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«Nous
avons constaté des progrès considérables dans la
mise en œuvre », entendez du pensum que le Togo
s’est infligé en souscrivant aux 22 engagements
envers l’Union européenne. « Depuis la dernière
mission (elle remonte à mars 2006), le
gouvernement et les forces politiques ont fait des
progrès. (…) Nous espérons aller de l’avant très
rapidement.» L’instituteur au stylo rouge qui
sanctionne la mise en œuvre du pensum est le sieur
Manuel Lopez Blanco, membre supérieur ou inférieur,
c’est selon, de la mission européenne qui a séjourné
à Lomé du 17 au
19
octobre 2006. Alors on peut se frotter les mains.
Puisque d’analphabètes démocratiques que nous
étions, nous avons fait des « progrès
considérables » en assimilant le syllabaire de la
démocratie : se mettre d’accord à plusieurs autour
d’une table en présence d’un médiateur. Tant pis
s’il y a un seul, une minorité qui boude, qui
renâcle. Et le « nous espérons aller de l’avant
très rapidement » signifie que très
bientôt, les cancres Togolais pourront lire des
pages entières de démocratie. C’est formidable. Il
n’est pas bien loin le temps où le nègre assujetti
bénéficiait de l’attribut d’ « évolué ». Les
registres ont seulement changé.
Depuis donc 1993 le Togo est au cours préparatoire
première année de la démocratie. Aussi la
coopération a-t-elle été suspendue pour déficit
démocratique et les millions d’euros qui devaient
choir aux Togolais, végètent. De dialogues
interrompus aux dialogues rompus, d’accords signés
depuis 2004 à la farouche guéguerre lors des
présidentielles, les Togolais n’ont pas eu la
sérénité d’esprit, la sagesse de signer un accord
politique global, un Yalta des trous-du-cul
démocratiques, un Yalta des fainéants. Il a fallu la
médiation de Blaise Compaoré pour atteindre ce
résultat, pour les cornaquer. La formule, on la
connaît est régionale, les incendies des maisons
voisines… on ne peut pas croiser les bras. Alors un
accord politique global a été signé et son
application a même démarré sur les chapeaux des
envies, dans une folle orchestration des frénésies
ministérielles. Un gouvernement a été mis sur pied
avec la même célérité. Les membres de la CENI ont
été nommés. Cet accord semble avoir imprimé un
nouveau rythme, un nouveau ton, une autre vitesse à
la vie politique togolaise. Et cela n’est pas passé
inaperçu devant le regard européen de la mission de
l’UE.
En
somme la carapace marche. On peut même dire que nous
sommes à l’air, au temps du charlatan en habit de
moine, du prêtre vaudou en habit de curé dans une
église exécutant l’offertoire. L’Union européenne
salue, complimente plutôt les « progrès
considérables ». L’Union européenne se sert ici, il
est évident, d’une seule cordée, l’application des
22 engagements et non point de leurs corollaires
directs sur les millions de Togolais. En fait, en
terme de progrès, il s’agit de l’accord politique
global signé, de la formation d’un large
gouvernement d’union nationale auquel, dans une
bouderie infantile, l’UFC a refusé de participer, de
la nomination des membres de la CENI.
Deux mobiles principaux ont amené les partis
politiques et les associations de la société civile
à signer cet accord. L’UFC avoue avoir signé,
suivant le propos de Elliott Ohin, ancien
secrétaire général du parti et membre du bureau
national représentant de l’UFC en Amérique du Nord,
« pour être physiquement présente dans tous les
processus qui doivent déboucher sur des élections
libres et transparentes, présente aussi bien en
amont qu’en aval » parce que « notre finalité
est la conquête du pouvoir ». Cela se passe de
commentaire. Quant au mobile des autres, eh bien ce
sont l’usure, la lassitude du combat et le désir de
se fixer au cercle de la mangeoire. Cela est donc
fait. Le reste relève purement de l’utopie
politique, des chimères des aigris exclus de la
farandole des bedaines. La finalité des sociétés
civiles, ce sont les préoccupations du bureau, ou
même du président. La finalité des autres partis
politiques, c’est être enfin au gouvernement.
Le
conseil est clair ; mettez-vous d’accord pour
appliquer les 22 engagements même si au quotidien
sont violés les droits de l’homme, la liberté
d’expression, les bérets rouges matraquant des
citoyens à Kara, même si des citoyens sont plus
privilégiés que d’autres, les Gnassingbé qui ne
paient pas les droits de douane au port, les 15% des
frais de dédouanement de tout véhicule au port qui
vont à Kpatcha Gnassingbé, même si la plage de Lomé
est vendue aux Libanais qui revendent désormais du
sables aux Togolais désireux de construire, même si
les conditions des étudiants vont s’empirant, même
si …. Même si… Il y a aussi le panier de la ménagère
et des millions de francs volés sans contrôle.
Ils sont venus, ils n’ont rien vu, mais ils ont dit
« progrès considérables ». Plus qu’instituteurs,
plus que professeurs, ce sont des prêtres aveuglés
par une foi dans les faux-semblants, les masques,
les pirateries politiques qui n’attendent qu’un
rien, des législatives transparentes, pour
l’asperges. Il sera en million d’euros qu’importe si
pour les Togolais exclus des tables rondes, les
jours deviennent plus étriqués que les peines, car à
chaque jour ne suffit plus sa peine.
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