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Togolaises,
Togolais, un grand drame vient
de s’abattre sur notre pays le
Togo. Le président de la
République, son Excellence
Gnassingbé Eyadema, n’est plus.
Il vient de rendre l’âme ce
matin 5 février, alors qu’il
était évacué d’urgence pour
suivre les soins à l’extérieur
du pays. Ce drame cruel plonge
le Togo, notre pays dans une
grande affliction…
Il y a un an, Koffi Sama, alors
premier ministre, pleurnichait
en ces termes sur les ondes des
médias d’Etat togolais. Depuis,
peu d’eau a coulé, ou presque
pas. Le grand big-bang n’a pas
eu lieu. Après la double
mystification, coup d’Etat,
fraude électorale de la pègre
RPTilienne et de son armée au
grand dam de l’opposition, d’une
opposition préoccupée de
bisbilles, les espoirs qui
tentaient de bivouaquer dans les
cœurs des Togolais, ont déguerpi.
Mirage ! Chimère !
Un an passé, rien, pas même une
page de ce sombre régime n’a été
ouverte. Le fils au cours de sa
campagne présidentielle en avril
2005, avait demandé pardon pour
les fautes de son père.
Soit ! Pensait-il qu’il allait
évacuer plus de 45 ans de
mémoire par un pardon
démagogique ? L’assassinat du
père de l’indépendance, Sylvanus
Olympio, va-t-il se régler par
un simple pardon siffler devant
des foules ignares et hurlantes ?
Plus d’un avait espéré une
rupture radicale d’avec les
tristes kermesses de cours du
tyran. Non ! Décidément le fils
tisse sa corde sur l’ancienne,
celle de son père. Une corde
pourrie. Il s’est entouré des
mêmes serviles courtisans. Il
dilapide les richesses et
préfère dépenser pour les
funérailles que pour les
salaires des enseignants, des
agents de la santé et du secteur
social. Inutile de rappeler
qu’il a fallu abattre 59 bœufs
lors des funérailles de son
oncle Koromsa. Pour le prestige.
Les mêmes qui avaient souffert
des torts du général Eyadema,
voient le fils consacrer son
temps, son énergie et les
ressources du pays pour la
mémoire de son
père. Les spoliations, les
exaspérations, les préjudices
des générations des 20 – 45 ans
ne sont pas du tout pris en
compte. Les fils sans emploi,
les pères sans pensions voient
cette propension à la luxure et
crèvent la gueule fermée. Tous
crèvent de cette misère ambiante
inénarrable. Qui va liquider les
injustices intériorisées ?
Liquider le passé, régler les
comptes avec la mémoire de tout
un peuple pourfendu dans sa
dignité, dans son vécu, dans son
histoire ? Solder les cauchemars,
en finir avec les fantômes ? Qui
va décadenasser les inhibitions
sédimentaires ? La brutalité,
les prisons, les exils, la peur,
le mensonge, la trahison… ? Qui
va ôter le bâillon à ce peuple
miné par la frayeur ?
Il paraît, dit-on, que Faure
aurait réhabilité ceux à qui son
père aurait causé des torts. On
cite hautement l’exemple de
Dahuku Péré. Ça, c’est du gros
poisson. Que fait-il du menu
fretin ? Que fait-il par exemple
de ceux que les bérets rouges
ont sauvagement battus le
lendemain des élections
présidentielles de 1993 à
Agbandi ? Et de ceux qui en sont
morts dans la prison de Blitta ?
Les pauvres paysans torturés
dans la faune de Kéran pour du
petit gibier tué ? Que fait-il
encore des victimes des
massacres inter ethniques de
Sotouboua ? De ceux que les
milices, « les Epkomog » du RPT
ont tués ? De ceux que les
milices de l’opposition, « les
Epkémogs », ont abattus ? Et de
tous ceux qui ont fui le pays ?
De ceux que la haine tribale a
tués à Bodjé ? Que fait-il de
plus de 2 000 enseignants que
son père avait licenciés sans
autre forme de procès en Mars
2000 ?
A ceux qui sont morts, il faudra
leur élever une sépulture qui
les rende dignes et fiers auprès
de leurs parents. Certainement
les mémoires sont pleines de
larmes. Le peuple togolais a
besoin d’une cure, d’une
catharsis. Pour vivre avec sa
mémoire. Pour se réconcilier
avec son passé. Cette catharsis
ne va pas s’opérer dans les
funérailles prodigieuses de leur
bourreau, ni dans les messes
interminables qui seront dites
pour le repos de son âme. La
seule cure c’est la parole
donnée aux Togolais qui ont
souffert dans leur chair, dans
leur esprit. Il faut un tribunal
genre « vérité, réconciliation »,
ou version rwandaise des gacacas.
Parler guérit. Et le peuple
togolais guérira s’il parle. Le
véritable pardon passera par
ces épanchements des consciences
ou tout autre pardon ne sera que
factice. Le dialogue inter
togolais qui s’annonce à
Ouagadougou devra avoir le
courage de poser et d’imposer ce
grand déballage curatif. Si
jusque-là Faure n’a pas eu le
courage de Mohamed VI du Maroc.
Assurément si Faure
Gnassingbé s’est battu bec et
serres dehors avec des moyens
inouïs pour occuper la place de
son dictateur de père qui venait
de mourir, ce n’était pas tant
pour lui succéder que pour
garder sa mémoire sauve. Il est
le centaure, mieux, le cyclope
qui défend l’entrée de la
caverne au trésor. Côté cour,
c’était le président le plus
sage de l’Afrique qui, à
profusion, prodiguait d’utiles
conseils qui n’ont, en fait,
jamais résolu une seule crise en
Afrique. Côté jardin, c’était le
noceur impénitent, le ténébreux
maestro de tous les
crimes économiques, politiques,
de la plupart des incarcérations,
de toutes les brutalités qui, à
loisir, plongeait les quatre
fers dans les caisses de l’Etat.
Impunément. Cela, Faure en
digne héritier ne veut pas que
cette page côté jardin s’ouvre.
Il n’est pas président, il est
le gardien de la grotte à crimes
de son père.
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