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A peine
l’accord global avait-il été signé par tous les
partis politiques togolais sous le regard cyclope de
Blaise Compaoré, président du Faso, un Faso qui
remâche encore et toujours les assassinats de Thomas
Sankara et de Norbert Zongo, que Faure Gnassingbé
avait repris son avion de pèlerin globe-trotter pour
aller essayer de déverrouiller la coopération avec
l’Union Européenne. Fier certes, ils avaient tous
signé : les radicaux aux vertu de l’airain, les
modérés récitant le pater noster catho ramollis par
les versets, les psaumes et les cantiques et les
vendus des lupanars intellectuels et politiques.
Tous
avaient apposé leur signature au bas du document,
tous d’accord qu’est enfin venue l’heure de
s’installer confortablement à la mangeoire élitiste
et de s’empiffrer au dos des misérables Togolais,
des millions de francs des phosphates, des douanes,
du port, de la CEB, de la téléphonie, etc. Et etc.
Alors que sévit pandémiquement une misère
inénarrable. Maintenant tous étaient d’accord, ils
iront manger et chacun dans ce large gouvernement
d’union nationale, tentera de tirer le drap de son
côté. C’est évident. C’est la nationalisation de la
stupidité, c’est la discrépance exubérante
entre la fierté égoïste et de la raison citoyenne.
Faure,
fort de ce satisfecit que lui confèrent les
graffitis en bas de page était allé présenter le
devoir à Louis Michel. Le devoir, on le sait, il le
tient de son père mort la copie sur les 22
engagements d’avril 2004 inachevée. C’est l’héritage
que nous ont abandonné nos parents. Le charme de
Chimène, les signatures avec effet de
sésame-ouvre-toi, tout devait être mécanique huilée,
ou plutôt tout semblait aller de soi. Mais le devoir
était inachevé. Restait un calendrier pour les
législatives. La note n’a pas été les millions
d’euros que devait débloquer le seing de Louis
Michel. Alors passant à l’acte I, scène 1 de
l’accord signé le 20 août 2006, Faure a nommé
samedi, au sein de la frilosité collective qui s’est
emparée des opposants, un premier ministre : Me
Yaovi Agboyibor, dit le bélier noir. Il faut dire
que tous voulaient ce poste. De Gilchrist Olympio
qui scandait un servile chantage, à Edem Kodjo,
guère pressé de déposer sa démission, tous les
opposants et opposeurs au gouvernement de
Gnassingbé 1er et de Gnassingbé 2nd
voulaient le poste de premier ministre.
C’est
fait. Désormais le Togo a son nouveau premier
ministre. Chargé de former un gouvernement d’union
nationale. Ce sera la clef qui débloque
définitivement la crise togolaise ou la verrouille
davantage. Alors il s’agit de tact mais aussi de
sacrifice, comme le dit le premier ministre, il
s’agit de « l’esprit de consensus et de
dépassement ». Car il faudra vaincre le cynisme et
la crapulerie des boudeurs, des grincheux, des
aigris et des malappris ; gérer les ferveurs et les
enthousiasmes des zélés et des m’as-tu-vu de tout
crin, contourner et éviter les peaux de bananes des
méchants envieux. Donc pas le temps de poser les
fesses. La passation des service a déjà lieu.
Hier 19 Septembre. Comme on dit au
foot, aller au charbon et tout de suite. Car il y a
beaucoup à faire depuis que tous les gouvernements
qui se sont succédé ne contrôlent plus rien et ont
orienté l’intérêt supérieur de la nation dans leur
portefeuille. Depuis que le trésor public s’est
métamorphosé en gourmandes poches des Gnassingbé,
depuis que le nord des finances togolaises est
devenu la famille Gnassingbé, dévorées néanmoins sur
le trajet par une canaille véreuse connue mais pas
sanctionnée. C’est le système.
Les
Togolais auront donc besoin d’un gouvernement
sympathique, sympathique pas dans sa connotation
sentimentale, mais dans sa dénotation compréhensive
et dynamique, dans le sens vieilli du mot
sympathie. Comprendre les tares accumulées par
les autres gouvernements et les gérer dans une
volonté progressiste. Une sympathie citoyenne.
Sortir de la crise suppose donc aplanir les
rugosités égoïstes, aller vers des élections
législatives qui ravissent les crédits nationaux et
internationaux dont les résultats aiguilleraient la
politique, l’économie, l’éducation, la santé, la
culture, l’armée vers un progrès civique,
démocratique, national, vers le progrès tout court.
C’est à cette tâche ardue que doit s’atteler le
nouveau premier ministre.
Les
Togolais ont surtout besoin d’un gouvernement qui a
le regard dans le panier de la ménagère.
Concrètement la flambée des prix sur le marché sans
un seul cillement des derniers gouvernements devra
être revue proportionnellement à la bourse du
Togolais. C’est dire que pendant que le premier
ministre devra régler les aspects législatifs et
légaux du pays, il devra se pencher et sérieusement
sur le vivre du Togolais des villages difficiles
d’accès. Car en vérité, celui qui lui sera
reconnaissant de son passage à la primature, ce
n’est point la famille Gnassingbé, encore moins le
copain qu’il aura nommé ministre, mais le paysan
d’Akaba, de Kpatégan qui aura vécu une réelle
satisfaction. Car enfin la réussite ou l’échec de la
gestion à venir dépendra de lui, de sa clairvoyance
ou de son égarement, de ses maladresses, de ses
confusions entre son parti, ses camarades, son
ethnie et surtout de son aveuglement à confondre
devoir d’un premier ministre et vengeance d’un
ancien prisonnier. |