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Qu’il est
bien loin le premier sommet de la Francophonie tenu
du 17 au 19 février 1986 en France. Qu’il est récent
fumant encore de tous ses engagements le XIème
sommet tenu les 28 et 29 septembre 2006 à Bucarest,
l’ancien fief de Ceucescu. Vingt ans donc. Un âge où
on a fini de faire tomber ses dents. Mais sur les
vingt ans, on peut se demander ce que la
Francophonie peut revendiquer comme actions
positives à côté de ce qu’elle a détruit, des
ravages qu’elle a causés. Il n’est point exagéré de
dire aujourd’hui que la Francophonie, c’est bien la
forme néocoloniale de la Françafrique. C’est vrai ce
vocable on ne le connaît pas encore dans les
dictionnaires français. Il faut peut-être rappeler
la mission de la Francophonie, « Paix démocratie et
droits de l’Homme ; langue, diversités culturelles
et linguistiques ; éducation ; développement durable
et solidarité » pour mettre assez d’eau au moulin de
la contradiction de ceux qui rejetteront l’équation
la Francophonie égale la Françafrique des réseaux
obscurs de Foccart.
Depuis
Bamako, la Francophonie a revêtu le manteau de la
démocratie et la formule consacrante est fort
belle : « Francophonie
et démocratie sont indissociables ».
Sauf
difficultés de vocabulaire la Francophonie ne devait
jamais, plus jamais s’accommoder d’Etats aux régimes
dictatoriaux. Et on l’a vue à l’œuvre, cette
Francophonie dans les pays africains.
Lorsque le
sergent Etienne Eyadema tua Sylvanus Olympio à la
suite d’une trahison de l’ambassadeur de France au
Togo, Henri Mazoyer qui révéla la cachette de
Sylvanus Olympio le 12 janvier 1963 aux soldats
putschistes, on peut dire, c’est vrai, que la
Francophonie n’était encore embryonnaire que dans
des têtes comme celles de Senghor, de Hamani Diori
et de Bourguiba. Mais lorsque des militaires
Français, membres du corps expéditionnaire de la
« Force Licorne », basée en Côte d’Ivoire, expédiés
au Togo à la suite de l’aggravation de la crise
ivoirienne, ont fait partie des forces de répression
qui tiraient à balles réelles sur les Togolais à
Lomé au soir de la mascarade électorale du 24 avril
2005 qui a facilité la dictature héréditaire pour
Faure Gnassingbé, on ne peut pas dire que la
Francophonie n’existait pas. La célèbre phrase de
Jacques Chirac, président de la république française
saluant la mémoire du général Eyadema « Un ami
personnel et un ami de la France » dit longuement
sur les quarante ans du régime autocrate du sergent
putschiste de 1963. La Françafrique a assis des
dictatures, la Francophonie est aujourd’hui la
pépinière. La caution de la CEDEAO à l’élection
scandaleuse du 24 avril 2005 au Togo n’est pas
innocente et la griffe chiraquienne a dû tordre la
raison de Mamadou Tandja. Vive la Francophonie.
« En conclusion
on peut dire que le scrutin s’est déroulé dans le
calme et que les quelques anomalies relevées ne sont
pas de nature à entacher sensiblement sa
régularité ». Ça c’est le rapport de la mission
d’observation de la Francophonie au Gabon aux
dernières élections présidentielles de novembre 2005
alors que les deux opposants dénonçaient des
chiffres « fabriqués », des « fraudes massives » et
des « élections volées ».
Pourquoi Chirac
ne rappelle-t-il pas les soldats de la « Force
Licorne » en Côte d’Ivoire ainsi que la demandé
cette semaine le président ivoirien Laurent Gbagbo ?
C’est indéniable tous les dictateurs sont adoubés
par les gouvernements français, qu’ils soient de
gauche ou de droite. Que ce soit au Tchad, en
Centrafrique, au Gabon, au Bénin, au Burkina Faso,
au Cameroun ou ailleurs dans une ancienne colonie
française, la France a entretenu les dictatures tant
qu’elle avait des intérêts à engranger.
Le constat de
Noël Mamère, député de la Gironde est
clair : « L’Afrique ne serait pas ce qu’elle est
aujourd’hui si nous Français comme d’autres
Européens : Allemands, Belges, Portugais ou Anglais
n’y avions pas pillé impunément les ressources
humaines et les matières premières, d’abord avec
l’esclavage que l’Assemblée nationale a condamné ici
même comme un crime contre l’humanité, ensuite avec
le colonialisme, enfin avec le néocolonialisme qui
sous l’égide de monsieur Foccart a exercé sa
domination durant trois décennies. »
Alors il est
ridicule aujourd’hui que Abdou Diouf, secrétaire
général de la Francophonie, trouve que la langue
française est « vecteur d’une nouvelle vision du
monde, de l’ouverture vers les autres, de la
liberté ». Il est tout aussi ridicule le thème de ce
XIème sommet « Education et nouvelles technologies »
lorsque sous la bénédiction de Chirac le gourou de
cette organisation, des dictateurs négligent dans
leur pays des domaines comme l’instruction, la santé
et la liberté d’expression. Comment comprendre cette
ouverture vers les autres lorsque des haches ont
défoncé les portes de l’Eglise Saint-Bernard pour
expulser des sans-papiers ? C’est aussi au nom de
cette ouverture vers les autres que Sarkozy signe
des accords sur la migration concertée, alors que
c’est la France qui s’enrichit des ressources
africaines au dos et aux dépens des populations
africaines.
Ils nous diront tous les discours lénifiants sur le
rôle de la Francophonie. Chirac et sa clique de
dictateurs africains ne feront plus accroire
personne. Ils sont la meute qui cambriole les
identités, la coterie qui a épinglé sur des
ambitions dominatrices des motifs linguistiques. La
langue française est un joli prétexte pour la France
et ses dictateurs de piller les richesses
africaines. « Cet humanisme intégral, qui se tisse
autour de la terre » (Senghor) n’est en fait qu’un
miroir aux alouettes, et malgré tous les engagements
pris par rapport au développement, par rapport à la
culture et à l’éducation, est une somme d’actes
manqués, un siphon des richesses africaines. Il est
temps que la partie prenne fin. Hélas ! Le
rendez-vous est encore pris pour Québec en 2008.
D’autres plans pour d’autres dégâts. |