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Conformément au point 2.5
des 22 engagements souscrits par le Togo envers
l’Union Européenne, l’Assemblée nationale réunie en
une session extraordinaire le 31 juillet 2006 a
procédé à l’élection des 17 nouveaux membres de la
Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH)
dont le mandat des anciens membres est arrivé à son
terme.
Le point 2.5
des 22 engagements consistait à revoir le mandat et
le statut de la CNDH en vue de garantir son
indépendance effective par
rapport aux autorités administratives.
Mais voilà que plus de trois mois après
cette élection, c’est le statut quo ante alors que
l’on avait pensé qu’avec la nouvelle ère consécutive
à la signature de l’Accord Politique Global et la
formation du gouvernement d’union nationale tout
allait vite se passer.
Élus par leurs pairs et confirmés par
l’Assemblée nationale, les nouveaux membres devraient
prêter serment devant le bureau de l’Assemblée
nationale avant leur installation officielle par
cette même assemblée réunie en session plénière après
qu’ils aient formé leur bureau. Ce qui veut dire
qu’au jour d’aujourd’hui la CNDH n’est pas
fonctionnelle puisque aucune de ces étapes n’a été
franchie.
Qu’est-ce qui se passe ? Les togolais s’interrogent
et les nouveaux élus eux-mêmes ne comprennent rien à
la situation.
Alors que dans son discours de clôture de
cette session extraordinaire, le président de
l’Assemblée nationale, El Hadj Abass Bonfoh rappelant
les missions assignées à la CNDH, exhortait les
nouveaux élus à se mettre au travail afin de « donner
un souffle nouveau à la CNDH et faire comprendre aux
citoyens et à l’Etat leurs droits et devoirs, deux
valeurs fondamentales et importantes pour notre jeune
démocratie » on ne saurait comprendre son silence
coupable vis-à-vis du retard pris dans la mise en
place de cette institution de défense et de promotion
des droits de l’homme étant entendu que c’est lui, de
concert avec les ministres des Droits de l’Hommes et
des Relations avec les Institutions de la République,
qui devrait organiser cette cérémonie de prestation
de serment. Et l’espoir qu’a pu naître chez les
Togolais l’élection de ces nouveaux membres (parmi
lesquels des militants engagés des droits de l’homme)
commence par s’émousser et cela, à juste titre parce
que, depuis quelques années la CNDH était apparue
chez certains togolais comme une institution au
service du pouvoir à cause de son laxisme, son
silence ‘’coupable’’ devant les violations massives
des droits de l’Homme. Considérée comme une ‘’aile
marchante’’ du pouvoir RPT, la CNDH avait alors perdu
toute crédibilité aux yeux des Togolais qui
hésitaient même à porter à sa connaissance des cas de
violations des droits de l’homme dont ils sont
l’objet. Et c’est justement pour lui redonner la
crédibilité qu’elle avait au lendemain de sa création
et redorer son blason que l’UE a insisté dans
l’engagement 2.5
des 22 engagements sur la nécessité de revoir le
mandat et le statut de la CNDH. C’est pourquoi, à
l’élection des nouveaux membres, beaucoup de Togolais
avaient salué l’événement comme étant un signe
d’ouverture des nouvelles autorités décidées à rompre
les vieilles habitudes de la maison. Mais l’on
s’aperçoit malheureusement que ce signe d’ouverture
n’était qu’un trompe l’œil destiné à flouer l’opinion
nationale et internationale puisque, apparemment, les
vieilles habitudes n’ont pas disparu.
Selon certaines indiscrétions, ce retard
dans la mise en place du bureau de la CNDH est dû au
fait que le pouvoir RPT manœuvre pour imposer un des
siens à la tête de la CNDH. Mais, selon une source
proche des membres élus, cette tentative du RPT
aurait rencontré un refus farouche de la part de
l’ensemble des membres, du personnel de la CNDH, de
l’opinion nationale et internationale qui souhaitent
plutôt qu’une personne non issue du système prenne
les rênes de cette institution dans l’intérêt
supérieur de la nation togolaise.
De toutes les façons, la situation semble
bloquée et l’on est dans l’impasse sans savoir à
quand la CNDH rénovée. Va-t-on assister au même drame
qu’à la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (LTDH) ?
Nous ne le pensons pas car de grands chantiers liés à
la protection, la promotion des droits de l’homme au
Togo laissés par la LTH en déconfiture l’attendent.
Et l’inquiétude au sein de la population grandit car
elle est désemparée, ne sachant plus à quelle
institution de défense des droits de l’homme crédible
se confier.
C’est dans cette ambiance d’impatience et
d’inquiétude qu’il est annoncé l’arrivée la semaine
prochaine à Lomé d’une mission du Haut Commissariat
des Nations Unies aux droits de l’homme pour
l’installation du bureau des droits de l’homme au
Togo. Et l’on se demande alors si en l’état actuel
des choses, la CNDH va pouvoir être associée à
l’événement. Ce serait dommage que la CNDH rénovée
n’ait pas son mot à dire dans ce processus qui
conduira à coup sûr le Togo vers un Etat
démocratique, une nation ‘’civilisée’’.
Alors, pendant qu’il est encore temps, il
est impérieux de sauver ce qui peut encore l’être.
Nous espérons que le pouvoir RPT doit savoir raison
gardée et favoriser la mise en place du bureau de la
CNDH.
Mais la responsabilité première revient
au chef de l’Etat, redevable devant le peuple, qui
doit peser de son poids afin que cette ‘’crise’’ que
traverse la CNDH trouve une fin favorable pour
l’image du Togo. Outre le chef de l’Etat, le chef du
gouvernement Me Yawovi Agboyibo qui se trouve être
l’un des initiateurs et le tout premier président de
la CNDH doit se sentir également interpellé.
Les organisations nationales et
internationales de défense des droits de l’homme
doivent également se mobiliser pour une issue
heureuse à cette situation et faire échec à cette
tentative d’imposer (si imposition il y a) un
président à la CNDH car il est temps que le paysage
des droits de l’homme s’éclaircisse pour le bonheur
des citoyens togolais.
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