L’enquête
judiciaire n’a depuis connu aucun développement. Les
suspects n’ont pas été inquiétés. Dimas Dzikodo avait
déjà fait l’objet par le passé de menaces de mort
sérieuses.
« L’ACAT-France a fait beaucoup.
Pendant les événements d’avril 2005, l’ACAT a été l’un
des rares relais d’informations, les lignes locales
ayant été coupées. »
Monsieur Y, président d’une
association de défense des droits de l’homme au Togo
Impunité organisée
L’État togolais est tenu de
garantir la sécurité, l’intégrité physique et le droit
à la vie de toute personne vivant sur son territoire
comme le stipule sa Constitution. Il a des obligations
de droit à la justice pour les victimes de violations
des droits de l’homme, en vertu des normes
internationales auxquelles il est partie : celle
d’enquêter sur les violations et de rétablir la vérité,
de réparer les torts causés à des ayants droit ou à
des familles qui ont été meurtris dans leur âme, et
d’en poursuivre les auteurs et, si leur culpabilité
est établie, de les sanctionner. Si l’initiative des
poursuites relève en premier lieu de l’État, des
règles complémentaires de procédure doivent prévoir
que toute victime puisse être partie civile aux
poursuites et, en cas de carence des pouvoirs publics,
en prendre elle-même l’initiative. Or, à ce jour, le
gouvernement du Togo n’a, pour les crimes passés
relevant du droit international et les autres
atteintes aux droits de l’homme, progressé sur aucune
des trois facettes de la lutte contre l’impunité, à
savoir la justice, la vérité et la réparation pleine
et entière. Cette impunité totale pour les auteurs de
violations des droits de l’homme s’est très vite
généralisée avec l’accaparement du pouvoir par le clan
Gnassingbé dès 1963. Au cours des quinze dernières
années, plusieurs centaines de civils et de militaires
ont été victimes d’exécutions extrajudiciaires au
Togo. Le gouvernement togolais n’a ouvert aucune
enquête indépendante, impartiale et efficace en vue de
faire la lumière sur ces homicides, en particulier sur
les massacres perpétrés en 1991, 1993, 1994, 1998,
2003, 2004 et 2005. La plupart de ces crimes ont été
le fait d’agents de l’État ou de milices sous son
contrôle effectif.
L’art de « faire comme si »
Préserver le pouvoir des coupables
Le régime en place se maintient au pouvoir depuis plus
de quarante ans grâce au soutien infaillible de
l’armée et grâce à une répression constante de toute
voix dissidente. Aussi pourquoi le gouvernement
prendrait-il des mesures pour que des enquêtes
impartiales soient diligentées et des procès
équitables rendus lorsque l’armée commet des crimes?
Au contraire, les éléments des forces de sécurité
responsables de violences, quand ils ne sont pas aidés
ou encouragés par leurs hiérarchies, sont promus à de
hautes fonctions, en remerciement des services rendus.
En août 2005, devant l’ampleur du phénomène, les
auteurs du rapport des Nations unies sur les violences
survenues lors de l’élection présidentielle d’avril
2005 relevaient à juste titre que le « principe de
l’impunité érigé par le pouvoir comme légitimation de
la culture de violence et socle de la solidarité
politique des membres de l’appareil répressif d’État»
était l’une des causes majeures de la perpétuation
des violations des droits de l’homme dans le pays.
Les autorités togolaises assurent
régulièrement devant des institutions internationales
que la torture et les exécutions extrajudiciaires sont
des pratiques qui n’existent pas dans leur pays.
Lorsque des commissions nationales d’enquête sont
mises en place par le gouvernement pour faire la
lumière sur des épisodes tellement violents qu’ils ne
sont pas passés inaperçus sur la scène internationale,
soit ces commissions ne sont pas crédibles, soit leurs
recommandations ne sont pas prises en compte. Le seul
but de leur existence est de calmer les critiques de
la communauté internationale et des associations de
défense des droits de l’homme.
Conclusions du rapport de la mission
d’établissement des faits du haut-commissariat aux
droits de l’homme
« La Commission nationale
d’enquête sur les événements d’avril 2005 mise sur
Pied par le président Faure Gnassingbé ne bénéficie
pas à ce stade de la crédibilité nécessaire pour
constituer l’instrument central de l’émergence de la
vérité. En effet, la Commission a été créée avant la
formation du gouvernement d’union nationale. Elle ne
comprend pas de représentants des organisations non-gouvernementales
des droits de l’homme apolitiques, crédibles et
impartiales ».
