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Editorial 

Le 27 Nov. 2002

La Côte d’Ivoire mourra-t-elle à Lomé?  
Samuel Batchati

Alors que Lomé 2 s’échine, s’époumone à  juguler hypocritement la crise ivoirienne avec force propagande, le ministre français des affaires étrangères , Dominique de Villepin entame ce mardi 26 novembre  2002  un marathon  diplomatique qui le conduira dans six pays  de l’Afrique pour tenter de dénouer cette affaire  aux replis tortueux. Ou comme l’indique une source diplomatique française, pour rechercher « une solution à la crise ivoirienne ». Le diplomate français est aujourd’hui à Lomé.  Puis il se rendra  en Côte d’Ivoire, au  Burkina, au Mali au Gabon et auSénégal.  Cette odyssée s’inscrit « dans le cadre des efforts actuellement menés pour trouver une solution pacifique, politique et négociée à la crise ivoirienne », dixit Bernard VALERO, le porte-parole adjoint du ministère français des Affaires étrangères. 

 Cette négociation  sans lendemain que mène le  bourreau des négociations infructueuses, sa trop crasseuse excellence Eyadema achoppe sur les revendications des rebelles   politiquement  insatisfaisables dans la logique d’Abidjan. Depuis la crise ivoirienne, Paris a fait des ambassadeurs  des ministres et des soldats pour tenter de maintenir avec une  bonne foi  remise en cause pour ne pas dire entamée, effilochée, la paix dans ce géant de l’Afrique  de l’ouest. Après l’ancien ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, Christian Dutheil de La Rochelle envoyé au Togo comme observateur, c’est autour du ministre des affaires étrangères de prendre sa besace de puissance métropole et d’écumer cette partie de l’Afrique exsangue. Il faut aussi  préciser que depuis cette crise, la France s’était empressée d’envoyer des soldats dans le but de protéger les citoyens Français. Mais très tôt, ceux-ci ont plutôt servi de force tampon empêchant du coup chaque partie de venir à bout de l'autre. C'est selon. 

Les rebelles qui voulaient  en découdre avec Laurent Gbagbo, devenu impopulaire depuis qu’il a subrepticement écarté ADO de la course présidentielle, n'ont pas pu marcher jusqu'à Abidjan. Les forces loyalistes ont été empêchées, elles, d'en découdre avec la rebellion. On se souvient de la colère des manifestations ivoiriens partis déloger, mains nues, les militaires Français de leur base d'observation impérialiste d'Abidjan. 

La crise ivoirienne a hérité malheureusement du sol togolais pour connaître un dénouement. Mais Eyadema a par souventes reprises  fait montre d’incapacités notoires à faire aboutir une négociation. Au début de celle-ci nous avions sonné l’alarme en rappelant les anciens échecs de ce monsieur qui court après les négociations juste pour des raisons de prestige. Mais très vite  les fanfares qui avaient accompagné les négociations démarrées tambour battant, avec le chœur  des trompettes, des  accordéons de  noceurs et les crincrins des violons diplomatiques sont restés sur la  même rengaine ne modulant plus que les piètres notes du super  négociateur qui fera revenir la paix en Côte d’Ivoire très vite. Même  qu’une source de Lomé 2 indiquait que la paix serait de retour en   Côte d’Ivoire à la fin de la semaine du 18 au 23 novembre 2002. Pourtant nous sommes au 26 et rien de nouveau du côte de Lomé. 

Pourtant on a prié. On a imploré Allah le très Miséricordieux, le Tout-Puissant pour que les frères ivoiriens retrouvent une paix fût-elle factice. On a prié à Lomé Yahvé pour que le peuple ivoirien retrouve une paix fût-elle  un marché de dupes. On est même allé jusqu’à récompensé  les fidèles d’Allah, le Tout-Puissant, le très Miséricordieux, en maïs, riz et sucre d’une valeur de  75 millions de francs CFA. Mais la paix n’est toujours pas au rendez-vous en Côte d’Ivoire.  Serge KASSI accompagné de trois lascars sont arrivés à Lomé 2 au nom d‘une certaine association incertaine  pour dire un niet ferme au souhait du président sénégalais de reprendre et de les faire aboutir les négociations de la crise ivoirienne. On a même demandé le secours de Kumba Yala. Gbagbo de son côté a proposé un référendum. Mais il a buté sur les revendications politiques du MPCI dont le porte-parole à Lomé accuse le Ghana de favoriser à partir de ses frontières,  des incursions  des soldats ivoiriens dans les positions occupées par les rebelles. Ces allégations ont été démenties par le gouvernement ghanéen. 

