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Elle
n’avait que 15 ans et fréquentait la classe de 5ème
dans un collège à Sokodé. Mais par une grimace du
destin qui a voulu qu’elle connaisse l’homme à cet
âge-là, cette fillette dans l’apogée de la naïveté,
est tombée enceinte. De qui ? On ne le saura pas.
Elle a tenté une intervention volontaire de
grossesse, une IVG qu’on appelle. Mais comment ?
Cela, personne ne le saura non plus. Ce sont les
ravages sur la gamine qui l’ont conduite au centre
de protection maternelle et infantile de SOS de Kara
où elle est arrivée quelques jours plus tôt passer
des vacances chez la seconde épouse de son père. Les
soignants n’ont pas tout de suite localisé la source
des abondants saignements de la fillette et ont
procédé à un curetage de propreté avant de se rendre
compte que les saignements étaient anaux.
Qu’avait-elle bien pu prendre qui provoquât ce
saignement ? Elle ne l’a dit à personne.
Elle a été
tout de suite évacuée au Centre Hospitalier Régional
de Tomdè, connu dans la région sous le nom de
"Hôpital Chinois".
Une ponction abdominale a donné un liquide purulent
et la décision de l’opérer s’est imposée. A
l’opération, la rate de la petite était friable et
son foie était tout jaune. Malheureusement, les
médecins n’ont rien pu faire pour elle. Elle n’a pas
survécu. Elle est morte le 19 juillet. Pauvre
d’elle.
Elle a
emporté tous ses secrets. Quel médicament abortif
a-t-elle pris ? La prise était-elle par voix orale,
vaginale ou anale ? Qui était l’auteur de la
grossesse ? Qui lui a remis ce médicament ? Elle
emporte dans sa tombe, les réponses à toutes les
questions.
C’est vrai
qu’il circule des charlatans peu scrupuleux, passés
experts dans la fabrication de potions
médicamenteuses à base de racines, de sèves et
d’écorces de plantes. Ces potions sont proposées aux
jeunes filles qui avortent clandestinement. Les
désastres sont incalculables : décès, pourrissement
de l’appareil génital donc stérilité, intoxication
et autres dommages psychologiques disproportionnés.
Ces malfaiteurs jouissent d’une impunité incroyable.
En dépit
des multiples campagnes de sensibilisation sur la
pandémie du VIH/SIDA, les jeunes filles continuent
de tomber enceinte sans se soucier des risques
d’infection.
A Kara, la
rivière Kpiyinbowa, à côté du supermarché Marox, sur
la route du CHU Kara, est souvent le lieu ou des
fœtus d’abortion sont jetés. La rivière mérite bien
son surnom de « cimetière des fœtus ». C’est le
quartier général de tous les cochons de Kara qui
semblent se donner rendez-vous pour dévorer les
fœtus jetés quotidiennement dans cette rivière. Les
deux derniers fœtus retrouvés surnageant les eaux de
cette rivière, remontent au 2 juin 2006. Ceux-ci
avaient échappé heureusement à la voracité des
cochons. Le même jour un autre fœtus avait été
retrouvé non loin de l’abattoir. C’est sans tenir
compte des avortements clandestins opérés par des
médecins, assistants et infirmiers à grands frais.
C’est à croire qu’il y a une moyenne élevée
d’avortement à Kara.
Il est
quand même temps que le législateur se penche
véritablement sur la question des interventions de
grossesses. La loi n’intervient que lorsqu’il y a
mort avérée. Elle reste muette sur le principe même
de l’avortement. C’est la situation de « ce n’est
pas permis, ce n’est pas autorisé. »
Le décès
de la gamine de Sokodé, est un décès de trop, un
décès par ignorance, alors que la médecine et la
pharmacie font d’énormes efforts pour améliorer la
santé humaine. On ne peut plus mourir de la sorte
aujourd’hui. Triste fin pour une si courte vie.
