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Editorial 

Le 23 Nov. 2002

Au clair de la vérité: Mon ami Carlos Cardoso
Samuel Batchati 

"Lisez sans bourse déliée et riez sans vous démembrer"(Samuel Batchati)
 

22 novembre 2000, 22 novembre 2002. Il y a deux ans mourait, abattu par des assassins  à la solde  d’un  commanditaire, le journaliste mozambicain d’origine portugaise, Carlos Cardoso. Cet empêcheur de   magouiller en paix  a succombé devant la force imbécile. Son crime ? Il enquêtait sur un ténébreux détournement de plus de  $ 14 millions en 1996 lors  de la privatisation de la  Banque  Commerciale Mozambicaine ( BCM), aujourd’hui, la Banco Austral. 

Le nouvel administrateur de la Banco Austral, Siba-Siba Macuacua a lui été défenestré en avril 2001. L’avocat  Albano Silva   qui travaillait aux côtés de Carlos Cardoso  a échappé de justesse  au cours de l’an 2000  à une tentative d’assassinat.  Le principal suspect dans l’assassinat de Carlos Cardoso, Anibalzinho  a fui de la prison la plus gardée de Mozambique. Le tout flaire un cerveau tordu qui  cisaille toutes les pistes susceptibles de remonter jusqu’à lui. La pratique est courante non exclusivement dans les films de série noire mais surtout dans la vie des narcotrafiquants, des criminels  et des cartels politiques.

 Le procès des présumés assassins de Carlos Cardoso  s’est ouvert dans la grande cour de la prison centrale. Au second jour mardi 19 novembre, le coup d’éclat a donné une orientation plus certaine à ce procès. Manuel Fernandez, un des six (6) prévenus  a mis en cause Nyimpine  Chissano, le fils du président mozambicain, Joachim Chissano, homme d’affaire prospère  à la carte de visite retorse.  Cette révélation déjà soupçonnée depuis l’évasion de Anibalzinho de la prison la plus gardée, vient chambouler quand même l’équilibre politique et économique de la Mozambique. Déjà appréciée par les institutions financières de Breton Wood à cause de sa croissance  de 14%  de PNB en 2001, les Mozambicains s’éveillent d’un sommeil cataleptique et veulent savoir. Surtout savoir si  la justice est affranchie du pouvoir. Savoir comment fonctionnent les institutions financières de leur pays. Et cela seule la sentence du procès de le déterminera.

 Cette impunité qui prévaut en Afrique est le reflet de la liberté de presse embastillée. Combien sont-ils à mourir en Afrique parce qu’il ont le devoir sacré d’informer et du coup empêchent les tyrans et leurs affidés de voler tranquilles ?  48 journalistes rwandais sont morts pendant le génocide. 38 algériens sont morts par les mains criminelles de le GIA (Groupe Islamique Armé) et par les forces politiques au pouvoir. Parmi ces journalistes, notre pensée va à Tahar Djaout de  Rupture  à Abdelhamid Benmeni, à Rabah Zenati, à  Saad Bakhraoui. Plus loin dans la Colombie de Pablo Escobar, avec les cartels de Medellin, notre pensée va à Guillermo  Cano le directeur   de El Espectador assassiné le 17 décembre 1986. Nous étions alors jeunes et ne comprenions rien  à ces morts empruntées.  Mais beaucoup plus près notre pensée va à Norbert Zongo du pays des hommes intègres. Crime jamais élucidé dans lequel est impliqué le frère du président Burkinabé Blaise Compaoré. Alpha Blondy artiste de la chanson a dans une chanson rendu hommage à ce journaliste fauché par la brutalité, la bestialité humaine au nom d’intérêts primaires et matériels.

Pensée pieuse aux autres et  à ceux que nous ne connaissons pas mais qui ont par leurs plumes « porter le fer dans la plaie et juger la chose à juger »(Albert Londre) Surtout  clin d’œil admiratif à d’autres sursitaires  comme Pius Njawé. Clin d’œil à tous ceux qui pour avoir retourner leurs plumes dans la plaie des tyrans purgent leur vérité dans d’immondes bagnes. A mon frère Julien Ayi, directeur de publication de l'hebdomadaire Nouvel Echo, condamné, le 13 septembre 2002, à quatre mois de prison pour une farfelue atteinte à l'honneur flétri décrépit du président Eyadema , ainsi qu'à une amende de 100 000 francs CFA et à un franc symbolique pour le préjudice subi.

A ceux qui ont le pays au cœur en exil nous envoyons le parfum moisi d’une  odieuse dictature.  

Nous autres écrivons. Nous disons ce que taisent les autres. Nous sommes les fous du roi  qui disent au roi sa niaiserie, sa balourdise, sa crapulerie. J’aime à reprendre  ce mot d’une journaliste camerounais, « Rira bien qui lira le premier » La virulence de nos textes est souvent fonction de la barbarie du tyran. La virulence de nos textes est fonction de notre profond désarrois, de la profondeur de notre déception, et des rêves gigantesques que charrient nos espoirs. Nos textes sot souvent des cris parce que nous sommes témoins de notre pays, témoins de notre temps, témoins de notre siècle. Et c’est parce que nous aimons la vérité que nous sommes haïs, bannis poursuivis, assassinés, exilés . 

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Cependant nous dirons la vérité quoi qu’il nous coûte. Nous la clamerons urbi et orbi quoi qu’il nous coûte. Nous savons que dans la balance  nous jouons notre vie. Mais nous la jouons quand même. Car  nous savons que tôt ou tard justice sera rendue pour l’amour de Dieu !

Appeler partout au monde à moindre coût


 


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