Excellence Monsieur le Président
de l’Assemblée Nationale,
Honorables Députés,
Excellence Mesdames Messieurs les Membres du Corps
Diplomatique,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Chers invités,
Mesdames, messieurs,
C’est pour moi un grand honneur
et un réel plaisir de me trouver à cette tribune
pour exposer devant vous et devant la nation, les
grandes lignes du programme d’action du Gouvernement
d’Union Nationale que j’ai la charge de conduire.
Je le fais avec beaucoup
d’humilité.
Car je sais que la mission est
lourde et que j’aurai besoin de votre concours le
long du parcours.
Monsieur le Président,
Honorables Députés,
Qu’il me soit permis en prélude à
mes propos de m’incliner devant la mémoire des
compatriotes de tous bords qui ont perdu leur vie
durant notre processus démocratique et plus
particulièrement lors des troubles sociopolitiques
de l’an dernier.
Le sang versé par ces
compatriotes constitue, j’en suis sûr, une semence
pour la patrie.
J’adresse également ces mots de
compassion aux nombreux réfugiés et à toutes les
personnes déplacées qui, nous en sommes conscients,
vivent dans des conditions pénibles.
Excellence Monsieur le Président,
Honorables Députés,
Si je me présente aujourd’hui
devant vous, ce n’est pas par hasard.
C’est parce que vous qui êtes les
représentants du peuple, et moi qui suis appelé à
diriger le Gouvernement d’Union Nationale, nous
avons en commun trois choses, trois convergences de
vue.
La première, qui est un
constat douloureux, c’est que nous savons de part et
d’autre que notre pays, le Togo souffre dans le
concert des nations d’un traitement qui aurait dû ne
pas être le sien.
M’adressant à vous qui avez le
privilège d’être au devant des populations, au
milieu des populations et derrière les populations,
j’ai à peine besoin d’expliciter mes propos de peur
de faire simplement écho des réalités que vous
connaissez mieux que moi.
Je ne vous apprendrai en effet
rien de nouveau en disant que, comme dans bien
d’autres pays africains, la pauvreté et le chômage
des jeunes ont atteint au Togo, un seuil intolérable.
Les effets cumulés de la
dégradation des termes de l'échange ont accentué la
chute du pouvoir d'achat de toutes les couches
sociales. Tous, nous éprouvons un besoin pressant de
voir redonner à la fonction publique le goût de
rendre aux citoyens des services plus performants.
Malgré les efforts de
redressement en cours, l'état de dégradation des
équipements publics est toujours préoccupant.
Les services assurés aux malades,
y compris aux personnes infectées du VIH/SIDA, ne
sont pas à la hauteur des attentes.
Ces insuffisances entre autres,
ont profondément affecté de multiples domaines de
notre vie nationale.
Et pourtant, que de richesses ne
sommes-nous pas comblés par la nature ?
Le port en eau profonde de la
capitale n'est-il pas l'un des plus appréciés de la
sous-région ?
Nous avons vocation à être une
place financière et le corridor de desserte préféré
par nos voisins de l'hinterland.
Notre végétation est objet
d'admiration pour sa verdure, sa densité et sa
diversité.
Le sous-sol de nos régions
regorge de richesses minières.
Et que dire de notre belle plage
de Lomé dont le charme est à peine exploité par
l'industrie touristique.
Nous avons une jeunesse de plus
en plus formée et qualifiée pour des fonctions
requérant la maîtrise de nouvelles technologies.
Honorables Députés,
Vous vous en souvenez, ces atouts
naturels ont fait du Togo à une époque de son
histoire, un pays d'avant-garde dans la sous-région,
en Afrique et même dans le monde.
Souvenez-vous, Mesdames et
Messieurs les Députés des Conventions ACP-Europe
Lomé I, Lomé II, Lomé III, Lomé IV.
N'est-il pas un paradoxe, voire
un mystère, que malgré les mêmes atouts, notre pays
soit aujourd'hui à la traîne des nations, au regard
des indicateurs de comparaison des niveaux de
développement ?
Le paradoxe n'est en réalité que
d'apparence. Car vous et nous, nous savons pourquoi
nous avons tant régressé.
Et c'est là notre seconde
convergence de vue.
Nous ne pouvons pas, vous et moi
nous offusquer à l'idée que l'on reproche à notre
pays de n'avoir pas fait en sorte que son processus
de développement aille de pair avec le respect des
principes démocratiques.
Le reproche n'est pas excessif.
Notre société souffre d'un déficit démocratique.
