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3 Nov 2007

Guillaume Bawéla
Dossier : Crise au sein de la famille des architectes du Togo L’ONAT au bord de l’implosion ?

Le climat malsain qui règne au sein de l’Ordre National des Architectes du Togo (ONAT) depuis plusieurs mois déjà, est loin de connaître une fin ; ceci malgré l’arbitrage de la Justice togolaise. La Commission ad hoc mise sur pied par l’Assemblée générale extraordinaire « contestée » du 26 juillet dernier qui a mis en veilleuse le Conseil Supérieur de l’Ordre (CSO), et le reliquat du bureau de l’Ordre se livrent une guerre sans précédent ; chaque partie présentant des arguments aussi divers que paradoxal.

« Cette crise est délibérément dramatisée par certains confrères soucieux de défendre leurs intérêts privés au détriment de l’Ordre et de la profession », souligne le premier président de l’Ordre, Hilaire Messan Locoh-Donou qui a offert, depuis vingt ans, gracieusement une hospitalité au bureau de l’Ordre dans son immeuble AUBA. « Comment peut-on comprendre que Afoda et Doumashie (respectivement président et secrétaire général du CSO mis en cause dans cette affaire) qui ont été aussi sérieux et dévoués pendant trois (03) ans pour la cause de l’ONAT, peuvent-ils devenir soudain l’objet d’attaque de leur admirateur d’hier ? », s’interroge  M Locoh-Donou, qui estime que « les causes de ce mauvais jugement sont à chercher ailleurs dans les raisons de conflits d’intérêts ».  Pour rassurer les uns et les autres, le « bienfaiteur de l’Ordre » confie que « l’audit de la gestion du CSO pour la clarté des comptes de l’Ordre qui sont à la base de cette crise, ne saurait tarder. Et en cas de malversation, la sanction prévue par les textes régissant l’Ordre, pourrait suivre ».

Nous vous proposons de suivre ici les deux parties qui ont bien voulu se confier à la presse.

La vérité de la Commission ad hoc
Selon les premiers responsables de la commission mise sur pied pour tenter der trouver une solution à la crise, les divers problèmes qui ont miné le Conseil Supérieur de l’Ordre (CSO) depuis sa réélection, ont progressivement affecté « la confiance et l’atmosphère de travail au sein de l’Ordre ». A l’origine de ce différend, indiquent-ils, « une accusation portée par le président contre le trésorier l’accusant d’avoir fait disparaître 1.400.000 FCFA des comptes de l’ONAT ».

Face à cette atmosphère de suspicion, le président, Afoda-Sébou Da-Blaise et le secrétaire général, Doumashie Antoine, auraient fait siennes les prérogatives du trésorier, Occansey Kokou, provoquant ainsi l’indignation des autres membres de l’Ordre. Cette situation est, selon la commission, en violation de l’article 13 du Règlement Intérieur de l’Ordre qui stipule que « le CSO ne peut délibérer qu’en présence d’au moins trois de ses membres ». Jusqu’à ce jour, le bras de fer entre la commission ad hoc et le reliquat du SCO -président et secrétaire- persiste.

« Face à l’incapacité de fonctionnement correct du CSO, au refus du Président de convoquer une Assemblée générale pour rendre compte de sa gestion, face au refus du Président et du Secrétaire général d’être auditionnés par la Commission ad hoc mise en place par l’AGE (assemblée générale extraordinaire), l’AGE a retiré sa confiance à tout le CSO et demandé à la Commission ad hoc d’en informer les autorités de tutelle et de régler les affaires courantes », a déclaré le président de la commission, M. Akpoto-Kougblénou Richard, qui confie que de nouvelles élections pour mettre en place un « CSO cohérent », vont permettre de mettre de l’ordre dans la famille des architectes du Togo. 

A propos  de sa radiation de l’Ordre, M. Akpoto-Kougblénou indique que, si sanction il devait y avoir, celle-ci ne peut intervenir qu’après une procédure en dix étapes ; et « n’est donc pas, selon lui, une plaisanterie à brandir dans les journaux».

Le président de l’Ordre monte au créneau
Le président de l’Ordre, M. Afoda-Sébou Da-Blèce parait quant à lui serein par rapport au « montage grotesque d’une certaine catégorie d’architectes qui font des bras et des mains pour faire perdurer l’anarchie au sein de l’ONAT et préserver ainsi leurs intérêts personnels ».

