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Il est arrivé à
Kara du beau monde : ministres,
directeurs, présidents
directeurs de sociétés, chefs
de cabinets, cadres et
fonctionnaires de tous ordres
pour rendre dommage au défunt
président Gnassingbé Eyadema.
Il est arrivé aussi des
blattes, des cafards, des
lions, des tigres, des caïmans,
des panthères, des buffles pour
vénérer Koyaga le maître
chasseur dans son village natal
de Tchaotchi. Hommage à toi
Kourouma, juste deux mots,
volés à ta bouche morte pour
fermer cette page poissée,
salement barbouillée qui n’en
finit pas de se fermer. Celle
du dictateur Eyadema. Rien que
deux mots à ta bouche inerte
pour une prière païenne : que
les Gnassingbé ne nous en
fassent plus voir de leurs
couleurs. Y en a marre de nous
en mettre plein les vues. Des
richesses nationales
confisquées par une famille et
étalées sans vergogne ni
retenue.
Le cinq février
dernier, les Togolais d’un
certain bord, les Togolais qui
avaient pleuré toutes leurs
larmes, rendaient dommage au
président défunt Gnassingbé
Eyadema, un an après son décès.
Deux semaines après cet
événement qui avait réuni gros
calibres et campagnards de tout
crin, on organise
officiellement les funérailles
du général défunt. Toute la
semaine du 19 au 25 février
2006 est consacrée aux
préparatifs. Cet événement
constitue apparemment
l’assouvissement des fantasmes
morbides pour la famille
Gnassingbé. C’est l’expression
de la force, de la puissance
financière de cette famille. De
l’entière notoriété de la
suprême richesse des Gnassingbé.
On les voit se pavaner,
parader, ébahir cul-terreux et
lèche-vitrines. Les filles
Gnassingbé ont réservé toutes
les chambres des deux bâtiments
de l’hôtel Concorde, soit plus
de 100 chambres. On les voit
afficher l’insolence des biens,
de leurs biens mal acquis,
l’héritage sueur des
travailleurs togolais, laissé
par leur père pilleur de
richesse. « Si Dieu tue un
riche, il tue un ami ; s’il
tue un pauvre, il tue une
canaille » et les noces d’un
pauvre n’égalent en rien les
funérailles d’un riche. Merci
magister Kourouma.
Depuis janvier
2006, les hôtels ont fait leur
plein de réservations. Ceux qui
étaient venus pour le 5 février
sont rentrés à Lomé avec les
clefs des chambres d’hôtels
pour être sûrs d’avoir des
chambres à dormir lors des
funérailles. Les salles de
classes sont réquisitionnées
pour héberger les délégations
des autres préfectures. Le
palais des congrès a fait sa
toilette. Les rues de Kara sont
devenues un immense chantier où
les nids-de-poule sont bouchés
avec du béton. On ne dira pas
que Kara est un foutoir.
Les funérailles
interviennent un an après le
décès. C’est le dernier hommage
rendu au défunt. A cette
occasion, c’est la mangeaille,
c’est l’orgie. On boit, mange
et danse à la taille des moyens
de la famille qui parfois sont
plutôt proportionnels à
l’image, à la notoriété du
défunt que des richesses
véritables des parents. Qui
s’endette pour organiser les
funérailles de son père, de son
beau-père ou de sa mère. Qui
contracte un crédit bancaire
pour faire sensation dans sa
belle famille. Les funérailles
constituent en fait des
réjouissances plutôt que des
cérémonies aux allures
macabres. Donc les ripailles de
samedi entrent dans les
ressorts même de cette famille
Gnassingbé qui ne perd aucune
occasion pour en faire voir, de
cette famille macérée dans la
propension, la luxure et la
forfanterie.
Chaque village
du canton de Pya a participé à
concurrence de 500 000 francs
et un bœuf. Plus de cinq
millions et plus de dix bœufs.
Les familles à leur niveau ont
organisé des réjouissances. Si
aux funérailles de Koromsa, la
famille avait abattu 59 bœufs,
c’est qu’avec le dictateur
défunt, elle dépassera la barre
des deux cents bœufs. Pour ces
bacchanales on approchera
allègrement le milliard et demi
du 13 janvier 2006. De l’argent
jeté par les fenêtres alors que
les salaires de décembre 2005
ne sont toujours pas payés.
Alors que plusieurs chômeurs
avec ce magot entreraient bien
dan s la fonction publique.
Ce qui caractérise les
républiques phosphatières,
cotonnières et bananières,
c’est le gaspillage à outrance
des richesses. On dépense
beaucoup plus pour le prestige
qu’on ne dépense pour le
développement. Du 13 janvier au
28 février 2006, l’argent
injecté dans les frivolités,
les babioles ostentatoires
serviraient amplement à
recruter de nouveaux
enseignants au lieu d’envoyer
les policiers passer à tabac
les lycéens qui réclament de
meilleures conditions
pédagogiques. Il est temps
d’arrêter l’hémorragie des
richesses togolaise vers des
galas orgiaques, des bamboches
coûteuses pour la séduction
d’une seule famille. Il est
temps que les Gnassingbé
réfléchissent utile.
Il
est temps qu’ils réfléchissent
développement, surtout qu’ils
ont à leur
tête et que nous tous
avons
au-dessus de nos
têtes
l’économiste Faure Gnassingbé.
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