Des lois d’amnistie sur mesure
Le régime en place a déjà usé de
lois d’amnistie pour faire table rase du passé et
éviter toute poursuite pénale contre les forces de
sécurité responsables d’exactions. Le 22 décembre
1994, le président Gnassingbé Eyadéma a par exemple
promulgué une loi d’amnistie pour couvrir les
événements sanglants intervenus le 25 mars 1993 et les
5 et 6 janvier 1994. Cette mesure a assuré en droit
une totale impunité aux forces de sécurité et aux
milices du régime quant aux exactions commises à cette
époque. Par la même occasion, la loi a amnistié toutes
les infractions à caractère politique commises
antérieurement au 15 décembre 1994.
Au motif de la réconciliation
nationale, un projet de loi d’amnistie est aujourd’hui
en préparation. Selon M. Edem Kodjo, Premier ministre
togolais, « l’adoption d’une loi d’amnistie
résoudrait le problème des réfugiés au Bénin et
au Ghana. » Selon lui, les personnes réfugiées,
auteurs ou victimes de violences, se sentiraient
protégées et aptes au retour grâce à une loi
d’amnistie, sorte de garantie contre toutes
représailles. L’éventualité d’une nouvelle loi
d’amnistie au Togo irait à l’encontre du défi de
lutter contre l’impunité et attiserait davantage les
tensions existantes.
Une législation interne inadaptée.
Pour être vu par ses pairs comme un
« homme de paix», le général Eyadéma a fait
signer et ratifier au Togo les principales conventions
internationales relatives aux droits de l’homme (12).
Mais dans la plupart des cas, ces conventions n’ont
pas été intégrées dans le droit interne et restent
donc inappliquées. L’exemple suivant est emblématique
en la matière. Bien que le Togo ait ratifié la
Convention contre la torture, le 18 avril 1987,le code
pénal togolais ne prévoit aucune incrimination
particulière des actes de torture et des traitements
inhumains et dégradants. L’absence de reconnaissance
de ce crime prive ainsi les victimes de torture de
tout droit à réparation ou à indemnisation, et
l’absence de sanction retire toute fonction dissuasive
à l’encontre des responsables d’actes de torture. Les
dispositions du Code de procédure pénale relatives à
la garde à vue concourent également à ce que des actes
de torture soient commis en toute impunité dans les
lieux de détention. Ils ne prévoient en effet ni la
notification des droits, ni la présence d’un avocat,
ni le droit de la personne gardée à vue d’informer un
membre de sa famille. D’autre part, l’examen médical
de la personne gardée à vue n’est possible que sur sa
demande ou sur la demande d’un membre de sa famille,
après accord du parquet, ce qui est difficile à mettre
en application, surtout lorsque la personne gardée à
vue est détenue au secret et soumise à des pressions
physiques et psychologiques.
Conclusions et recommandations du
comité contre la torture (CAT)
Le 18 mai 2006, le Comité contre la
torture des Nations unies (CAT) a rendu ses
conclusions et recommandations concernant le Togo.
Elles reprennent en grande partie les positions de la
FIACAT, exprimées dans son Rapport alternatif au
rapport initial du Togo (avril 2006). Selon le
CAT, les violations de la Convention de 1987 contre la
torture, sont la conséquence non seulement de la
culture de l’impunité au Togo mais également d’un
certain nombre de défaillances législatives: le CAT
insiste principalement sur la nécessité d’intégrer
dans le Code pénal une disposition définissant et
incriminant les actes de torture; d’interdire la
recevabilité de tout aveu obtenu sous la torture;
d’interdire toute mesure d’extradition, d’expulsion ou
de refoulement d’une personne vers un État où elle
risque d’être soumise à la torture; de réformer le
code de procédure pénale, notamment pour garantir aux
gardés à vue le droit à l’habeas corpus, le droit de
consulter un médecin et un avocat; de rendre la
pratique de la détention provisoire conforme aux
normes internationales.
Des institutions de contrôle
muselées.
