|
Loin d’être une simple prière,
il s’agit d’un véritable cri de détresse et de
désolation. Dans le cas des Togolais, ils ont tout tenté
afin de redorer le blason de ce football, avant de se
rendre compte à leur corps défendant que le loup se
trouvait dans la bergerie et qu’il fallait donc un
traitement de choc pour se défaire du vilain animal,
source de tous leurs maux. A l’orée de ce scrutin, les
questions fusent de partout concernant le profil idéal
du futur prochain président de la FTF. Une certitude,
les Togolais ont à coeur de se donner un dirigeant à
même de les écouter et de remettre leur football à flot,
en tournant le dos à une gestion décriée et rétrograde.
Pour cela, une cure cathartique s’impose.
L’intérêt jamais égalé que le landernau sportif togolais
voue aujourd’hui à ces élections à la tête de la FTF
puise son sens dans la volonté de ne plus confier la
destinée de ce sport si prisé à des charlatans ou
faiseurs de pluie qui n’excellent qu’en voyant le ciel
noir de gros nuages. Bien entendu, les candidats se
bousculent au portillon pour occuper le fauteuil de
président de cette institution, malade des turpitudes de
ses dirigeants dont l’incompétence et l’insouciance sont
tout aussi immenses que le Darfour.
Auguste Sagbo, Lawson Gallus, Tata Avlessi, Rock
Balakiyèm Gnassingbé et in extremis, Gabriel Agbéyomé
Messan Kodjo. Sans aucun doute, il s’agit d’une belle
brochette de personnalités les unes aussi diverses et
particulières que les autres.
D’illustres inconnus en passant par des responsables qui
ont déjà fait leurs preuves, on y trouve un peu de tout,
comme dans une foire texanne. Au-dela des pedigrees et
des parcours professionnels ou associatifs des uns et
des autres, le public togolais bien souvent séduit par
le chant de sirènes, se refuse d’être une autre fois le
dindon de la farce et se demande, “duquel de ces
candidats viendra le salut?”
Sagbo et Tata en pole position
L’un des tout premiers à annoncer les couleurs, Auguste
Sagbo aux yeux de nombre d’observateurs, possède des
atouts qui le moment venu pourraient se révéler de
taille pour l’accession au fauteuil présidentiel. Des
les premières lueurs de la bérézina allemande, le
président omnisport d’Agaza a mis en branle sa cellule
de communication et ses scouts pour arpenter les
hameaux les plus reculés et sensibiliser les acteurs du
football national sur “l‘impératif catégorique”, comme
dirait le philosophe allemand, Emmanuel Kant, de metttre
fin à la descente aux enfers du football togolais en lui
donnant une chance de sortir des profondeurs abyssales
de l’oubli et de l’improvisation qui le caractérisent
actuellement. Message reçu puisque “Tapie” a réussi à
obtenir le ralliement des frondeurs Dogbatse, Amégnran,
Assogbavi et Adjété. Et en dépit des intimidations, ce
groupe ne s’est jamais démonté et a poursuivi au
contraire son travail de terrain notamment à l’endroit
des populations de l’intérieur du pays pour dit-on, leur
apporter la bonne nouvelle.
Auguste Sagbo connu pour son abord facile et son sens
des affaires, a été durant six ans vice-président de la
FTF sous la direction du général Séyi Mèmène. C’est sous
leur magistère que le Togo après 14 ans d’absence, a
renoué avec le banquet continental avec à la clef la
qualification pour la CAN 98 au Burkina-Faso, avec son
lot de dérapages et de déceptions. Mais, un peu plus tôt,
Sagbo a conduit Agaza en demi-finales de la coupe
d’Afrique des Vainqueurs de coupe. Viveur invétéré, ce
parrain du groupe Sassamasso, est un homme d’affaires
averti qui a longtemps géré des structures hôtelières,
notamment à Chateauroux en France. Gentleman, il a un
faible pour l’habillement. Un univers qu’il a investi en
faisant produire des années durant par son entreprise
SANECOM des tenues pour les forces de l’ordre et de
sécurité togolaises.
L’homme il est vrai, n’a plus sa brillance financière
d’antan, mais demeure toujours un exemple de rigueur et
de passion pour la chose sportive. N’avait-il pas
financé sur ses propres revenus l’équipe nationale
cadette début 90 pour le tournoi de Chateauroux? Des
joueurs comme Abalo Dosseh, Affo Atti, sont les fruits
de cette initiative.
