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28 Oct 2007

Le Professeur Léopold Gnininvi sur la TVT

Transcription faite par Didier Ledoux

Les législatives n’ont pas été favorables à votre parti avec zéro député à l’Assemblée nationale. Le débat parlementaire se fera sans vous. Ce n’est pas intéressant pour la CDPA. Qu’en dites-vous ?
Si je disais que j’étais content de ces résultats, ce serait faire offense à ceux qui ont voté pour moi et à ceux qui ont voté pour
la CDPA, à ceux  qui ont travaillé et à ceux qui ont contribué au financement de notre campagne, c’est une déception. Mais, je pense quand même que, au-delà de cette déception, la CDPA a apporté sa contribution. Et je pense que les générations futures continueront l’œuvre que nous avons commencée.

Cela fait quelques jours que les résultats partiels provisoires ont été proclamés. Nous pensons que vous avez eu le temps de les analyser, de les décortiquer. Dites-nous ce qui explique cette défaite de la CDPA. Est-ce que le message a été mal compris ? La communication n’a pas passé ?  Est-ce un problème de programme de société mal compris ? Alors quelles sont les causes de ce mauvais score ?
J’ai l’impression que c’est plus les problèmes émotionnels ou des problèmes économiques immédiats qui se sont exprimés. Les gens ont  bien apprécié nos discours mais, il fallait une réponse au court terme. Et nous savons que  pas mal de gens ont eu la possibilité de satisfaire leurs besoins immédiats de ce jour-là. Il y avait un match en retard qu’il fallait jouer. Et c’est ce match qui a été rejoué. Je n’ai pas l’impression que les électeurs togolais se soient fortement préoccupés par les discours, les programmes de société. Mais je pense que, petit à petit ça viendra.

M. Léopold Gnininvi, est-ce  que vous n’avez pas vu venir la défaite parce qu’ avant de venir à cet entretien, nous avons eu le temps de revisionner les images de certains de vos megameetings. C’est vrai que la masse ne constitue pas forcément un baromètre objectif mais quand vous organisez  les meetings, il n’y a pas beaucoup de monde 
?
Je pense que nous n’avons pas  privilégié le spectacle, ça c’est vrai. Mais quand même quelques jours à l’avance et surtout le jour du scrutin, nous avions eu le sentiment que nous n’étions pas en  phase avec les électeurs. Ils avaient d’autres préoccupations. Et c’est ce que je disais, il y avait surtout dans le sud une impression d’un match en retard à rejouer, on écoutera les positions plus tard.

S’agissant de vous-même Prof. Gnininvi, vous êtes connu pour être un homme de méthode, vous jouissez d’une grande notoriété, je dirai même d’une notabilité. Mais cela n’a pas suffi  pour vous permettre d’arracher d’un siège à Lomé. Est-ce que votre notoriété est en train de s’effriter ?
J’ai l’habitude de dire que ce n’est pas ma préoccupation première. Ma notoriété ou pas, ce n’est pas cela qui est important. C’est ce que je peux apporter aussi modestement au pays qui m’importe plus.

Alors, il y a certaines critiques qui sont adressées à votre parti considéré comme un groupe d’intellectuels déconnectés des réalités ; des intellectuels qui ne sont pas forcément en phase avec les préoccupations  de la masse. Qu’est-ce qu vous en dites ?
C’est vrai que nous ne refusons pas les intellectuels dans notre parti. Mais, je crois qu’il faut quand même savoir ce qu’on entend par intellectuel. Pour nous, l’intellectuel c’est quelqu’un qui est capable de consentir beaucoup de sacrifice pour ses idées. En même temps, est-ce que nous sommes en phase avec la population ? Oui ! Et non ! Non parce que j’ai eu l’occasion de visiter un quartier de Lomé pratiquement à la fin de la compagne, je me suis rendu compte qu’ il y avait certaines priorités que nous ne prenons pas en compte. Il ne suffit pas de battre campagne autour du Boulevard circulaire.  Il y a des tas de gens qui viennent en position d’attente dans la banlieue de Lomé et qui attendent pouvoir intégrer la ville. Et  je pense que ça a manqué.

Mais maintenant, est-ce qu’il faut coller à la population telle qu’elle est ou essayer de se mettre un tout petit peu en avant, essayer de la  tirer un plus haut? Je pense que c’est aussi une mission des partis politiques.

Pourquoi le Prof. Gnininvi s’est-il présenté à Lomé qui est une ville cosmopolite?  Mais, le Prof n’a-t-il pas un fief comme le Yoto ou vous avez peur de l’artillerie du CAR (Comité d’Action pur le Renouveau) ?
Non ! Ce n’est pas ça. Disons que tout ça, c’est un peu contre la philosophie d’un parti. Peut-être que nous sommes trop en avance mais, nous n’aimons pas exploiter certaines faiblesses. On veut toujours aller à la difficulté là où elle se trouve. Si on gagne tant mieux, si on perd tant pis.

Alors quand un général va au combat, lorsqu’il gagne, il est adulé, il est honoré mais, lorsqu’il perd, il doit assumer son échec. Maintenant qu’est-ce qui va se passer  au niveau de
la CDPA après ce score ?
Je pense que non seulement je l’assume dans le présent mais, je crois vous dire que dans deux préfectures, les camarades ont été battus injustement. Parce que le Ministre n’aurait pas fait ce que la population voulait. Je veux parler de la préfecture de Vo. Ça n’a pas été toujours facile. Mais, nous avons comme philosophie de rester solidaire et de ne pas tout étaler sur la place publique.