Le Togo a été le premier pays africain à se doter
d’une Commission nationale des droits de l’homme en
1987. Des institutions de promotion et de protection
des droits de l’homme ont même été mises en place avec
l’adoption de la nouvelle Constitution en 1992 (exemples:
ministère chargé de la Démocratie et de l’État de
droit; haute autorité de l’Audiovisuel et de la
Communication). Mais toutes ces structures manquent
d’indépendance, de financement et de personnes
suffisamment formées pour assurer leur bon
fonctionnement.
En juillet 1991, à la suite de la
découverte de plusieurs corps dans la lagune de Bé, la
Commission nationale des droits de l’homme (CNDH)
avait ouvert une enquête et avait conclu que les
forces de sécurité étaient à l’origine de ces meurtres.
Malgré ces informations, la justice n’a rien fait pour
identifier les militaires responsables de ces
exécutions extrajudiciaires et les traduire en
justice. Les autorités togolaises ont, par la suite,
déclaré que c’était les opposants qui avaient déposé
les cadavres à la morgue pour ensuite accuser le
gouvernement. Depuis lors, la CNDH végète.
Les failles du système judiciaire
Un système judiciaire aux ordres.
Selon l’article 113 de la
Constitution togolaise, « le pouvoir judiciaire est
indépendant du pouvoir législatif et du pouvoir
exécutif. Les juges ne sont soumis dans l’exercice de
leurs fonctions qu’à l’autorité de la loi. Le pouvoir
judiciaire est garant des libertés individuelles et
des droits fondamentaux des citoyens. » Dans les
faits, le principe de séparation des pouvoirs n’est
pas respecté. Le système judiciaire est totalement
dépendant de l’exécutif. Le régime en place n’a, en
effet, aucun intérêt à voir la justice « voler de
ses propres ailes » et risquer que certains de ses
éléments armés passent devant les tribunaux.
Des « hommes de loi » placés par
l’exécutif. Tout d’abord, une grande partie des
magistrats ont été placés à leurs postes par des
barons du régime et sont de ce fait sous leur
allégeance voire membres du parti au pouvoir.
Des « hommes de loi » en proie aux
pressions régulières. Ces membres influents
exercent régulièrement des pressions sur les
magistrats pour contrôler leur travail et éviter que
des plaintes ne soient déposées contre leurs intérêts
ou contre les personnes proches d’eux. Des magistrats
sont régulièrement convoqués chez le chef de l’État
pour recevoir des instructions sur les jugements à
rendre ou pour réviser des jugements déjà rendus. Qui
oserait donc aller à l’encontre des instructions des
membres du régime et encore plus à l’encontre de la
présidence? Surtout lorsque l’on sait que les
magistrats récalcitrants sont mutés dans des postes
subalternes ou renvoyés dans des régions lointaines,
malgré le principe d’inamovibilité des magistrats du
siège prévu par la Constitution pour garantir leur
indépendance (article 114).
Des « hommes de loi » corrompus.
Comme les autres fonctionnaires de l’État, les «hommes
de loi» reçoivent des salaires qui n’ont pas
évolué depuis des années et ont vu leur pouvoir
d’achat diminuer. De surcroît, ils ne reçoivent pas
toujours leur paye à temps, ce qui les rend plus
facilement corruptibles. Cette corruption rampante
concourt ainsi à rendre la justice togolaise
dépendante des « tenants du pouvoir », qui
contrôlent la manne de l’argent dans le pays.
Dans son dernier rapport sur la
corruption au Togo, l’organisation Transparency
International pointait du doigt cette corruption
galopante dans le milieu judiciaire : « D’après
certains professionnels de la justice, le statut de la
magistrature togolaise est l’un des plus avancés de la
sous-région. Toutefois, cela ne présume pas d’une
application irréprochable des textes. Le statut de la
magistrature n’est souvent pas respecté et la
corruption semble avoir investi l’ensemble du système
judiciaire qui souffre par ailleurs d’un manque de
moyens cruel. Les multiples problèmes que pose le
système judiciaire togolais constituent un frein à
l’exercice du droit d’accès à la justice par les
citoyens, qui affichent une méfiance de plus en plus
grande à l’égard de l’institution judiciaire ».
Des plaintes rarement instruites.
