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Les législatives n’ont pas été favorables à votre parti
avec zéro député à l’Assemblée nationale. Le débat
parlementaire se fera sans vous. Ce n’est pas
intéressant pour la CDPA. Qu’en dites-vous ?
Si je disais que j’étais content de ces résultats, ce
serait faire offense à ceux qui ont voté pour moi et à
ceux qui ont voté pour
la CDPA,
à ceux qui ont travaillé et à ceux qui ont contribué au
financement de notre campagne, c’est une déception.
Mais, je pense quand même que, au-delà de cette
déception,
la CDPA
a apporté sa contribution. Et je pense que les
générations futures continueront l’œuvre que nous avons
commencée.
Cela fait quelques jours que les résultats
partiels provisoires ont été proclamés. Nous pensons que
vous avez eu le temps de les analyser, de les
décortiquer. Dites-nous ce qui explique cette défaite de
la CDPA. Est-ce
que le message a été mal compris ? La communication n’a
pas passé ? Est-ce un problème de programme de société
mal compris ? Alors quelles sont les causes de ce
mauvais score ?
J’ai l’impression que c’est plus les problèmes
émotionnels ou des problèmes économiques immédiats qui
se sont exprimés. Les gens ont bien apprécié nos
discours mais, il fallait une réponse au court terme. Et
nous savons que pas mal de gens ont eu la possibilité
de satisfaire leurs besoins immédiats de ce jour-là. Il
y avait un match en retard qu’il fallait jouer. Et c’est
ce match qui a été rejoué. Je n’ai pas l’impression que
les électeurs togolais se soient fortement préoccupés
par les discours, les programmes de société. Mais je
pense que, petit à petit ça viendra.
M. Léopold Gnininvi, est-ce que vous n’avez pas vu
venir la défaite parce qu’ avant de venir à cet
entretien, nous avons eu le temps de revisionner les
images de certains de vos megameetings. C’est vrai que
la masse ne constitue pas forcément un baromètre
objectif mais quand vous organisez les meetings, il n’y
a pas beaucoup de monde ?
Je pense que nous n’avons pas privilégié le spectacle,
ça c’est vrai. Mais quand même quelques jours à l’avance
et surtout le jour du scrutin, nous avions eu le
sentiment que nous n’étions pas en phase avec les
électeurs. Ils avaient d’autres préoccupations. Et c’est
ce que je disais, il y avait surtout dans le sud une
impression d’un match en retard à rejouer, on écoutera
les positions plus tard.
S’agissant de vous-même Prof. Gnininvi, vous êtes connu
pour être un homme de méthode, vous jouissez d’une
grande notoriété, je dirai même d’une notabilité. Mais
cela n’a pas suffi pour vous permettre d’arracher d’un
siège à Lomé. Est-ce que votre notoriété est en train de
s’effriter ?
J’ai l’habitude de dire que ce n’est pas ma
préoccupation première. Ma notoriété ou pas, ce n’est
pas cela qui est important. C’est ce que je peux
apporter aussi modestement au pays qui m’importe plus.
Alors, il y a certaines critiques qui sont adressées à
votre parti considéré comme un groupe d’intellectuels
déconnectés des réalités ; des intellectuels qui ne sont
pas forcément en phase avec les préoccupations de la
masse. Qu’est-ce qu vous en dites ?
C’est vrai que nous ne refusons pas les
intellectuels dans notre parti. Mais, je crois qu’il
faut quand même savoir ce qu’on entend par intellectuel.
Pour nous, l’intellectuel c’est quelqu’un qui est
capable de consentir beaucoup de sacrifice pour ses
idées. En même temps, est-ce que nous sommes en phase
avec la population ? Oui ! Et non ! Non parce que j’ai
eu l’occasion de visiter un quartier de Lomé
pratiquement à la fin de la compagne, je me suis rendu
compte qu’ il y avait certaines priorités que nous ne
prenons pas en compte. Il ne suffit pas de battre
campagne autour du Boulevard circulaire. Il y a des tas
de gens qui viennent en position d’attente dans la
banlieue de Lomé et qui attendent pouvoir intégrer la
ville. Et je pense que ça a manqué.
Mais maintenant, est-ce qu’il faut coller à la
population telle qu’elle est ou essayer de se mettre un
tout petit peu en avant, essayer de la tirer un plus
haut? Je pense que c’est aussi une mission des partis
politiques.
Pourquoi le Prof. Gnininvi s’est-il présenté à Lomé qui
est une ville cosmopolite? Mais, le Prof n’a-t-il pas
un fief comme le Yoto ou vous avez peur de l’artillerie
du CAR (Comité d’Action pur le Renouveau) ?
Non ! Ce n’est pas ça. Disons que tout ça, c’est
un peu contre la philosophie d’un parti. Peut-être que
nous sommes trop en avance mais, nous n’aimons pas
exploiter certaines faiblesses. On veut toujours aller à
la difficulté là où elle se trouve. Si on gagne tant
mieux, si on perd tant pis.
Alors quand un général va au combat, lorsqu’il gagne, il
est adulé, il est honoré mais, lorsqu’il perd, il doit
assumer son échec. Maintenant qu’est-ce qui va se
passer au niveau de
la CDPA
après ce score ?
Je pense que non seulement je l’assume dans le présent
mais, je crois vous dire que dans deux préfectures, les
camarades ont été battus injustement. Parce que le
Ministre n’aurait pas fait ce que la population voulait.
Je veux parler de la préfecture de Vo. Ça n’a pas été
toujours facile. Mais, nous avons comme philosophie de
rester solidaire et de ne pas tout étaler sur la place
publique.
