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Un
tournent decisif: Quand les renovateurs choisissent la rue
Samuel Batchati
Notre plume n’a guère le syndrome du panégyrique. Ni
notre langue le vice de la laudation. Toutefois certains propos
sont aisément solubles dans le panégyrique et ou dans la
laudation. Ajoutons : selon ! N’empêche ! Nous
parlerons du mouvement Rénovateur. Parce qu’en fin de compte,
il faut mettre César dans son palais et Jésus dans la rue
Il y a seulement quelques mois, on disait dans presque
toutes les chapelles politiques du Togo qu’il est impossible
que d’anciens membres du RPT puissent combattre le régime du
général Eyadema. Beaucoup de médias, proches de
l’opposition, avaient même refusé de publier la lettre de
Monsieur Dahuku Péré et d’autres avaient parié qu’il
s’agissait d’un montage du RPT lui-même pour propulser
“celui qui sauverait le Général et son parti”. Beaucoup
regardaient avec suspiscion les premiers documents rendus
publiques par Solida. Notre site qui avait osé publier ces
documents alimenta toutes les formes de murmures et même essuya
de braves et gentils coups de gueules.
Aujourd’hui on peut dire que les choses ont bien changé.
Mieux, les choses ont volué sur la terre de nos aieux. Les
choses ont tant changé qu’un ancien proche d’Eyadema, M.
Dahuku Péré, a pu être admis à diriger la coalition des
forces démocratique (CFD), même si c’est pour seulement deux
semaines. C’est
sans conteste, une nouvelle donne dans les annales de
l’histoire du processus de démocratization du Togo. La leçon:
Il n’ y a pas que ceux qui n’ont jamais été des
proches d’Eyadema à pouvoir lutter pour la démocratie au
Togo. C’est désormais clair, même ceux qui sont
encore dans le système peuvent oeuvrer pour l’avènement
d’un Etat de Droit. Aucune raison n’excusera plus désormais
leur reserve vis-à-vis de l’opposition dite classique. Toute
personne épousant les idéaux de liberté est par principe
opposant au régime Eyadema. C’est evident aussi qu’aucune
stratégie n’arrive plus, depuis 12 ans maintenant, à sauver
le Togo. L’extrémisme le plus fanatique a montré ses limités
et il s’agit aujourd’hui d’une véritable refondation des
forces démocratiques de tous les bords pour le bonheur du Togo.
La rue
était à Jésus ce que l’amphithéâtre est au professeur.
Pendant que les César du monde entier se complaisent dans leur
palais à tourner le monde en bourrique, les Jésus, damnés de
tous les temps par les simples d’esprits et les criminels
pharisiens, écument
les rues à enseigner, à porter
un message. Celui de la liberté profane et sacrée. De
la liberté immuable. De cette liberté dont
peut être fière toute nation qui proclame la République
et qui aime à impliquer ses fils, tous ses fils dans la gestion
des affaires et des affres de l’Etat. Car on n’est
pas citoyen pour le meilleur exclusivement. On est
citoyen autant pour le meilleur que pour le pire. Et c’est
cette leçon que le mouvement Rénovateur tente de nous apporter.
Ils étaient
dans le meilleur si on peut
qualifier leur passage à cette époque de meilleur.
Aujourd’hui, ils vivent délibérément le pire. Ils ont servi
un régime inique. Dahuku Péré a été député et Président
de l'Assemblée Nationale. Le Professeur Lantam, même si lui
n’a jamais possédé une carte de membre du RPT, a été
Secrétaire Général du parlement de 1996 à 2000. Il y a
travaillé pratiquement sans salaire. Aujourd’hui ils (tous
ces braves âmes) mettent
leurs expériences au service d’une jeunesse assujettie.
Point
besoin de dire que la désespérance s’est
emparée de tous les Togolais. Que la misère morale et
matérielle a élu
domicile en chaque Togolais. Point besoin d’ergoter sur le règne
quarantenaire, calamiteux et criminel
du général président. Point besoin de rappeler les
morts et les exilés à son funèbre actif. C’est un fait, le quarantenaire d’Eyadema a été un désastre
humain. Et c’est ce désastre humain qui pousse les hommes aux
pires abâtardissements. A
la délinquance intellectuelle, à la pitrerie et à la
crapulerie. Il est établi que la désespérance est cause de la
prostitution surtout si la conscience à se sacrifier ne s’élève
pas à la dimension
éthique du sacrifice et n’en saisit pas le symbole sacré.
L’ascèse est parfois la forme suprême du sacrifice qu’on
peut demander à un peuple pour la reconquête de sa liberté
stipendiée.
Notre
peuple ne comprend pas ce sacrifice ou s’il le comprend ne
peut pas le vivre. C’est pourquoi nous avons vu et nous voyons
encore des affamés se précipiter
à Lomé 2 et lire des motions rétributives.
C’est
dans cette atmosphère de complète déconfiture que des anciens
qui pendant longtemps ont servi ce régime ont voulu sacrifier
leur vie pour la jeunesse. «C’est votre unique
chance de pouvoir orienter votre vie » nous a
confié le professeur Lantam. « Ce que je vais vous
dire est grave parce que nous avons choisi au mépris de notre
vie de lutter pour l’avènement d’un ordre nouveau. Et
si nous échouons … » ce sera la Bérézina !
« Mais nous savons que nous n’allons pas échouer. Bientôt
d’importantes décisions seront prises. Et votre place de
journaliste est très stratégique dans ce combat .»
La réalité
est que depuis plusieurs années, ces hommes ont milité au sein de ce régime contre ce régime. Et
Eyadema le savait et Eyadema les a plusieurs fois privés de
leur salaires. L’ancien député Dahuku Péré
a vécu mille tribulations en 1993. L’on avait dégondé
les portes et fenêtres de ses appartements. Et cela il n’a
pas pour autant renoncé. Ce mouvement
qui a émergé en mars 2002 n’est que la phase opératoire
du mouvement de la Rénovation.
Ce
mouvement aux aspirations ascensionnelles
s’impose de
rénover des
pratiques désuètes tant dans le RPT que dans l’opposition.
Car il n’est pas dit que l’opposition soit nickel. Et pour
cela il faut reconquérir cette vaste agora qui est celle du
peuple, qui était celle de Jésus : la place publique,
l’arbre à palabre si l’on veut. Cette reconquête participe
d’une reconquête de la confiance du peuple. Parce qu’« il
n’y a pas le peuple à part, une opposition à part et le régime à part. Nous devons éviter de traiter le peuple
à l’instar d’une arme qu’on raccroche après le combat.
Cette pratique idoine au RPT ne doit pas entacher
notre combat. C’est le combat du peuple pour le peuple.
Il faut éviter de se servir du peuple » pour
reprendre les propos du Prof. Lantam.
Il
faut aussi et surtout éviter de retomber dans la traditionnelle
rétorsion du RPT
qui sait manipuler à l’envi la répression et
l’injure. C’est l’essentiel du gigantesque meeting qui
s’est tenu le samedi 7 décembre courant au terrain
d ‘Adawlato à Lomé. L’avènement d’une démocratie
pour tous en dépend.
Et l’inéluctabilité de cet avènement passe par des volontés fortes. Et aussi par des sacrifices suprêmes.
Malheureusement notre peuple a tant souffert que d’autres
morts seraient des
morts inutiles. Et de cela nous ne voulons plus.
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