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27 mars 2006

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Chronique : Profession, barmaid
Justin Hèzu Tiyé

Bar Nopégali, bar Novici, bar Dégnygban, bar Equilibre, bar de la Caisse, bar de la GTA, ça coule, bar la Détente, bar de l’hôtel le Sahélien, … il y a apparemment au Togo plus de bars que d’écoles. Et d’églises bien sûr. Mais il ne s’agit pas des cartes de tous ses bars. Tous proposent indifféremment de la bière, Castel, Guinness, Lager, Eku Bavaria, Pils, Awoyoo, Flag ; des sucreries, Fanta, Coca Cola, Cocktail, Sprite, Pamplemousse, Tonic, Swepss, Malta, Sport Actif. D’autres proposent des liqueurs. Ce n’est pas non plus de cela qu’il s’agit. Mais de celles-là qui servent dans ces gargotes, qui n’ont rien à voir avec les étoiles : les barmaids.

Faisons un tour si ça vous chante. Vous êtes assis dans un bar, la soif d’une bière fraîche vous brûle la gorge. Vous hélez la barmaid qui selon l’heure de la journée, son humeur, selon la rigueur du gérant et surtout selon son éducation, accourt ou  traîne, avec une mine de déterrée. Vous passez votre consommation. Selon les mêmes critères, la bière arrivera tôt ou arrivera tard. Qu’importe ! Vous avez votre bière et après un premier verre sifflé à la hâte, de vos yeux dessillés, vous balayez  les endroits. Des clients, certains assoiffés, d’autres poivrots sont assis selon la géométrie des lieux. C’est là que vous entendrez quelqu’un appeler une « servante, apporte une bière, Vite ! ». Ne tiquez pas. Avouez que de « serveuse à servante », toutes les deux servent et parfois serrent aussi dans leur bras. Bon ! 

Les clients les plus polis appellent « mademoiselle, une bière ». Jusque-là, ce n’est pas entorse aux bonnes mœurs. Il y en a qui sont plus hardis. Pochards ou pas s’aventurent plus loin. Vous en verrez qui pétrissent littéralement le derrière ou la poitrine de ces barmaids. La serveuse peut se rebiffer si l’impertinent n’est pas un des amis du gérant ou du patron. Ne vous méprenez surtout pas : le gérant n’est pas un maquereau. C’est qu’à la moindre plainte d’un client, la serveuse, le soir même se verra notifié son renvoi. Alors il faut être cool, hyper cool avec les clients. Souriante et sévère, séduisante et distante, accueillante et repoussante. Cela relève parfois d’une marche sur un fil tendu. Vous en verrez qui soulèvent carrément la jupe de la serveuse et y plonger la main et elle, partir en courant, se fendre d’un grand rire sans s’énerver du tout. Elle ne veut surtout pas perdre son « emploi ». Il y en a aussi qui demandent vertement « quel jour on va baiser ? » sans se soucier de la présence des autres clients autour.

En fait d’emploi, c’est un emploi parce que rémunéré. Il n’y a aucune tarification sur les « salaires » de ces filles. La rémunération va de 7 000 F dans les bars à 20 000  dans les hôtels. Certains hôtels déclarent ces serveuses à la Caisse et les cotisations sont faites à partir des 20 000F. A prendre ou à laisser. Et elles prennent toujours.

La grande majorité de ces filles est composée de celles qu’une grossesse a court-circuitée sur les bancs des classes et le mec responsable de tout ce drame n’est pas du tout responsable puisqu’il n’a pas pris la femme et l’enfant et que la femme et l’enfant habitent encore chez ses parents ou ont pris une pièce quelque part. Donc des filles mères. Il y en a aussi qui après trois ans d’apprentissage dans la coiffure ou la couture, n’ont aucun fonds d’installation. Elles écument les bars, se cotisant âprement sous après sous. Mais comme elles doivent s’entretenir, paraître chaque jour plus belles, ces sous passent dans la toilette et au bout de 10 ans, alors qu’elles ont déjà oublié ce qu’elles ont appris, elles sont encore et toujours là barmaid. Pour obtenir un crédit dans une coopérative d’épargne il faut s’être cotisé dans cette coopérative d’abord à concurrence d’un montant prédéterminé.

Ce n’est donc pas par là qu’elles passeront. Ce sont aussi les filles de l’exode rural qui échouent en ville comme ça, sans attache et au petit bonheur la chance, trouvent une guinguette où servir.

Tout ce public féminin des bars est souvent la proie des prédateurs sexuels, des délinquants séniles. Elles travaillent jusqu’au-delà de 2 heures du matin, TU, éreintées, elles trouvent le temps d’une passe dans une chambre d’hôtel parce que le monsieur qui le lui a demandé avec insistance, a laissé un gros pourboire. Alors il ne faut pas fâcher le monsieur. Une rencontre d’un soir, rien qu’un soir tous les deux finissent dans un lit. Demain ce sera un autre monsieur avec qui elle finira dans un autre lit, qui sait, peut-être dans le même lit du même hôtel. Elles finissent bien sûr après trois bars, filles de joie. Vous en trouverez qui travaillent sept jours sur sept, sans repos, de 9 heures à 1 ou 2 heures.

Les plus fortunées jouissent d’un jour entier de repos. Qu’à cela ne tiennent ! Elles sont plus à plaindre qu’à séduire.

 

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