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22 avril 2007

Exit Washington à Kara, vive Washington à Kara

Justin Hèzu Tiyé

Rassurez-vous, il ne s’agit pas de la célèbre ville des Etats-Unis qui abrite on le sait la Maison Blanche. Il ne s’agit même pas de nom d’une ville. Mais d’un endroit, d’un lieu qui volontiers prendrait les noms bibliques de Sodome ou de Gomorrhe, villes reconnues pour le stupre, les orgies, la  déchéance, la fornication, les adultères, tous ces vices qui avaient levé la colère de Dieu et condamné ces villes au feu, à l’anéantissement.

A Kara on appelait ce petit marché, Washington. Pourquoi ? Aucun rapprochement ne l’explique. Seules caractéristiques: la lascivité, la consommation du porc, l’ivresse et les parties de sexe à ciel ouvert. Ceux qui connaissent la ville américaine de Washington établiront un faux ou un juste rapport.

Tous les jours, déjà autour de 8 heures, les bonnes femmes, revendeuses de la boisson de sorgho, le « tchoucoutou », envahissent le coin sis au rond point de  la station d’essence Shell, au flanc ouest des bâtiments inachevés des services des impôts, dont l’entreprise du colonel Ernest Gnassingbé dirigeait les travaux. Ouvrez ici une parenthèse : On raconte que le colonel avait bouffé les sous. Résultat: les bâtiments sont restés inachevés. Fermez la parenthèse. C’est en cet endroit, sous deux vieux arbres, un eucalyptus et un neem (Azadirachta indica) que les revendeuses de tchoucoutou et les charcutiers se donnaient quotidiennement rendez-vous. Entre dix et quinze cochons y étaient égorgés, cuits et vendus.

Les premiers clients affluaient vers cette même heure, 8 heures et certains pouvaient s’y attarder jusqu’au-delà de deux heures du matin. C’était l’endroit de Monsieur tout le monde qui ne se respecte pas. Rien ne se passait dans la journée. La nuit, les parties de sexe à ciel ouvert commençaient : des hommes et femmes mariées, des blessées de guerre (c'est ainsi qu'on appelle au Togo les femmes qui ont eu un ou plusieurs enfants mais ne vivent pas chez un mari); les jeunes hommes, les jeunes filles qui ont en vain battu les rues toutes la soirée à la recherche d’un éventuel client ou partenaire, y accourent en désespoir de cause, certains qu’il y aura au moins, à défaut de bière, de tchoucoutou, à défaut d’un bon plat dans un restaurant, un morceau de porc. Certaines surtout qu’il s’y trouvera quelqu’un qui s’occupera de calmer les démangeaisons de leurs entrejambes. Même les militaires et les policiers de patrouille y ont passé les « plus beaux moments de leur vie ». N’allez surtout pas vous inquiéter de la protection contre les IST et le Sida, car l’alcool donne des autorisations que même Dieu ne saurait donner. Cela durait depuis plus de six ans.

Alors cet endroit souillé portait le célèbre nom de Washington.

Le président de la délégation spéciale, comprenez le maire, vestige des oeuvres royales de sa majesté, le général Eyadema, reluquait cet endroit avec une envie évidente, au point même que certains ont dit qu’il ne serait pas surprenant de le voir assis sur un banc de Washington, une calebasse de tchoucoutou à la main et un morceau de viande de porc dans la bouche.

Quelle mouche l’a pourtant piqué, monsieur le maire version Eyadema ? Il y a 2 semaines, un bulldozer est passé faire le ménage : les deux arbres ont été renversés, le sol a été retourné comme pour enfouir avant Pâques tous ces péchés qui souillaient la ville de Kara. Pour une nouvelle naissance. Exit donc Washington !

Mais pour rien que quelques trois jours. Washington est rené et tout a repris. Et maintenant en face des mêmes bâtiments des services des impôts sur la route de Kétao, sous un acacia et un fromager. Le vrai risque à présent ce sont les accidents de circulation car l’endroit est trop près de l’étroite route de Kétao. Si le président de la délégation spéciale qui passe par là pour rentrer chez lui à Lassa, ne réagit pas dans les brefs délais, d’ici à quelques jours, on aura enterré au moins une victime en cet endroit. Mais ce qui préoccupe le maire, c’est moins Washington que les tickets de marché. Sur cela nous reviendrons dans un autre article.

 

 
 

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