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Reportage de Justin Hèzu Tiyé, Réalisé le 29 Oct 2007

2 Oct 2007

Début des campagnes législatives à Kara : quand l’argent parle

Officiellement la campagne pour les législatives a démarré à Kara comme dans la plupart des grandes villes et préfectures du Togo ce 29 septembre 2007 à minuit. Depuis deux jours déjà, le CAR qui a son siège, un minuscule bureau, non loin des Sœurs Religieuses de la Providence, affûte ses armes, a circulé dans un minibus avec des partisans en rouge tintinnabulant, chantant et hurlant à tue-tête « votez pour le CAR ». Au Togo il semble que cela s’appelle la pré campagne. Ce matin ce sont des groupes à pieds qui sillonnaient la ville, vêtus de rouge avec des banderoles à l’effigie du CAR. D’autres étaient sur les taxis motos pétaradant et circulant dangereusement, l’enjeu en vaut bien l’entrain.

L’UFC en jaune a aussi sillonné à motos et à pieds les villes de Kara. Le PDR a ouvert sa campagne sur le terrain du CEG Tomdè. L’affluence était celle des curieux. Visiblement les candidats ne sont pas encore entrés dans le jeu. Les jours à venir verront tous en scène.

Seul le RPT n’a pas fait dans la dentelle. Dès 7 heures, les militants se sont regroupés devant l’esplanade du palais de congrès de Kara pour attendre les trois candidats sur la liste, Kpatcha Gnassingbé en tête de liste, Walla Bernard, ministre, actuel président de gestion de la cellule de crise chargée de diriger les affres de la Fédération togolaise de football, président de Asko football club de Kara en tête du championnat togolais et madame Béléi qu’apparemment on connaît très peu dans la scène politique du pays. Pendant ce temps ce sont des Toyota 4X4, des camions MAN qui sillonnaient la ville jetant par ici et par là des foulards, des dépliants. Sur les panneaux d’affichage de la ville qui hier abritaient  encore des affiches des sociétés de téléphonie mobile MOOV, TOGOCEL, de Togo Télécommunication, de publicités alimentaires et même celles du défunt père, ce sont des affiches de Kpatcha Gnassingbé qui surprennent les habitants. Ici avec un chapeau cow-boy, là en boubou traditionnel.

A 9 heures 45 le trio de la liste arrive sur l’esplanade du palais des congrès. Il est accueilli par des hôtesses qu’une commission a recrutées dans le public estudiantin et entraînées une semaine durant. De gigantesques affiches collées sur les camions et les voitures 4X4 portent : « Kpatcha Gnassingbé : le regard d’un lendemain meilleur pour notre commune Kara » ; « Kpatcha Gnassingbé : Dynamique du développement de Kara » ; « Kpatcha Gnassingbé : ouvrier d’une Kara moderne ».

Des groupes chocs d’animation et les majorettes Maman N’Danida, parachèvent le tableau qui rappelle les années tristes sous la férule du général. Des orateurs se succèdent pour présenter les candidats, promettre aux militants qui n’attendent que des tricots, des foulards ou des affiches, qu’il y a eu des erreurs certes, que les nouveaux députés du partis ne se permettront plus les mêmes erreurs. "Ils se fichent pas mal de ce qui se dit," un groupe d’instituteurs  devisent non loin. "Il semble que Kpatcha Gnassingbé aurait donné le 23 septembre 30 000 francs à tous les militaires, du subalterne à l’adjudant, 200 000 francs du sous-lieutenant au colonel et 400 000 francs à tous les généraux," s’énervent-ils. Sur une banderole on peut lire « AFACAM : Association des Familles des Anciens Combattants et Anciens Militaires au sein du RPT soutient Kpatcha Gnassingbé ».

Lorsque le soleil devient de plus en plus fort, certains poussent les jurons et repartent chez eux « vous pensez qu’il va vous donner de l’argent ? Ce sont les secrétaires de cellules et les chefs de canton qui vont se partager l’argent, » persifle un Zedman . La foule peu à peu se disperse laissant seuls les hôtesses, les chefs de canton et de village, les membres influents du parti.

A Niamtougou c’est le même décor de richesse qu’affichent les candidats du RPT. Alors qu’un candidats du PSR roule lui-même sur une vieille moto avec une affiche collée sur le devant, les candidats du RPT roulent dans des 4X4 de gigantesques haut-parleurs sur des minibus diffusant des rythmes modernes ivoiriens, le couper-décaler.

Il faut dire que si l’argent devait mettre les bulletins dans les urnes, le RPT à cette allure remporterait les élections sans coup férir.

 

 
 
 
 
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