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28  juillet 2006

Kara : Cher législateur ouvre les yeux : Il y a des morts comme on n’en veut plus
Justin Hèzu Tiyé

Elle n’avait que 15 ans et fréquentait la classe de 5ème dans un collège à Sokodé. Mais par une grimace  du destin qui a voulu qu’elle connaisse l’homme à cet âge-là, cette fillette dans l’apogée de la naïveté, est tombée enceinte. De qui ? On ne le saura pas. Elle a tenté une intervention volontaire de grossesse, une IVG qu’on appelle. Mais comment ? Cela, personne ne le saura non plus. Ce sont les ravages sur la gamine qui l’ont conduite au centre de protection maternelle et infantile de SOS de Kara où elle est arrivée quelques jours plus tôt passer des vacances chez la seconde épouse de son père. Les soignants n’ont pas tout de suite localisé la source des abondants saignements de la fillette et ont procédé à un curetage de propreté avant de se rendre compte que les saignements étaient anaux. Qu’avait-elle bien pu prendre qui provoquât ce saignement ? Elle ne l’a dit à personne.

Elle a été tout de suite évacuée au Centre Hospitalier Régional de Tomdè, connu dans la région sous le nom de "Hôpital Chinois". Une ponction abdominale a donné un liquide purulent et la décision de l’opérer s’est imposée. A l’opération, la rate de la petite était friable et son foie était tout jaune. Malheureusement, les médecins n’ont rien pu faire pour elle. Elle n’a pas survécu. Elle est morte le 19 juillet. Pauvre d’elle.

Elle a emporté tous ses secrets. Quel médicament abortif a-t-elle pris ? La prise était-elle par voix orale, vaginale ou anale ? Qui était l’auteur de la grossesse ? Qui lui a remis ce médicament ? Elle emporte dans sa tombe, les réponses à toutes les questions.

C’est vrai qu’il circule des charlatans peu scrupuleux, passés experts dans la fabrication de potions médicamenteuses à base de racines, de sèves et d’écorces de plantes. Ces potions sont proposées aux jeunes filles qui avortent clandestinement. Les désastres sont incalculables : décès, pourrissement de l’appareil génital donc stérilité, intoxication et autres dommages psychologiques disproportionnés. Ces malfaiteurs jouissent d’une impunité incroyable.

En dépit des multiples campagnes de sensibilisation sur la pandémie du VIH/SIDA, les jeunes filles continuent de tomber enceinte sans se soucier des risques d’infection.

A Kara, la rivière Kpiyinbowa, à côté du supermarché Marox, sur la route du CHU Kara, est souvent le lieu ou des fœtus d’abortion sont jetés. La rivière mérite bien son surnom de « cimetière des fœtus ». C’est le quartier général de tous les cochons de Kara qui semblent se  donner rendez-vous pour dévorer les fœtus jetés quotidiennement dans cette rivière. Les deux derniers fœtus retrouvés surnageant les eaux de cette rivière, remontent au 2 juin 2006. Ceux-ci avaient échappé heureusement à la voracité des cochons. Le même jour un autre fœtus avait été retrouvé non loin de l’abattoir. C’est sans tenir compte des avortements clandestins opérés par des médecins, assistants et infirmiers à grands frais. C’est à croire qu’il y a une moyenne élevée d’avortement à Kara.  

Il est quand même temps que le législateur se penche véritablement sur la question des interventions de grossesses. La loi n’intervient que lorsqu’il y a mort avérée. Elle reste muette sur le principe même de l’avortement. C’est la situation de « ce n’est pas permis, ce n’est pas autorisé. »

Le décès de la gamine de Sokodé, est un décès de trop, un décès par ignorance, alors que la médecine et la pharmacie font d’énormes efforts pour améliorer la santé humaine. On ne peut plus mourir de la sorte aujourd’hui. Triste fin pour une si courte vie.  

