|
Le
pavé de Wade dans la marre d’Eyadema
Samuel Batchati
En visite à Paris
la semaine dernière, le président sénégalais a déclaré
que les négociations de Lomé 2 conduites par le président
togolais avaient échoué.
Plus rien ne
reste à négocier parce que depuis le 30 Octobre, date
du démarrage de ces négociations, seules les
revendications matérielles, donc corporatistes sont acceptées.
Celles politiques à savoir le départ de Laurent Gbagbo, la révision
de la constitution, l’organisation
de nouvelles élections, tous volets considérés comme
soudés et non divisibles, n’ont pas bougé d’un
iota. En l’état actuel des choses, Lomé 2 ne peut
plus rien proposer aux ivoiriens. Leur présence sur le sol
togolais est une jolie couverture à la crise profonde qui
secoue le Togo lui-même.
C'est
dans cette atmosphère de doute
et de piétinements des négociations que la France a
envoyé en début du week end,
à Lomé, un ancien ambassadeur de Côte d'Ivoire ,
Christian Dutel de La Rochelle.
Sa mission reste jusque-là indéfinie. On se demande si
après le recours à Dieu, Lomé 2 se serait résolu à demander
le secours des hommes?
En outre les mutins
ne conçoivent pas de déposer les armes tant que leurs
revendications politiques n’ont pas abouties. Ils sont aussi
opposés au déploiement de la force ouest-africaine
d’interposition. Au sujet de cette force, 10 officiers sont
arrivés hier à Abidjan pour préparer avec les forces françaises
tampon, l’arrivée des 1264 militaires de la CEDEAO.
Après une intervention
de Paris et de Washington
Dakar a finalement accepté d’augmenter l’effectif
de son contingent de 650 à 700 hommes, s’assurant du
coup, la direction militaire de cette force d’intervention.
A Paris où le constat d’échec a été
fait , le président sénégalais a indiqué
vouloir reprendre les négociations
et les réussir
si mandat lui était donné. «Je
n’ai besoin de personne pour régler ce conflit. Donnez-moi un
mandat clair pour régler le problème et je le règlerai»La
diplomatie tous azimuts que mène le président Wade depuis son
arrivée à la présidence sénégalaise
semble lui attirer beaucoup d’inimités. On l’a vu
dans la crise malgache contre tous les Dictateurs. On se
rappelle la belle empoignade verbale entre lui et le président
Nigérian au sommet de l’OUA mutante. C’est toujours grâce
à lui que le cessez-le-feu en vigueur encore aujourd’hui
en Côte d'Ivoire avait été signé à Abidjan entre rebelles
et forces gouvernementales. S’il réclame un mandat pour régler
la crise ivoirienne c’est sûrement parce qu’il dispose de
certaines ressources que n’a pas Lomé 2.
Cette semaine s’annonce donc du côté
de Lomé 2, pleine d’incertitudes. Les Ivoiriens ne doivent
pas s’attendre à
des miracles depuis la prière fantoche célébrée le samedi 16
courant au palais des congrès à Lomé par musulmans et
protestants. Dieu ne leur viendra pas en aide . En tout cas pas
en passant par Lomé.
Dans le même temps , la moitié nord
du pays sous le
contrôle des mutins est économiquement asphyxiée. L’argent
ne circule pas. les fonctionaires galèrent. Le
correspondant de RFI à Bouaké, parle d’école fermées,
d’une vie morte. Sans exagérer, cette partie de la Côte
d’Ivoire ne serait-elle pas comparable à l’ancienne
Allemagne de l’Est ?
Au regard des souffrances des
populations de la partie nord de la Côte d’Ivoire, Lomé 2
après cet échec devrait sportivement confier la présidence de
la négociation à Dakar. C’est vrai que cela ternira jusqu’à
la flétrissure, les multiples
images de super négociateur et d’homme de paix
du président togolais. Qu’à cela ne tienne !
Mais faut-il maintenir une population dans l’indigence et la
misère totales pour une affaire de leadership africain ?
La célérité
et la hâte avec lesquelles le président Eyadema
s’était empressé d’arracher la coordination de la négociation
dénotaient s’il est besoin de le rappeler , non l’intention
de juguler la crise ivoirienne mais le cruel dessein d’acquérir
de fades glorioles de rastaquouères de bandes dessinées. Pour
paraphraser Montesquieu, nous voudrions avoir ce mot de fin :
le malheur veut que celui qui veut faire le savant en matière
de paix soit justement un génocideur
ou bien déglingue en pitre.
|