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« Alors l’une
de ses soeurs, appelée Ellen Johnson Sirleaf, alla vers
les Américains et dit : Que voulez-vous me donner, et je
vous le livrerai ? Et ils lui promirent la
reconstruction du Libéria ». Et à peine deux semaines
plus tard elle leur disait, présentant son frère
menottes aux poings, «Ecce homo ». Et cet «ecce homo»
n’est autre que Charles Ghankay Dahkpannah Taylor.
Né d’un père Noir américain
et d’une mère libérienne un 28 janvier 1948 à Arthington, au Libéria. Diplômé
d'économie du Bentley College, dans le Massachusetts «Superglue»,
ainsi que le surnommaient ses collègues, parce que ses
mains retiennent une grande partie de l’argent qui y passe, est accusé en 1983
par Samuel Doe d’avoir détourné 900 000 dollars.
Son périple le conduit aux
Etats-Unis, en Côte d’Ivoire, en Libye et au Burkina
Faso. Et partout « Superglue » a tissé de solides
amitiés dont celle de Foday Sankoh, le sanguinaire de la
Sierra Léone, Kadhafi et Blaise Compaoré, engrangé
dollars après dollars, s’armant et recrutant à tour de
bras.
La nuit de Noël de 1989, Charles Taylor lance
l’une des plus atroces guerres civiles africaines qui va
durer 14 ans. 14 ans d’une barbarie inhumaine avec une
sinistre constellation de sept factions rebelles et à
l’inventaire, plus de 300 000 morts, des centaines de
milliers de réfugiés et autant de mutilés. Qui oubliera
le visage enthousiaste de Prince Johnson, ancien
lieutenant de Charles Taylor entré en dissidence,
contemplant la loque ensanglantée de Samuel Doe. En 1997
« Superglu » se fait élire président par les Libériens.
Mais pas pour longtemps car la rébellion des Libériens
unis pour la réconciliation et la démocratie (Lurd),
lance une offensive à partir du nord. Après le siège de
la capitale Monrovia trois mois durant, (juin – août
2003), Charles Taylor finit par accepter un exil doré à
Calabar dans le Sud-est du Nigeria.
C’était derrière
des remparts de garantie, garanties concédées par les
représentants des Nations unies, de l’Union africaine et
du Groupe de contact
international pour le Liberia (ICGL) auquel les
Américains prenaient part et sous l’œil médiateur du
général Abdulsalami Abubakar et de Mohamed Ibn Chambas,
secrétaire exécutif de la Communauté économique des État
de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao)
que Charles Taylor avait
pris le chemin de Calabar où il a vécu dans le giron de
Olusegun Obasanjo.
Avait-on menti
à Charles Taylor ? Aujourd’hui, la capture de « Superglu »
après une tentative de fuite rocambolesque et son
incarcération au Tribunal Spécial de Sierra Léone (TSSL)
le 29 mars établit la thèse du mensonge et du parjure
des signataires des garanties de juin 2003. Entre temps,
après une transition sanctionnée par des élections fin
2005 qui ont opposé l’ancien footballeur George Wéya à
Ellen Johnson-Sirleaf, victoire de celle-ci au détriment
de celui-là. Dès cet instant l’exil bunker de Charles
Taylor est devenu simple clôture de paille, Olusegun
Obasanjo lui-même du bouclier qu’il était est devenu le
glaive sous la pression des Américains. Ellen
Johnson-Sirleaf et Olusegun Obasanjo sont tour à tour
accueillis par George W Bush. Le destin de « Superglu »
se ficelle lorsque la première femme présidente de
l’Afrique reconnaît que la question Taylor empêche le
démarrage de la reconstruction du Libéria, un Libéria
sans eau, sans électricité, aux bâtiments spectraux,
souvenir des années noires. Chantage américain ou
négociation, il est devenu évident que l’équation
« livrer Charles Taylor égale démarrer la reconstruction
du Libéria reste le pont aux ânes. Chantage ou
négociation, il s’agit d’une entente avunculaire, entre
l’oncle Sam et le neveu libérien.
