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Même décor ou
presque : le palais des congrès moins les imposants
apatams qu’on voit les 13 janvier. Mêmes acteurs, ou
presque : le public scolaire, les étudiants, les
apprenties coiffeuses et couturières, les groupes
constitués, les femmes des militaires, les militaires,
les anciens combattants, les catégories
professionnelles, les groupes tribaux, les groupes
folkloriques, tous en moins nombreux. Mêmes spectateurs,
ou presque : le préfet et sa suite, les officiers, les
autorités administratives, traditionnelles et
religieuses. Et le public des lèche-vitrines, des
revendeuses de yaourt, de jus, de tchouc, la boisson
locale. En moins nombreux. Pas la foule connue les
jours de 13 janvier ou lorsqu’on accueille un président,
ou aux dernières obsèques d’Eyadema. C’était la fête du
27 avril, la fête de l’indépendance. Et point barre. Une
fête sans intérêt.
Commencé
autour de 8 heures 30, on a vite fait de boucler tout ça
en moins d’une heure : défilé militaire, civile, passage
de groupes folkloriques. Déjà vers 9 heures tout était
fini. Les boutiques se sont réouvertes. Les autorités
s’étaient retirées. Restaient le public scolaire, les
motards qui se livraient à un jeu dangereux d’acrobatie,
rivalisant de prouesses. Dans cette extravagance un
jeune motard, sur ces motos qu’on appelle « Doubaï » a
heurté violemment une autre moto « sagacité ». Tous les
deux se sont retrouvés au CHU.
En fait
pourquoi un tel désintérêt ? Le RPT avait habitué les
populations de Kara à des manifestations, disons,
payantes. De l’argent était donné aux chefs de quartiers
pour organiser des soirées de beuverie et de
boustifaille. Le chef de quartier mettait la main dans
l’argent, mais organisait quelque chose quand même.
Certaines fois, l’argent était distribué directement à
ceux qui ont défilé. Mais cette fois-ci, rien, que
dalle. On se passe maintenant le mot à Kara : Faure est
un pingre. Il ne donne pas. Entendez, comme feu son
père. Comme il n’y a pas de l’argent, les populations à
Kara ne sont plus « motivées ». On allait dans les
villages de Landa, de Lassa-Bas, Lassa-Haut, Soumdina,
Tcharè, Kouméa, transporter par camions entiers, de
pauvres paysans pour faire foule. Cette fois-ci, le
préfet ne s’est pas gêné. Ce qui explique la maigre
foule qui a pris part aux manifestations du 27 avril, et
l’absence de réjouissance dans les quartiers le soir.
L’effort que
la préfecture a consenti, c’est qu’elle a réservé une
dizaine de pots de tchouc, la boisson locale faite à
base de sorgho, dans le hall du palais. Les militaires,
les gardiens de la sécurité du territoire, les plus
musclés des badauds en ont fait un butin de guerre et
les plus faible ont été exclus.
La veille la
retraite au flambeau était tout aussi chétive. Il faut
dire que la génération des 25 – 30 ans, n’a pas connu la
fête de l’indépendance. C’est plutôt la génération 13
janvier, génération Hip-hop, génération Couper
Décaler, la
musique ivoirienne en vogue dans
les night-clubs actuellement. On aurait organisé un
flonflon en lieu et place de la retraite au flambeau
qu’on aurait connu une affluence monstre. C’est donc
évident que cette première célébration du 27 avril 2006
n’a pas connu une grande audience. Surtout qu’on n’a pas
pris soin de faire une sensibilisation pour expliquer
pourquoi la fête de l’indépendance devait être célébrée
avec faste et ferveur. Pour une fois, trente ans après,
ce n’est quand même pas rien. Les années à venir,
connaîtront certainement une plus grande implication de
la population, pourvu qu’on explique le sens de
l’indépendance. |