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25 fevrier 2006

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Funérailles d’Eyadema à Kara : On boit, mange et danse à la taille des moyens de la famille

Mathias Akoulansa et Samuel Batchati
(Envoyés spéciaux de togoforum.com à Kara)

Il est arrivé à Kara du beau monde : ministres, directeurs, présidents directeurs de sociétés, chefs de cabinets, cadres et fonctionnaires de tous ordres pour rendre dommage au défunt président Gnassingbé Eyadema. Il est arrivé aussi des blattes, des cafards, des lions, des tigres, des caïmans, des panthères, des buffles pour vénérer Koyaga le maître chasseur dans son village natal de Tchaotchi. Hommage à toi Kourouma, juste deux mots, volés à ta bouche morte pour fermer cette page poissée, salement barbouillée qui n’en finit pas de se fermer. Celle du dictateur Eyadema. Rien que deux mots à ta bouche inerte pour une prière païenne : que les Gnassingbé ne nous en fassent plus voir de leurs couleurs. Y en a marre de nous en mettre plein les vues. Des richesses nationales confisquées par une famille et étalées sans vergogne ni retenue.

Le cinq février dernier, les Togolais d’un certain bord, les Togolais qui avaient pleuré toutes leurs larmes, rendaient dommage au président défunt Gnassingbé Eyadema, un an après son décès. Deux semaines après cet événement qui avait réuni gros calibres et campagnards de tout crin, on organise officiellement les funérailles du général défunt. Toute la semaine du 19 au 25 février 2006 est consacrée aux préparatifs. Cet événement constitue apparemment l’assouvissement des fantasmes morbides pour la famille Gnassingbé. C’est l’expression de la force, de la puissance financière de cette famille. De l’entière notoriété de la suprême richesse des Gnassingbé. On les voit se pavaner, parader, ébahir cul-terreux et lèche-vitrines. Les filles Gnassingbé ont réservé toutes les chambres des deux bâtiments de l’hôtel Concorde, soit plus de 100 chambres. On les voit afficher l’insolence des biens, de leurs biens mal acquis, l’héritage sueur des travailleurs togolais, laissé par leur père pilleur de richesse. « Si Dieu tue un riche, il tue un ami ;   s’il tue un pauvre, il tue une canaille » et les noces d’un pauvre n’égalent en rien les funérailles d’un riche. Merci magister Kourouma. 

Depuis janvier 2006, les hôtels ont fait leur plein de réservations. Ceux qui étaient venus pour le 5 février sont rentrés à Lomé avec les clefs des chambres d’hôtels pour être sûrs d’avoir des chambres à dormir lors des funérailles. Les salles de classes sont réquisitionnées pour héberger les délégations des autres préfectures. Le palais des congrès a fait sa toilette. Les rues de Kara sont devenues un immense chantier où les nids-de-poule sont bouchés avec du béton. On ne dira  pas que Kara est un foutoir.

Les funérailles interviennent un an après le décès. C’est le dernier hommage rendu au défunt. A cette occasion, c’est la mangeaille, c’est l’orgie. On boit, mange et danse à la taille des moyens de la famille qui parfois sont plutôt proportionnels à l’image, à la notoriété du défunt que des richesses véritables des parents. Qui s’endette pour organiser les funérailles de son père, de son beau-père ou de sa mère. Qui contracte un crédit bancaire pour faire sensation dans sa belle famille. Les funérailles constituent en fait des réjouissances plutôt que des cérémonies aux allures macabres. Donc les ripailles de samedi entrent dans les ressorts même de cette famille Gnassingbé qui ne perd aucune occasion pour en faire voir, de cette famille macérée dans la propension, la luxure et la forfanterie. 

Chaque village du canton de Pya a participé à concurrence de 500 000 francs et un bœuf. Plus de cinq millions et plus de dix bœufs. Les familles à leur niveau ont organisé des réjouissances. Si  aux funérailles de Koromsa, la famille avait abattu 59 bœufs, c’est qu’avec le dictateur défunt, elle dépassera la barre des deux cents bœufs. Pour ces bacchanales on approchera allègrement le milliard et demi du 13 janvier 2006. De l’argent jeté par les fenêtres alors que les salaires de décembre 2005 ne sont toujours pas payés. Alors que plusieurs chômeurs avec ce magot entreraient bien dan s la fonction publique. 

Ce qui caractérise les républiques phosphatières, cotonnières et bananières, c’est le gaspillage à outrance des richesses. On dépense beaucoup plus pour le prestige qu’on ne dépense pour le développement. Du 13 janvier au 28 février 2006, l’argent injecté dans les frivolités, les babioles ostentatoires serviraient amplement à recruter de nouveaux enseignants au lieu d’envoyer les policiers passer à tabac les lycéens qui réclament de meilleures conditions pédagogiques. Il est temps d’arrêter l’hémorragie des richesses togolaise vers des galas orgiaques, des bamboches coûteuses pour la séduction d’une seule  famille. Il est temps que les Gnassingbé réfléchissent utile. Il est temps qu’ils réfléchissent développement, surtout qu’ils ont à  leur tête et que nous tous avons au-dessus de nos têtes  l’économiste Faure Gnassingbé.

 
 

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