Juste à côté de Sagbo, surgit comme dans un conte de
fées celui que certains assimilent déjà à l’Abramovich
togolais. Son nom peut sonner bizarre et inconnu de
certains, mais, l’homme a de quoi attirer l’attention
sur sa passion “dévorante” pour la jeunesse et les
activités associatives. La générosité de Tata Avlessi et
son sens du partage expliquent foncièrement l’élan
populaire (populiste?) qui se dessine autour de lui. Son
village Masseda, situé dans la sous-préfecture d’Afagnan
a connu une transformation extraordinaire en raison de
ses investissements tant sur le plan social qu’éducatif.
Des écoles par-ci, des routes et un réseau électrique
par-là, il a redonné aux populations fierté et honneur.
Son village n’est plus isolé et est relié au reste du
monde par la magie de la toile (www.masseda.org).
Sa passion pour le football s’est cristallisée dans la
relance des activités du club de première division,
Union Sportive de Masseda, qui, très longtemps se
faisait un semblant de santé sur le terrain du 27 avril
d’Anfamé. L’USM pour sa première saison joue aujourd’hui
les premiers rôles dans le championnat de l’élite et
tient la comparaison face aux cadors.
Celui qui a fait fortune en Côte d’Ivoire dans son
entreprise de menuiserie et d’ébénisterie, n’hésite pas
à casser sa tirelire pour atteindre ses objectifs.
Témoin, son investiture à l’américaine réalisée en
présence d’une floppée de stars du football africain,
toutes aux petits soins du “lion de Masseda” qui selon
certaines sources proches de son état-major de campagne
jure par tous les dieux être décidé à mettre le paquet
pour arrêter l’hémorragie à la tête de la FTF. Il sait
sûrement de quoi il parle, vu qu’il avait l’oreille de
Rock Gnassingbé jusqu’à la coupe du monde avant que leur
compagnonnage ne se transforme en désamour (un
euphémisme de haine). Tata aurait compris par la preuve
que Rock Balakiyèm est décidé à n’écouter que son ego
protubérant et a rester dans sa tour d’ivoire. Ses
déclarations sur sportfm en désavouant son allié d’hier
a mis le feu aux poudres. En dépit de ce tableau
reluisant rehaussé encore ces derniers jours par la
présence autour de lui de tous les quatre
démissionnaires du bureau de la FTF—un atout de taille
au détriment de Sagbo—l’on se demande si cette forme
pimpante qu’ affiche Tata est synonyme d’expérience et
d’un bon gage pour l’avenir. En clair, le mécène
possède-t-il les qualités intrinsèques pour conduire le
peuple vers Canan? Une chose est sûre, Tata a le soutien
de la plupart des Eperviers qu’il aurait rencontrés lors
d’une récente tournée européenne. La présence d’Agassa
Kossi lors de la cérémonie d’investiture de Tata en est
un signe indiscutable.
Lawson Gallus (qui s'est retiré de la course le 3
janvier), est tout autant que ses prédécesseurs, un féru
du ballon rond. Ancien joueur de l’Essor de Lomé, il a
eu à coeur de partager son savoir-faire loin des
pelouses en intégrant le bureau exécutif de la FTF dans
les années 80 comme trésorier. Ce cadre de banque—aujourd’hui
à la retraite—allait remettre ça plus tard en occupant
le même poste au cours du premier mandat de Rock
Gnassingbé. Très vite, son allant s’émoustille et sa
volonte se heurte au refus de Rock de le laisser voir la
couleur des chèques, en flagrante entorse aux textes qui
régissent pourtant la FTF. Barroudeur et véritable tête
de Turc, Lawson Gallus entama alors un bras de fer qui
allait culminer lors du mémorable congrès de Kpalimé. En
dépit des intimidations et autres tentatives de
corruption, il était inflexible, refusant de cautionner
la “forfaiture” en lisant le rapport financier sorti
d’où on ne sait. La situation était bloquée. Les travaux
aussi. Le temps s’était arrêté…puis, ce fut le coup de
tonnerre. Par un mic mac terrible l’irréparable se
produisit avec la reconduction de Rock. Gallus aura eu
le courage historique de montrer la voie. Cependant et
depuis le congrès de Kpalimé—les réprésailles qu’il a
eues ensuite l’expliquent peut-être—il est resté en
ermitage ce qui l’a desservi, se faisant peut-être
effacé de la mémoire du public. Un pionnier qui n’a pas
su bonifier le capital sympathie qu’il s’était crée par
sa bravoure. Un anti-héro en somme.