Qui d'entre nous ignore que
chaque période électorale constitue un cauchemar
pour les Togolais et s'est souvent terminée par des
morts, des blessés, et des départs en exil.
Certes, il serait injuste de
méconnaître les progrès enregistrés par notre pays
en matière de respect de la liberté religieuse, de
la liberté d'expression, de la liberté de presse, de
la liberté d'association, de la liberté de création
des partis politiques et de bien d'autres droits
fondamentaux des citoyens.
Ces espaces de liberté, puis-je
le rappeler, ont été réalisés de 1987 à 1991,
c'est-à-dire avant nos 15 ans de traversée de désert,
sous l'impulsion de la Commission Nationale des
Droits de l'Homme créée et soutenue par le feu
Président, le Général Eyadema.
Paix à son âme.
Honorables Députés,
Ces avancées, dans le domaine des
droits de l'homme sont des réalités historiques
indéniables.
Nous devons néanmoins reconnaître
que notre processus démocratique reste à parfaire.
En d'autres termes, ce que
veulent les Togolais, c'est que leurs dirigeants
émanent de leur consentement exprimé à travers des
élections régulières, libres et transparentes et
dont les vainqueurs soient acceptés par tous.
Ce maillon manquant à notre
système politique est lourd de conséquences pour nos
populations. Car si l'on y avait remédié, notre pays
n'aurait pas été privé depuis 1993, d'importants
concours financiers extérieurs qui seraient venus en
appui à nos ressources internes.
Excellence Monsieur le Président,
Honorables Députés,
A ce stade de mes propos, je ne
doute pas un seul instant que vous soyez d'avis avec
moi que nos populations ont assez souffert et qu'il
est temps que des solutions appropriées soient
trouvées à la racine de notre mal.
C'est là notre troisième et
dernière convergence de vue.
A propos de la quête des
solutions, vous et nous sommes suffisamment édifiés
par les faits. Nous avons tous constaté
l'inefficacité de la violence et de l'arbitraire.
L'expérience a montré que nous
devons tous nous départir du tribalisme.
Vous vous rappelez par ailleurs
que lors de votre élection, vous aviez, Honorables
Députés, promis aux populations, de promouvoir la
primauté de la raison sur la passion, le triomphe de
la lumière sur les ténèbres, la liberté et le
progrès, la réconciliation et la paix.
Honorables Députés,
Monsieur le Président,
Nous nous sommes surtout aperçus
depuis avril dernier que l'esprit de consensus est
la seule méthode qui puisse permettre à notre pays
de sortir de la crise sociopolitique liée au déficit
démocratique.
La signature de l'accord
politique global par toutes les parties prenantes au
dialogue national et l'adhésion de toute la classe
politique à l'idée de la formation d'un gouvernement
d'union nationale en sont des illustrations.
C'est pourquoi, Excellence
Monsieur le Président, Honorables Députés, je tiens
à rendre un hommage particulier au Président Faure
pour la patience et l'acharnement qu'il met à
rapprocher des acteurs politiques d'horizons divers
pour les mettre ensemble et les amener à s'entendre
pour sortir le pays de la crise sociopolitique.
Il est réconfortant que les
acteurs politiques se montrent sensibles à ces
efforts et consentent les uns et les autres des
sacrifices pour faire avancer graduellement le
processus consensuel amorcé.
Dans le contexte politique de
crise qui est le nôtre, la méthode initiée et
partagée par tous est incontournable.
Nos décisions seront d'autant
plus soutenues par nos populations qu'elles
émaneront d'un large consensus de la classe
politique.
J'aimerais, à ce propos réitérer
ici que, si le Dialogue national a été un succès, ce
n'est pas tant, parce que le contenu de l'accord
politique global était parfait.
C'est pour la simple raison que
toutes les parties prenantes au Dialogue l'ont signé
sans tenir à avoir satisfaction sur tous les points
de leurs revendications. ,
Si l'accord politique global a
été signé par tous, c'est surtout grâce à la
détermination du Président Faure. Qu'il en soit
remercié.
Je voudrais tout autant adresser
mes remerciements au Président Compaoré.
Notre accord doit beaucoup à sa
compétence inestimable et à sa permanente
disponibilité.
Excellence Monsieur le Président,
Honorables Députés,
C'est le même esprit de consensus
qui a guidé la formation du Gouvernement d'Union
Nationale.
Le Chef de l'Etat et nous-mêmes
avions oeuvré à ce qu'il en soit ainsi.
