Au clair de la vérité: Mon
ami Carlos Cardoso
Samuel Batchati
"Lisez sans bourse déliée et riez sans vous démembrer"(Samuel
Batchati)
22 novembre
2000, 22 novembre 2002. Il y a deux ans mourait, abattu par des
assassins à la
solde d’un
commanditaire, le journaliste mozambicain d’origine
portugaise, Carlos Cardoso. Cet empêcheur de
magouiller en paix a
succombé devant la force imbécile. Son crime ? Il enquêtait
sur un ténébreux détournement de plus de
$ 14 millions en 1996 lors
de la privatisation de la
Banque Commerciale
Mozambicaine ( BCM), aujourd’hui, la Banco Austral.
Le nouvel administrateur de la Banco
Austral, Siba-Siba Macuacua a lui été défenestré en avril
2001. L’avocat Albano Silva qui
travaillait aux côtés de Carlos Cardoso
a échappé de justesse
au cours de l’an 2000
à une tentative d’assassinat.
Le principal suspect dans l’assassinat de Carlos
Cardoso, Anibalzinho a
fui de la prison la plus gardée de Mozambique. Le tout flaire
un cerveau tordu qui cisaille
toutes les pistes susceptibles de remonter jusqu’à lui. La
pratique est courante non exclusivement dans les films de série
noire mais surtout dans la vie des narcotrafiquants, des
criminels et des
cartels politiques.
Le procès des présumés
assassins de Carlos Cardoso
s’est ouvert dans la grande cour de la prison centrale.
Au second jour mardi 19 novembre, le coup d’éclat a donné
une orientation plus certaine à ce procès. Manuel Fernandez,
un des six (6) prévenus a
mis en cause Nyimpine Chissano,
le fils du président mozambicain, Joachim Chissano, homme
d’affaire prospère à
la carte de visite retorse.
Cette révélation déjà soupçonnée depuis l’évasion
de Anibalzinho de la prison la plus gardée, vient chambouler
quand même l’équilibre politique et économique de la
Mozambique. Déjà appréciée par les institutions financières
de Breton Wood à cause de sa croissance
de 14% de
PNB en 2001, les Mozambicains s’éveillent d’un sommeil
cataleptique et veulent savoir. Surtout savoir si
la justice est affranchie du pouvoir. Savoir comment
fonctionnent les institutions financières de leur pays. Et cela
seule la sentence du procès de le déterminera.
Cette impunité qui prévaut en
Afrique est le reflet de la liberté de presse embastillée.
Combien sont-ils à mourir en Afrique parce qu’il ont le
devoir sacré d’informer et du coup empêchent les tyrans et
leurs affidés de voler tranquilles ?
48 journalistes rwandais sont morts pendant le génocide.
38 algériens sont morts par les mains criminelles de le GIA (Groupe
Islamique Armé) et par les forces politiques au pouvoir. Parmi
ces journalistes, notre pensée va à Tahar Djaout de
Rupture à
Abdelhamid Benmeni, à Rabah Zenati, à
Saad Bakhraoui. Plus loin dans la Colombie de Pablo
Escobar, avec les cartels de Medellin, notre pensée va à
Guillermo Cano le
directeur de
El Espectador assassiné le 17 décembre 1986. Nous étions
alors jeunes et ne comprenions rien
à ces morts empruntées.
Mais beaucoup plus près notre pensée va à Norbert
Zongo du pays des hommes intègres. Crime jamais élucidé dans
lequel est impliqué le frère du président Burkinabé Blaise
Compaoré. Alpha Blondy artiste de la chanson a dans une chanson
rendu hommage à ce journaliste fauché par la brutalité, la
bestialité humaine au nom d’intérêts primaires et matériels.
Pensée pieuse aux autres et
à ceux que nous ne connaissons pas mais qui ont par
leurs plumes « porter le fer dans la plaie et juger la
chose à juger »(Albert Londre) Surtout
clin d’œil admiratif à d’autres sursitaires comme Pius Njawé. Clin d’œil à tous ceux qui pour avoir
retourner leurs plumes dans la plaie des tyrans purgent leur vérité
dans d’immondes bagnes. A mon frère Julien Ayi, directeur de
publication de l'hebdomadaire Nouvel Echo, condamné, le
13 septembre 2002, à quatre mois de prison pour une farfelue
atteinte à l'honneur flétri décrépit du président Eyadema ,
ainsi qu'à une amende de 100 000 francs CFA et à un franc
symbolique pour le préjudice subi.
A ceux qui ont le pays au cœur
en exil nous envoyons le parfum moisi d’une
odieuse dictature.
Nous autres écrivons. Nous disons ce
que taisent les autres. Nous sommes les fous du roi
qui disent au roi sa niaiserie, sa balourdise, sa
crapulerie. J’aime à reprendre
ce mot d’une journaliste camerounais, « Rira
bien qui lira le premier » La virulence de nos
textes est souvent fonction de la barbarie du tyran. La
virulence de nos textes est fonction de notre profond désarrois,
de la profondeur de notre déception, et des rêves gigantesques
que charrient nos espoirs. Nos textes sot souvent des cris parce
que nous sommes témoins de notre pays, témoins de notre temps,
témoins de notre siècle. Et c’est parce que nous aimons la vérité
que nous sommes haïs, bannis poursuivis, assassinés, exilés .
Cependant nous dirons la vérité quoi
qu’il nous coûte. Nous la clamerons urbi et orbi quoi qu’il
nous coûte. Nous savons que dans la balance
nous jouons notre vie. Mais nous la jouons quand même.
Car nous savons que
tôt ou tard justice sera rendue pour l’amour de Dieu !
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