|
A vos lèvres !
Prêts ? Dialoguez ! Non ! Non ! Faux départ. On
recommence. A vos humeurs ! Prêts ? Dialoguez ! Ce n’est
pas croyable ! Qu’est-ce que vous pouvez être trop, trop
farces ! Recommencez ! Depuis l’âge des ramollissements,
des ramonages des consciences, du redressement des
jugements ; depuis la bourrasque de l’est qui en vain
tente de renverser l’ordre ancien, depuis, Etienne,
depuis Eyadema, depuis Faure, on dialogue, on dialogue
et on dialogue. Nationalité : dialogueur. De
commencement en recommencement, de piétinements en
trépignements, d’harassements en abêtissements, on en
est encore là à affiner nos lèvres pour dire cent fois
ce qui a été dit, pour remâcher, ruminer et remastiquer
que les Togolais ont besoin de vivre en paix sans pets
de canons, ensemble cordialement sans qu’on n’ait
recours aux cordes pour prendre et pendre ceux qui ne
marquent pas le pas, ceux qui ont des idées torrides aux
effluves révolutionnaires, de vivre dans la justice
sans artifice, que la liberté est vérité, que la vérité
est le souffle et que le souffle est la vie.
Ainsi donc au
commencement était le dialogue. Et rien n’a été fait
avec le dialogue. Quoi de plus normal qu’on soit
toujours à ouvrir des conciliabules stériles. A l’instar
de celui qui s’est ouvert le vendredi 21 avril 2006 à
Lomé. En fait d’ouverture, il s’agit de réouverture.
Depuis que l’UE a flanqué un pensum de bonne gouvernance
au gouvernement de Koffi Sama, pensum en vingt-deux
engagements, les Togolais ne vivent et ne jurent que par
ces engagements. L’élixir, la panacée obtenue de haute
lutte, de mortelles chutes a installé les Togolais dans
la culture de la médiocrité politique et dans
l’abâtardissement d’une espérance sublime. Comme si
l’exécution à la lettre, et à l’esprit, des vingt-deux
engagements garantissait une survivance philosophale à
tous les Togolais. Alors on est allé de préalables en
préalables lesquels nécessitaient d’autres préalables
qui exigeaient des préalables encore plus préalables que
les premiers. Et ainsi de suite.
On était
encore aux guerres de préalables et de médiateurs
lorsque le maestro de tout ce chambardement national a
fait la nique à tout le monde en prenant son envol, son
vol non retour pour l’éternité le 5 février 2005. Le
fils qui lui a succédé a requinqué et géré avec
parcimonie cette pagaille, la fructifiant, la rendant
plus rentable que jamais, corsant au passage la question
successorale au Togo et des fraudes électorales. Prince
héritier et mal élu, Faure Gnassingbé n’a pas facilité
l'embrouillamini sociopolitique au Togo et mettant tout
le peuple togolais et la communauté internationale en
capilotade.
Un an après,
on a remis toute cette infecte ratatouille sur une
table, et des tables, les Togolais en ont vu bien
d’autres, des en forme d’arêtes de Colmar, des table en
forme de cornes de taureaux burkinabé. Il s’était même
agi en février 2006 de transbahuter cette parlerie au
pays des hommes intègres. Il en a été autrement.
Seulement cette fois ci, il semble que ça va être
sérieux. Tous sont là. Les prudes et les dévergondés,
les m’as-tu-vu et les aventuriers, les revanchards
légitimes et les rêveurs, les vrais et faux opposants,
les opposants du crue et les opposants falsifiés. Le RPT,
le CAR, la CDPA, l’UFC, le PDR, la CPP, et deux
associations de la société civile le GF2D et le REFAMPT.
Pour quinze jours. Tout le monde semble avoir une grosse
fâcherie au point qu’il est légitime de se demander de
quoi va-t-on parler. Des vingt-deux engagements ? Des
législatives à venir qui n’en finissent pas de ne pas
venir ? De la réforme de l’armée ? Est-ce qu’on parlera
du panier de la ménagère qui se ratatine, se rapetisse,
se racornit et s’aplatit aplatissant le vendre du
togolais ordinaire ? De l’inflation sauvage de tous les
produits de première nécessité ? De la déliquescence de
l’autorité et de l’absence patente de l’Etat, d’un Etat
au Togo ? Des tueries des dernières élections et de ces
milliers de réfugiés ? Dira-t-on à Faure que sa
présidence est une imposture et lui demandera-t-on de
bien vouloir gentiment et candidement céder le pouvoir à
un opposant, à Gilchrist par exemple, ou à Agboyibor
pour que recommence la chamaillerie, la vilaine
guéguerre dont cette classe politique incapable et
mesquine nous a tant habitué ?
En fait il y a
plus urgent : la reconstruction du tissu social, le
colmatage des brèches, des lézardes dans le corps
social, l’apaisement des mentalités levées et
surélevées. Il y a plus urgent : l’avenir du pays.
The question? Quel Togo
veut-on demain pour les Togolais et non qui sera le
président du Togo en l’an 2050 ? That is my
question. Quel développement
éducationnel, sanitaire, économique, social, culturel
faut-il atteindre en l’an 2050 pour que la ‘’relève de
demain’’ (sic) longtemps piétinée, n’ait plus à
avoir honte de la terre de nos aïeux. Cela est un
impératif et c’est la prééminence d’un peuple qui se
veut sérieux.
Le reste,
stagnant dans des idéologies démocratiques
abracadabrantes, dans des projets régressifs et
farfelus de société à la taille de la revanche du faquin
président du parti bidule farce, le reste bien entendu
et bien sûr, n’est qu’égoïsme morbide. Et lorsqu’on
s’accrochera à des vanités pathologiques, tout président
fera de ses humeurs des projets de société, de ces
courroux des lois républicaines et de ses copains, des
ministres. Il faut un objectif commun à atteindre et
tout président, qu’il soit opposant ou autre, mobilisera
les énergies pour cet objectif. Il est temps que l’on
donne à ce pays la chance d’une grande et mémorable
floribondité. On nous a débarqué la démocratie dans les
biceps et les entrailles comme une gigolette dans un
fortin de soldats en manque depuis un siège d’un siècle
et en rut, la meute a rué sur la pauvrette pendant que
les autres nations se développent. La démocratie dans sa
forme physique est une distraction pour les pays
africains, l’essentiel et l’utile est ailleurs : dans un
contrat commun d’un progrès au pluriel. J’ai parlé.
Nous apprenons que le Dialogue national a adopté
un ordre du jour hier qui s'articule autour de 12
points: |