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19 déc 2007

Alain Nococo
Togo: Vote de confiance au gouvernement Mally et réaction du groupe parlementaire UFC

Les députés de l’Assemblée nationale togolaise ont accordé, le lundi 17 décembre 2007, leur confiance au programme d’action du gouvernement du nouveau Premier ministre Komlan Mally. Ce vote s’est déroulé dans une ambiance délétère marquée par le boycott des élus de l’Union des Forces de Changement (UFC, principal parti d’opposition) et une partie de ceux du Comité d’Action pour le Renouveau (CAR).

Nommé le 03 décembre 2007, M. Komlan Mally, conformément à l’article 78 alinéa 2 de la constitution togolaise devait recevoir le quitus des élus du peuple avant d’entamer son  programme de gouvernement axé sur quatre (04) grands points à savoir : la consolidation de l’Etat de droit, la constitution des bases solides de la croissance et du développement, l’amélioration des conditions d’accès aux services essentiels et la réaffirmation de la place du Togo dans le concert des Nations.

Après le discours d’ouverture du président de l’assemblée nationale El Hadj Abass Bonfoh, la présentation du programme de gouvernement par le Premier ministre, la parole devait être donnée aux trois groupes parlementaires pour des débats sur le fond du programme. Mais que nenni ! Jean-Pierre président du groupe parlementaire UFC qui avait sous la main une réponse en  quatre (04) pages n’a eu le temps que de prononcer quelques phrases avant de se voir retirer la parole par Abass Bonfoh, très suffisant, arrogant, imbu de lui-même qui n’a pas fait dans la dentelle pour asséner quelques  propos discourtois à l’endroit des députés de l’UFC.  Comme pour montrer que la mesure ne s’applique pas qu’à l’UFC, M. Bonfoh  devait également retirer la parole à M. Dama Dramani, le président du groupe parlementaire RPT, trois (03) minutes après que celui-ci ait entamé son intervention. C’était dans une ambiance où la sérénité n’était pas au rendez-vous, ce qui augure des débats houleux en perspective lors des prochaines séances plénières.

Pour le président du groupe parlementaire (RPT, au pouvoir), ce programme répond aux attentes des populations du pays. « C’est la preuve que mon parti entend mettre à profit sa victoire aux dernières législatives pour soulager la souffrance de la masse », a confié Dama Dramani

Le groupe parlementaire CAR, par la voix de son président a émis quelques réserves concernant la lutte contre la corruption, la pauvreté, la gabegie et le népotisme dans la fonction publique. Raison pour laquelle lors du vote, il s’est-il abstenu.

Quant au groupe parlementaire l’UFC, il a simplement boycotté le vote
parce que ce « programme d’action est vide de véritables préoccupations des Togolais et surtout des propositions de solutions qu’ils sont en droit d’attendre», selon Jean-Pierre Fabre, président de ce groupe.  

Au finish, 42 députés (certains députés nommés ministres pour cause d’incompatibilité ne se  sont pas présenté) ont voté pour ce programme, permettant ainsi au gouvernement Mally d’entrée véritablement en fonction.

Voici pour vous la réponse du groupe parlementaire UFC interrompue par le président de l’Assemblée Nationale
:

 

Intervention du Président du Groupe Parlementaire UFC
En réponse à la présentation par le Premier Ministre, du programme d’action du Gouvernement

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale
Mesdames et Messieurs les Députés et chers collègues,
Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement,
Excellences Messieurs les Ambassadeurs,
Messieurs les Chargés d’Affaires,
Mesdames et Messieurs les Représentants des organisations internationales,
Mesdames, Messieurs,

C'est par la volonté de la grande majorité du peuple togolais que l'Union des Forces de Changement (UFC), qui œuvre inlassablement pour un véritable changement dans notre pays, est aujourd'hui à l'Assemblée Nationale. Aussi, le groupe parlementaire UFC saisit l'occasion pour renouveler ses remerciements aux populations togolaises.

Monsieur le Premier Ministre,


Nous avons tous suivi avec la plus grande attention, la présentation du programme d'action de votre gouvernement Tout comme celui de vos prédécesseurs du RPT qui se sont succédés à cette tribune depuis les élections législatives de 1994, votre programme présente un catalogue de bonnes intentions, résolutions et initiatives, censée affranchir notre pays des dérives aux plans politique, économique et social.

Votre présence devant nous ce matin avec le même catalogue, est d'autant plus surprenant que les politiques analogues proposées par vos prédécesseurs n'ont donné aucun résultat. Au contraire elles ont conduit nos populations à la misère et à la précarité.

Je fais une constatation capitale, partagée certainement par tous : votre Programme d'Action, Monsieur le Premier Ministre, est vide des véritables préoccupations des Togolais et surtout des propositions de solutions qu'ils sont en droit d'attendre.

L'article 78, alinéa 2 de la Constitution qui vous impose l'épreuve de ce matin, vous demande de solliciter notre confiance sur ce programme d'action.

Un programme d'Action, est d'abord l'inventaire des problèmes politiques, économiques, sociaux et culturels qui, à un moment donné ; entravent le développement harmonieux d'une Nation. Il est complété par des propositions de solutions appropriées. 