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L’année
dernière (2005) les prix des céréales sur les
marchés du Togo avaient atteint un tel sommet que
cette année, les commerçantes ont procédé à des
stockages monstres, espérant se faire des bénéfices
proportionnels. Le bol de maïs en juillet 2005
coûtait 1200F à Kara et 1500 / 1600 à Lomé. Cette
hausse des prix se justifiait par de fortes demandes
des pays voisins, Bénin, Burkina Faso, Ghana et
surtout le Niger qui avait connu une crise de
famine. Les commerçantes qui avaient acheté le bol
de maïs à 250 / 350F le bol en décembre 2004 –
janvier 2005 avaient fait donc d’énormes bénéfices.
De sorte que cette année, elles ont eu accès à des
prêts bancaires pour faire des stocks ou doubles
triples.
Malheureusement, les supputations des commerçantes
ont été déjouées. Comme quoi les années se suivent
mais ne se ressemblent pas. Le prix du maïs cette
année n’a connu une hausse qu’en mars, soit 450F le
bol. Alors que le même bol s’était vendu à 300 /
350F en décembre 2005 – février 2006. Puis le prix
du bol de maïs a chuté. Il se vend aujourd’hui à
250F et se négocie dans les villages même à 200F.
Les commerçantes qui avaient stocké sur le prix de
350F le bol espérant revendre
à 1000F au moins, font des pertes énormes.
Une
commerçante à Kara, dont il faut taire l’identité,
s’est donné la mort. Elle avait stocké deux grands
magasins de maïs, soit un peu plus de deux cents
sacs de 60 bols chacun. Une perte de plus d’un
million, alors qu’elle comptait sur le bénéfice pour
rembourser son crédit à la banque. Elle a préféré se
donner la mort. Cette fin tragique est cruelle.
Cruelles
aussi sont les conditions de vie des paysans.
Actuellement le sac d’engrais NPK de 50Kg se vend à
15000F, alors que le sac de maïs de 40 bols se vend
à 10000F. Pour un sac d’engrais, le paysan devra
vendre 2 sacs de maïs pour engraisser un quart
d’hectare. Sans tenir compte de l’urée. Les paysans
ont comme ils le disent le couteau à la gorge.
En outre
depuis que la SOTOCO, la Société Togolaise de Coton
est mauvaise payeuse, les paysans ont tous les
diables de l’enfer à leur trousse. Déscolarisation
des fils de cotonculteurs, famine des familles
cotoncultrices parce que ne produisant pas des
produits vivriers. Dans certains villages, la SOTOCO
a démarré le payement des arriérés des campagnes de
2004 et 2005, dans la semaine du 10 juillet. En fait
le payement ne concerne que les arriérés des
campagnes de 2004. Et la société ne paie que 30% du
prix de vente du coton de 2004 et elle soustrait
encore, 780 F de taxes non expliquées. « Je ne
comprends rien, ils nous volent », se plaint un
paysan dans un village de Kantè.
En tout
cas, dans la préfecture de Notsè, les cotonculteurs
ont décidé ne plus produire du coton. Ils préfèrent
cultiver du haricot (qui se vend à 800F le bol sur
le marché), le maïs, les arachides, le sorgho, les
tubercules ; en somme ce qui nourrit tout de suite
son homme. Ce sont les résultats d’une gestion
calamiteuse d’un secteur qui avait pour ambition de
lutter contre la pauvreté.
Il faut dire que le gouvernement de Faure Gnassingbé
(via Edem Kodjo), a
privilégié les consommateurs aux détriments des
paysans. A cette allure, avec un ministre de
l’agriculture, plus loquace que pratique, c’est le
sort d’un secteur de la culture d’exportation qui se
scelle et c’est le retour de l’agriculture de
subsistance, la priorisation des besoins primitifs
de l’existence humaine. Déjà que la prévarication,
la cupidité ont mis fin aux jours de l’OPAT (Office
des Produits Agricoles du Togo), avec une chute
considérable des productions du café et du cacao. Il
faut tirer la sonnette d’alarme :
si l’agriculture va mal au Togo, c’est que le
pays est mort. Alors il est temps de songer
à un redressement du secteur. Les beaux discours,
c’est pour la rhétorique, mais l’action, c’est pour
la survie, Professeur Agba Kondi Charles !
En
attendant cette politique a déjà fait une victime.
La pauvre commerçante de Kara. |