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Les députés de l’Assemblée nationale togolaise ont
accordé, le lundi 17 décembre 2007, leur confiance au
programme d’action du gouvernement du nouveau Premier
ministre Komlan Mally. Ce vote s’est déroulé dans une
ambiance délétère marquée par le boycott des élus de
l’Union des Forces de Changement (UFC, principal parti
d’opposition) et une partie de ceux du Comité d’Action
pour le Renouveau (CAR).
Nommé le 03 décembre 2007, M. Komlan Mally, conformément
à l’article 78 alinéa 2 de la constitution togolaise
devait recevoir le quitus des élus du peuple avant
d’entamer son programme de gouvernement axé sur quatre
(04) grands points à savoir : la consolidation de l’Etat
de droit, la constitution des bases solides de la
croissance et du développement, l’amélioration des
conditions d’accès aux services essentiels et la
réaffirmation de la place du Togo dans le concert des
Nations.
Après le discours d’ouverture du président de
l’assemblée nationale El Hadj Abass Bonfoh, la
présentation du programme de gouvernement par le Premier
ministre, la parole devait être donnée aux trois groupes
parlementaires pour des débats sur le fond du programme.
Mais que nenni ! Jean-Pierre président du groupe
parlementaire UFC qui avait sous la main une réponse en
quatre (04) pages n’a eu le temps que de prononcer
quelques phrases avant de se voir retirer la parole par
Abass Bonfoh, très suffisant, arrogant, imbu de lui-même
qui n’a pas fait dans la dentelle pour asséner quelques
propos discourtois à l’endroit des députés de l’UFC.
Comme pour montrer que la mesure ne s’applique pas qu’à
l’UFC, M. Bonfoh devait également retirer la parole à
M. Dama Dramani, le président du groupe parlementaire
RPT, trois (03) minutes après que celui-ci ait entamé
son intervention. C’était dans une ambiance où la
sérénité n’était pas au rendez-vous, ce qui augure des
débats houleux en perspective lors des prochaines
séances plénières.
Pour le président du groupe parlementaire (RPT, au
pouvoir), ce programme répond aux attentes des
populations du pays. « C’est la preuve que mon parti
entend mettre à profit sa victoire aux dernières
législatives pour soulager la souffrance de la masse »,
a confié Dama Dramani
Le groupe parlementaire CAR, par la voix de son
président a émis quelques réserves concernant la lutte
contre la corruption, la pauvreté, la gabegie et le
népotisme dans la fonction publique. Raison pour
laquelle lors du vote, il s’est-il abstenu.
Quant au groupe parlementaire l’UFC, il a simplement
boycotté le vote
parce que ce « programme d’action est
vide de véritables préoccupations des Togolais et
surtout des propositions de solutions qu’ils sont en
droit d’attendre»,
selon
Jean-Pierre Fabre, président de ce groupe.
Au finish, 42 députés (certains députés nommés ministres
pour cause d’incompatibilité ne se sont pas présenté)
ont voté pour ce programme, permettant ainsi au
gouvernement Mally d’entrée véritablement en fonction.
Voici pour vous la réponse du groupe parlementaire UFC
interrompue par le président de l’Assemblée Nationale: |
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Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale
Mesdames et Messieurs les Députés et chers collègues,
Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement,
Excellences Messieurs les Ambassadeurs,
Messieurs les Chargés d’Affaires,
Mesdames et Messieurs les Représentants des
organisations internationales,
Mesdames, Messieurs,
C'est par la volonté de la grande majorité du peuple
togolais que l'Union des Forces de Changement (UFC), qui
œuvre inlassablement pour un véritable changement dans
notre pays, est aujourd'hui à l'Assemblée Nationale.
Aussi, le groupe parlementaire UFC saisit l'occasion
pour renouveler ses remerciements aux populations
togolaises.