Monsieur le Premier Ministre,

Vous avez tracé, tout au long de votre développement, des lignes d'horizon sans jamais nous dire les actions, les voies par lesquelles vous conduirez votre politique vers la réalisation des objectifs que vous vous fixez.


V
oyez vous, votre premier devoir, était de regarder en face sans complaisance, la réalité de notre médiocre quotidien.

Vous vous présentez devant nous à un moment exceptionnel de l'histoire de notre pays; un moment où, dans leur très grande majorité, les Togolaises et les Togolais expriment leurs souffrances et leurs impatiences, leur colère et leur désespoir.


La réalité c'est que notre pays est confronté à une situation inacceptable dans tous les domaines.

Alors que le monde connaît des changements sans précédent, que les pays de notre sous région, démontrent une volonté de progrès qui augure d'un avenir meilleur, le Togo s'enlise. Cette situation fragilise des populations entières qui courent en vain après le minimum vital. Elle compromet dangereusement l’avenir de la jeunesse.

Il vous appartenait de fixer les repères, de tracer des voies pour remettre le Togo en marche.

- La réalité, c'est le délabrement avancé de l'économie nationale.
- La réalité, c'est le chômage des jeunes, notamment des jeunes diplômés.
- La réalité, c'est la baisse constante du pouvoir d'achat des togolais.
- La réalité, c'est l'école sinistrée qui se cherche une âme et qui, devant tant de problèmes, s'interroge sur sa raison d'être.
- La réalité, Monsieur le Premier Ministre, c'est un service de santé à l'abandon, qui a perdu ses missions de soulager les souffrances et de sauver des vies humaines.
- La réalité, c'est l'instrumentalisation de la diversité ethnique de notre pays à des fins politiciennes, opposant le Nord et le Sud, et aboutissant à une institutionnalisation de la répartition régionale et qui constitue un sujet de préoccupation nationale.
- La réalité, c'est l'état de dégradation des infrastructures routières.
- La réalité, c'est une politique agricole désastreuse qui ruine l'effort des braves paysans en les privant d'intrants et de débouchés et en les spoliant du produit de leur vente,
- La réalité, c'est l'urbanisation sauvage et l'insalubrité de toutes nos villes.
- La réalité, c'est la rupture, constante et calamiteuse de la fourniture de l'énergie électrique qui entrave l'activité économique sans compter l'absence de toute politique d'indépendance dans ce domaine.        .
- La réalité, c'est l'énorme dette publique qui dépasse 1.000 milliards de nos francs et qui compromet les capacités nationales d'investissement public.
- La réalité, c'est un secteur privé à l'agonie, asphyxié par le non remboursement de la dette intérieure.
- La réalité, c'est le désordre dans la collecte des recettes de l'Etat et dans l'exécution des dépenses publiques.
- La réalité, c'est l'insécurité grandissante dans nos villes et nos campagnes.

Monsieur le Premier Ministre,

La réalité, c'est aussi l'état inacceptable de nos institutions et l'organisation défectueuse des pouvoirs publics.

La réalité, ce sont les modifications apportées à la Constitution et aux lois électorales de notre pays à des f!ns discriminatoires et d'exclusion. La Constitution originelle du 14 octobre 1992 a été tellement «toilettée», comme on le dit ici, qu'elle concentre désormais tous les pouvoirs de l'exécutif entre les mains du Président de la République, ne faisant plus aucune place au Premier Ministre.

La réalité, c'est l'aggravation de la crise togolaise par des coups d'Etat et coups de forces électoraux à répétition.


La réalité c'est l'impunité garantie aux auteurs et commanditaires d'actes de violences politiques et de massacres de populations.

La réalité, c'est l'énorme chantier de l'organisation judiciaire. La justice est un besoin de tous et de chaque instant. Comme elle doit imposer le respect, elle doit inspirer la confiance. De l'administration de la justice, il me suffira, Monsieur le Premier Ministre, de garder constamment, à l'esprit que nulle mission n'est plus saine, ni plus difficile, ni plus indispensable que celle du juge. Mêlé aux passions et aux faiblesses humaines, le juge doit s'y montrer supérieur. Il constitue le fléau et le déshonneur de nos sociétés, si oubliant sa mission, il lui arrivait d'abuser de l'immense pouvoir qui lui est confié.

Monsieur le Premier Ministre,

Je viens d’esquisser devant  vous, les lignes essentielles du mal togolais. Les jeunes qui constituent l'espoir de notre nation sont les plus touchés par ce mal qu'ils vivent avec un sentiment de frustration, d'injustice et de désespoir.

