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M.
Patrick Lawson, pour une première participation de votre
parti l’UFC à un scrutin législatif, on peut dire que
les résultas ne sont pas très mauvais pour vous. Vous
êtes la deuxième force politique du pays. C’est quand
même bien ?
Pour être tout à fait sincère, nous sommes la première
force surtout en voix. De la même façon nous considérons
que si un plus grand sérieux avait été mis dans la
transmission des résultats et dans le contrôle des
bulletins, aujourd’hui, nous serions également
majoritaires en sièges. C’est pour toutes ces raisons
que nous avons décidé d’introduire des recours de façon
qu’il y ait la paix. Nous n’en croyons pas trop mais
nous avons décidé de jouer le jeu. Il faudrait qu’on en
tienne compte pour la paix dans ce pays parce qu’un
parti ne peut pas être éternellement triché. Il est
temps maintenant que les résultats sortis des urnes
soient pris en compte. C’est tout ce que nous demandons.
La proclamation des résultats au décompte final,
résultats provisoires publiés par
la CENI, donne 50 sièges au RPT, 27 pour l’UFC et 4 pour
le CAR. Comme vous venez de le dire, vous vous installez
dans la contestation des résultats. Est-ce que c’est
l’ensemble des résultats que vous contestez ou bien une
partie ?
Une partie, surtout dans certaines circonscriptions. Il
y a eu trop d’annulations de bulletins. C’est le cas de
Vo par exemple où le troisième siège nous échappe avec
une différence de moins de 100 voix. Dans le même temps,
on s’est vu annuler plus de 12.000 bulletins. Sur ces
12.000 bulletins, il y a au moins 80% qui reviennent à
l’Union des Forces de Changement. Dans l’Assoli, on
aurait pu avoir un des deux sièges. Dans le Tchaoudjo,
c’est la même chose. Et pour Lomé, c’est la catastrophe
parce que ce qui s’est passé est trop grave. Vous savez
que l’article 123 est clair. A la fin des
dépouillements on aurait dû transmettre les résultats
aux partis politiques. Mais au niveau de
la CENI déjà, ça n’a jamais été fait. Bien au contraire,
c’est la CENI qui renvoie l’ensemble du dossier à la
Cour Constitutionnelle, laquelle Cour Constitutionnelle a refusé
à son tour de proclamer et de juger quoi que ce soit,
enjoignant à
la CENI de publier complètement les résultats. Ces résultats ont été
publiés sans décompte sérieux et ça, c’est inacceptable.
Au 21ème siècle,
faire encore des élections dans ces conditions, ce n’est
pas possible. Si on voit ce qui s’est passé à Lomé,
qu’est-ce qu’on peut penser de l’intérieur ?
Mais
la CENI avait publié un communiqué dans lequel elle a
fait savoir qu’il y a manque de sérénité tout simplement
parce que certains de vos militants sont allés perturber
le déroulement du travail dans l’enceinte de
la CENI ?
Est-ce que c’est l’UFC qui a donné le coup
de poing à des représentants à
la CENI ? Nous avons un de nos représentants à
la CENI M. Atantsi qui a eu une arcade sourcilière
complètement ouverte. En fait, à la CENI, les résultats étaient clairs. Mais on a voulu perturber tout cela
en introduisant des bulletins, des urnes dont on ne
connaît pas l’origine. Tout cela a perturbé les
élections.
En dehors de quelques anicroches, tout le monde a
reconnu que les élections se sont bien déroulées. La
plupart des partis politiques qui ont pris part à ce
scrutin ont reconnu les résultats. C’est l’UFC seule qui
se retrouve dans la contestation. Vous êtes seuls contre
tout le monde…
Parce que nous sommes le seul vrai gagnant. Et
comme c’est nous qui avons été trichés, nous ne pouvons
que réclamer ce qu’on nous a pris. Ceci dit, le problème
ne se pose pas en ces termes. Quand les élections ne
sont pas justes, il faut dire qu’elles ne sont pas
justes. C’est vrai qu’il faut faire la part des choses.
Une première partie a été bonne, le déroulement de la
campagne. C’est pour la première fois qu’il n’y a pas eu
beaucoup d’accrochages, il n’y en a pas eu pratiquement.
C’est une réalité. Mais ce n’est pas une raison pour que
les observateurs, sans attendre de voir le dépouillement
et la proclamation des premiers résultats sortis des
urnes, se mettent à dire que tout s’est bien passé. Je
crois que tout cela n’était pas bon pour la sérénité.
