|
Remugle de guerre à Abidjan, fragrance d'argent à
Lomé
Samuel Batchati
Lomé "négocie
le retour de la paix en Côte d’Ivoire",
la main sur une calculatrice supputant les bénéfices que générerait
le PAL (Port Autonome de Lomé) si la situation
devait durer au pays des éléphants. Et Lomé 2 veut que
la situation dans ce pays perdure. Depuis le début de la crise,
Lomé commerce
ferme avec la Société d’Entreprise de Manutentions Maritimes
(SE2M).
Le
7 Octobre 2002, le Président du Conseil d’Administration de
la SE2M, Jacques DUPUYDAUBY a été reçu à Lomé 2 par le président
togolais, coordinateur dans la négociation d’un retour de
paix en Côte d’Ivoire. Le président d’administration de la
SE2M était allé présenter au président de la république
togolaise, un projet d’extension du port
de Lomé. La logique
cartésienne de ce projet voudrait que le PAL ait un troisième
quai à cause de la crise en Côte d’Ivoire. La guerre que vit
ce pays signifie que le port d’Abidjan travaillerait au
ralenti. Or les marchandises du Niger, du Mali et du Burkina
Faso qui transitaient
par le port d’Abidjan ne trouveront pas de porte de sortie.
Donc il faut un 3ème quai qui accueille les
marchandises des pays de l’hinterland.
Après
les contacts avec l’hinterland, le président du Conseil
d’Administration est
retourné à Lomé 2 le lundi 18 novembre pour poursuivre les négociations
de ce projet. Ce troisième quai, d’une longueur de 300 m et
d’une profondeur de 12 m
verra la première pierre posée le 11 janvier 2003.
Comme il le confiait à la presse le 7 octobre, « Nous
aurons à recevoir beaucoup de marchandises par voie terrestre
notamment le coton qui va
arriver sur le PAL »,
M Jacques DUPUYDAUBY , a encore dit que la principale
marchandise attendue est le coton du Mali. Il faut préciser que
le Mali est le 1er producteur de coton en Afrique.
Lors
de sa récente visite en France, le président malien ATT avait
souhaité voir les investisseurs français s’intéresser à
l’industrie textile du Mali. Car
ironisait-il, le Mali produit du coton mais il achète les
tricots. Pour sa campagne, ATT avait été obligé de commander
des tricots en Asie.
Le
PAL, l’un des ports les plus achalandés de la région ouest
africaine est et demeure le poumon de l’économie togolaise.
Si l’on ajoutait les prévarications, les
pots- de-vins appelés ici «taméa», à
la somme qu’on envoie à Lomé 2,
le rendement journalier
de ce port s’élèverait à plus de 15 millions de francs CFA.
Mais le pays échine à payer des salaires de misère à des
fonctionnaires qui ne font même pas le unième de la population
togolaise estimée à près de 5 million d’habitants.
L’histoire
de ce port reste intrinsèquement attachée à une grande partie
du cursus politique de l’ancien premier ministre Mensan
Agbéyomé Kodjo. Dès sa
défection, le RPT s’était
empressé de déballer des fraudes supposées ou vraies de celui
qui pendant longtemps a été le directeur du PAL. Le moment était
d’ailleurs mal choisi. Car la question qui vint à l’esprit
à cette époque était légitime et logique :
pourquoi s’être tu si longtemps si on savait que MAK
s’emplissait les poches avec l’argent du port?
Mais
le plus abracadabrant dans cette histoire de guerre et
d’extension de port est que le principal artisan de cette
extension est le premier négociateur dans la crise en Côte
d’Ivoire. Eyadema joue
à l’homme de la paix alors qu’il compte sur la guerre
en Côte d’Ivoire pour
s’enrichir. Il
est absurde de vouloir faire ramener la paix dans un pays alors
qu’on compte sur la déliquescence de
ce pays pour relever l’économie de son pays ou mieux
pour s’emplir les poches. Car il est établi que les recettes
du PAL, ne vont pas
au Trésor public mais dans les caisses à Lomé 2.
|
 |
La bonne foi de ce monsieur
reste encore à prouver dans
la crise qui secoue
le frère ivoirien.
Si ces calculs sont tels que nous le démontrons il serait
difficile à la Côte d’Ivoire de sortir de crise. Mais si ce
monsieur veut libérer la Côte d’Ivoire du démon de la
guerre pichrocolinne, et
ethno-dégradante, il
serait sage de confier la médiation au président sénégalais
qui se sent des capacités à juguler la crise ivoirienne. Toute
autre attitude est criminelle antidémocratique donc intolérable.
Ni par les hommes ni par l’Histoire.
|