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11 Oct 2006

Quand la question foncière oppose encore des cantons à Kara

Justin Hèzu Tiyé

La semaine dernière, les habitants du canton de Lassa, s’en sont violemment pris au canton de Soumdina, tabassant, cassant et détruisant les habitations. Des champs ont été dévastés. Des cases détruites. La gendarmerie intervenue a coffré les chefs de village et le chef canton de Lassa. Mais elle a libéré le chef canton afin qu’il aille revenir avec les vrais casseurs. Mais les jeunes, les vieux et les femmes et même les enfants de ce canton ne l’entendaient de cette oreille.

Dans l’après-midi de lundi 9 octobre, c’est un monde fou qui a marché de Lassa à la gendarmerie de la ville de Kara, soit environ sur plus de 8 kilomètres au son des tambours et castagnettes. Sur une des pancartes, on pouvait lire « La justice contre le canton de Lassa ». Mais à la gendarmerie, ce sont les bérets rouges qui les ont accueillis à coups de matraques et de gaz lacrymogène. La mêlée fut telle qu’il est difficile de dénombrer les blessés. Jusque-là aucun décès n’est déclaré. Les manifestants sont rentrés chez eux défaits mais jurent qu’ils n’en resteront pas là.

A l’origine, un problème foncier. Le canton de Lassa reproche au canton de Soumdina de disposer et de vendre ses terres. Le forfait, si forfait il y a, porte sur plus de 400 hectares déjà vendus et sur plusieurs centaines d’autres hectares en attente d’être vendus. Le lieu du litige foncier est un village situé à environ 15 kilomètres au sud-est de Kara, le village d’Abouda. Les gens de Soumdina vendent des terrains dans ce village depuis plus d’une dizaine d’années. Mais les habitants de Lassa ne pouvaient pas revendiquer parce que feu Général Eyadema avait pris femme dans ce canton et surtout parce que le colonel Ernest Gnassingbé y avait acquis plusieurs hectares. La brutalité de ce dernier ne pouvait imposer que silence. Il faut dire que tout ce qu’il y a de grosses légumes à Kara a acquis quelque espace dans ce village pour la création de fermes agricoles « après la retraite », disent-ils.

Même le préfet de la Kozah a acquis quelque espace dans ce village. Alors lorsque la question foncière d’Abouda a été soulevée, la plainte a atteint le préfet qui tout de suite se serait empressé de donner raison au canton de Soumdina, de condamner et de renvoyer les gens de Lassa à d’autres soucis. Ce qui expliquerait qu’ils soient allés casser.

Géographiquement le village d’Abouda est plus proche et mitoyen du canton de Lassa que du canton de Soumdina. Pour que les habitants de Soumdina aillent à Abouda, ils doivent traverser le canton de Lassa. Ce qui tout de suite ne justifie pas une telle propriété.

Cela ressemble textuellement à la situation où les habitants du canton de Pya avaient revendiqué une parcelle du canton de Lama à Kara Sud, à plus de  18 kilomètres de Pya. La question avait été tranchée en fonction de la force, et la force était au gens de Pya. Et on sait que les solutions trouvées par la force aux questions délicates sont toujours remises en cause lorsque la force change de camp. C’est pourquoi les habitants de Lama se frottent les mains en suivant de très près le déroulement du litige foncier entre les cantons de Soumdina et de Lassa. « Après eux, c’est nous », se contente-t-on de dire à Lama. Des explosifs à retardement en perspective.

En attendant, les habitants du canton de Lassa, défaits par les bérets rouges, ont promis de revenir avec des arcs et des flèches. « Nous n’avons pas peur de leurs fusils », ont scandé les jeunes très remontés. « Et le préfet nous entendra ». C’est dire que cette question n’est pas près de finir. Les développements à venir sont à craindre. On raconte qu’ils ont téléphoné au président Faure Gnassingbé pour le mettre en garde contre une escalade de violence s’il ne fait rien pour résoudre le problème.

Le problème foncier à Kara devient de plus en plus sérieux qu’il urge de le résoudre. Il est maintenant une génération de jeunes, oisifs, ivrognes, irrespectueux avec pour seule profession, "Vendeurs de terrains" surtout litigieux. C’est maintenant une bombe a retardement. Il faudrait surtout que le préfet évite de faire appel à chaque frémissement de la population aux bérets rouges du camp Landja qui tabassent sans quartier et sans réfléchir. Pour le gouvernement, il n’est vraiment pas tard, qu’un décret ministériel ou présidentiel interrompe le commerce de la terre. Le pays a énormément à gagner dans cette entreprise.

Malheureusement comme ceux
qui doivent prendre des décisions sont ceux qui achètent, la question de la terre sera le paludisme bis du pays : aucun vaccin ne sera trouvé, et les solutions curatives ne seront que la violence des militaires.

Sur toute l'étendu du territoire togolais, le problème foncier est réel, latent et surtout soignesement évité par les responsables politiques. Personne n'ose anticiper dans la recherche d'une solution.

Eh bien, on est assis sur des braises ardentes!

 

 

 
 
 
 

 

 
 

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