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Monsieur Gilchrist
Olympio, on vous a dit ces derniers temps malade,
notamment le 14 octobre dernier, jour des législatives.
Comment vous sentez-vous actuellement ?
• Bien. J’ai appris beaucoup d’informations
relatives à ma santé. J’ai appris récemment que j’étais
malade en effet. Certains ont même dit que j’étais mort
et enterré au Ghana. Ce qui est complètement faux. Je
suis en bonne santé. A moins que ceux qui disent cela
aient des renseignements que moi je n’ai pas, ni mes
médecins. En fait, j’ai dû quitter le Togo un jour avant
le scrutin (NDLR : 13 octobre) pour des raisons très
simples : je revenais d’une longue tournée dans tout le
nord du pays.
Arrivé
à Lomé, qui est mon fief, ma maison était bondée, je ne
pouvais même pas sortir 5 mn pour faire les 100 pas sans
être suivi par des centaines de gens. Or, j’avais besoin
de réflexion et de repos. Je ne pouvais pas le faire à
Lomé, je suis donc parti à ma résidence d’Accra pour y
passer 48 heures. J’ai donné une procuration à quelqu’un
pour voter à ma place. Cette procuration a d’ailleurs
été rejetée parce qu’on demandait en plus l’acte de
naissance, le certificat de nationalité...
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Gilchrist Olympio
s'entretient avec
Dieudonné
Z. Zoungrana
L'Observateur
Paalga |
J’ai dit que
ça ne fait rien, une voix de plus ou de moins pour l’UFC.
Je voulais aller au Ghana aussi parce que j’ai reçu une
invitation des autorités du Burkina pour participer au
colloque international sur "Démocratie et développement
en Afrique" qui s’est tenu à Ouaga. Je voulais d’Accra
venir à Ouaga et retourner directement à Lomé. Je suis
donc en bonne santé et Dieu merci, j’espère que ça va
continuer.
Quelles
sont les premières leçons que vous tirez du scrutin du
14 octobre ?
• Je ne
parlerai pas de leçons, mais plutôt de constats : le
premier est que nous avons été amenés à accepter
beaucoup de compromis pour pouvoir participer à ces
élections. Pour nos adversaires, pour le pouvoir en
place et surtout pour le RPT, il fallait faire tout pour
que l’UFC puisse quitter le processus, qu’on claque la
porte et qu’on en parle plus. Mais nous avons pris la
décision contrairement à ce qu’on faisait avant, de ne
plus faire la politique de la chaise vide.
D’où
l’acceptation de ces compromis. Le premier d’entre eux
est la répartition des sièges. Cette répartition a été
faite jadis par Eyadema 1er. Par exemple à Lomé, c’est
100 000 électeurs pour un siège, par contre dans la
région du Golf et du Lac comme à Anecho, c’est à peu
près 50 000 pour un siège, et une fois que vous
traversez Atakpamé et vous allez dans le nord, dans la
région d’Assouli et de Kara, c’est 10 000 électeurs pour
un siège.
Cette
répartition était mauvaise et démentielle, mais on ne
pouvait pas la changer parce que nous étions très
minoritaire au dialogue intertogolais et à la signature
de l’Accord politique global (APG). Pire, nous le sommes
dans la CENI. Pour ces élections nous avons 28 partis
politiques. Et je peux vous dire que 90% des
propositions de l’UFC ont été rejetées.
Personnellement, j’ai eu à faire plusieurs propositions
au facilitateur Blaise Compaoré, au représentant de
l’Union européenne. Ils m’ont dit à peu près ceci : "Vous
avez accepté d’aller aux élections avec ce genre de
répartition, nous ne pouvons rien faire... Nous sommes
là pour constater les élections et non pour faire des
changements à la répartition démographique du pays".
Nous sommes allés néanmoins à ces élections.
Ensuite,
second compromis : le rejet de l’authentification des
bulletins de vote par signatures. On nous a fait venir
des vignettes ou des timbres si vous voulez. Ces timbres
ne pouvaient pas être distribués dans tout le pays en 48
heures. Moi à l’époque, je revenais du nord, pour aller
à Dapaong, à l’extrême nord du Togo. A Mandouri,
toujours au nord par exemple, il faut 5 heures de trotte
en véhicule, tant les routes sont épouvantables.