Non seulement mes camarades ont déjà payé très cher mais
à
la CDPA,
la réflexion est ouverte et les camarades de
la CDPA
savent que nous n’avons jamais voulu faire de
la CDPA
un patrimoine ou un héritage lié à une personne une
fois pour toute.
Sur un autre registre, le Rassemblement du Peuple
Togolais (RPT) qui est sorti vainqueur de ces élections
parle de la formation d’un Gouvernement d’Union
Nationale comme ce fut le cas avec l’APG (Accord
Politique Global). Est-ce que vous accepteriez de
participer à ce Gouvernement si on vous invitait ?
Je crois que là, vous rapportez des rumeurs.
Officiellement nous ne sommes pas saisis de cela. En
plus de cela, je dirai que c’était pratiquement une
obligation suite à l’APG qu’il y ait un Gouvernement
d’union nationale. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Et
les vainqueurs peuvent jouir de leur victoire comme
la Constitution
leur en donne le droit.
Alors pensez-vous que les élections législatives qui
viennent de se dérouler et qui ont été saluées par
beaucoup comme étant les meilleures jamais organisées
dans notre pays ; pensez-vous que ces élections méritent
que la coopération puisse reprendre immédiatement et
totalement avec l’Union Européenne ?
Je pense que ça n’a jamais été l’objectif à
savoir la reprise ou non de la coopération. C’était
d’abord une question d’existence de notre pays. Et je
crois que ces élections viennent de révéler un problème
au grand jour et qui met au second plan cette histoire
de la reprise de la coopération.
Notre pays se retrouve divisé en deux, on le savait.
C’est pour ça qu’à
la CDPA,
nous n’étions pas pressés que l’on prenne cette photo
parce que les élections constituaient un cliché à un
moment donné. Nous savons que notre pays était en
mauvais état et qu’il fallait ensemble essayer de le
guérir, de le sortir un tout petit peu de cette
situation. Maintenant c’est fait, la photo naturellement
a révélé ce que nous savions déjà et nous demandons que
tous les acteurs politiques avec l’intelligence essayent
de gérer ce cliché pour que les vieux démons ne
reviennent pas.
Vous aviez été le premier à reconnaître les résultats,
une attitude que beaucoup ont saluée. Est-ce que vous
comprenez les contestations qui ont créé des difficultés
à
la CENI ?
Elles sont claires. Le communiqué auquel vous faites
allusion était signé le 14 octobre, le soir du scrutin.
Parce que notre préoccupation à chaque élection, c’est
de faire en sorte qu’il n’y ait pas de dérapage et que
la population sorte dans les rues. Et c’est plus qu’une
tradition à
la CDPA. Nous
l’avons fait en 1998, nous l’avons fait en 2003. Nous le
faisons très rapidement de manière à calmer le jeu. Et
donc, c’était un communiqué impersonnel, je dirai
générique comme on parlerait de médicament. Et donc, ça
s’adresse en principe à tous ceux qui seraient déclarés
vainqueurs et surtout attirer l’attention sur notre
souhait à la CDPA
de faire en sorte quand même que l’œuvre commencée
puisse aller dans ce sens-là.
Pour moi, ce n’est pas une question de reprise de la
coopération. C’est une question que le Togo se retrouve
et que les ressources humaines togolaises se mettent au
travail pour développer ce pays.
M. Léopold Gnininvi, nous nous rappelons de l’une de vos
formidables formules célèbres c’est «Démocratie
d’abord, Multipartisme ensuite ». Alors où est-ce qu’on
en est aujourd’hui ?
On est à deux niveaux que nous avons failli prendre un
raccourci parce que pendant la campagne, même un peu
avant, , nous n’avons pas un seul parti politique qui se
soit proclamé contre la démocratie. Tout le monde a
semblé accepter le jeu et c’est cela qui nous a donné
entière satisfaction, disons au moins la moitié du
chemin parcouru. Aucun parti n’était contre la
démocratie. J’espère que cela est sincère si tel est le
cas en ce moment, nous nous apprêtons à entrer en
démocratie. Mais malheureusement, les espoirs ont été
contrariés par ces résultats un peu contrastés qui nous
montrent que le pays est encore un peu coupé en deux.
Et en fait, c’est le peuple qui a choisi ?
Il n’y a pas de reproche à faire au peuple. Il faut tout
simplement analyser pourquoi est-ce que le peuple s’est
comporté comme cela ? Je dirai que dans plusieurs
préfectures, il y a eu des tentatives d’achat de
conscience. C’était pratiquement la même chose qui
était distribuée un peu partout à savoir des tee-shirts
et deux mille francs (2000) F CFA. A certains endroits,
cela suffit pour déterminer le vote. A d’autres
endroits, les gens ont pris mais n’ont pas voté dans ce
sens-là. Cela voudrait dire tout simplement que, si on
n’arrive pas à élever au-delà d’un certain seuil, c’est
toujours difficile de leur demander un avis sincère. Et
c’est à ce travail-là qu’il faut que les gens
s’attellent. Je dirais aussi que dans d’autres endroits,
les gens comme je le dis, ont plutôt privilégié un
compte à régler plutôt que de choisir pour le futur du
pays.
Votre message
Le message pour moi, c’est que dans cette situation où
tout le monde a été surpris par les verdicts, qu’on
essaye de gérer ça au mieux parce que le peuple n’a
jamais tort. Cette photographie nous permet d’identifier
un peu les tensions qui restent encore dans notre pays
et je demande à tout le monde d’être honnête et d’aller
dans le sens de la résolution de la tension-là.
Transcription faite par Didier Ledoux |