Non seulement mes camarades ont déjà payé très cher mais à
la CDPA, la réflexion est ouverte et les camarades de la CDPA savent que nous n’avons jamais voulu faire de la CDPA un patrimoine ou un héritage lié à une  personne une fois pour toute.
Sur un autre registre, le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) qui est sorti vainqueur de ces élections parle de la formation d’un Gouvernement d’Union Nationale comme ce fut le cas avec l’APG (Accord Politique Global). Est-ce que vous accepteriez de participer à ce Gouvernement si on vous invitait ?

Je crois que là, vous rapportez des rumeurs. Officiellement nous ne sommes pas saisis de cela. En plus de cela, je dirai que c’était pratiquement une obligation suite à l’APG qu’il y ait un Gouvernement d’union nationale. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Et les vainqueurs peuvent jouir de leur victoire comme
la Constitution leur en donne le droit.

Alors pensez-vous que les élections législatives qui viennent de se dérouler et qui ont  été saluées par beaucoup comme étant les  meilleures jamais organisées dans notre pays ; pensez-vous que ces élections méritent que la coopération puisse reprendre immédiatement et totalement avec l’Union Européenne ?
Je pense que ça n’a jamais été l’objectif à savoir la reprise ou non de la coopération. C’était d’abord une question d’existence de notre pays. Et je crois que ces élections viennent de révéler un problème au grand jour et qui met au second plan cette histoire de la reprise de la coopération.

Notre pays se retrouve divisé en deux, on le savait. C’est pour ça qu’à
la CDPA, nous n’étions pas pressés que l’on prenne cette photo parce que les élections constituaient un cliché à un moment donné. Nous savons que notre pays était en mauvais état et qu’il fallait ensemble essayer de le guérir, de le sortir un tout petit peu de cette situation. Maintenant c’est fait, la photo naturellement a révélé ce que nous savions déjà et nous demandons que tous les acteurs politiques avec l’intelligence essayent de gérer ce cliché pour que les vieux démons ne reviennent pas.

Vous aviez été le premier à reconnaître les résultats, une attitude que beaucoup ont saluée. Est-ce que vous comprenez les contestations qui ont créé des difficultés à
la CENI ?
Elles sont claires. Le communiqué auquel vous faites allusion était signé le 14 octobre, le soir du scrutin. Parce que notre préoccupation à chaque élection, c’est de faire en sorte qu’il n’y ait pas de dérapage  et que la population sorte dans les rues. Et c’est plus qu’une tradition à la CDPA. Nous l’avons fait en 1998, nous l’avons fait en 2003. Nous le faisons très rapidement de manière à calmer le jeu. Et donc, c’était un communiqué impersonnel, je dirai  générique comme on parlerait de médicament. Et donc, ça s’adresse en principe à tous ceux qui seraient déclarés vainqueurs et surtout attirer l’attention sur notre souhait à la CDPA de faire en sorte quand même que l’œuvre commencée puisse aller dans ce sens-là.

Pour moi, ce n’est pas une question de reprise de la coopération. C’est une question que le Togo se retrouve et que les ressources humaines togolaises se mettent au travail pour développer ce pays.

M. Léopold Gnininvi, nous nous rappelons de l’une de vos formidables formules célèbres  c’est «Démocratie d’abord, Multipartisme ensuite ». Alors où est-ce qu’on en est aujourd’hui ?
On est à deux niveaux que nous avons failli prendre un raccourci parce que pendant la campagne, même un peu avant, , nous n’avons pas un seul parti politique qui se soit proclamé contre la démocratie. Tout le monde a semblé accepter le jeu et c’est cela qui nous a donné entière  satisfaction, disons au moins la moitié du chemin parcouru. Aucun parti n’était contre la démocratie. J’espère que cela est sincère si tel est le cas en ce moment, nous nous apprêtons à entrer en démocratie. Mais malheureusement, les espoirs ont été contrariés par ces résultats un peu contrastés qui nous montrent que le pays est encore un peu coupé en deux.

Et en fait, c’est le peuple qui a choisi ?
Il n’y a pas de reproche à faire au peuple. Il faut tout simplement analyser pourquoi est-ce que le peuple s’est comporté comme cela ? Je dirai que dans plusieurs préfectures, il y a eu  des tentatives d’achat de conscience. C’était  pratiquement la même chose qui était distribuée un peu partout à savoir des tee-shirts et deux  mille francs (2000) F CFA. A certains endroits, cela suffit pour déterminer le vote. A d’autres endroits, les gens ont pris mais n’ont pas voté dans ce sens-là. Cela voudrait dire tout simplement que, si on n’arrive pas à élever au-delà d’un certain seuil, c’est toujours difficile de leur demander un avis sincère. Et c’est à ce travail-là qu’il faut que les gens s’attellent. Je dirais aussi que dans d’autres endroits, les gens comme je le dis, ont plutôt privilégié un compte à régler plutôt que de choisir pour le futur du pays.

Votre message
Le message pour moi, c’est que dans cette situation où tout le monde a été surpris par les verdicts, qu’on essaye de gérer ça au mieux parce que le peuple n’a jamais tort. Cette photographie nous permet d’identifier un peu les tensions qui restent encore dans notre pays et je demande à tout le monde d’être honnête et d’aller dans le sens de la résolution de la tension-là.

Transcription faite par Didier Ledoux

 

 
 
 
 
 
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