De Lomé à
Mandouri en 4x4, il faut 13 heures de route. Imaginez
avec des gros camions, il faut toute la journée. Quand
est-ce donc que ces timbres ont pu arriver à temps dans
les bureaux de vote pour que l’opération puisse
commencer ? Il faut noter aussi que lorsque ces timbres
ont été distribués, il n’y avait pas de quittance.
Alors
question : ces timbres ont été distribués quand et
comment et en quelle quantité dans les différents
bureaux de vote ? Nous ne le savons pas. Troisièmement,
quand on a commencé à voter, là où il y avait la
documentation à Lomé, à 11 heures, il n’y avait plus ces
fameux timbres.
Comment
expliquez-vous alors cette rupture de timbres ?
• Je n’en sais
rien du tout.
Le ministre
burkinabè des Affaires étrangères, Djibril Bassolet, a
affirmé qu’en réalité, à certains bureaux, on en a
envoyé en trop et à d’autres pas assez...
• En tout cas,
moi j’ai fait le constat de la situation. Les raisons
qui ont fait qu’on a rejeté l’utilisation des signatures
et la rupture des timbres méritent une enquête
approfondie. Vous savez, on a donné des instructions aux
électeurs de voter et quelquefois de signer eux-mêmes
sur les bulletins de vote pour marquer qu’ils ont voté
pour x ou pour y. C’est fort de cela que les
démembrements de la CENI ont fait beaucoup d’annulations
de ces bulletins.
Vous
estimez que malgré ces timbres les prévotations
frauduleuses ont été massives ?
• Oui. Et nous
avons déjà écrit à la Cour constitutionnelle pour
attirer son attention sur certaines annulations. Par
exemple, dans la région de Ahou, on a annulé plus de 12
500 bulletins, ce qui a fait qu’on a eu 0 siège dans
cette localité. Je vous le rappelle aussi que ce scrutin
est dit proportionnel. Or, vous savez, pendant longtemps,
on a utilisé le système uninominal à deux tours.
Tout d’un
coup, le gouvernement vient nous annoncer qu’on a changé
le mode. Ce qui était une première et nous avons dû
faire des séminaires pour expliquer aux militants
comment cela fonctionnait. On nous a dit que ce mode
était fait pour qu’un parti politique n’écrase pas les
autres. Ce qui n’a pas été le cas malheureusement.
Le RPT s’en
tire avec une cinquantaine de sièges. Nous avons fait un
recours à la Cour constitutionnelle, même si on n’a pas
confiance en cette Cour : avant, elle était composée de
6 membres, des juristes, pas de haute qualité, mais des
juristes tout de même. Mais avant sa mort, Gnassingbé
1er a augmenté le nombre à 9 membres.
Il a mis ses
hommes dont certains n’ont jamais mis les pieds à
l’école de droit. Mais nous allons devant cette Cour par
acquis de conscience pour qu’on ne vienne pas nous
critiquer en disant que nous ne sommes pas des gens qui
aiment l’ordre.
Pourquoi
n’avoir pas résolu tous ces problèmes dans le cadre du
dialogue intertogolais ?
• Je vous ai
dit qu’il y avait un problème d’option : on était en
minorité dans le dialogue ; alors, soit on claquait la
porte et on quittait le processus, soit on restait et on
allait aux élections. Il y avait à ce dialogue les
représentants du RPT qui faisaient à peu près 50% en
plus des partis qui se prétendaient représentatifs et
même majoritaires dans le pays qui avaient les mêmes
droits que nous...
On nous avait
dit que les décisions allaient être prises de façon
consensuelle, ce qui n’a pas été le cas. Chaque fois
qu’il y avait une proposition, on passait au vote, et
l’UFC était perdante. Ces problèmes ne pouvaient donc
être résolus ni au dialogue, ni à la signature de l’APG.
On nous a
soumis un document très vague, un précontrat qui
énumerait un dialogue sur le dialogue à venir (rires).
Fallait-il boycotter encore comme en 1994, 2005... C’est
donc dans ces circonstances que nous sommes allés aux
élections. On n’était pas content, mais contraint d’y
aller.