De la même façon, nous avons remarqué que le soir même,
des amis à nous qui sont d’autres partis, surtout des
partis adverses nous appelaient eux-mêmes pour nous dire
que c’est la berezina. Et le lendemain, tout a changé.
On a vu qu’ils ont repris conscience en eux-mêmes qu’il
s’est passé quelque chose : achat de cartes d’électeurs,
beaucoup de choses, surtout les bulletins nuls qui nous
ont porté beaucoup de préjudices. C’est ça qui n’est
pas bon.
Même l’Union Européenne dont l’avis compte beaucoup a
salué cette élection. Est-ce que l’UFC ne risque pas de
se voir isolée, marginalisée ?
La seule marginalisation que craindrait l’UFC
c’est celle de nos populations. Or, à chaque élection,
on leur fait peur et à chaque élection, les populations
votent pour l’UFC. C’est quand même quelque chose. Le
seul pas qu’on n’a pas encore franchi au Togo, c’est ce
qui est arrivé au FIS en Algérie. Mais il est clair que
nous représentons une force qui ne fait pas peur aux
populations. Nous faisons peut-être peur à la classe
politique. On ne sait pas pour quelle raison. Pourtant,
nous sommes des gens normaux, des gens qui parlent avec
tout le monde. Mais nous ne savons pas en quoi on a peur
de nous. C’est ce qui est à la base de tout ce qui se
passe. On ne veut pas nous donner la victoire parce
qu’on a peur qu’on en fasse autre chose.
Une lecture des résultats de ce scrutin montre une fois
encore que le pays est divisé, coupé en deux.
Concrètement, comment entendez-vous sûrement ce
clivage ?
Nous avons fait campagne partout, que ce soit dans la
région septentrionale et dans les régions du sud.
Partout, nous avons rencontré des populations qui
croient à l’idéal que nous défendons. Ce qui constitue
un réconfort pour nous. Et pour cela, nous n’avons pas
peur pour le Togo. C’est artificiel la division qu’on
veut faire croire au Togo entre le nord et le sud. Je le
répète encore, si ces élections ont été réellement
transparentes, s’il n’y a pas eu ces bulletins nuls,
nous aurions gagné beaucoup de sièges également dans le
nord et ce ne sont pas des inventions. Nous sommes très
satisfaits de ce que nous avons rencontré auprès des
populations du nord. On les a rencontrées, on les a
senties et c’est tout ça qui fait aujourd’hui notre
force et qui fait que tout ce qui se passe ne nous rend
pas malheureux, parce que nous savons que les
populations nous ressentent.
Comment expliquez-vous que les électeurs togolais qui
ont envie de vivre en paix, ont choisi deux formations
politiques qui se sont toujours regardées en chien de
faïence ?
Si les Togolais ont choisi surtout l’UFC,
l’autre parti a essayé de prendre des voix par d’autres
moyens. Je ne crois pas que les Togolais veuillent nous
opposer. Ce que veulent les Togolais, c’est que justice
soit faite, que les populations se retrouvent dans
leurs élus. Pour ce qui concerne cette question
nord-sud, je crois que ce problème est plus artificiel
que réel. Quand on a vu la campagne qu’on a menée,
quand on connaît la représentation nationale de notre
parti, nous croyons que nous sommes très loin de ce
problème. Et surtout ce que nous cherchons, c’est qu’il
faut après ces élections que chacun s’investisse pour
que ce problème ne nuise pas un jour au Togo.
Parce qu’il n’existe pas dans
la réalité, mais on veut l’inventer. Il faut qu’ensemble
nous puissions combattre cela.
Pendant la campagne électorale, vous avez laissé
entendre que l’UFC refuse toute alliance, est-ce que l’UFC
va continuer son voyage solidaire ? On se rend compte
que tous vos amis traditionnels vous ont lâchés ?
Le scrutin auquel on a eu à faire face est un scrutin de
liste qui ne permettait pas d’alliance avant les
élections. Soyons clair là-dessus. J’ai toujours dit que
gagner les élections c’est une chose, former le
gouvernement en est une autre. On ne pouvait pas faire
d’alliance puisque tout le monde disait qu’il faut
qu’on sache désormais qui est qui et fait quoi. Au
moins ça aujourd’hui, c’est rétabli. C’est le schéma
qui existait, qui est ressorti des urnes. Cela doit
faciliter maintenant les choses dans la recomposition de
la classe politique. On doit savoir aujourd’hui qui peut
être chef d’une opposition sans contestation. On peut
aujourd’hui mettre sur pied un statut de l’opposition
sans protestation. Cela permettra à un chef de
l’opposition d’aller désormais à des invitations
officielles en sachant où il va s’asseoir et quelle sera
sa place dans le rang des unes et des autres.