Selon lui, l’ONAT est une institution de l’Etat qui s’occupe du développement architectural du pays. Malheureusement cette institution depuis sa création, est sans actions concrètes ; en témoigne le déficit architectural auquel fait face les villes du Togo, surtout la capitale, Lomé. C’est ainsi que depuis quelques années, confie M. Afoda, des efforts du CSO ont permis à l’ONAT de s’imposer, obligeant l’Etat à concéder un réaménagement architectural du pays. Aussi, le Permis de construire, bien qu’existant depuis plusieurs décennies, est désormais un des éléments importants entrant dans le dossier permettant à quiconque d’avoir un logement adéquat.

« Toute action bancaire est subordonnée par deux signatures : les signatures du président et du trésorier. J’ai été surpris de constater que mon trésorier avait fait une transaction (transfert de 1,4 million du compte de l’Ordre à un compte courant) sans mon aval. Et jusqu’au jour d’aujourd’hui, aucune explication ne m’a été donnée par le trésorier qui finit par se retrouver dans le camp de la « rébellion ».

Le CSO ne roule que sur les cotisations des membres de l’Ordre. Et à ce jour aucun des architectes se réclamant de la « rébellion » n’est en règle avec la trésorerie de l’Ordre et, la plupart n’ont pas de carte professionnelle. Quoi de plus normal alors que de telles personnes diabolisent celui qui les talonne tout le temps afin qu’ils se conforment au Règlement Intérieur de l’Ordre »,
a confié M Afoda au sujet  du prétendu détournement de fonds.

Quant à la prétendue commission ad hoc, M. Afoda souligne qu’elle est une initiative illégale donc « n’existe pas », puisqu’elle est née d’une Assemblée générale extraordinaire qui ne respecte pas les textes de lois en la matière, notamment être convoquée quinze jours plus tôt par le président ou le secrétaire général de l’Ordre, ou simplement qu’elle soit provoquée par une pétition au quorum des deux tiers des membres de l’Ordre estimés à une centaine. Le président de l’Ordre est soutenu dans cette position par la Justine togolaise qui a tranchée le 21 août dernier en annulant toute la procédure entamée par ladite commission dans sa tentative de résolution de la crise pour vice de procédure.

M. Afoda explique la désunion des autres membres du CSO par des griefs notifiés contre eux. Il souligne par exemple qu’il est inadmissible que des architectes puissent négocier des marchés gré à gré, comme l’a si bien fait Jean-Pierre Tahr, commissaire aux activités du CSO, avec la direction générale du Fonds d’Entretien Routier (FER). Et pour cause, ces réalisations ne pourront être enregistrées à l’Ordre car ayant été faites en clandestinité comme beaucoup d’autres grands édifices.

Le président de l’Ordre n’a pas hésité à dénoncer le fait que l’ancien président Akpoto-Kougblénou Richard continue d’être illégalement membre du conseil d’administration du Centre de Logement de Cacaveli, alors que ce poste réservé au président de l’Ordre en activité. Et comme par hasard, poursuit M Afoda, c’est le même Akpoto-Kougblénou qui se trouve être le président de ladite commission ad hoc qui doit faire l’audit des comptes de l’Ordre. Ce dernier pourra-t-il se départir de sa haine viscérale contre le sieur Afoda-Sébou et faire l’audit en toute impartialité ? Autant d’éléments qui, aux yeux de M. Afoda, prouvent la mauvaise foi du camp à Akpoto-Kougblénou.

Pour  l’heure, le reliquat du bureau de l’Ordre constitué du président et du Secrétaire général, poursuit son mandat. Ce bureau a le soutien de la majorité silencieuse et du premier président de l’Ordre, M Locoh-Donou Hilaire, qui d’ailleurs a tenté une première médiation qui a été malheureusement non concluante. Aussi, l’arbitrage de la Justice togolaise qui est favorable au bureau du CSO, n’est pas négligeable. Pour ce qui est du bilan du CSO, il faut attendre, selon M Afoda, l’Assemblée générale prévue pour fin novembre prochain pour parler d’un quelconque bilan.

Attendons donc les prochaines semaines pour voir se dénouer définitivement cette crise qui ne cesse de jeter du discrédit sur le métier des professionnels de l’habitat.

Guillaume B.

 

 
 
 
 
 
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