Si Charles
Taylor doit répondre de ses crimes, il est aujourd’hui
l’agneau qu’il faut immoler pour développer le Libéria.
Qui ne se souvient pas de cet aphorisme du philosophe
Friedrich NITZSCHE : « Le bien le meilleur et le plus
haut qui puisse échoir à l’humanité, elle ne l’obtient
que par un crime dont elle doit assumer les
conséquences ».
L’extradition
terminée, se pose la question du où le procès. Tout de
suite on songe à délocaliser, terme tellement à la mode
aujourd’hui que même un député français, Jean Lassalle,
s’est mis en grève de 29 jours pour empêcher la
délocalisation dans les Hautes-Pyrénées de l’usine …
bref on va transporter la palabre de Taylor, l’égorgeur,
Taylor le mutileur au tribunal à la Hayes. Deux raisons
majeurs commandent dit-on cette délocalisation. Primo on
s’inquiète que le procès de Taylor en terre sierra
léonaise ne nuise à la paix embryonnaire au Libéria.
Deuxio le TSSL en 2007 sera à court de budget et mettra
certainement fin à ses procédures.
Seule
certitude Charles Taylor n’échappera pas à la justice.
Il devra répondre des onze chefs d’inculpation dont
celui imprescriptible de crimes de guerre et de crimes
contre l’humanité. La principale accusation porte sur
son mécénat de la guerre en Sierra Léone avec le
sanguinaire Foday Sankoh du RUF. Toutefois l’extradition
de l’ancien caïd du Libéria au cynique bréviaire qui se
résume par ces trois mots : « s’enrichir, tuer,
régner », devenu aujourd’hui paria, son extradition
regorge de nombreuses inconnues dédaléennes.
Qui avait
fait évader Charles Taylor de la prison américaine ?
Comment est-il parvenu à monter l’une des plus terrible
rébellion puissamment armée dépit lois internationales
et des verrous des services secrets ? Le moment était-il
indiqué pour « livrer » Taylor à la justice sachant que
tôt ou tard, la justice finira par le rattraper ? Quels
sont les réels pouvoirs de la présidente libérienne,
chef d’Etat ou marionnette ?
D’autres dictateurs ne
préféreront-ils pas mourir accrochés au trône, advienne
que pourra, que d’accepter des compromis avec la
communauté internationale, sachant pourtant que « Celui
qui trouve la joie dans le massacre / Ne réussira pas
dans son ambition de gouverner le monde » (Lao-Tseu) ?
Pourquoi la présidente du Libéria ne peut pas prioriser
les objectifs de développement indépendamment de la
question Charles Taylor ? Pourquoi les nouveaux
présidents ne songent pas en premier à un développement
authentique des citoyens, et ne se décarcassent que pour
les procès de leurs prédécesseurs ? Tout ceci frise la
revanche, un revanchisme désuet.
Pour Ellen
Johnson-Sirleaf, le péril Taylor est désormais écarté.
Les égarements, les dérèglements d’un pouvoir
autocratique fondé sur les armes, sur les massacres de
civiles ayant franchi les sommets de l’horreur et de
l’inénarrable, la gloire bâtie sur du sang appartiennent
à l’histoire même si la cicatrice reste grande ouverte.
Celui qui a toujours eu son éclat de carats aura son
honneur de cafards dans sa cellule du TSSL. Il est
pourtant trop tôt pour Ellen Johnson-Sirleaf de chanter
victoire pour les écluses des fonds internationaux qui
vont s’ouvrir pour elle. Il est des lunes de miel qui
ont la réalité d’un rêve et Judas s’était pendu après sa
trahison. A quand va durer la lune de miel entre
Monrovia et Washington ? Il ne faut surtout pas oublier
que outre l’amant de Londres, sous la fenêtre nuptiale,
se branle, se masturbe éhontément la France.
Charles Taylor peut s’estimer floué. |