En
attendant le verdict de la Cour constitutionnelle, l’UFC
se retrouvera avec 27 députés. Etes-vous satisfait de ce
score ?
• Pas du
tout ! Nous croyons qu’avec un million de votants pour
l’UFC et un million de votants pour le RPT, on serait
plus proche de la majorité absolue. C’est-à-dire 40-41
députés. Est-ce que nos camarades de la majorité qui
n’ont pas l’expérience de la démocratie respecteront le
droit de la minorité à l’Assemblée nationale ?
Ce sont des
choses dont nous ignorons. Mais compte tenu de la
tradition du RPT, de notre histoire récente et distante,
nous avons beaucoup de doute et nous commençons à croire
que les choses vont être très difficiles pour l’avenir
immédiat du pays.
Le Comité
d’action pour le renouveau (CAR) de Me Yawowi Agboyibor
a engrangé 4 députés. Feriez-vous alliance avec cette
formation politique ?
• Même si on
ajoute les 4 du CAR aux 27 de l’UFC, nous arrivons à 31,
pour avoir une force à l’hémicycle, il faut avoir au
moins 40 sièges. Ce qui est important à nos yeux dans
l’immédiat, c’est la Constitution amendée par M. Gnassingbé,
en utilisant le parlement monocolore qui donne beaucoup
de pouvoir au président.
Le président
nomme et révoque les ministres, sans consulter qui que
ce soit. Nous aimerions avoir une certaine garantie
avant de nous lancer dans une forme de coopération avec
ce gouvernement. Pour ce qui est de Me Agboyibor, de par
le passé, et à plusieurs reprises, nous avons essayé de
travailler avec lui, c’est normal. Et pour les grands
problèmes de la démocratie, on doit pouvoir se retrouver.
Mais 4 pour 8 sur le plan purement arithmétique, ce
n’est pas suffisant.
En tant
qu’opposant historique à Eyadéma, comment jugez-vous
l’action du jeune président Faure ?
• Vous savez,
comparé à ce que nous avons subi pendant 40 ans sous le
premier Gnassingbé, tout le monde en sort blanchi, tout
le monde est un saint. J’ai eu l’occasion de rencontrer
Faure à trois reprises : une fois, sous l’égide du
président Obasanjo du Nigeria (NDLR : 25 avril 2005,
veille de la proclamation des résultats de la
présidentielle), ensuite, sous l’égide de Sant’Egidio à
Rome et enfin, quand il était en visite officielle à
Paris.
C’est un jeune
homme avec qui nous avons eu à discuter des grands
problèmes du pays. Il m’avait donné l’impression à
l’époque qu’il était prêt pour l’ouverture. Mais les
deux ans qui ont suivi n’ont pas confirmé ses
intentions. Et pour cause.
Un : il a dit
que le Premier ministre sortirait de l’UFC, ce qui n’a
pas été le cas. Il est revenu de Libreville un jour pour
nous annoncer qu’il a nommé Agboyibor Premier ministre.
C’est ce dernier qui devait nous recruter pour entrer au
gouvernement.
Et deux : Il
ne nous a même pas aidé à être bien présent à la CENI.
Nous avons réussi avec l’aide du président burkinabè à
introduire un membre indépendant dans cette Commission
électorale indépendante. Disons que la situation sur le
plan institutionnel est difficile, dans ce sens que
lorsqu’on dit dans l’APG qu’on va faire une refonte
institutionnelle, nous ne voyons pas les modalités.
Qui va le
faire ? Quand est-ce qu’on va le faire ? Nous avons
l’impression qu’il n’y aura pas de changement et que
Faure et son gouvernement veulent que les choses restent
telles. C’est là où nous aurons les blocages.
Estimez-vous qu’avec cette configuration qui se profile
au parlement, Faure va nommer un PM de l’opposition ou
de son propre camp, le RPT ?
• Il faut
poser cette question à Faure, pas à moi, puisque c’est
lui qui a tout le pouvoir institutionnel, légal, tout et
tout. Il peut révoquer le PM et tout ministre qu’il veut.
Mais ce que je peux dire, si nous devons participer à un
gouvernement éventuel, il va falloir que nous ayons
certaines garanties.