Lorsque certaines plaintes sont
quand même examinées, nombre d’entre elles sont
classées sans suite, soit parce qu’aucun juge n’ose se
saisir de l’affaire, soit parce qu’il est demandé au
juge de fixer une caution d’un montant trop élevé pour
que le plaignant puisse se la procurer.
Pour bloquer l’instruction d’une
affaire sensible, il arrive parfois que le magistrat
soit démis de ses fonctions pour être muté ailleurs.
L’instruction reste alors bloquée jusqu’à l’arrivée
d’un nouveau magistrat. La procédure, si elle ne
repart pas à zéro, peut alors reprendre son cours.
Aussi, porter plainte contre un membre du régime, même
s’il n’est qu’un simple soldat, est pratiquement vain
et le résultat de la procédure connu d’avance.
Des parodies de procès.
Lorsque de rares procès ont lieu, les droits de la
défense sont souvent bafoués, les prévenus ne pouvant
que rarement se faire assister d’un avocat indépendant.
En outre, les avocats ne peuvent suivre que
difficilement les affaires jugées par des juridictions
éloignées de Lomé ou concernant des personnes peu
fortunées, car leurs services coûtent cher. L’absence
de confidentialité des entretiens entre avocats et
détenus porte également atteinte à l’indépendance de
la justice.
À l’exception des membres des
Forces armées togolaises (FAT) condamnés pour avoir
abattu un employé de l’ambassade allemande, Thomas
Rupprecht, en 1996, les autorités judiciaires
togolaises ne semblent guère pressées de rendre
justice aux victimes de disparitions, d’arrestations
arbitraires, de torture et d’exécutions
extrajudiciaires.
Dans le cas de Thomas Rupprecht,
tué à un poste de contrôle après qu’il eut refusé de
laisser fouiller sa voiture, en mars 1996, la pression
des autorités allemandes a contraint le Togo à prendre
des sanctions judiciaires contre les membres des
forces de sécurité responsables d’atteintes aux droits
de l’homme.
La société réduite au silence
Des victimes qui portent rarement plainte.
Les plaintes contre les forces de
sécurité pour atteintes aux droits de l’homme sont
rares. La pratique de l’intimidation, et du
harcèlement des témoins, des victimes ou de leurs
ayants droit dissuade ces personnes de parler, de
porter plainte ou de fournir des preuves devant les
juridictions togolaises. L’angoisse d’être menacée à
nouveau ou tuée, est profondément ancrée en chaque
victime. Par ailleurs, nombreuses sont les victimes
qui ne savent pas que des plaintes peuvent être
déposées, ou qui ne connaissent pas les démarches à
effectuer. De plus, étant donné les montants élevés
réclamés comme caution pour la constitution de partie
civile, l’accès à la justice est réduit aux seules
personnes qui ont de l’argent. Et même lorsque l’on a
les moyens de payer un procès, la faible probabilité
d’obtenir gain de cause contre les agents de l’État
fait que les victimes portent rarement plainte.
Le système judiciaire est dépassé
par le nombre de dossiers à traiter et souffre d’une
pénurie de personnel. Du coup, les Togolais n’ont
aucune confiance dans leur système judiciaire. Pour
finir, les victimes se sentent abandonnées par la
communauté internationale qui, « à part ses belles
paroles », n’a rien fait pour que la justice soit
rendue au Togo. Aussi les victimes préfèrent ne pas
porter plainte.
« Après la mort du général
Eyadéma, les Togolais espéraient un soutien de la
communauté internationale pour mettre fin au régime en
place. Il y avait un grand espoir pour que la
situation change. Malheureusement la communauté
internationale n’a pas soutenu les Togolais.
Aujourd’hui, après les horreurs d’avril 2005, c’est de
nouveau l’accalmie. Mais la population a repris peur.
Peu de gens acceptent de discuter des événements
d’avril 2005 et de la situation actuelle. Le pays tout
entier est plongé dans le silence. Continuer à militer
est devenu plus dur. Les gens ne se sentent pas
soutenus, ils n’ont plus confiance en la communauté
internationale. »
Une société civile affaiblie.
Que fait la société civile au Togo pour lutter contre
l’impunité? Les associations de défense des droits
de l’homme sont par nature les principales intéressées
par la lutte contre l’impunité, bien que certains
journalistes indépendants écrivent sur le sujet et
demandent des comptes et que plusieurs Églises portent
le sujet à cœur.