Monsieur le Premier Ministre,
Nous avons tous suivi avec la
plus grande attention, la présentation du programme
d'action de votre gouvernement Tout comme celui de vos
prédécesseurs du RPT qui se sont succédés à cette
tribune depuis les élections législatives de 1994, votre
programme présente un catalogue de bonnes intentions,
résolutions et initiatives, censée affranchir notre pays
des dérives aux plans politique, économique et social.
Votre présence devant nous ce matin avec le même
catalogue, est d'autant plus surprenant que les
politiques analogues proposées par vos prédécesseurs
n'ont donné aucun résultat. Au contraire elles ont
conduit nos populations à la misère et à la précarité.
Je fais une constatation capitale, partagée certainement
par tous : votre Programme d'Action, Monsieur le Premier
Ministre, est vide des véritables préoccupations des
Togolais et surtout des propositions de solutions qu'ils
sont en droit d'attendre.
L'article 78, alinéa 2 de la Constitution qui vous
impose l'épreuve de ce matin, vous demande de solliciter
notre confiance sur ce programme d'action.
Un programme d'Action, est d'abord l'inventaire des
problèmes politiques, économiques, sociaux et culturels
qui, à un moment donné ; entravent le développement
harmonieux d'une Nation. Il est complété par des
propositions de solutions appropriées.
Monsieur le Premier Ministre,
Vous avez tracé, tout au long de votre développement,
des lignes d'horizon sans jamais nous dire les actions,
les voies par lesquelles vous conduirez votre politique
vers la réalisation des objectifs que vous vous fixez.
Voyez
vous, votre premier devoir, était de regarder en face
sans complaisance, la réalité de notre médiocre
quotidien.
Vous vous présentez devant nous à un moment exceptionnel
de l'histoire de notre pays; un moment où, dans leur
très grande majorité, les Togolaises et les Togolais
expriment leurs souffrances et leurs impatiences, leur
colère et leur désespoir.
La réalité c'est que notre pays est confronté à une
situation inacceptable dans tous les domaines.
Alors que le monde connaît des changements
sans précédent, que les pays de notre sous région,
démontrent une volonté de progrès qui augure d'un avenir
meilleur, le Togo s'enlise. Cette situation fragilise
des populations entières qui courent en vain après le
minimum vital. Elle compromet dangereusement l’avenir de
la jeunesse.
Il vous appartenait de fixer les repères, de tracer des
voies pour remettre le Togo en marche.
- La réalité, c'est le délabrement avancé de l'économie
nationale.
- La réalité, c'est le chômage des jeunes, notamment des
jeunes diplômés.
- La réalité, c'est la baisse constante du pouvoir
d'achat des togolais.
- La réalité, c'est l'école sinistrée qui se cherche une
âme et qui, devant tant de problèmes, s'interroge sur sa
raison d'être.
- La réalité, Monsieur le Premier Ministre, c'est un
service de santé à l'abandon, qui a perdu ses missions
de soulager les souffrances et de sauver des vies
humaines.
- La réalité, c'est l'instrumentalisation de la
diversité ethnique de notre pays à des fins
politiciennes, opposant le Nord et le Sud, et
aboutissant à une institutionnalisation de la
répartition régionale et qui constitue un sujet de
préoccupation nationale.
- La réalité, c'est l'état de dégradation des
infrastructures routières.
- La réalité, c'est une politique agricole désastreuse
qui ruine l'effort des braves paysans en les privant
d'intrants et de débouchés et en les spoliant du produit
de leur vente,
- La réalité, c'est l'urbanisation sauvage et
l'insalubrité de toutes nos villes.
- La réalité, c'est la rupture, constante et calamiteuse
de la fourniture de l'énergie électrique qui entrave
l'activité économique sans compter l'absence de toute
politique d'indépendance dans ce domaine. .
- La réalité, c'est l'énorme dette publique qui dépasse
1.000 milliards de nos francs et qui compromet les
capacités nationales d'investissement public.