 
Kara : Cher législateur ouvre les yeux : Il y a des morts comme on n’en veut plus

L’année dernière (2005) les prix des céréales sur les marchés du Togo avaient atteint un tel sommet  que cette année, les commerçantes ont procédé à des stockages monstres, espérant se faire des bénéfices proportionnels. Le bol de maïs en juillet 2005 coûtait 1200F à Kara et 1500 / 1600 à Lomé. Cette hausse des prix se justifiait par de fortes demandes des pays voisins, Bénin, Burkina Faso, Ghana et surtout le Niger qui avait connu une crise de famine. Les commerçantes qui avaient acheté le bol de maïs à 250 / 350F le bol en décembre 2004 – janvier 2005 avaient fait donc d’énormes bénéfices. De sorte que cette année, elles ont eu accès à des prêts bancaires pour faire des stocks ou doubles triples.

Malheureusement, les supputations des commerçantes ont été déjouées. Comme quoi les années se suivent mais ne se ressemblent pas. Le prix du maïs cette année n’a connu une hausse qu’en mars, soit 450F le bol. Alors que le même bol s’était vendu à 300 / 350F en décembre 2005 – février 2006. Puis le prix du bol de maïs a chuté. Il se vend aujourd’hui à 250F et se négocie dans les villages même à 200F. Les commerçantes qui avaient stocké sur le prix de 350F le bol espérant revendre à 1000F au moins, font des pertes énormes.

Une commerçante à Kara, dont il faut taire l’identité, s’est donné la mort. Elle avait stocké deux grands magasins de maïs, soit un peu plus de deux cents sacs de 60 bols chacun. Une perte de plus d’un million, alors qu’elle comptait sur le bénéfice pour rembourser son crédit à la banque. Elle a préféré se donner la mort. Cette fin tragique est cruelle.

Cruelles aussi sont les conditions de vie des paysans. Actuellement le sac d’engrais NPK de 50Kg se vend à 15000F, alors que le sac de maïs de 40 bols se vend à 10000F. Pour un sac d’engrais, le paysan devra vendre 2 sacs de maïs pour engraisser un quart d’hectare. Sans tenir compte de l’urée. Les paysans ont comme ils le disent le couteau à la gorge.

En outre depuis que la SOTOCO, la Société Togolaise de Coton est mauvaise payeuse, les paysans ont tous les diables de l’enfer à leur trousse. Déscolarisation des fils de cotonculteurs, famine des familles cotoncultrices parce que ne produisant pas des produits vivriers. Dans certains villages, la SOTOCO a démarré le payement des arriérés des campagnes de 2004 et 2005, dans la semaine du 10 juillet. En fait le payement ne concerne que les arriérés des campagnes de 2004. Et la société ne paie que 30% du prix de vente du coton de 2004 et elle soustrait encore, 780 F de taxes non expliquées. « Je ne comprends rien, ils nous volent », se plaint un paysan dans un  village de Kantè.

En tout cas, dans la préfecture de Notsè, les cotonculteurs ont décidé ne plus produire du coton. Ils préfèrent cultiver du haricot (qui se vend à 800F le bol sur le marché), le maïs, les arachides, le sorgho, les tubercules ; en somme ce qui nourrit tout de suite son homme. Ce sont les résultats d’une gestion calamiteuse d’un secteur qui avait pour ambition de lutter contre la pauvreté.

Il faut dire que le gouvernement de Faure Gnassingbé
(via Edem Kodjo), a privilégié les consommateurs aux détriments des paysans. A cette allure, avec un ministre de l’agriculture, plus loquace que pratique, c’est le sort d’un secteur de la culture d’exportation qui se scelle et c’est le retour de l’agriculture de subsistance, la priorisation des besoins primitifs de l’existence humaine. Déjà que la prévarication, la cupidité ont mis fin aux jours de l’OPAT (Office des Produits Agricoles du Togo), avec une chute considérable des productions du café et du cacao. Il faut tirer la sonnette d’alarme : si l’agriculture va mal au Togo, c’est que le pays est mort. Alors il est temps de songer à un redressement du secteur. Les beaux discours, c’est pour la rhétorique, mais l’action, c’est pour la survie, Professeur Agba Kondi Charles !

En attendant cette politique a déjà fait une victime. La pauvre commerçante de Kara.  

   

 

 

 
 
 
 

 

 
 

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