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Éditorial

8 fevrier 2006

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Faure, président ou centaure des crimes d’Eyadema ?
Samuel Batchati

Togolaises, Togolais, un grand drame vient de s’abattre sur notre pays le Togo. Le président de la République, son Excellence Gnassingbé Eyadema, n’est plus. Il vient de rendre l’âme ce matin 5 février, alors qu’il était évacué d’urgence pour suivre les soins à l’extérieur du pays. Ce drame cruel plonge le Togo, notre pays dans une grande affliction…

Il y a un an, Koffi Sama, alors premier ministre, pleurnichait en ces termes sur les ondes des médias d’Etat togolais.  Depuis, peu d’eau a coulé, ou presque pas. Le grand big-bang n’a pas eu lieu. Après la double mystification, coup d’Etat, fraude électorale de la pègre RPTilienne et de son armée au grand dam de l’opposition, d’une opposition préoccupée de bisbilles, les espoirs qui tentaient de bivouaquer dans les cœurs des Togolais, ont déguerpi.  Mirage ! Chimère !

Un an passé, rien, pas même une page de ce sombre régime n’a été ouverte.  Le fils au cours de sa campagne présidentielle en avril 2005, avait demandé pardon pour les fautes de son père. Soit ! Pensait-il qu’il allait évacuer plus de 45 ans de mémoire par un pardon démagogique ? L’assassinat du père de l’indépendance, Sylvanus Olympio, va-t-il se régler par un simple pardon siffler devant des foules ignares et hurlantes ? Plus d’un avait espéré une rupture radicale d’avec les tristes kermesses de cours du tyran. Non ! Décidément le fils tisse sa corde sur l’ancienne, celle de son père. Une corde pourrie. Il s’est entouré des mêmes serviles courtisans. Il dilapide les richesses et préfère dépenser pour les funérailles que pour les salaires des enseignants, des agents de la santé et du secteur social. Inutile de rappeler qu’il a fallu abattre 59 bœufs lors des funérailles de son oncle Koromsa. Pour le prestige.

Les mêmes qui avaient souffert des torts du général Eyadema, voient le fils consacrer son temps,  son énergie et les ressources du pays pour la mémoire de son  père. Les spoliations, les exaspérations, les préjudices des générations des 20 – 45 ans ne sont pas du tout pris en compte. Les fils sans emploi, les pères sans pensions voient cette propension à la luxure  et crèvent la gueule fermée. Tous crèvent de cette misère ambiante inénarrable. Qui va liquider les injustices intériorisées ? Liquider le passé, régler les comptes avec la mémoire de tout un peuple pourfendu dans sa dignité, dans son vécu, dans son histoire ? Solder les cauchemars, en finir avec les fantômes ? Qui va décadenasser les inhibitions sédimentaires ? La brutalité, les prisons, les exils, la peur, le mensonge, la trahison… ? Qui va ôter le bâillon à ce peuple miné par la frayeur ?

Il paraît, dit-on, que Faure aurait réhabilité ceux à qui son père aurait causé des torts. On cite hautement l’exemple de Dahuku Péré.  Ça, c’est du gros poisson. Que fait-il du menu fretin ? Que fait-il par exemple de ceux que les bérets rouges ont sauvagement battus le lendemain des élections présidentielles de 1993 à Agbandi ? Et de ceux qui en sont morts dans la prison de Blitta ? Les pauvres paysans torturés dans la faune de Kéran pour du petit gibier tué ? Que fait-il encore des victimes des massacres inter ethniques de Sotouboua ? De ceux que les milices, « les Epkomog » du RPT ont tués ? De ceux que les milices de l’opposition, « les Epkémogs », ont abattus ? Et de tous ceux qui ont fui le pays ? De ceux que la haine tribale a tués à Bodjé ? Que fait-il de plus de 2 000 enseignants que son père avait licenciés sans autre forme de procès en Mars 2000 ?

A ceux qui sont morts, il faudra leur élever une sépulture qui les rende dignes et fiers auprès de leurs parents. Certainement les mémoires sont pleines de larmes. Le peuple togolais a besoin d’une cure, d’une catharsis. Pour vivre avec sa mémoire. Pour se réconcilier avec son passé. Cette catharsis ne va pas s’opérer dans les funérailles prodigieuses de leur bourreau, ni dans les messes interminables qui seront dites pour le repos de son âme. La seule cure c’est la parole donnée aux Togolais qui ont souffert dans leur chair, dans leur esprit. Il faut un tribunal genre « vérité, réconciliation », ou version rwandaise des gacacas. Parler guérit. Et le peuple togolais guérira s’il parle. Le véritable pardon passera par  ces épanchements des consciences ou tout autre pardon ne sera que factice. Le dialogue inter togolais qui s’annonce à Ouagadougou devra avoir le courage de poser et d’imposer ce grand déballage curatif. Si jusque-là Faure n’a pas eu le courage de Mohamed VI du Maroc.  

Assurément si Faure Gnassingbé s’est battu bec et serres dehors avec des moyens inouïs pour occuper la place de son dictateur de père qui venait de mourir, ce n’était pas tant pour lui succéder que pour garder sa mémoire sauve. Il est le centaure, mieux, le cyclope qui défend l’entrée de la caverne au trésor.  Côté cour, c’était le président le plus sage de l’Afrique qui, à profusion, prodiguait d’utiles conseils qui n’ont, en fait, jamais résolu une seule crise en Afrique. Côté jardin, c’était le noceur impénitent, le ténébreux  maestro de tous les crimes économiques, politiques, de la plupart des incarcérations, de toutes les brutalités qui, à loisir, plongeait les quatre fers dans les caisses de l’Etat. Impunément.  Cela, Faure en digne héritier ne veut pas que cette page côté jardin s’ouvre. Il n’est pas président, il est le gardien de la grotte à crimes de son père.
 

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Interview: Entretien de togoforum avec M. Alex BINIZI, SG de l’A.P.U.A.-FRD

Garba Touré

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Denis D. Nayone


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Les rapports sur le Togo

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