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20 Sept 2006

Éditorial

Accord  Politique Global : acte I, scène 1

Samuel Batchati

A peine l’accord global avait-il été signé par tous les partis politiques togolais sous le regard cyclope de Blaise Compaoré, président du Faso, un Faso qui remâche encore et toujours les assassinats de Thomas Sankara et de Norbert Zongo, que Faure Gnassingbé avait repris son avion de pèlerin globe-trotter pour aller essayer de déverrouiller la coopération avec l’Union Européenne. Fier certes, ils avaient tous signé : les radicaux aux vertu de l’airain, les modérés récitant le pater noster catho ramollis par les versets, les psaumes et les cantiques et les vendus des lupanars intellectuels et politiques.

Tous avaient apposé leur signature au bas du document, tous d’accord qu’est enfin venue l’heure de s’installer confortablement à la mangeoire élitiste et de s’empiffrer au dos des misérables Togolais, des millions de francs des phosphates, des douanes, du port, de la CEB, de la téléphonie, etc. Et etc. Alors que sévit pandémiquement une misère inénarrable.  Maintenant tous étaient d’accord, ils iront manger et chacun dans ce large gouvernement d’union nationale, tentera de tirer le drap de son côté. C’est évident. C’est la nationalisation de la stupidité, c’est la discrépance exubérante entre la fierté égoïste et de la raison citoyenne.

Faure, fort de ce satisfecit que lui confèrent les graffitis en bas de page était allé présenter le devoir à Louis Michel. Le devoir, on le sait, il le tient de son père mort la copie sur les 22 engagements d’avril 2004 inachevée. C’est l’héritage que nous ont abandonné nos parents. Le charme de Chimène, les signatures avec effet de sésame-ouvre-toi, tout devait être mécanique huilée, ou plutôt tout semblait aller de soi. Mais le devoir était inachevé. Restait un calendrier pour les législatives. La note n’a pas été les millions d’euros que devait débloquer le seing de Louis Michel. Alors passant à l’acte I, scène 1 de l’accord signé le 20 août 2006, Faure a nommé samedi, au sein de la frilosité collective qui s’est emparée des opposants, un premier ministre : Me Yaovi Agboyibor, dit le bélier noir. Il faut dire que tous voulaient ce poste. De Gilchrist Olympio qui scandait un servile chantage, à Edem Kodjo, guère pressé de déposer sa démission, tous les opposants et opposeurs au gouvernement de Gnassingbé 1er et de Gnassingbé 2nd voulaient le poste de premier ministre.

C’est fait. Désormais le Togo a son nouveau premier ministre. Chargé de former un gouvernement d’union nationale. Ce sera la clef qui débloque définitivement la crise  togolaise ou la verrouille davantage. Alors il s’agit de tact mais aussi de sacrifice, comme le dit le premier ministre, il s’agit de « l’esprit de consensus et de dépassement ». Car il faudra vaincre le cynisme et la crapulerie des boudeurs, des grincheux, des aigris et des malappris ; gérer les ferveurs et les enthousiasmes des zélés et des m’as-tu-vu de tout crin, contourner et éviter les peaux de bananes des méchants envieux. Donc pas le temps de poser les fesses. La passation des service a déjà lieu. Hier 19 Septembre. Comme on dit au foot, aller au charbon et tout de suite. Car il y a beaucoup à faire depuis que tous les gouvernements qui se sont succédé ne contrôlent plus rien et ont orienté l’intérêt supérieur de la nation dans leur portefeuille. Depuis que le trésor public s’est métamorphosé en gourmandes poches des Gnassingbé, depuis que le nord des finances togolaises est devenu la famille Gnassingbé, dévorées néanmoins sur le trajet par une canaille véreuse connue mais pas sanctionnée. C’est le système.

Les Togolais auront donc besoin d’un gouvernement sympathique, sympathique pas dans sa connotation sentimentale, mais dans sa dénotation compréhensive et dynamique, dans le sens vieilli du mot sympathie. Comprendre les tares accumulées par les autres gouvernements et les gérer dans une volonté progressiste. Une sympathie citoyenne. Sortir de la crise suppose donc aplanir les rugosités égoïstes, aller vers des élections législatives qui ravissent les crédits nationaux et internationaux dont les résultats aiguilleraient la politique, l’économie, l’éducation, la santé, la culture, l’armée vers un progrès civique, démocratique, national, vers le progrès tout court. C’est à cette tâche ardue que doit s’atteler le nouveau premier ministre.

Les Togolais ont surtout besoin d’un gouvernement qui a le regard dans  le panier de la ménagère. Concrètement la flambée des prix sur le marché sans un seul cillement des derniers gouvernements devra être revue proportionnellement à la bourse du Togolais. C’est dire que pendant que le premier ministre devra régler les aspects législatifs et légaux du pays, il devra se pencher et sérieusement sur le vivre du Togolais des villages difficiles d’accès. Car en vérité, celui qui lui sera reconnaissant de son passage à la primature, ce n’est point la famille Gnassingbé, encore moins le copain qu’il aura nommé ministre, mais le paysan d’Akaba,  de Kpatégan qui aura vécu une réelle satisfaction. Car enfin la réussite ou l’échec de la gestion à venir dépendra de lui, de sa clairvoyance ou  de son égarement, de ses maladresses, de ses confusions entre son parti, ses camarades, son ethnie et surtout de son aveuglement à confondre devoir d’un premier ministre et vengeance d’un ancien prisonnier.

   

 

 
 
 
 

 

 
 

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