- La réalité, c'est un secteur privé à l'agonie,
asphyxié par le non remboursement de la dette
intérieure.
- La réalité, c'est le désordre dans la collecte des
recettes de l'Etat et dans l'exécution des dépenses
publiques.
- La réalité, c'est l'insécurité grandissante dans nos
villes et nos campagnes.
Monsieur le Premier Ministre,
La réalité, c'est aussi l'état inacceptable de nos
institutions et l'organisation défectueuse des pouvoirs
publics.
La réalité, ce sont les modifications apportées à la
Constitution et aux lois électorales de notre pays à des
f!ns discriminatoires et d'exclusion. La Constitution
originelle du 14 octobre 1992 a été tellement
«toilettée», comme on le dit ici, qu'elle concentre
désormais tous les pouvoirs de l'exécutif entre les
mains du Président de la République, ne faisant plus
aucune place au Premier Ministre.
La réalité, c'est l'aggravation de la crise togolaise
par des coups d'Etat et coups de forces électoraux à
répétition.
La réalité c'est l'impunité garantie aux auteurs et
commanditaires d'actes de violences politiques et de
massacres de populations.
La réalité, c'est l'énorme chantier de l'organisation
judiciaire. La justice est un besoin de tous et de
chaque instant. Comme elle doit imposer le respect, elle
doit inspirer la confiance. De l'administration de la
justice, il me suffira, Monsieur le Premier Ministre, de
garder constamment, à l'esprit que nulle mission n'est
plus saine, ni plus difficile, ni plus indispensable que
celle du juge. Mêlé aux passions et aux faiblesses
humaines, le juge doit s'y montrer supérieur. Il
constitue le fléau et le déshonneur de nos sociétés, si
oubliant sa mission, il lui arrivait d'abuser de
l'immense pouvoir qui lui est confié.
Monsieur le Premier Ministre,
Je viens d’esquisser devant vous, les lignes
essentielles du mal togolais. Les jeunes qui constituent
l'espoir de notre nation sont les plus touchés par ce
mal qu'ils vivent avec un sentiment de frustration,
d'injustice et de désespoir.
Voila pourquoi nous pensons que pour sortir notre pays
de la crise politique, économique et sociale et
permettre à nos populations d'accéder rapidement à des
conditions de vie décentes, il faut:
- réorganiser la collecte des recettes de l'Etat et
mettre fin au pillage des ressources nationales.
- rationaliser les dépenses publiques et supprimer
toutes les dépenses hors budget.
- qualifier, par l'instauration de la bonne gouvernance,
notre pays au bénéfice des initiatives de réduction et
d'annulation de dettes publiques et mettre en place une
politique d'endettement rigoureuse qui empêche la
réédition des errements du passé.
- réhabiliter le secteur privé et favoriser la relance
de l'activité économique notamment en réglant au plus
vite la dette intérieure. Ceci est possible grâce à une
bonne maîtrise des recettes et des dépenses publiques. A
cet égard, il y a lieu de procéder à l'audit de toutes
les sociétés d'Etat pour clarifier leur gestion et
mettre fin à la gabegie.
- réhabiliter le système bancaire mis à mal par les
créances improductives principalement détenues sur les
sociétés d'Etat, notamment la SOTOCO et l'Office
Togolais des Phosphates (OTP)
- créer durablement de la croissance à deux chiffres,
notamment, en entreprenant des grands travaux d'intérêt
général. La croissance durable est nécessaire pour
réduire la pauvreté par la création d'emplois, la
distribution des revenus et l'augmentation du pouvoir
d'achat. L'état de délabrement des infrastructures
économiques et sociales vous en offre l'opportunité.
Vous ferez ainsi un usage profitable des financements
extérieurs et un emploi judicieux des ressources
nationales dégagées grâce à une saine gestion des
finances publiques.
