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4 Oct 2006

Par Samuel Batchati

La Francophonie : des mots pour des actes manqués

Qu’il est bien loin le premier sommet de la Francophonie tenu du 17 au 19 février 1986 en France. Qu’il est récent fumant encore de tous ses engagements le XIème sommet tenu les 28 et 29 septembre 2006 à Bucarest, l’ancien fief de Ceucescu. Vingt ans donc. Un âge où on a fini de faire tomber ses dents. Mais sur les vingt ans, on peut se demander ce que la Francophonie peut revendiquer comme actions positives à côté de ce qu’elle a détruit, des ravages qu’elle a causés. Il n’est point exagéré de dire aujourd’hui que la Francophonie, c’est bien la forme néocoloniale de la Françafrique. C’est vrai ce vocable on ne le connaît pas encore dans les dictionnaires français. Il faut peut-être rappeler la mission de la Francophonie, « Paix démocratie et droits de l’Homme ; langue, diversités culturelles et linguistiques ; éducation ; développement durable et solidarité » pour mettre assez d’eau au moulin de la contradiction de ceux qui rejetteront l’équation la Francophonie égale la Françafrique des réseaux obscurs de Foccart.

Depuis Bamako, la Francophonie a revêtu le manteau de la démocratie et la formule consacrante est fort belle : « Francophonie et démocratie sont indissociables ». Sauf difficultés de vocabulaire la Francophonie ne devait jamais, plus jamais s’accommoder d’Etats aux régimes dictatoriaux. Et on l’a vue à l’œuvre, cette Francophonie dans les pays africains.

Lorsque le sergent Etienne Eyadema tua Sylvanus Olympio à la suite d’une trahison de l’ambassadeur de France au Togo, Henri Mazoyer qui révéla la cachette de Sylvanus Olympio le 12 janvier 1963  aux soldats putschistes, on peut dire, c’est vrai, que la Francophonie n’était encore embryonnaire que dans des têtes comme celles de Senghor, de Hamani Diori et de Bourguiba. Mais lorsque des militaires Français, membres du corps expéditionnaire de la « Force Licorne », basée en Côte d’Ivoire, expédiés au Togo à la suite de l’aggravation de la crise ivoirienne, ont fait partie des forces de répression qui tiraient à balles réelles sur les Togolais à Lomé au soir de la mascarade électorale du 24 avril 2005 qui  a facilité la dictature héréditaire pour Faure Gnassingbé, on ne peut pas dire que la Francophonie n’existait pas. La célèbre phrase de Jacques Chirac, président de la république française saluant la mémoire du général Eyadema « Un ami personnel et un ami de la France » dit longuement sur les quarante ans du régime autocrate du sergent putschiste de 1963. La Françafrique a assis des dictatures, la Francophonie est aujourd’hui la pépinière. La caution de la CEDEAO à l’élection scandaleuse du 24 avril 2005 au Togo n’est pas innocente et la griffe chiraquienne a dû tordre la raison de Mamadou Tandja. Vive la Francophonie.

« En conclusion on peut dire que le scrutin s’est déroulé dans le calme et que les quelques anomalies relevées ne sont pas de nature à entacher sensiblement sa régularité ». Ça c’est le rapport de la mission d’observation de la Francophonie au Gabon aux dernières élections présidentielles de novembre 2005 alors que les deux opposants dénonçaient des chiffres « fabriqués », des « fraudes massives » et des « élections volées ».

Pourquoi Chirac ne rappelle-t-il pas les soldats de la « Force Licorne » en Côte d’Ivoire ainsi que la demandé cette semaine le président ivoirien Laurent Gbagbo ? C’est indéniable tous les dictateurs sont adoubés par les gouvernements français, qu’ils soient de gauche ou de droite. Que ce soit au Tchad, en Centrafrique, au Gabon, au Bénin, au Burkina Faso, au Cameroun ou ailleurs dans une ancienne colonie française, la France a entretenu les dictatures tant qu’elle avait des intérêts à engranger.

Le constat de Noël Mamère, député de la Gironde est clair : « L’Afrique ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui si nous Français comme d’autres Européens : Allemands, Belges, Portugais ou Anglais n’y avions pas pillé impunément les ressources humaines et les matières premières, d’abord avec l’esclavage que l’Assemblée nationale a condamné ici même comme un crime contre l’humanité, ensuite avec le colonialisme, enfin avec le néocolonialisme qui sous l’égide de monsieur Foccart a exercé sa domination durant trois décennies. »

Alors il est ridicule aujourd’hui que Abdou Diouf, secrétaire général de la Francophonie, trouve que la langue française est « vecteur d’une nouvelle vision du monde, de l’ouverture  vers les autres, de la liberté ». Il est tout aussi ridicule le thème de ce XIème sommet « Education et nouvelles technologies » lorsque sous la bénédiction de Chirac le gourou de cette organisation, des dictateurs négligent dans leur pays des domaines comme l’instruction, la santé et la liberté d’expression. Comment comprendre cette ouverture vers les autres lorsque des haches ont défoncé les portes de l’Eglise Saint-Bernard pour expulser des sans-papiers ? C’est aussi au nom de cette ouverture vers les autres que Sarkozy signe des accords sur la migration concertée, alors que c’est la France qui s’enrichit des ressources africaines au dos et aux dépens des populations africaines.

Ils nous diront tous les discours lénifiants sur le rôle de la  Francophonie. Chirac et sa clique de dictateurs africains ne feront plus accroire personne. Ils sont la meute qui cambriole les identités, la coterie qui a épinglé sur des ambitions dominatrices des motifs linguistiques. La langue française est un joli prétexte pour la France et ses dictateurs de piller les richesses africaines. « Cet humanisme intégral, qui se tisse autour de la terre » (Senghor) n’est en fait qu’un miroir aux alouettes, et malgré tous les engagements pris par rapport au développement, par rapport à la culture et à l’éducation, est une somme d’actes manqués, un siphon des richesses africaines. Il est temps que la partie prenne fin. Hélas ! Le rendez-vous est encore pris pour Québec en 2008. D’autres plans pour d’autres dégâts.

   

 

 
 
 
 

 

 
 

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