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On n’a pas
besoin de sortir de la Sorbonne, de Harvard, d’Oxford ou
de Combray pour savoir que les étincelles produisent les
grands incendies. Pour combien de motifs insignifiants,
pour combien de broutilles, de vétilles les hommes ne se
sont-ils pas fait la guerre. Des causes qui tiennent
parfois à rien, des riens qui en temps et heure sereins
auraient pu être réglés autour d’une tasse de thé ou
d’un verre d’un bon Johnny Walker. Mais non il faut que
l’espèce humaine conserve en elle cette part de
bestialité qui attise, aiguillonne son ego, lui refuse
la défaite, l’humiliation et le déshonneur au point que
pour régler un vol de pizza on court aux Winchester,
pour une question de faciès on cherche des bazookas.
L’assassinat du prince héritier d’Autriche-Hongrie à
Sarajevo le 28 juin 1914 ainsi que sa femme a débouché
sur la première guerre mondiale avec toutes les horreurs
connues. Les lubies expansionnistes, nationalistes et
racistes d’Hitler ont produit la seconde guerre
mondiale. Les guerres en Afrique tiennent le plus
souvent à un fauteuil, à une parcelle de terre ou à un
éclat de pierre précieuse. A des oripeaux de fierté,
fierté rincée au sang d’innocentes victimes.
Les récents regains de violence au Nigeria et en Irak
entre Chrétiens et Musulmans parachutent l’homme dans un
autre âge. On a brûlé des églises, incendié des maisons
de chrétiens, détruit des provisions entières et du
bétail des chrétiens. On a brûlé des mosquées, incendié
des maisons de musulmans, détruit des provisions
entières et du bétail des musulmans. Pour peu que la
colère chrétienne ou musulmane chatouille le nez d’un
mordu de Dieu ou d’Allah il lui suffit de se référer à
lui-même, de décréter son oukase et d’exécuter la
sentence. Pourquoi ? Au nom de quel idéal supérieur à
l’homme, Dieu ou Allah peuvent-ils se faire la guerre
par humains interposés ? Pourtant Christianisme et Islam
professent la fraternité. Il ne peut s’agir d’une
fraternité antagoniste à couteaux tirés, d’une
fraternité belliqueuse. En définitive il n’y a que haine
gratuite mais haine dévastatrice au nom de quelques
dogmes absurdes, donjons inexpugnables encore debout
dans les cervelles en versets et sourates des
fondamentalistes, intégristes et convertisseurs de
paroles divines en poudre à canons.
Il y a en marge de ce christianisme et de cet islam
macro guerroyeurs, Dieu et Allah, aux visages humaines,
proches de l’homme. C’est cela qu’enseignent prêtres et
Imams dans les églises et mosquées. La Banque Islamique
de Développement, le Fonds Koweitien par exemple, font
le vrai Djihad : apporter la parole de Dieu à ceux qui
ne l’ont pas et promouvoir leur développement. Sortir
des peuplades irréligieuses de leur misère spirituelle
et de leur impécuniosité matérielle. Ils construisent
des puits, des écoles, des mosquées, des marchés,
financent des projets agricoles, offrent à des familles
entières des facilités d’accès aux besoins premiers :
l’eau, la nourriture et la santé.
Depuis plusieurs centaines d’années, les missions
chrétiennes ont financé les constructions d’écoles,
d’hôpitaux, de pistes, et d’églises et procédé à moult
interventions humanitaires. L’OCDI au sein de l’Eglise
catholique est l’exemple patent de la mission salvatrice
du catholicisme. Répandre la bonne nouvelle selon Jésus
n’est-ce pas faire le Djihad pour le Prophète Mahomet ?
Au-delà de toute considération partisane les hommes sont
condamnés à cultiver la solidarité contradictoire. Car
le fondement de nos religions repose essentiellement sur
la tolérance. Et la tolérance ne se pratique pas l’index
accroché à la gâchette. Ou la violence perchée sur les
biceps. Non ! Le progrès humain ne peut s’accommoder de
violence. La religion ne peut pas, ne doit pas servir de
prétexte à une propension inutile de la violence
destructrice des vies humaines. La haine religieuse est
tout d’abord irréligieuse et toute violence ne peut se
réclamer de la religion.
Je ne donnerai pas dans la rengaine rousseauiste du
grand big-bang de l’espèce humaine. L’homme naît
candide, c’est la religion qui le rend violent. Et bien
d’autres théories picrocholines de l’œil pour l’œil et
de dent pour dent. Je sourirais volontiers car il n’y
aurait plus de dent pour manger ni d’œil pour regarder.
Et à l’évidence, nous avons tellement crevé nos yeux que
notre monde est aveugle. Cécité morale, cécité
spirituelle, cécité humaine tour court. Un tantinet
coupable d’un rousseauisme toutefois : si malgré nos
muscles d’Hercule à renverser minarets et nefs nous
conservions au fond de notre cœur la candeur infantile,
il y a bien longtemps que la haine serait stérile et ne
produirait pas la haine. Qu’est-ce qui a détruit en
l’homme cette candeur infantile ?
Le grand virage devra s’inscrire dans un syncrétisme des
croyances, dans un œcuménisme salvateur où l’athée ne
sera pas traité d’impie, où les clichés stéréotypés de
barbarie et de violence primaire ne colleraient pas à
une catégorie de personnes, où chrétiens et musulmans,
ensemble loueront un Dieu, le Dieu créateur de l’homme,
faisant table rase, faisant fi des interrogations
philosophiques de l’origine de l’homme.
Je ne serai pas le Cassandre des grandes fins mais, au
risque de voir la grande internationale du crime sous
couvert de Dieu et d’Allah s’installer, si le chrétien
continue de cogner sur le musulman, si le musulman
continue de cogner sur le chrétien, au nom d’un Dieu et
d’un Allah, pourtant unique et clément, les blocs qui se
formeront ne seront ni idéologiques, ni économiques,
encore moins raciaux. Il se formera des blocs religieux
et l’on replongera dans la sauvagerie des premières
heures des religions où croire en Dieu était une
hérésie, où être protestant était passible d’autodafé,
où être musulman signifiait bandit. Avec les moyens
modernes de destruction, il ne restera plus ni chrétien,
ni bouddhiste, ni musulman, ni protestant, ni athée,
plus personne. Nous pouvons sauver l’espèce humaine si
nous ne voulons pas donner crédit à cette assertion :
l’homme à créé Dieu et Dieu lui a volé sa chance de
vivre tranquillement. A commenter : durée 4 heures,
coefficient 4. Bonne chance ! |