Nous ne
voulons pas qu’on nous donne un ministre de
l’Agriculture ou de la Santé qui est révoqué 3 semaines
après. Ces garanties doivent être internes et externes.
Internes parce que nous allons appliquer toutes les
pressions possibles sans violence et externes, car nous
avons un facilitateur et au niveau de la communauté
internationale, nous avons encore quelques amis (sourire).
Que
répondez-vous à ceux qui affirment que l’UFC est arc-boutée
à des positions maximalistes ?
• Nous sommes
allés à ces élections dans des conditions difficiles.
Est-ce une position maximaliste cela ?
Aller par
exemple au gouvernement quels que soient les postes
qu’on vous propose...
• Cela va être
difficile, car si nous le faisions, nous serons
sanctionnés par le peuple, dans ce sens qu’il y a un
million de Togolais qui ont voté pour nous et nous
allons rentrer dans un système sans aucune garantie. Il
faut commencer à changer d’abord les dispositions
institutionnelles du Togo qui ne vont pas réussir,
commencer la construction du pays qui ne sera pas faite
selon les normes que vous désirez, etc. Nous demandons
que le pays qui est en déconfiture totale soit construit.
Regardez le Burkina surtout Ouaga, qui est propre, allez
à Lomé voir l’état des rues.
Ne
craignez-vous pas d’être un peu en porte-à-faux avec
l’Union européenne, qui trouve que le 22e engagement est
rempli et qui va reprendre sa coopération intégrale avec
le Togo ?
• Nous n’avons
pas dit que nous n’irons pas au parlement, ni que nous
n’irons pas au gouvernement. Nous ne sommes pas contre
les déclarations de l’Union européenne, nous disons que
c’est en partie vrai. Nous disons que la préparation de
ces législatives a été plus ou moins satisfaisante dans
ce sens que cette fois-ci on n’a pas tué beaucoup de
gens, on n’a pas eu de bras cassés, le recensement a été
correct, et qu’il n’y a pas eu d’exilés massifs. Ce que
nous disons est que l’UE n’a pas eu l’occasion de voir
ce qui se passait dans les bureaux de vote et a fait une
déclaration qui a été mal interprétée.
Est-ce
terminé ce que d’aucuns appellent une vendetta
personnelle de Gilchrist Olympio ?
• En 2005, on
a eu à la présidentielle 1000 personnes tuées...
Vous dites
bien 1000 ? Vous en êtes certain ?
• Oui. Nous
avons la documentation y relative. L’enquête des Nations
unies a dit que c’était 500 au lieu de 1000. La
Commission d’enquête montée par Faure Gnassingbé et
dirigée par Koffigho donnait 125 personnes tuées.
Retenons même ce dernier chiffre de Koffigoh. Pour un
petit pays comme le Togo, on tue 125 personnes qu’on
passe après par pertes et profits. Est-ce les familles
de ces défunts, leurs amis, les 15 à 20 000 exilés qui
vivent dans des conditions effroyables, ils n’ont pas de
parents ?
Non, ce que
nous ne voulons plus au Togo, c’est le règne de
l’impunité. Mon père (NDLR : Sylvanius Olympio, premier
président du Togo) a été assassiné par Gnassingbé 1er il
y a 45 ans. Depuis, beaucoup de choses se sont passées...
Nous ne réfléchissons pas en termes de vendetta. Si
c’est cela que nous voulions, on n’aurait pas créé un
parti politique, il y a des façons beaucoup plus faciles
de se venger. Nous avons créé un parti pour sensibiliser
les populations.
Quel
jugement portez-vous sur l’action du facilitateur Blaise
Compaoré dans cette crise togolaise ?
• Je crois
qu’il a fait de son mieux dans des conditions très
difficiles. Le Togo est divisé, très divisé sur le plan
politique, régional, culturel... Et contrairement à
d’autres pays qui ont connu des va-et-vient, le Togo a
connu pendant 40 ans un système plat de dictature avec
la même personne. Donc pour commencer à joindre les
bouts maintenant, à réconcilier les gens et en même
temps faire plaisir à tout le monde, ce n’est pas
facile. Et c’est ce qu’a tenté de faire le président
Compaoré. Je lui tire mon chapeau, tout en disant que
nous avons encore un long chemin à faire.
Interview
réalisée par Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana
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