|
On se
rappelle que le lundi 28 août 2006, plus d’un
millier de personnes étaient descendus dans les rues
à Kara et avaient saccagé le poste de commissariat
de la ville à la suite de l’assassinat d’un
conducteur de taxi moto. Il avait fallut le renfort
des bérets rouges du camp Landja pour imprimer la
raison de la peur aux manifestants. Aujourd’hui
moins d’un mois après, d’un côté des langues se sont
déliées pour expliquer cette curieuse réaction d’une
population considérée toujours comme marchant au
pas et de l’autre la police tente de se rendre
justice.
Pourquoi les manifestants ont-ils saccagé le
commissariat ?
Il se trouve que dans la nuit de samedi 26 août
2006, nuit dans laquelle le conducteur de taxi moto
a été assassiné, le gardien de CIB annexe sur la
route de l’hôpital, à environ 800 mètres du
commissariat, avait abandonné son poste et couru au
commissariat alerté la police qu’un conducteur de
taxi moto se faisait assassiner. Le gardien aurait
retrouvé deux (2) policiers en poste en très galante
compagnie. Ayant écouté le gardien de CIB, les deux
policiers avaient répondu qu’ils étaient juste deux
et ne pouvaient pas aller au secours du conducteur
de taxi moto qu’on égorgeait. Le gardien n’avait
qu’à revenir le lendemain pour faire une déposition.
Le
lendemain lorsque l’assassinat du malheureux zedman
s’est avérée, la police n’a rien fait ; elle n’est
même pas retournée vers le gardien de CIB pour plus
d’information. Elle n’a ouvert aucune enquête.
Au
contraire, ce sont les parents de la victime qui se
sont lancés à la poursuite de l’assassin voleur et
sont parvenus à l’arrêter à Sêmêrê, un village
frontalier au Bénin. Les parents avaient deux
options : le soumettre à l’épreuve du pneu brûlé
autour du cou ou le rendre à la justice. Les parents
ont eu confiance dans la justice et ont mis
l’assassin dans un taxi pour le conduire au
commissariat de la ville de Kara. C’est le taximan
ayant conduit le malfrat au commissariat qui a
informé les conducteurs des taxis motos. Début des
manifestations.
La police
avertie quelque temps avant avait revêtu l’assassin
de treillis et deux policiers l’ont conduit au camp
militaire Landja. Les autres policiers ont couru se
réfugier dans l’enceinte de la BCEAO, à quelques pas
du commissariat, abandonnant les locaux à la colère
des manifestants. Curieusement ce jour-là, le
commissaire Douti est arrivé sans sa voiture, ce
qu’il n’a jamais fait depuis plus de 5 ans qu’il est
à la tête du commissariat. Alors on se pose des
questions : était-il au courant de cette
manifestation avant qu’elle n’ait vraiment lieu ou
comment explique-t-il qu’il soit venu sans sa
voiture et que toutes les voitures du commissariat
fussent détruites ? Cela personne ne le saura et le
commissaire Douti ne dira rien ou dira qu’il n’était
au courant de rien du tout.
Aujourd’hui la police a procédé à des arrestations.
18 personnes croupissent en prison sans qu’on ne
sache ce qui est reproché à chacun. Les populations
de Kara attendent ferment le procès sans savoir
exactement quand celui-ci aura lieu. Il est à
craindre que ce jour-là, le palais de justice ne
soit la cible de l’exacerbation de la colère
populaire. Surtout que ce jour-là, à
la télévision, le préfet avait eu l’intelligence
d’énerver la population en déclarant qu’il
s’agissait d’une manifestation politique,
c’est-à-dire la manipulation d’un parti politique.
Le discours on le connaît assez.
La police
a fait aussi le devis de la casse et exige du
syndicat des conducteurs de taxi moto les
réparations des dommages. Aucun montant n’est avancé
mais on chuchote plusieurs dizaines de millions. Il
faut rappeler que plusieurs voitures avaient été
détruites, des ordinateurs cassés, des lames des
persiennes brisées, des bureaux (tables et chaises)
cassés… Au syndicat des conducteurs de taxis motos
on répond quand la police est partie que c’est la
faute à la police. Si les policiers ne s’occupaient
pas de leur compagne ce soir-là, ils seraient allés
sauver le pauvre Zedman qui
s’était fait tué le samedi 26 août.
Il semble
que les deux policiers aient été déférés. Mais
d’autres bruits circulent que c’était en fait pour
apaiser les populations de Kara. C’est dire que le
feuilleton du saccage du commissariat réserve encore
de surprenants épisodes. Mais à la réalité, c’est
toujours l’effectif des gardiens de la paix qui pose
problème. Il faudra régler ce problème en y
affectant une bonne moitié des militaires togolais.
Ce sera déjà quelque chose de fait. |