AgoraPress

 

Tribune

 

Politique

 

Culture

 

Société

 

Sites

 
 
AGORAPRESS

6 janvier 2007

Elections à la FTF : De qui viendra le salut?

Hans MASRO

Comme le peuple d’Israel dans ses tourmentes, ruiné par le joug pharaonique, les Togolais-passionnnés et non du football—après tant d’années d’errance dans le désert de l’insuccès et de l’humiliation à eux infligés par la mauvaise gestion et un pilotage à vue de leur sport chéri, se demandent comme Moise et ses frères, “d’où viendra le salut?”

Loin d’être une simple prière, il s’agit d’un véritable cri de détresse et de désolation. Dans le cas des Togolais, ils ont tout tenté afin de redorer le blason de ce football, avant de se rendre compte à leur corps défendant que le loup se trouvait dans la bergerie et qu’il fallait donc un traitement de choc pour se défaire du vilain animal, source de tous leurs maux. A l’orée de ce scrutin, les questions fusent de partout concernant le profil idéal du futur prochain  président de la FTF. Une certitude, les Togolais ont à coeur de se donner un dirigeant à même de les écouter et de remettre leur football à flot, en tournant le dos à une gestion décriée et rétrograde. Pour cela, une cure cathartique s’impose.

L’intérêt jamais égalé que le landernau sportif togolais voue aujourd’hui à ces élections à la tête de la FTF puise son sens dans la volonté de ne plus confier la destinée de ce sport si prisé à des charlatans ou faiseurs de pluie qui n’excellent qu’en voyant le ciel noir de gros nuages. Bien entendu, les candidats se bousculent au portillon pour occuper le fauteuil de président de cette institution, malade des turpitudes de ses dirigeants dont l’incompétence et l’insouciance sont tout aussi immenses que le Darfour.

Auguste Sagbo, Lawson Gallus, Tata Avlessi, Rock Balakiyèm Gnassingbé et in extremis, Gabriel Agbéyomé Messan Kodjo. Sans aucun doute, il s’agit d’une belle brochette de personnalités les unes aussi diverses et particulières que les autres.

D’illustres inconnus en passant par des responsables qui ont déjà fait leurs preuves, on y trouve un peu de tout, comme dans une foire texanne. Au-dela des pedigrees et des parcours professionnels ou associatifs des uns et des autres, le public togolais bien souvent séduit par le chant de sirènes, se refuse d’être une autre fois le dindon de la farce et se demande, “duquel de ces candidats viendra le salut?”

Sagbo et Tata en pole position
L’un des tout premiers à annoncer les couleurs, Auguste Sagbo aux yeux de nombre d’observateurs, possède des atouts qui le moment venu pourraient se révéler de taille pour l’accession au fauteuil présidentiel. Des les premières lueurs de la bérézina allemande, le président omnisport d’Agaza a mis en branle sa cellule de communication et  ses scouts pour arpenter les hameaux les plus reculés et sensibiliser les acteurs du football national sur “l‘impératif catégorique”, comme dirait le philosophe allemand, Emmanuel Kant, de metttre fin à la descente aux enfers du football togolais en lui donnant une chance de sortir des profondeurs abyssales de l’oubli et de l’improvisation qui le caractérisent actuellement. Message reçu puisque “Tapie” a réussi à obtenir le ralliement des frondeurs Dogbatse, Amégnran, Assogbavi et Adjété. Et en dépit des intimidations, ce groupe ne s’est jamais démonté et a poursuivi au contraire son travail de terrain notamment à l’endroit des populations de l’intérieur du pays pour dit-on, leur apporter la bonne nouvelle.

Auguste Sagbo connu pour son abord facile et son sens des affaires, a été durant six ans vice-président de la FTF sous la direction du général Séyi Mèmène. C’est sous leur magistère que le Togo après 14 ans d’absence, a renoué avec le banquet continental avec à la clef la qualification pour la CAN 98 au Burkina-Faso, avec son lot de dérapages et de déceptions. Mais, un peu plus tôt, Sagbo a conduit Agaza en demi-finales de la coupe d’Afrique des Vainqueurs de coupe. Viveur invétéré, ce parrain du groupe Sassamasso, est un homme d’affaires averti qui a longtemps géré des structures hôtelières, notamment à Chateauroux en France. Gentleman, il a un faible pour l’habillement. Un univers qu’il a investi en faisant produire des années durant par son entreprise SANECOM des tenues pour les forces de l’ordre et de sécurité togolaises.