L'essentiel a été fait. Mais nous
continuons à être ouverts à toutes les initiatives
pouvant nous permettre de parvenir à un Gouvernement
encore plus inclusif.
Et puisque la méthode
consensuelle a fait ses preuves, je ne pense pas,
Mesdames, Messieurs les Députés, que vous trouviez
d'inconvénient à ce que nous gardions le cap en
allant de l'avant.
C'est au demeurant en
s'inscrivant dans cette logique que les parties
prenantes au Dialogue national ont pris la décision
de s'entendre en une feuille de route sur les
actions à mener par le Gouvernement d'Union
Nationale.
J’aimerais avec votre permission
en faire le rappel. La feuille de route, annexée à
l'accord politique global stipule ce qui suit :
« Outre ses attributions
constitutionnelles classiques, le Gouvernement aura
pour tâches prioritaires :
1. de mettre en oeuvre les
décisions prises par le dialogue ;
2.. de prendre des mesures en vue
d'accélérer le rapatriement et la réinsertion des
réfugiés et des personnes déplacées ;
3. de créer les conditions d'une
implication plus forte de la Diaspora togolaise à
l'oeuvre de construction nationale ;
4. de renforcer les mesures
visant à assurer la sécurité des personnes et des
biens sur toute l'étendue du territoire national et
de veiller au strict respect des normes
républicaines relatives à l'intervention des Forces
de Sécurité dans le maintien de l'ordre et de la
sécurité publique ;
5. de mettre en place un
programme de délivrance de cartes nationales
d'identité ;
6. de mettre en place des mesures
incitatives à la participation des femmes à la vie
politique ;
7. de prendre les textes
réglementaires, et administratifs garantissant des
élections justes, libres et transparentes ;
8. de prendre les mesures
appropriées en relation avec les partenaires au
développement en vue de relancer l'économie
togolaise;
9. de parachever la mise en
oeuvre des vingt deux (22) engagements souscrits par
le Gouvernement togolais avec l'Union Européenne;
10. d'élaborer un calendrier
électoral précis indiquant la date d'installation de
la future CENI ;
11. de définir les modalités de
financement des activités des partis politiques ;
12.. de rédiger lés
articles du code électoral visé par le présent
accord. »
Honorables Députés,
Mesdames, Messieurs,
Les tâches ainsi énumérées, vous
l'avez constaté sont toutes suffisamment précises et
ne méritent guère de commentaires.
Vous avez pu vous rendre compte
qu'elles gravitent presque toutes autour de ce que
nous avions à l'instant relevé comme étant la
solution à notre crise : l'organisation d'élections
législatives anticipées dans des conditions de
régularité, de transparence et dont les résultats
puissent s'imposer à tous.
Cette mission centrale constitue
pour le Gouvernement d'Union Nationale la reine des
tâches prioritaires.
Certes, le Gouvernement n'entend
pas perdre de vue les autres prescriptions de la
feuille de route.
Il en est ainsi de toute évidence
pour les tâches classiques de l'Etat.
La place spéciale à consacrer à
la préparation des élections législatives ne saurait
préjudicier à la poursuite de la gestion des
problèmes quotidiens auxquels les Togolais sont
confrontés dans différents domaines : économique,
social, culturel, sportif etc.
Il est vrai que le bon
aboutissement de la mission confiée au Gouvernement
d'Union Nationale permettra au pays de générer plus
de ressources pour faire face à ces problèmes
quotidiens et de créer les conditions de mise en
oeuvre des conclusions du récent dialogue social.
Cela requiert de la part de nos
populations, un temps de compréhension, un temps de
patience.
Nous devons toutefois faire dans
l'immédiat, ce qui est possible.
Et c'est le lieu du reste de
rendre hommage au Gouvernement sortant pour le
travail qu'il a accompli en s'inspirant des lignes
directrices définies par le Chef de l'Etat.
Je voudrais dans le même ordre
d'idée vous rassurer, Mesdames, Messieurs les
Députés que le Gouvernement s'attaquera dans les
plus brefs délais, à la question cruciale de retour
et de réinsertion des réfugiés et des personnes
déplacées.
Il mettra notamment en place un
comité ad hoc pour étudier avec les pays d'accueil,
le HCR et les organisations humanitaires concernées,
les modalités d'accélération du processus de
rapatriement et de réinsertion.
J'ai par ailleurs conscience de
la nécessité d'épargner les élections en perspective
des violences et des drames qui ont émaillé les
précédentes consultations électorales.
