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28 avril 2006

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Le 27 avril à Kara : vite fait et bien bâclée
Justin Hèzu Tiyé

Même décor ou presque : le palais des congrès moins les imposants apatams qu’on voit les 13 janvier. Mêmes acteurs, ou presque : le public scolaire, les étudiants, les apprenties coiffeuses et couturières, les groupes constitués, les femmes des militaires, les militaires, les anciens combattants, les catégories professionnelles, les groupes tribaux, les groupes folkloriques, tous en moins nombreux. Mêmes spectateurs, ou  presque : le préfet et sa suite, les officiers, les autorités administratives, traditionnelles et religieuses. Et le public des lèche-vitrines, des revendeuses de yaourt, de jus, de tchouc, la boisson locale. En moins nombreux.  Pas la foule connue les jours de 13 janvier ou lorsqu’on accueille un président, ou aux dernières obsèques d’Eyadema. C’était la fête du 27 avril, la fête de l’indépendance. Et point barre. Une fête sans intérêt.

Commencé autour de 8 heures 30, on a vite fait de boucler tout ça en moins d’une heure : défilé militaire, civile, passage de groupes folkloriques. Déjà vers 9 heures tout était fini. Les boutiques se sont réouvertes. Les autorités s’étaient retirées. Restaient le public scolaire, les motards qui se livraient à un jeu dangereux d’acrobatie, rivalisant de prouesses. Dans cette extravagance un jeune motard, sur ces motos qu’on appelle « Doubaï » a heurté violemment une autre moto « sagacité ». Tous les deux se sont retrouvés  au CHU.

En fait pourquoi un tel désintérêt ? Le RPT avait habitué les populations de Kara à des manifestations, disons, payantes. De l’argent était donné aux chefs de quartiers pour organiser des soirées de beuverie et de boustifaille. Le chef de quartier mettait la main dans l’argent, mais organisait quelque chose quand même. Certaines fois, l’argent était distribué directement à ceux qui ont défilé. Mais cette fois-ci, rien, que dalle. On se passe maintenant le mot à Kara : Faure est un pingre. Il ne donne pas. Entendez, comme feu son père. Comme il n’y a pas de l’argent, les populations à Kara ne sont plus « motivées ». On allait dans les villages de Landa, de Lassa-Bas, Lassa-Haut, Soumdina, Tcharè, Kouméa, transporter par camions entiers, de pauvres paysans pour faire foule. Cette fois-ci, le préfet ne s’est pas gêné. Ce qui explique la maigre foule qui a pris part aux manifestations du 27 avril, et l’absence de réjouissance dans les quartiers le soir.

L’effort que la préfecture a consenti, c’est qu’elle a réservé une dizaine de pots de tchouc, la boisson locale faite à base de sorgho, dans le hall du palais. Les militaires, les gardiens de la sécurité du territoire, les plus musclés des badauds en ont fait un butin de guerre et les plus faible ont été exclus.

La veille la retraite au flambeau était tout aussi chétive. Il faut dire que la génération des 25 – 30 ans, n’a pas connu la fête de l’indépendance. C’est plutôt la génération 13 janvier, génération Hip-hop, génération Couper Décaler, la musique ivoirienne en vogue dans les night-clubs actuellement. On aurait organisé un flonflon en lieu et place de la retraite au flambeau qu’on aurait connu une affluence monstre. C’est donc évident que cette première célébration du 27 avril 2006 n’a pas connu une grande audience. Surtout qu’on n’a pas pris soin de faire une sensibilisation pour expliquer pourquoi la fête de l’indépendance devait être célébrée avec faste et ferveur. Pour une fois, trente ans après, ce n’est quand même pas rien. Les années à venir, connaîtront certainement une plus grande implication de la population, pourvu qu’on explique le sens de l’indépendance.

 
 
 
 

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