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Bar Nopégali,
bar Novici, bar Dégnygban, bar Equilibre, bar de la
Caisse, bar de la GTA, ça coule, bar la Détente, bar de
l’hôtel le Sahélien, … il y a apparemment au Togo plus
de bars que d’écoles. Et d’églises bien sûr. Mais il ne
s’agit pas des cartes de tous ses bars. Tous proposent
indifféremment de la bière, Castel, Guinness, Lager, Eku
Bavaria, Pils, Awoyoo, Flag ; des sucreries, Fanta, Coca
Cola, Cocktail, Sprite, Pamplemousse, Tonic, Swepss,
Malta, Sport Actif. D’autres proposent des liqueurs. Ce
n’est pas non plus de cela qu’il s’agit. Mais de
celles-là qui servent dans ces gargotes, qui n’ont rien
à voir avec les étoiles : les barmaids.
Faisons un
tour si ça vous chante. Vous êtes assis dans un bar, la
soif d’une bière fraîche vous brûle la gorge. Vous hélez
la barmaid qui selon l’heure de la journée, son humeur,
selon la rigueur du gérant et surtout selon son
éducation, accourt ou traîne, avec une mine de
déterrée. Vous passez votre consommation. Selon les
mêmes critères, la bière arrivera tôt ou arrivera tard.
Qu’importe ! Vous avez votre bière et après un premier
verre sifflé à la hâte, de vos yeux dessillés, vous
balayez les endroits. Des clients, certains assoiffés,
d’autres poivrots sont assis selon la géométrie des
lieux. C’est là que vous entendrez quelqu’un appeler une
« servante, apporte une bière, Vite ! ». Ne tiquez pas.
Avouez que de « serveuse à servante », toutes les deux
servent et parfois serrent aussi dans leur bras. Bon !
Les clients
les plus polis appellent « mademoiselle, une bière ».
Jusque-là, ce n’est pas entorse aux bonnes mœurs. Il y
en a qui sont plus hardis. Pochards ou pas s’aventurent
plus loin. Vous en verrez qui pétrissent littéralement
le derrière ou la poitrine de ces barmaids. La serveuse
peut se rebiffer si l’impertinent n’est pas un des amis
du gérant ou du patron. Ne vous méprenez surtout pas :
le gérant n’est pas un maquereau. C’est qu’à la moindre
plainte d’un client, la serveuse, le soir même se verra
notifié son renvoi. Alors il faut être cool, hyper cool
avec les clients. Souriante et sévère, séduisante et
distante, accueillante et repoussante. Cela relève
parfois d’une marche sur un fil tendu. Vous en verrez qui soulèvent carrément la jupe de la serveuse et y
plonger la main et elle, partir en courant, se fendre
d’un grand rire sans s’énerver du tout. Elle ne veut
surtout pas perdre son « emploi ». Il y en a aussi qui
demandent vertement « quel jour on va baiser ? » sans se
soucier de la présence des autres clients autour.
En fait
d’emploi, c’est un emploi parce que rémunéré. Il n’y a
aucune tarification sur les « salaires » de ces filles.
La rémunération va de 7 000 F dans les bars à 20 000
dans les hôtels. Certains hôtels déclarent ces serveuses
à la Caisse et les cotisations sont faites à partir des
20 000F. A prendre ou à laisser. Et elles prennent
toujours.
La grande
majorité de ces filles est composée de celles qu’une
grossesse a court-circuitée sur les bancs des classes et
le mec responsable de tout ce drame n’est pas du tout
responsable puisqu’il n’a pas pris la femme et l’enfant
et que la femme et l’enfant habitent encore chez ses
parents ou ont pris une pièce quelque part. Donc des
filles mères. Il y en a aussi qui après trois ans
d’apprentissage dans la coiffure ou la couture, n’ont
aucun fonds d’installation. Elles écument les bars, se
cotisant âprement sous après sous. Mais comme elles
doivent s’entretenir, paraître chaque jour plus belles,
ces sous passent dans la toilette et au bout de 10 ans,
alors qu’elles ont déjà oublié ce qu’elles ont appris,
elles sont encore et toujours là barmaid. Pour obtenir
un crédit dans une coopérative d’épargne il faut s’être
cotisé dans cette coopérative d’abord à concurrence d’un
montant prédéterminé.
Ce n’est donc pas par là qu’elles
passeront. Ce sont aussi les filles de l’exode rural qui
échouent en ville comme ça, sans attache et au petit
bonheur la chance, trouvent une guinguette où servir.
Tout ce public féminin des bars est souvent la proie des
prédateurs sexuels, des délinquants séniles. Elles
travaillent jusqu’au-delà de 2 heures du matin, TU,
éreintées, elles trouvent le temps d’une passe dans une
chambre d’hôtel parce que le monsieur qui le lui a
demandé avec insistance, a laissé un gros pourboire.
Alors il ne faut pas fâcher le monsieur. Une rencontre
d’un soir, rien qu’un soir tous les deux finissent dans
un lit. Demain ce sera un autre monsieur avec qui elle
finira dans un autre lit, qui sait, peut-être dans le
même lit du même hôtel. Elles finissent bien sûr après
trois bars, filles de joie. Vous en trouverez qui
travaillent sept jours sur sept, sans repos, de 9 heures
à 1 ou 2 heures.
Les plus fortunées jouissent d’un jour
entier de repos. Qu’à cela ne tiennent ! Elles sont plus
à plaindre qu’à séduire.
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