L’homme il est vrai, n’a plus sa  brillance financière d’antan, mais demeure toujours un exemple de rigueur et de passion pour la chose sportive. N’avait-il pas financé sur ses propres revenus l’équipe nationale cadette début 90 pour le tournoi de Chateauroux? Des joueurs comme Abalo Dosseh, Affo Atti, sont les fruits de cette initiative.

Juste à côté de Sagbo, surgit comme dans un conte de fées celui que certains assimilent déjà à l’Abramovich togolais. Son nom peut sonner bizarre et inconnu de certains, mais, l’homme a de quoi attirer l’attention sur sa passion “dévorante” pour la jeunesse et les activités associatives. La générosité de Tata Avlessi et son sens du partage expliquent foncièrement l’élan populaire (populiste?) qui se dessine autour de lui. Son village Masseda, situé dans la sous-préfecture d’Afagnan a connu une transformation extraordinaire en raison de ses investissements tant sur le plan social qu’éducatif.    

Des écoles par-ci, des routes et un réseau électrique par-là, il a redonné aux populations fierté et honneur. Son village n’est plus isolé et est relié au reste du monde par la magie de la toile (www.masseda.org). Sa passion pour le football s’est cristallisée dans la relance des activités du club de première division, Union Sportive de Masseda, qui, très longtemps se faisait un semblant de santé sur le terrain du 27 avril d’Anfamé. L’USM pour sa première saison joue aujourd’hui les premiers rôles dans le championnat de l’élite et tient la comparaison face aux cadors.

Celui qui a fait fortune en Côte d’Ivoire dans son entreprise de menuiserie et d’ébénisterie, n’hésite pas à casser sa tirelire pour atteindre ses objectifs. Témoin, son investiture à l’américaine réalisée en présence d’une floppée de stars du football africain, toutes aux petits soins du “lion de Masseda” qui selon certaines sources proches de son état-major de campagne jure par tous les dieux être décidé à mettre le paquet pour arrêter l’hémorragie à la tête de la FTF. Il sait sûrement de quoi il parle, vu qu’il avait l’oreille de Rock Gnassingbé jusqu’à la coupe du monde avant que leur compagnonnage ne se transforme en désamour (un euphémisme de haine). Tata aurait compris par la preuve que Rock Balakiyèm est décidé à n’écouter que son ego protubérant et a rester dans sa tour d’ivoire. Ses déclarations sur sportfm en désavouant son allié d’hier a mis le feu aux poudres. En dépit de ce tableau reluisant rehaussé encore ces derniers jours par la présence autour de lui de tous les quatre démissionnaires du bureau de la FTF—un atout de taille au détriment de Sagbo—l’on se demande si cette forme pimpante qu’ affiche Tata est synonyme d’expérience et d’un bon gage pour l’avenir. En clair, le mécène possède-t-il les qualités intrinsèques pour conduire le peuple vers Canan? Une chose est sûre, Tata a le soutien de la plupart des Eperviers qu’il aurait rencontrés lors d’une récente tournée européenne. La présence d’Agassa Kossi lors de la cérémonie d’investiture de Tata en est un signe indiscutable.

Lawson Gallus (qui s'est retiré de la course le 3 janvier), est tout autant que ses prédécesseurs, un féru du ballon rond. Ancien joueur de l’Essor de Lomé, il a eu à coeur de partager son savoir-faire loin des pelouses en intégrant le bureau exécutif de la FTF dans les années 80 comme trésorier. Ce cadre de banque—aujourd’hui à la retraite—allait remettre ça plus tard en occupant le même poste au cours du premier mandat de Rock Gnassingbé. Très vite, son allant s’émoustille et sa volonte se heurte au refus de Rock de le laisser voir la couleur des chèques, en flagrante entorse aux textes qui régissent pourtant la FTF. Barroudeur et véritable tête de Turc, Lawson Gallus entama alors un bras de fer qui allait culminer lors du mémorable congrès de Kpalimé. En dépit des intimidations et autres tentatives de corruption, il était inflexible, refusant de cautionner la “forfaiture” en lisant le rapport financier sorti d’où on ne sait. La situation était bloquée. Les travaux aussi. Le temps s’était arrêté…puis, ce fut le coup de tonnerre. Par un mic mac terrible l’irréparable se produisit avec la reconduction de Rock. Gallus aura eu le courage historique de montrer la voie. Cependant et depuis le congrès de Kpalimé—les réprésailles qu’il a eues ensuite l’expliquent peut-être—il est resté en ermitage ce qui l’a desservi, se faisant peut-être effacé de la mémoire du public. Un pionnier qui n’a pas su bonifier le capital sympathie qu’il s’était crée par sa bravoure. Un anti-héro en somme.