Rock au pied du mur
Le dernier à annoncer sa candidature, Agbéyomé Kodjo,
ne vient pas en terrain inconnu, lui, qui, outre la
politique devenue son dada, a été trésorier de la FTF
dans les années 80. Ministre des sports, de l’intérieur,
président du parlement et premier ministre, l’ancien
directeur du Port Autonme de Lomé, a donc un parcours
pour le moins éloquent. Sa candidature constitue tout de
même une surprise du chef, car il n’est plus très
impliqué dans les activités sportives. Ses différends
avec son ancienne formation politique pourrait avoir des
incidences sur ses chances de passer, car, beaucoup
verraient d’un mauvais oeil sa victoire qui pourrait
prendre l’allure d’une cure de jouvence ou d’une rampe
de lancement pour ce politicien qui cherche à se donner
de nouveaux repères solides. Agbéyomé, candidat à la FTF,
doit-on en déduire que “Gabi” est fatigué de la
politique et qu’il veut quitter ce monde impitoyable aux
longs couteaux? A-t-il compris que l’horizon politique
est bouché et qu’il va falloir rebondir ailleurs où il
fait bon vivre? Sa décision est-elle la résultante d’une
longue introspection et une occasion de se réconcilier
avec le peuple par le truchement du football? Se dit-il
investi d’une mission de sauver le football togolais de
sa désintégration? Des questions qui ressemblent plus à
des mystères qu’elles n’apportent de réponses. Mais,
enfin, sur quel substrat associatif l’ancien premier
ministre connu pour son tempérament guerrier- qui ne lui
enlève en rien ses qualités de bon
gestionnaire-pourra-t-il puiser pour atteindre le
fauteuil tant convoité ? Surtout que le sortant Rock
Gnassingbé, en dépit du tollé planétaire provoqué par sa
fébrilité dans la gestion de la FTF n’en démord pas et
sollicite un troisième mandat de quatre ans auprès d’un
électorat qu’il a eu à regarder de haut et même ignorer
au moment de son règne, c’en fut un. Une chose est
certaine et les qautre autres postulants doivent
l’inclure dans leurs données, Rock s’affuble des
qualifications pour les CAN 2000, 2002 et 2006.
Le must de ses réalisations s’égosillent ses courtisans,
demeure la qualification pour la coupe du monde 2006 en
Allemagne. Certes, ils ont raison d’égréner ces oeuvres
qui malheureusement se sont muées en visions
cauchemardesques.
Au commencement du cheminement, était l’histoire de “ma
voiture” avec ses conséquences sur la cohésion et le
moral des troupes lors de la CAN 2000 au Ghana. Beaucoup
avaient alors cru que c’étatit des caprices de débutant
et que le tir allait être rectifié. Rebelotte. Le bras
de fer avec Tchanilé Bana privé de moyens pour faire son
travail commençait à lever un coin du voile sur la
personnalité du médecin urgentiste appelé au chevet du
footaball togolais en lieu et place de Mèmène qu’on
croyait (à tort?) dépassé. Les crises à répétition, les
tensions avec les joueurs, la presse et la confiscation
des prérogatives des autres membres élus du bureau de la
FTF, ont fini de convaincre les plus sceptiques sur
l’imminence de l’apocaplypse qui allait submerger les
derniers espoirs du public togolais lors du mondial
allemand.
En somme, Rock avait au début les cartes bien en main
pour se faire une bonne image et mettre sur orbite le
football national mais, visiblement son
arrogance, son aversion pour la
critique et son envie morbide de gérer le football
national comme un legs, ont eu raison du sens de
discernement du “prince” qui a refusé huit années durant
d’entendre d’autres sons de cloche.
Aujourd’hui comme lors de l’election de Kpalimé il se
retrouve au pied du mur, engoncé dans ses contradictions
et surout un bilan sombre qui lui impose une autre
démarche que cette posture qu’il se donne: tirer sa
révérence pour garder un brin de respectabilité s’il en
a encore. La defaite retentissante de son Pygmalion
Reinhardt Kossivi éternel et inamovible président de la
Ligue de football, ressemble fort bien au chant du cygne
qui peut être un signe avant coureur de ce qui pourrait
advenir ce jour fatidique du 9 janvier.
Pour l’heure, les interrogations et autres alliances de
circonstances vont bon train et dans les chaumières au
Togo comme dans la diaspora, on retient son souffle en
psalmodiant, “Seigneur écoute la prière de ton peuple
meurtri qui vient à toi”. |