Toutefois, au sein des associations
se réclamant des droits de l’homme, certaines sont aux
ordres du gouvernement : « Plusieurs organisations
comme le Mouvement Togolais pour la défense des
libertés et des droits de l’homme (MTDLDH), le Comité
africain pour la promotion et le soutien des droits de
l’homme (CAPSDH) et le Centre africain pour la
réhabilitation des victimes de la torture et de la
répression (CARVTR) sont des apologistes du
gouvernement, qui à travers des déclarations publiques
cherchent à expliquer l’attitude du gouvernement de
façon favorable. »
Les rares associations qui désirent
véritablement mettre un terme à l’impunité sont
considérées par le pouvoir comme hostiles et donc
proches de l’opposition. Le gouvernement a donc
marginalisé certaines d’entre elles en bloquant leurs
demandes d’accréditation officielle. L’absence de
reconnaissance officielle a rendu plus difficile
l’obtention d’aides de la part des organisations
internationales. Elle a également été un prétexte pour
ne pas rencontrer ces associations et pour ne pas
prendre en compte leurs recommandations. La Ligue
togolaise des droits de l’homme (LTDH), l’une des
premières organisations indépendantes de défense des
droits de l’homme au Togo, n’a par exemple pu obtenir
son accréditation officielle qu’en octobre 2005, à la
suite d’une rencontre entre les dirigeants de
l’association et le président Faure Gnassingbé. Sa
demande avait été effectuée en juillet 1990. L’ACAT-Togo
attend toujours une décision d’accréditation.
Les menaces et les intimidations à
l’encontre des militants des droits de l’homme,
associées à l’absence de résultats des initiatives
entreprises pour améliorer la situation générale des
droits de l’homme, ont également entraîné, pour ces
organisations, la perte au fur et à mesure de leurs
membres et de leurs instances dirigeantes. Les départs
précipités, grandement dus aux menaces de mort, ont
gravement affaibli le travail et la compétence de ces
associations et conduit plusieurs d’entre elles à
devenir inactives. L’ACAT-Togo a ainsi vu la plupart
de ses membres fuir le Togo dans le courant de l’année
2003 à la suite de la publication d’un rapport en
janvier 2003. Aujourd’hui, l’ACAT-Togo se reconstruit
lentement. La LTDH, l’Observatoire pour la promotion
de l’État de droit et l’Association togolaise pour la
défense et la protection des droits de l’homme, ont
malgré tout réussi à se maintenir sur le devant de la
scène. Mais malgré sa bonne volonté et son désir de
justice, la société civile togolaise reste
relativement peu organisée et compétente sur ce sujet,
et ne semble aujourd’hui pas en mesure de lutter
efficacement et durablement contre l’impunité.
Toutefois, à la suite des violences
d’avril 2005, plusieurs associations se sont
regroupées en un collectif, le CACIT (Collectif des
associations contre l’impunité au Togo), créé le 20
décembre 2005, pour promouvoir le dépôt de plaintes au
Togo et suivre les dossiers auprès de la justice.
Quatre avocats se sont joints au comité. Le CACIT
prévoit de déposer près de 400 plaintes. Petit à
petit, grâce de bouche à oreille, les plaignants
viennent rencontrer les membres du CACIT et certains
déposent un dossier de plainte. « Déjà vingt-cinq
plaintes ont été déposées par la Ligue togo1aise de
défense des droits de l’homme (LTDH), mas elles n’ont
pas encore été activées à cause de la caution
demandée. Il faut en effet payer avant de lancer la
procédure. Pour toute affaire politique, la caution
s’élève généralement à cinq millions de francs CFA.
Pour une affaire non politique, la caution demandée
oscille généralement entre les 5.000 et les 10.000
francs CFA. Cette méthode permet de bloquer toute
affaire politique en justice. !» Deux plaintes ont
également été déposées par un avocat parisien, la
caution pour ces deux plaintes a été fixée à six
millions de FCFA. Pour diminuer les risques pour les
plaignants, les avocats ont décidé de les domicilier à
leurs cabinets, les auteurs des violences ne peuvent
donc pas faire directement pression sur les familles
puisqu’ils ne possèdent pas les adresses exactes,
seulement les noms, statuts et villes, indiqués dans
les formulaires des plaintes.