Voila pourquoi nous pensons que pour sortir notre pays de la crise politique, économique et sociale et permettre à nos populations d'accéder rapidement à des conditions de vie décentes, il faut:

- réorganiser la collecte des recettes de l'Etat et mettre fin au pillage des ressources nationales.
- rationaliser les dépenses publiques et supprimer toutes les dépenses hors budget.
- qualifier, par l'instauration de la bonne gouvernance, notre pays au bénéfice des initiatives de réduction et d'annulation de dettes publiques et mettre en place une politique d'endettement rigoureuse qui empêche la réédition des errements du passé.
- réhabiliter le secteur privé et favoriser la relance de l'activité économique notamment en réglant au plus vite la dette intérieure. Ceci est possible grâce à une bonne maîtrise des recettes et des dépenses publiques. A cet égard, il y a lieu de procéder à l'audit de toutes les sociétés d'Etat pour clarifier leur gestion et mettre fin à la gabegie.
- réhabiliter le système bancaire mis à mal par les créances improductives principalement détenues sur les sociétés d'Etat, notamment la SOTOCO et l'Office Togolais des Phosphates (OTP)
- créer durablement de la croissance à deux chiffres, notamment, en entreprenant des grands travaux d'intérêt général. La croissance durable est nécessaire pour réduire la pauvreté par la création d'emplois, la distribution des revenus et l'augmentation du pouvoir d'achat. L'état de délabrement des infrastructures économiques et sociales vous en offre l'opportunité. Vous ferez ainsi un usage profitable des financements extérieurs et un emploi judicieux des ressources nationales dégagées grâce à une saine gestion des finances publiques.

Monsieur le Premier Ministre,

Notre pays s'est engagé, aux termes de l'Accord Politique Global (APG), à procéder à des réformes institutionnelles et constitutionnelles pour instaurer l'Etat de droit, la démocratie et la bonne gouvernance. Votre gouvernement doit rapidement mettre en œuvre ces réformes qui visent notamment l'annulation de toutes les mesures discriminatoires et d'exclusion introduites unilatéralement dans la Constitution et le Code électoral. La réconciliation nationale ne peut souffrir les artifices du passé faites de duplicité, de saupoudrage et de mesures dilatoires.

Par ailleurs, le gouvernement que vous conduisez est issu d'élections législatives dont les résultats  ont suscité beaucoup d'interrogations au sein de l'opinion nationale et internationale. Dans son rapport final sur ces élections, la Mission d'Observation Electorale (MOE) de l'Union Européenne relève entre autres que le RPT a pu bénéficier d'un découpage électoral favorisant, le Nord du pays et « est ainsi parvenu à transformer une faible majorité relative en une forte majorité absolue... Le RPT avec 40,4% des suffrages populaires a ainsi été en mesure de s'assurer 50 des 81 sièges de l'Assemblée Nationale alors que l'UFC, pourtant proche, du point de vue score national, en emporte seulement 27... »

Je rappelle que depuis plus de 10 ans, l'UFC n'a cessé de dénoncer ce découpage inique. En vain! Un nouveau découpage électoral qui témoigne d'une représentation nationale équitable s'impose donc. Il faut mettre fin à l'aberration qui consiste à faire élire le député de l'Assoli par 11 000 électeurs et celui du Golfe par 138 000 électeurs.

En outre, le problème récurrent du financement des activités des partis politiques mérite d'être sérieusement pris en compte. Il convient, à cet égard, d'appliquer dans les plus brefs délais, la loi sur le financement des partis politiques pour permettre à la démocratie de jouer pleinement son rôle.

Monsieur le Premier Ministre,

Malgré la majorité dont il peut se prévaloir au sein de l'Assemblée Nationale, votre gouvernement n'a pas le soutien de la majorité des Togolais en terme de suffrages. Voilà pourquoi, dans l'intérêt supérieur de la Nation, la recherche permanente du consensus doit être la règle dans l'adoption et la mise en œuvre des réformes essentielles dont notre pays a besoin pour sortir définitivement de la crise.

Voyez-vous, Monsieur le Premier Ministre, nous pensons à l'UFC que dans une démocratie, le débat ne peut être confisqué par le pouvoir, il doit être large, il doit s'ouvrir en toute liberté à l'opposition, en toute liberté à la société civile. Le débat ne peut être entre l'immobilisme et l'action. L'action doit être volontaire. Elle doit soutenir l'initiative, assurer le renouvellement et, le moment venu, l'alternance démocratique, facteur de développement et de progrès.

Monsieur le premier Ministre,

Le groupe parlementaire UFC ne retrouve pas dans votre exposé, votre capacité à prendre en compte les véritables préoccupations des populations togolaises et votre engagement déterminé à mettre œuvre les nombreuses recommandations visant l'instauration de la démocratie et l'Etat de droit dans notre pays, notamment celles des Nations Unies en matière d'impunité et de respect des libertés publiques, celles de l'Union Européenne, celles de la Mission d'Observation Electorale de l'UE en matière électorale. Au contraire vous démontrez, s'il en est encore besoin, que vous appartenez à un système réfractaire au changement.

A l'UFC, nous croyons plutôt en un Togo généreux, volontaire et solidaire où chacun a sa place, selon ses mérites, un Togo de toutes les chances.

Votre programme d'action, Monsieur le Premier Ministre, ne peut recevoir le soutien des parlementaires UFC.

Je vous remercie de votre attention.

Jean-Pierre FABRE
E.K.A

 
 

 
 
 
 
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