A l’évidence Lomé ne peut pas résoudre la crise ivoirienne qu’on a à tort appelée, une mutinerie ou mieux, une rébellion alors qu’il s’agit en fait d’une guerre tribale.  Comment quelqu’un qui dans son pays prône le tribalisme à outrance peut-il résoudre une guerre tribale dans un autre pays ? Comment  quelqu’un qui a eu pour ami le président Félix Houphouët-Boigny , lequel avait pour opposant  un freluquet de Laurent Gbagbo peut-il aider celui-ci à faire ramener la paix dans son pays alors que lui-même dans le sien  bâillonne et muselle une opposition d’apparat ? Le vrai jeu du président Eyadema est  de venger la mémoire de FHB parce que les oppositions en Afrique ne sont pas les bienvenues. Abidjan serait sage  de s’en retourner négocier à Abidjan. Autrement  les faux segments de compassions décuplés gigantesquement par une presse qui cache mal son acrimonie vis-à-vis de toute opposition  ne sont que leurres et hypocrisie. 

L’autre  hypocrisie écœurante  dans l’immonde monde de la diplomatie est cette tendance à  allumer les foyers de guerre et à s’en  aller négocier ailleurs. Si les ivoiriens veulent vraiment retrouver leur paix, pourquoi la rechercher du côté de Lomé alors qu’ils peuvent,  en hommes équilibrés, proposer des solutions de crise acceptables par le citoyen lambda. Le fait est que dans les calculs politiciens, les politiques ne tiennent pas compte des citoyens lambda. Ils défendent des intérêts d’oripeaux. Des intérêts fanés d’un autre âge. Le monde n’est plus aux glorioles.  Le prestige aujourd’hui est de l’ordre de la connaissance et non de l’ordre de la bravoure. Sounjata  perdrait pied dans notre siècle s’il ne connaît  ni les mathématiques  ni les physiques. Alors pourquoi pendant que le reste du monde avance à grands pas dans le futur, l’Afrique doit-elle se résoudre dans une recculade de sapeur-pompiers des conflits moyenâgeux ? Pourquoi pendant que les nations occidentales privilégient l’éducation , la science  et la recherche l’Afrique doit-elle privilégier la  barbarie, le tribalisme et la haine démocratique ? Doit-elle restée engluée dans le bourbier de la mendicité, de l’indigence et de la misère morale ? Fatalité ? Non ! Ignorance ? Non ! Cupidité et orgueil ? Oui ! Car qu’est-ce qui pousse les dirigeants africains à peu de considérations et à peu de soucis pour leurs compatriotes ?L’orgueil et la cupidité ! Les deux attributs du diable. 

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En tout cas quoi qu’on aura dit, la crise  ivoirienne aura fait de la propagande au président Eyadema. Les cafards  de la gloire s’empiffrent des pourritures  dans les immondices. Ce charognard des conflits se plaît tant à jouer au justicier alors qu’il n’a aucune once de probité morale. Car rassurez-vous, quand il n’y aura plus de guerre, cet homme sera la guerre.  Elle est sa raison d’être. Il n’est pas de notre temps. C’est un esquif primitif qui a miraculeusement échoué dans les temps modernes. Un vestige de la raison humaine et une relique de sa bestialité. Dans notre pays, nous l’avons trop oint. Et le balourd nous a vraiment points. Nous sommes marris de le constater, hélas ! Trop tard ? Le dicton dit : « Il n’est jamais trop tard ». Jamais trop tard pour les ivoiriens de trouver médiateur plus compétent. Jamais trop tard pour les Togolais de vivre enfin !

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