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20 Sept 2006

Les dessous et les suites du saccage du commissariat de Kara

Justin Hèzu Tiyé

On se rappelle que le lundi 28 août 2006, plus d’un millier de personnes étaient descendus dans les rues à Kara et avaient saccagé le poste de commissariat de la ville à la suite de l’assassinat d’un conducteur de taxi moto. Il avait fallut le renfort des bérets rouges du camp Landja pour imprimer la raison de la peur aux manifestants. Aujourd’hui moins d’un mois après, d’un côté des langues se sont déliées pour expliquer cette curieuse réaction d’une population  considérée toujours comme marchant au pas et de l’autre la police tente de se rendre justice.

Pourquoi les manifestants ont-ils saccagé le commissariat ?
Il se trouve que dans la nuit de samedi 26 août 2006, nuit dans laquelle le conducteur de taxi moto a été assassiné, le gardien de CIB annexe sur la route de l’hôpital, à environ 800 mètres du commissariat, avait abandonné son poste et couru au commissariat alerté la police qu’un conducteur de taxi moto se faisait assassiner. Le gardien aurait retrouvé deux (2) policiers en poste en très galante compagnie. Ayant écouté le gardien de CIB, les deux policiers avaient répondu qu’ils étaient juste deux et ne pouvaient pas aller au secours du conducteur de taxi moto qu’on égorgeait. Le gardien n’avait qu’à revenir le lendemain pour faire une déposition.

Le lendemain lorsque l’assassinat du malheureux zedman s’est avérée, la police n’a rien fait ; elle n’est même pas retournée vers le gardien de CIB pour plus d’information. Elle n’a ouvert aucune enquête.

Au contraire, ce sont les parents de la victime qui se sont lancés à la poursuite de l’assassin voleur et sont parvenus à l’arrêter à Sêmêrê, un village frontalier au Bénin. Les parents avaient deux options : le soumettre à l’épreuve du pneu brûlé autour du cou ou le rendre à la justice. Les parents ont eu confiance dans la justice et ont mis l’assassin dans un taxi pour le conduire au commissariat de la ville de Kara. C’est le taximan ayant conduit le malfrat au commissariat qui a informé les conducteurs des taxis motos. Début des manifestations.

La police avertie quelque temps avant avait revêtu l’assassin de treillis et deux policiers l’ont conduit au camp militaire Landja. Les autres policiers ont couru se réfugier dans l’enceinte de la BCEAO, à quelques pas du commissariat, abandonnant les locaux à la colère des manifestants. Curieusement ce jour-là, le commissaire Douti est arrivé sans sa voiture, ce qu’il n’a jamais fait depuis plus de 5 ans qu’il est à la tête du commissariat. Alors on se pose des questions : était-il au courant de cette manifestation avant qu’elle n’ait vraiment lieu ou comment explique-t-il qu’il soit venu sans sa voiture et que toutes les voitures du commissariat fussent détruites ? Cela personne ne le saura et le commissaire Douti ne dira rien ou dira qu’il n’était au courant de rien du tout.

Aujourd’hui la police a procédé à des arrestations. 18 personnes croupissent en prison sans qu’on ne sache ce qui est reproché à chacun. Les populations de Kara attendent ferment le procès sans savoir exactement quand celui-ci aura lieu. Il est à craindre que ce jour-là, le palais de justice ne soit la cible de l’exacerbation de la colère populaire. Surtout que ce jour-là, à la télévision, le préfet avait eu l’intelligence d’énerver la population en déclarant qu’il s’agissait d’une manifestation politique, c’est-à-dire la manipulation d’un parti politique. Le discours on le connaît assez.

La police a fait aussi le devis de la casse et exige du syndicat des conducteurs de taxi moto les réparations des dommages. Aucun montant n’est avancé mais on chuchote plusieurs dizaines de millions. Il faut rappeler que plusieurs voitures avaient été détruites, des ordinateurs cassés, des lames des persiennes brisées, des bureaux (tables et chaises) cassés… Au syndicat des conducteurs de taxis motos on répond quand la police est partie que c’est la faute à la police. Si les policiers ne s’occupaient pas de leur compagne ce soir-là, ils seraient allés sauver le pauvre Zedman qui s’était fait tué le samedi 26 août.

Il semble que les deux policiers aient été déférés. Mais d’autres bruits circulent que c’était en fait pour apaiser les populations de Kara. C’est dire que le feuilleton du saccage du commissariat réserve encore de surprenants épisodes. Mais à la réalité, c’est toujours l’effectif des gardiens de la paix qui pose problème. Il faudra régler ce problème en y affectant une bonne moitié des militaires togolais. Ce sera déjà quelque chose de fait.

   

 

 
 
 
 

 

 
 

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