Maintenant, il y a autre chose, c’est que notre pays est
en crise, hautement en crise. Il faut que nous
comprenions que nous devrions nous investir pour sortir
le pays de cette situation. Si tel est le cas, il faut
que nous changions très tôt de comportement et qu’on
cherche à reconstruire ce pays. C’est ce qui a été
toujours notre objectif et cet objectif est encore
poursuivi malgré tout ce qui s’est passé. Ce que nous
voudrions, c’est que ces recours se fassent bien et
qu’il n’y ait pas trop de rancoeurs, que ce qui est
récupérable le soit et qu’on parle maintenant de comment
on va gérer ce pays. Qui sera dans l’opposition, qui
sera dans le gouvernement et c’est sur la base de ce
programme, des décisions que nous aurions que chacun
sera fixé. Voilà comment nous voyons les choses.
Les déclarations de cette nature, nous ne ferons
alliance avec personne, est-ce que ces déclarations ne
font pas peur à des électeurs qui veulent qu’il y ait un
compromis beaucoup plus dynamique toujours dans
l’apaisement ?
Est-ce que les électeurs ont eu peur en leur âme
et conscience puisqu’ils ont voté pour nous ? C’est la
classe politique peut-être qui a peur. Je le crois
d’ailleurs. Mais les électeurs ont voté pour l’Union des
Forces de Changement et majoritairement. Cela veut dire
que c’est les populations qui savent que par leur vote,
il n’y a aucun problème avec l’Union des Forces de
Changement. C’est la classe politique qui a peut-être
des problèmes avec l’UFC. S’il y a donc des problèmes,
qu’on s’asseye et qu’on le dise. Aujourd’hui, nous
représentons au moins quelque chose. Qu’on établisse ce
qu’on nous reproche et on va essayer d’en discuter
ensemble. Mais nous n’avons aucun problème avec les
populations. Je crois que c’est suffisamment clair après
ces élections.
Est-ce que l’UFC ne fait pas assez preuve d’excès de
confiance qui lui impose une posture l’obligeant à ne
pas assez connecter sur les réalités ?
Quelles sont ces réalités puisque nous avons
tout accepté dans ce pays ? Chaque fois que nous avons
été premier, quelques semaines, quelques mois après, on
a pris part à tous les dialogues. Nous avons signé tous
les accords et on n’a rien eu en échange. Qu’est- ce
qu’on nous reproche alors ? Nous n’avons rien à nous
reprocher…
Le Rassemblement du peuple Togolais prône la formation
d’un gouvernement d’union, une décision saluée par de
nombreux partis politiques. Participerez-vous au
gouvernement d’union nationale au cas où on vous faisait
appel ?
Vous savez, quand on organise les
élections, c’est pour qu’il y ait des vainqueurs et des
vaincus et que ceux qui ont gagné, gèrent. Maintenant,
si on veut un autre schéma, ce sont des discussions
politiques qui sont menées. Et ces discussions
politiques doivent être claires et ne doivent pas
constituer une sorte de contrat léonin en ce sens que
nous devons parler égal à égal ; qu’on sache ce qu’on
veut faire avec un gouvernement d’union nationale. Il ne
faudrait pas que ce soit un machin pour les uns et les
autres pour s’enrichir en oubliant les populations dans
leur malheur. Nous voudrions que, si gouvernement
d’union il doit y avoir, les conditions soient
clairement définies.
Vous parlez d’une négociation ?
Vous m’avez posé une question et je ne
répondais qu’à cette question. Ce qui compte pour nous
pour le moment c’est que les recours trouvent une
solution. Ça, c’est la première chose. Après, nous
verrons qu’il y a plusieurs possibilités ; l’UFC peut
s’inscrire dans l’opposition, l’UFC peut également
décider de former un gouvernement en alliance avec
d’autres. L’UFC peut prendre part à un gouvernement
d’union nationale mais pas à n’importe quelle condition.
Ceux qui l’ont essayé, ont compris que les populations
nous surveillent et n’acceptent pas qu’on rentre dans
n’importe quoi. Il faut qu’on sache où on va. Quand on
va dans un gouvernement d’union nationale, c’est pour
créer les conditions de la reconstruction du pays. Ce
n’est pas pour faire croire que tout va bien.
Transcription Liberté Tri-Hebdo |