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28 Oct 2006

Réfugiés Togolais : errance de réfugiés, errance de rapatriés

Samuel Batchati

Ils étaient partis, qui un baluchon sur la tête, qui un matelas sur les épaules, qui  des casseroles et quelques récipients émaillés sur la tête, mais tous avec l’espoir d’échapper à la violence, d’échapper à la brutalité, d’échapper à la barbarie des militaires togolais et des miliciens à la solde du RPT. Ils étaient tous partis, fuyant cette terre soudain amère, cette terre soudain hostile, cette terre cruelle où vivre devenait mortel, où vivre était devenu mortel. Ils sont des dizaines de milliers. Près de quarante trois mille réfugiés perdus entre le Bénin et le Ghana. Près de 25 545 homless entre les camps de Comé et d’Agamè au Bénin. Plus de 9290 disséminés à Cotonou et dans les autres villes. Et il y  a les enfants : 250 enfants non accompagnés, les ENA, comme on les appelle pour dire court, pour se débarrasser vite même de leur identification.

Ils étaient partis alors qu’arrivait au pouvoir celui qui les faisait partir. Ils étaient partis à la suite des violences électorales engendrées par le scrutin présidentiel d’avril 2005 qui a amené Faure Gnassingbé, le fils du défunt Eyadema au pouvoir. Et il est arrivé quand d’autres Togolais fuyaient le pays ; il est arrivé juché sur le désespoir des autres, bâtissant son espoir de jeune président sur la désespérance de ceux qui fuyaient la brutalité, ce qui le faisait président. La détresse des Togolais réfugiés a favorisé l’arrivée à la présidence de Faure Gnassingbé. Il n’y a ni contraste, ni absurdité, ni symétrie contradictoire, il n’y a rien de tout cela. Il y a des hommes qui ont fui leur pays pour qu’arrive un seul homme dans le pays au nom des intérêts de la famille Gnassingbé, au nom du prestige de la famille Gnassingbé, au nom l’impunité dont doit jouir le clan Gnassingbé, au nom de tous ces poches de la bande à papa Eyadema. Ainsi fut-il depuis le
25 avril 2005.

Ils étaient partis et depuis leur sort, leur destin, leur histoire se disent en des mots qu’on remet toujours à demain, leur retour  reste au conditionnel, quand le président voudra, quand il lui plaira, quand il se réveillera de sa sieste, après cette longue fatigue que ces lanceurs de pavés, ces casseurs, ces vandales lui ont fait vivre avant leur départ, avant son arrivée. S’ils ne sont pas oubliés, ils ne sont pas, ne seront jamais plus un sujet brûlant comme le voyage de Faure en France quelques jours après la signature de l’accord politique global, comme la nomination d’un premier ministre, comme la nomination d’un président de la CENI, comme la formation d’un gouvernement de larges millions, comme l’organisation des élections législatives. Il y a des choses qui urgent et les réfugiés Togolais n’en font pas partie.

Ils vivent seuls ce qu’ils vivent. La douleur ne se partage pas dit-on. On peut y compatir, mais la douleur n’est pas un morceau de pain qu’on donne à l’ami qui meurt de faim, elle n’est pas une couverture qu’on cède à l’ami qui crève de froid, elle n’est pas un ministère qu’on donne à Kpatcha Gnassingbé parce que c’est le frère du président. Ce qu’ils vivent est inénarrable, rien qu’à lire les différents rapports de la LTDH, ou si on peut, rien qu’à leur rendre visite sur leur site : morsures de serpents, xénophobie des autochtones, alimentation rachitique, éducation  inorganisée, logement à plusieurs sous des tentes, prostitution, soins sanitaires médiocres ou insuffisants… maladies et sida, le syndrome de triste réputation. Des Togolais se sont mis d’accord pour se partager de larges parts de ce gâteau togolais, pour s’asseoir autour de l’auge à millions, mais on a parlé peu, très peu de ceux qui sont partis, de leur retour.

Ils sont encore, selon des sources du HCR, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, à peu près 16 528 Togolais vivant encore un exil douloureux, un exil déshonorant. Quand les soirs le soleil se couche que la brise fait voyager les fumets des différents repas, ils songent toujours à cette quiétude, à ce bien-être abandonné à un jet de pierre de leur tente, de leur identité sans siège, de leur identité en errance. Il semble, Dieu merci, que le HCR va aider ce pays fainéant, prompt à dépenser des millions pour rien, qu’à les dépenser pour tous ceux qui sont partis malgré eux, à rapatrier ses réfugiés. Il faut quelque part le louer, ce pays puisque après tout, il a mis sur pied un comité pour favoriser le retour des partis. Merci messieurs. En outre le gouvernement aurait pris la décision, la sage décision « d'abandonner les poursuites à l'encontre des personnes accusées d'infractions ou délits liés à l'élection présidentielle d'avril 2005 ». Merci ! Encore une fois merci.

Peut-être qu’ils vont revenir. Ils avaient tout abandonné, tout laissé, et ils retrouveront le même vide à leur retour. Encore heureux si on ne les jette pas dans des geôles pour avoir fui la mort. Ils avaient abandonné maisons, boulots, familles et amis, chacun était parti protégeant sa tête, ils se retrouveront à leur retour sans boulot surtout, les maisons certainement détruites ou baillées à d’autres. Aucune garantie n’est donnée pour leur retour sur tous ces aspects de la question. En tout cas, rien ne se sait sur le sujet. Cela s’appelle planifier proprement les choses. En tout cas le gouvernement de Me Agboyibor est taciturne sur le sujet. Et pourtant ! Alors ils reviendront et commencera pour eux une autre errance.

 

 

 
 
 
 

 

 
 

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