C'est pourquoi dès la phase
préparatoire des élections, j'entends m'employer
avec le soutien du Chef de l'Etat, à faire traduire
dans les faits les dispositions de l'accord
politique global visant à renforcer la sécurité des
biens et des personnes sur l'ensemble du territoire
national.
Excellence Monsieur le Président,
Honorables Députés,
Ma rencontre de ce jour avec vous,
vous l'aviez compris, n'a qu'un but : celui
d'exprimer aux populations par votre intermédiaire,
mon engagement à tout mettre en œuvre pour que les
élections législatives à tenir en juin 2007
répondent aux conditions définies par l'accord
politique global de façon à sortir le pays de la
crise et à l'ouvrir à un développement durable.
Ce processus sera enclenché sans
délai.
Dans les tout prochains jours,
les dispositions nécessaires seront prises pour que
la CENI soit installée et démarre la préparation du
scrutin. .
Je mettrai également en place,
dans les plus brefs délais, et sous ma présidence,
deux comités interministériels chargés, l'un de
préparer les réformes institutionnelles, l'autre
d'assurer le suivi de la préparation des opérations
électorales.
Je tiens à dire avec insistance
que la préparation et la tenue du scrutin se feront
dans la plus grande transparence.
Chaque partie prenante au
processus aura le droit d'en contrôler la sincérité
à tous les niveaux à travers ses représentants.
Je suis convaincu que de par leur
compétence et leur loyauté, les vigiles de la
transparence feront en sorte que le prochain,
scrutin soit un modèle pour toutes autres élections
à venir et un engagement ferme du Togo à rompre
définitivement avec l'époque des élections
contestées.
Et je voudrais à propos de la
transparence du scrutin et d'éducation civique des
populations, dire depuis cette tribune, que je
compte sur la contribution de la société civile en
ce contexte exceptionnel d'organisation des
élections législatives par un gouvernement d'union
nationale.
Je prends ici la société civile
en son sens ouvert comprenant les associations, les
syndicats, les confessions religieuses, etc.
Je souhaite que toutes ces
organisations puissent accompagner le processus,
chacune dans son domaine.
L'essentiel est qu'elles gardent
à l'esprit, la nécessaire séparation des rôles. Le
politique, qu'il soit au pouvoir ou dans
l'opposition, a la mission de rechercher des
solutions aux problèmes du pays.
Il ne peut pas se borner à les
poser et encore moins à les crier.
La société civile, elle, a le
devoir de vigilance à l'endroit du politique, le
devoir de l'inciter et de l'aider à régler les
problèmes.
Toute confusion en la matière
porterait atteinte à la crédibilité de
l'organisation concernée et au fonctionnement normal
de notre démocratie.
A l'heure où nous allons ouvrir
le processus électoral, il m'a paru utile de
rappeler ces principes qui doivent guider la
nécessaire complémentarité entre la classe politique
et la société civile.
Honorables Députés
Mesdames, Messieurs,
La démocratie que nous devons
construire ensemble doit être exemplaire. Elle
nécessite la tolérance et le respect réciproque.
Elle doit reposer sur la
participation de tous à l'œuvre commune et non sur
la domination d'une majorité sur une minorité.
II n'est pas de Togolais
supérieur à un autre Togolais quel que soit son
ethnie ou sa région d'origine, sa religion
d'appartenance ou sa condition économique.
Ce sont les vicissitudes de
l'histoire qui ont fait de nous les habitants de ce
pays.
Nous sommes condamnés à vivre
ensemble.
Il revient pour cela aux
politiques d'agir à l'image du Créateur en
positionnant chaque citoyen à la place qu'il mérite
au regard de l'harmonie à promouvoir à l'échelon
national.
Nous avons tout ce qu'il faut
pour changer l'image de notre pays et le placer au
diapason des Etats modernes.
Nos partenaires, africains,
européens, américains, chinois et autres, ont
unanimement salué la piste du consensus que nous
nous sommes tracée depuis avril dernier pour régler
nos problèmes.
Je souhaite que nous la
transformions en autoroute qui conduise nos
populations vers la démocratie, la réconciliation
nationale et la prospérité pour tous.
J'exhorte chaque acteur politique
à placer l'intérêt supérieur de la nation au-dessus
de nos préoccupations personnelles ou partisanes.
Honorables Députés, je voudrais,
en guise de mot de fin, réitérer que je compte sur
votre concours.
Que le Seigneur nous accompagne
de sa grâce et bénisse le Togo.
Je vous remercie.