Rock au pied du mur
Le dernier à annoncer sa candidature, Agbéyomé Kodjo, ne vient pas en terrain inconnu, lui, qui, outre la politique devenue son dada, a été trésorier de la FTF dans les années 80. Ministre des sports, de l’intérieur, président du parlement et premier ministre, l’ancien directeur du Port Autonme de Lomé, a donc un parcours pour le moins éloquent. Sa candidature constitue tout de même une surprise du chef, car il n’est plus très impliqué dans les activités sportives. Ses différends avec son ancienne formation politique pourrait avoir des incidences sur ses chances de passer, car, beaucoup verraient d’un mauvais oeil sa victoire qui pourrait prendre l’allure d’une cure de jouvence ou d’une rampe de lancement pour ce politicien qui cherche à se donner de nouveaux repères solides. Agbéyomé, candidat à la FTF, doit-on en déduire que “Gabi” est fatigué de la politique et qu’il veut quitter ce monde impitoyable aux longs couteaux? A-t-il compris que l’horizon politique est bouché et qu’il va falloir rebondir ailleurs où il fait bon vivre? Sa décision est-elle la résultante d’une longue introspection et une occasion de se réconcilier avec le peuple par le truchement du football? Se dit-il investi d’une mission de sauver le football togolais de sa désintégration? Des questions qui ressemblent plus à des mystères qu’elles n’apportent de réponses. Mais, enfin, sur quel substrat associatif l’ancien premier ministre connu pour son tempérament guerrier- qui ne lui enlève en rien ses qualités de bon gestionnaire-pourra-t-il puiser pour atteindre le fauteuil tant convoité ? Surtout que le sortant Rock Gnassingbé, en dépit du tollé planétaire provoqué par sa fébrilité dans la gestion de la FTF n’en démord pas et sollicite un troisième mandat de quatre ans auprès d’un électorat qu’il a eu à regarder de haut et même ignorer au moment de son règne, c’en fut un. Une chose est certaine et les qautre autres postulants doivent l’inclure dans leurs données, Rock s’affuble des qualifications pour les CAN 2000, 2002 et 2006.

Le must de ses réalisations s’égosillent ses courtisans, demeure la qualification pour la coupe du monde 2006 en Allemagne. Certes, ils ont raison d’égréner ces oeuvres qui malheureusement se sont muées en visions cauchemardesques.

Au commencement du cheminement, était l’histoire de “ma voiture” avec ses conséquences sur la cohésion et le moral des troupes lors de la CAN 2000 au Ghana. Beaucoup avaient alors cru que c’étatit des caprices de débutant et que le tir allait être rectifié. Rebelotte. Le bras de fer avec Tchanilé Bana privé de moyens pour faire son travail commençait à lever un coin du voile sur la personnalité du médecin urgentiste appelé au chevet du footaball togolais en lieu et place de Mèmène qu’on croyait (à tort?) dépassé. Les crises à répétition, les tensions avec les joueurs, la presse et la confiscation des prérogatives des autres membres élus du bureau de la FTF, ont fini de convaincre les plus sceptiques sur l’imminence de l’apocaplypse qui allait submerger les derniers espoirs du public togolais lors du mondial allemand. 

En somme, Rock avait au début les cartes bien en main pour se faire une bonne image et mettre sur orbite le football national mais, visiblement son arrogance,                         son aversion pour la critique et son envie morbide de gérer le football national comme un legs, ont eu raison du sens de discernement du “prince” qui a refusé huit années durant d’entendre d’autres sons de cloche.

Aujourd’hui comme lors de l’election de Kpalimé il se retrouve au pied du mur, engoncé dans ses contradictions et surout un bilan sombre qui lui impose une autre démarche que cette posture qu’il se donne: tirer sa révérence pour garder un brin de respectabilité s’il en a encore. La defaite retentissante de son Pygmalion Reinhardt Kossivi éternel et inamovible président de la Ligue de football, ressemble fort bien au chant du cygne qui peut être un signe avant coureur de ce qui pourrait advenir ce jour fatidique du 9 janvier.

Pour l’heure, les interrogations et autres alliances de circonstances vont bon train et dans les chaumières au Togo comme dans la diaspora, on retient son souffle en psalmodiant, “Seigneur écoute la prière de ton peuple meurtri qui vient à toi”.

  Hans MASRO
(Texas, USA) 
 
 

 
 
 
 

 

 
 

© 2005  www.togoforum.com All rights reserved