Une communauté internationale
absente
Hormis des condamnations orales au
moment des violences, aucune pression significative et
de façon continue n’a été exercée sur le pouvoir à
Lomé pour que justice soit rendue aux victimes des
massacres passés, les rapports rédigés par les
instances des Nations unies qui demandaient que
l’on mette un terme à l’impunité n’ont servi qu’à
établir un état des lieux. Aucun État sur la scène
internationale n’a appuyé de manière régulière le
dossier de la lutte contre l’impunité au Togo au
sein des instances des Nations unies. Le Togo reste
pour la communauté internationale un petit État sans
grand intérêt géostratégique dont le pouvoir en place,
même s’il est violent, assure une stabilité dans le
temps et ne menace pas les pays environnants. Le clan
au pouvoir a également servi loyalement les intérêts
français sur le continent et se voit ainsi dédouané de
toutes critiques.
L’indispensable lutte contre
l’impunité
«Il n’était pas de réconciliation
juste et durable sans que soit apportée une réponse
effective au besoin de justice; le pardon, acte privé,
suppose en tant que facteur de réconciliation que soit
connu de la victime l’auteur des violations et que ce
dernier ait été en mesure de manifester son repentir:
en effet, pour que le pardon puisse être accordé, il
faut qu’il ait été demandé. »
Louis Joinet, magistrat et expert
indépendant à la sous-commission des droits de l’homme
des Nations unies
Bien que le nouveau gouvernement
dirigé par Faure Gnassingbé ait réalisé quelques
progrès en matière de défense des droits de l’homme
depuis son arrivée au pouvoir, il n’a, à ce jour,
progressé sur aucune des trois facettes de la lutte
contre l’impunité, à savoir la justice, la vérité et
la réparation pleine et entière. Les mesures
d’amnistie prises par les Togolais ces dernières
années n’ont pas contribué à remédier au climat
d’impunité qui règne depuis des décennies et risque de
compromettre le processus de réconciliation. Aucun des
auteurs des crimes perpétrés avant, pendant et après
les élections présidentielles d’avril 2005 n’a pour
l’instant été poursuivi devant une juridiction
nationale.
L’Accord politique global signé à
Lomé, le 20 août 2006, par le gouvernement et la
classe politique et visant la sortie de quinze années
de crise n’accorde que très peu de place à la question
des droits de l’homme pourtant cruciale dans le pays.
Aucune association indépendante de défense des droits
de l’homme n’a été conviée aux pourparlers.
Tant que les victimes d’atteintes
graves aux droits de l’homme, profondément
traumatisées par la violence de la dictature du
général Eyadéma pendant près de quarante ans,
n’obtiendront pas vérité, justice et réparation, il
est vain d’espérer le règlement durable de la crise au
Togo.
Apporter une réponse appropriée au
droit des victimes à la vérité, à la justice et à la
réparation, constituerait le fondement de tout
programme durable de règlement en profondeur de la
crise politique togolaise. C’est également l’une des
garanties essentielles pour un retour des réfugiés
togolais établis au Bénin et au Ghana. La société, au
premier rang de laquelle les victimes et leurs
familles, a en effet le droit de connaître toute la
vérité sur la nature et les circonstances des
violences passées. Cette vérité doit être l’acte
fondateur initial pour la réconciliation nationale du
peuple togolais. La mise en lumière de la vérité doit
se traduire par des enquêtes approfondies et publiques
sur l’ensemble des violations massives des droits de
l’homme commises dans le passé, à travers
l’établissement d’une commission vérité et
réconciliation.
Toutefois, cette procédure non
judiciaire ne doit pas se substituer aux informations
judiciaires et aux poursuites pénales devant un
tribunal indépendant, d’où l’importance de la réforme
de la justice au Togo.
