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Il
y a à Hiroshima, un vaste espace appelé « Parc de la
Paix ». Ce « Parc de la Paix » est situé à l’endroit
où est tombé la première bombe atomique le
6
juin 1945. Ainsi il existe des endroits de médiocre
mémoire, de sombres souvenirs qui jouissent de
l’appellation de coin de paix.
Il
y a en Afrique, coincé entre le Bénin, le Ghana, le
Burkina Faso et l’océan atlantique, un rectangle de
terre de 56 600 Km2 appelé le Togo. Le
Togo connu longtemps sous le nom de pays de paix,
Suisse de l’Afrique. Une distinction
brodée dans du fil de fierté qui ne sait pas
respectabiliser le pays. Ainsi il existe des pays de
médiocre mémoire, de sombres souvenirs qui jouissent
de l’appellation de pays de paix. On n’a donc pas
fini de surprendre le bon sens, d’insulter
l’intelligence humaine et d’encrasser la logique.
Car il est tombé au Togo depuis 1967, ou plus
exactement depuis le
13
janvier 1963, ainsi qu’il est tombé à Hiroshima, pas
une bombe atomique, mais le sergent Etienne Eyadema,
qui en prenant du grade au fil des années, a regagné
en nocuité et étendu sa nocivité dans tous les
domaines de la vie des Togolais. On lui a reproché
tout : vol, assassinat, rapt d’épouses de
collaborateurs, détournements de mineures,
prévarication, gabegie… Il a, c’est le lieu de le
dire, étincelé en nullité, en dangerosité et n’a,
pour ainsi dire, été utile qu’à sa coterie, qu’à sa
famille. On lui a tout reproché mais on ne lui a
jamais assez reproché de pas dire combien de Togolais
naissaient et vivaient au Togo ou ailleurs.
Il
est donc question de recensement. Combien de Togolais
naissent au Togo et vivent au Togo ou sous d’autres
cieux ? Combien de Togolais meurent annuellement et
combien naissent quotidiennement ? Combien y a-t-il
de Togolais. Cela le sergent Eyadema ne l’a pas fait
et ne l’a pas dit. Ou que si. Le dernier recensement
au Togo remonte à 1981, soit 14 années après son
usurpation du pouvoir, soit depuis 25 ans. A l’époque
Eyadema poussait au pandémonium moins de trois
millions de Togolais, soit exactement, deux millions,
sept cent dix-neuf mille cinq cent soixante sept
habitants. Aujourd’hui à partir des données magiques
ou curieuses, ce même peuple serait de l’ordre de six
millions d’habitants. A peine le tiers de population
de Lagos. La population d’un pays, le tiers de la
population d’une ville. Mince ! Une croissance de
près de trois autres millions. Formidable ! Un pays
de paix, paix des cimetières comme disait l’autre, où
la population ignore son nombre, où la population n’a
que son ombre pour identité.
Cette ignorance de la population togolaise a toujours
arrangé voleurs et mafieux de tout crin : des
salaires des décédés, des salaires des
démissionnaires, des salaires fictifs d’hommes jamais
salariés, des allocations familiales versées pour des
enfants qui ne sont jamais nés parce que les parents,
avec les six enfants imposés pour faire chuter
l’impôt sur le revenu des personnes physiques, ont
fabriqué des naissances fictives. Mais cette
ignorance a véritablement donné les arguments aux
façonniers, aux contrefacteurs de résultats
électoraux.
On est depuis 1992 allé donc à toutes les élections
avec des listes électorales concoctées dans les
bureaux du parti RPT au pouvoir. Ce qui explique les
désagréments remarqués lors des différentes
élections, les résultats assénés par la cour ou par
la CENI quand ce n’est pas l’armée qui s’en mêle. Les
révisions des listes électorales n’ont été que du
trompe-l’œil, de l’artifice. On a jamais su combien
de Togolais devaient voter mais on a toujours su
combien ont voté pour le RPT, combien ont ridiculisé
le CAR. Au gré des humeurs du général Eyadema à
l’époque.
Il semble qu’on veuille faire maintenant net, et très
clean. On veut enrober les prochaines législatives de
propriété « Transparentes ». Il faudra commencer par
la révision « Transparente » des listes électorales.
Au besoin, commencer, s’il n’est pas déjà trop tard,
par un recensement « Transparent » pour confronter
les listes électorales avec les listes effectives de
Togolais. Aucun flou ne doit plus, ne peut plus
caractériser la population du Togo. Aucune menterie
ne peut plus et ne doit plus résider dans ce qui peut
être compter, dénombrer. Les décédés, les exilés, les
expatriés des listes électorales ne voteront plus
pour le RPT. Et l’autre avantage réside véritablement
dans l’effectif des salariés, quand les statistiques
disent que plus de 92% de la population togolaise est
agricole. Il faudrait y ajouter le secteur informel,
les employés des organismes non gouvernementaux, les
malades et autres impotents retraités et fous.
Combien êtes-vous Togolaises et Togolais sur leur
listes électorales et à émarger sur les listes de
salariés ? Il est temps de le savoir.
Un recensement est donc urgent : pour tout. Et il
semble qu’il faudrait un peu plus de trois millions
de dollars pour une telle opération au Togo. Les
Chirac et autres spins doctors qui ont depuis
maintenu au pouvoir le général Eyadema pendant plus
de trente-huit ans, qui ont favorisé l’arrivée du
fils au pouvoir après que le père est clamsé, le
5
février 2005 à la stupeur générale, ces spins
doctors, n’avaient pas eu la clairvoyance de dire
au fantoche caporaliste que ça lui pètera un jour en
pleine poire. Maintenant que Faure semble avoir réglé
le clash qui opposait son père aux opposants
togolais, il va falloir dire combien ils sont ces
pusillanimes Togolais, peureux et peu bavards quand
le militaire passe, même sans treillis ni armes. La
peur du militaire, au Togo, il faudra prévoir un
divan pour tous les Togolais. Ce sera un vrai début
d’une vie sereine. |