Monsieur le Premier Ministre,
Notre pays s'est engagé, aux termes de l'Accord
Politique Global (APG), à procéder à des réformes
institutionnelles et constitutionnelles pour instaurer
l'Etat de droit, la démocratie et la bonne gouvernance.
Votre gouvernement doit rapidement mettre en œuvre ces
réformes qui visent notamment l'annulation de toutes les
mesures discriminatoires et d'exclusion introduites
unilatéralement dans la Constitution et le Code
électoral. La réconciliation nationale ne peut souffrir
les artifices du passé faites de duplicité, de
saupoudrage et de mesures dilatoires.
Par ailleurs, le gouvernement que vous conduisez est
issu d'élections législatives dont les résultats ont
suscité beaucoup d'interrogations au sein de l'opinion
nationale et internationale. Dans son rapport final sur
ces élections, la Mission d'Observation Electorale (MOE)
de l'Union Européenne relève entre autres que le RPT a
pu bénéficier d'un découpage électoral favorisant, le
Nord du pays et « est ainsi parvenu à transformer une
faible majorité relative en une forte majorité
absolue... Le RPT avec 40,4% des suffrages populaires a
ainsi été en mesure de s'assurer 50 des 81 sièges de
l'Assemblée Nationale alors que l'UFC, pourtant proche,
du point de vue score national, en emporte seulement
27... »
Je rappelle que depuis plus de 10 ans, l'UFC n'a cessé
de dénoncer ce découpage inique. En vain! Un nouveau
découpage électoral qui témoigne d'une représentation
nationale équitable s'impose donc. Il faut mettre fin à
l'aberration qui consiste à faire élire le député de l'Assoli
par 11 000 électeurs et celui du Golfe par 138 000
électeurs.
En outre, le problème récurrent du financement des
activités des partis politiques mérite d'être
sérieusement pris en compte. Il convient, à cet égard,
d'appliquer dans les plus brefs délais, la loi sur le
financement des partis politiques pour permettre à la
démocratie de jouer pleinement son rôle.
Monsieur le Premier Ministre,
Malgré la majorité dont il peut
se prévaloir au sein de l'Assemblée Nationale, votre
gouvernement n'a pas le soutien de la majorité des
Togolais en terme de suffrages. Voilà pourquoi, dans
l'intérêt supérieur de la Nation, la recherche
permanente du consensus doit être la règle dans
l'adoption et la mise en œuvre des réformes essentielles
dont notre pays a besoin pour sortir définitivement de
la crise.
Voyez-vous, Monsieur le Premier
Ministre, nous pensons à l'UFC que dans une démocratie,
le débat ne peut être confisqué par le pouvoir, il doit
être large, il doit s'ouvrir en toute liberté à
l'opposition, en toute liberté à la société civile. Le
débat ne peut être entre l'immobilisme et l'action.
L'action doit être volontaire. Elle doit soutenir
l'initiative, assurer le renouvellement et, le moment
venu, l'alternance démocratique, facteur de
développement et de progrès.
Monsieur le premier Ministre,
Le groupe parlementaire UFC ne retrouve pas dans votre
exposé, votre capacité à prendre en compte les
véritables préoccupations des populations togolaises et
votre engagement déterminé à mettre œuvre les nombreuses
recommandations visant l'instauration de la démocratie
et l'Etat de droit dans notre pays, notamment celles des
Nations Unies en matière d'impunité et de respect des
libertés publiques, celles de l'Union Européenne, celles
de la Mission d'Observation Electorale de l'UE en
matière électorale. Au contraire vous démontrez, s'il en
est encore besoin, que vous appartenez à un système
réfractaire au changement.
A l'UFC, nous croyons plutôt en un Togo
généreux, volontaire et solidaire où chacun a sa place,
selon ses mérites, un Togo de toutes les chances.
Votre programme d'action, Monsieur le
Premier Ministre, ne peut recevoir le soutien des
parlementaires UFC.
Je vous remercie de votre attention.
Jean-Pierre FABRE
E.K.A
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