Conclusions du rapport de la mission
d’établissement des faits du Haut-commissariat aux
droits de l’homme
« Le principe de justice doit
constituer une mesure emblématique d’éradication de
l’impunité, soum profonde de la perpétuation de la
violation des droits de l’homme et terreau de la
culture de violence. La punition des principaux
responsables des violations massives des droits de
l’homme constituerait une mesure cathartique
indispensable pour ancrer la foi démocratique dans
l’esprit du peuple togolais. Cette mesure suppose une
justice crédible à même de mener des enquêtes
indépendantes et impartiales respectueuses à la fois
des droits de la défense et des droits des victimes à
la vérité et à une réparation équitable. De même la
mise en place d’un système permettant aux familles
affectées de retrouver les disparus aiderait aussi la
société togolaise à se réconcilier avec elle-même. »
Dans le cas où les plaintes
activées récemment au Togo contre les auteurs de
violations graves des droits de l’homme resteraient
sans suite, Il est possible d’envisager des recours
auprès de la justice internationale. Mais pour ce
faire, il faut au préalable épuiser les recours
internes, le mot d’ordre est donc l’attente... Pour le
moment, il est impératif de continuer à faire pression
sur la communauté internationale pour qu’elle n’oublie
pas le désir de justice des Togolais. Car une pression
internationale forte et continue en faveur de la
justice au Togo permettrait de rétablir toutes les
victimes dans leurs droits, les violations graves des
droits de l’homme commises par les forces de sécurité
à l’encontre des civils togolais pourraient également
connaître un coup d’arrêt significatif.
Pour conclure, l’impunité pour les
auteurs d’atteintes aux droits de l’homme constitue
l’une des plus graves menaces au plein exercice des
droits et libertés de chacun. Elle prive les victimes
et leurs familles du droit de voir les responsables
traduits en justice, de connaître la vérité et
d’obtenir pleine et entière réparation l’impunité
demeure un fléau majeur, de nature à compromettre
toute chance d’édification effective d’un État de
droit au Togo. Même si, bien évidemment, pour le
ministre togolais de la justice Tchessa Abi, « il
n’y a pas d’impunité au Togo» !
« Le régime en place au Togo est
très attentif aux opinions qui viennent de l’étranger.
Le pouvoir en place a un besoin constant d’être
soutenu par l’extérieur. Aussi, l’Appel urgent sur mon
cas a fortement dissuadé le gouvernement
d’aller plus loin dans ses intimidations. Si on
est oublié par la France, ils n’hésitent pas à
attaquer. Si on est soutenu on vit. »
Monsieur X, membre de la société civile
L’ACAT-France exhorte les autorités
togolaises à :
- Faire de la lutte contre
l’impunité une priorité nationale en procédant à
l’ouverture d’une enquête globale sur toutes les
violations des droits de l’homme commises lors des
quatre dernières décennies;
- Mettre en œuvre sans délai
l’ensemble des recommandations émises dans le rapport
du Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations
unies rendu public à la suite des violences d’avril
2005;
- Lutter contre l’impunité en
permettant aux magistrats d’instruire et de juger sans
contraintes les affaires impliquant les principaux
auteurs, responsables et complices des graves
violations des droits de l’homme passées;
- Réviser le mandat et la
composition de la Commission nationale d’enquête, sur
la base du double principe des plus larges
concertations et représentativité démocratiques et de
l’indépendance de ses membres par rapport au pouvoir
politique;
- Mettre sur pied dans les
meilleurs délais une « commission paix, vérité et
réconciliation» indépendante et impartiale pour
traiter les questions relatives au devoir de mémoire,
de vérité, de justice et de réconciliation ;
- Veiller à ce que des réparations
et indemnisations des victimes d’atteintes aux droits
de l’homme soient prévues dans le code pénal;
Par ailleurs, l’ACAT-France
encourage les Nations Unies, l’Union Européenne, la
France et les autres principaux bailleurs de fonds à :
Encourager la mise en place une
commission d’enquête internationale disposant des
moyens adéquats pour mener à bien une enquête
exhaustive au Togo afin de déterminer quels sont les
auteurs et les responsables des atteintes graves aux
droits de l’homme commises pendant le printemps 2005
afin de les traduire devant la justice;
S’assurer de la réelle indépendance
du pouvoir judiciaire à l’égard du pouvoir exécutif,
afin de mettre un terme à l’impunité;
- Appeler les organes onusiens et africains de
protection des droits de l’homme (notamment le Groupe
de travail sur les exécutions sommaires, le rapporteur
spécial sur la torture, la représentante spéciale du
secrétaire général des Nations unies sur les
défenseurs des droits de l’homme, la rapporteur
spéciale de la Commission africaine des droits de
l’homme et des peuples sur les défenseurs des droits
de l’homme) à se saisir de la situation au Togo, à
interpeller les autorités togolaises, et le cas
échéant, à visiter le Togo