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Éditorial

17 mars 2006

AgoraPress

Dieu et Allah, la guerre sans merci ?
Samuel Batchati

On n’a pas besoin de sortir de la Sorbonne, de Harvard, d’Oxford ou de Combray pour savoir que les étincelles produisent les grands incendies. Pour  combien de motifs insignifiants, pour combien de broutilles, de vétilles les hommes ne se sont-ils pas fait la guerre. Des causes qui tiennent parfois à rien, des riens qui en temps et heure sereins auraient pu être réglés autour d’une tasse de thé ou d’un verre d’un bon Johnny Walker. Mais non il faut que l’espèce humaine conserve en elle cette part de bestialité qui attise, aiguillonne son ego, lui refuse la défaite, l’humiliation et le déshonneur au point que pour régler un vol de pizza on court aux Winchester, pour une question de faciès on cherche des bazookas. L’assassinat du prince héritier d’Autriche-Hongrie à Sarajevo le 28 juin 1914 ainsi que sa femme a débouché sur la première guerre mondiale avec toutes les horreurs connues. Les lubies expansionnistes, nationalistes et racistes d’Hitler ont produit la seconde guerre mondiale. Les guerres en Afrique tiennent le plus souvent à un fauteuil, à une parcelle de terre ou à un éclat de pierre précieuse. A des oripeaux de fierté, fierté rincée au sang d’innocentes victimes.

Les récents regains de violence au Nigeria et en Irak entre Chrétiens et Musulmans parachutent l’homme dans un autre âge. On a brûlé des églises, incendié des maisons de chrétiens, détruit des provisions entières et du bétail des chrétiens. On a brûlé des mosquées, incendié des maisons de musulmans, détruit des provisions entières et du bétail des musulmans. Pour peu que la colère chrétienne ou musulmane chatouille le nez d’un mordu de Dieu ou d’Allah il lui suffit de se référer à lui-même, de décréter son oukase et d’exécuter  la sentence. Pourquoi ? Au nom de quel idéal supérieur à l’homme, Dieu ou Allah peuvent-ils se faire la guerre par humains interposés ? Pourtant Christianisme et Islam professent la fraternité. Il ne peut s’agir d’une fraternité antagoniste à couteaux tirés, d’une fraternité belliqueuse. En définitive il n’y a que haine gratuite mais haine dévastatrice au nom de quelques dogmes absurdes, donjons inexpugnables encore debout dans les cervelles en versets et sourates des fondamentalistes, intégristes et convertisseurs de paroles divines en poudre à canons.

Il y a en marge de ce christianisme et de cet islam macro guerroyeurs, Dieu et Allah, aux visages humaines, proches de l’homme. C’est cela qu’enseignent prêtres et Imams dans les églises et mosquées. La Banque Islamique de Développement, le Fonds Koweitien par exemple, font le vrai Djihad : apporter la parole de Dieu à ceux qui ne l’ont pas et promouvoir leur développement. Sortir des peuplades irréligieuses de leur misère spirituelle et de leur impécuniosité matérielle. Ils construisent des puits, des écoles, des mosquées, des marchés, financent des projets agricoles, offrent à des familles entières des facilités d’accès aux besoins premiers : l’eau, la nourriture et la santé.

Depuis plusieurs  centaines d’années, les missions chrétiennes ont financé les constructions d’écoles, d’hôpitaux, de pistes, et d’églises et procédé à moult interventions humanitaires. L’OCDI au sein de l’Eglise catholique est l’exemple patent de la mission salvatrice du catholicisme. Répandre la bonne nouvelle selon Jésus n’est-ce pas faire le Djihad pour le Prophète Mahomet ?

Au-delà de toute considération partisane les hommes sont condamnés à cultiver la solidarité contradictoire. Car le fondement de nos religions repose essentiellement sur la tolérance. Et la tolérance ne se pratique pas l’index accroché à la gâchette. Ou la violence perchée sur les biceps. Non ! Le progrès humain ne peut s’accommoder de violence. La religion ne peut pas, ne doit pas servir de prétexte à une propension inutile de la violence destructrice des vies humaines. La haine religieuse est tout d’abord irréligieuse et toute violence ne peut se réclamer de la religion.

Je ne donnerai pas dans la rengaine rousseauiste du grand big-bang de l’espèce humaine. L’homme naît candide, c’est la religion qui le rend violent. Et bien d’autres théories picrocholines de l’œil pour l’œil et de dent pour dent. Je sourirais volontiers car il n’y aurait plus de dent pour manger ni d’œil pour regarder. Et à l’évidence, nous avons tellement crevé nos yeux que notre monde est aveugle. Cécité morale, cécité spirituelle, cécité humaine tour court. Un tantinet coupable d’un rousseauisme toutefois : si malgré nos muscles d’Hercule à renverser minarets et nefs nous conservions au fond de notre cœur la candeur infantile, il y a bien longtemps que la haine serait stérile et ne produirait pas la haine. Qu’est-ce qui a détruit en l’homme cette candeur infantile ?

Le grand virage devra s’inscrire dans un syncrétisme des croyances, dans un œcuménisme salvateur où l’athée ne sera pas traité d’impie, où les clichés stéréotypés de barbarie et de violence primaire ne colleraient pas à une catégorie de personnes, où chrétiens et musulmans, ensemble loueront un Dieu, le Dieu créateur de l’homme, faisant table rase, faisant fi des interrogations philosophiques de l’origine de l’homme.

Je ne serai pas le Cassandre des grandes fins mais, au risque de voir la grande internationale du crime sous couvert de Dieu et d’Allah s’installer, si le chrétien continue de cogner sur le musulman, si le musulman continue de cogner sur le chrétien, au nom d’un Dieu et d’un Allah, pourtant unique et clément, les blocs qui se formeront ne seront ni idéologiques, ni économiques, encore moins raciaux. Il se formera des blocs religieux et l’on replongera dans la sauvagerie des premières heures des religions où croire en Dieu était une hérésie, où être protestant était passible d’autodafé, où être musulman signifiait bandit. Avec les moyens modernes de destruction, il ne restera plus ni chrétien, ni bouddhiste, ni musulman, ni protestant, ni athée, plus personne. Nous pouvons sauver l’espèce humaine si nous ne voulons pas donner crédit à cette assertion : l’homme à créé Dieu et Dieu lui a volé sa chance de vivre tranquillement. A commenter : durée 4 heures, coefficient 4. Bonne chance !

 
 

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