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Editorial

Le 13 Nov. 2002

Eyadema sur la voix d'Arap Moi! 
Samuel Batchati

«Il faut que je parte mais c’est mieux que je reste. Mais que deviendrai-je si je pars Pourtant si je reste, il y a Chirac ». Logique yademayienne  à Lomé 2. 

Ça se chuchotait. Ca se chuchote de plus en plus. Eyadema veut partir mais il exige des garanties. Il a peur de vivre la triste fin de Mobutu ou de vivre les démêlées judiciaires de Pinochet ou de Hussein Habré du Tchad. Certains militaires de sa garde présidentielle sont formels sur la question : tant que le président n’aura pas une  retraite stable, paisible une sorte de bunker d’où il sera inexpugnable, il ne quittera pas le pourvoir. La voix de Daniel Arap Moi le tenterait-il?  

Le dictateur de Nairobi  part lui aussi en 2003 après un quart de siècle d’un règne calamiteux. En tout cas il a promis partir à l’échéance de 2003. Mais les Kenyans craignant de le voir revenir à la charge et s’enraciner comme le Eyadema du Togo, lui offrent une retraite dorée: Une maison avec 12 pièces entièrement équipées, une piscine, un sauna, une court de tennis, trois cuisinières, deux femmes de ménage, trois jardiniers, une secrétaire personnelle, deux autres secrétaires, un intendant, trois assistantes, deux limousines, deux véhicules d’escorte, deux autres de service, neuf gardes du corps. Ce  monsieur et sa camarilla qui ont saigné le Kenya à blanc, percevra en plus des 80% de son salaire  une  allocation pour financer ses voyages à l’étranger. Chouette ! 

Ça s’est fait sous d’autres cieux. Mais pas avec des dictateurs odieux. Nelson Mandela après qu’il s’est retiré du pouvoir percevait 75% de son salaire. Frederick Chiluba avant ses démêlées avec la justice percevait une partie de son salaire plus $62 000.

Ces négociations à l’amiable paraissent scandaleuses pour des messieurs que la vindicte populaire devait pendre haut et court. L’étroitesse de leur envergure politique les a rendus impopulaires, bannis et décriés qu’ils savent qu’un départ à la retraite les exposerait à la justice humaine donc à la justice divine : Vox populi vox Dei. Cette couverture divine qu’ils ont usurpée , ce Dieu qu’ils ont prostitué  pour défendre et protéger leurs  intérêts mesquins (Si ce que je fais est bon que Dieu me laisse continuer ma route, si ce que je fais est mauvais  qu’Il me barre la route a-t-on souvent entendu pérorer le dictateur de Lomé II), leur offrira par la main du peuple, un enfer sur terre.  

C’est pourquoi Eyadema s’accroche vaille que vaille au pouvoir avec l’espoir que la mort l’ y trouve et  le soustraie de la colère d’un peuple qui a pendant un trentenaire  tyrannique porté  sa croix sur un chemin semé de faim, de prison, d’exil et de d’exécutions extra-judiciaires. Un peuple qui a vécu toutes les privations : morale, matérielle, culturelle, cultuelle, économique, sociale, politique, etc. 

Après la déroute électorale du 27 octobre 2002,   le Rpt  et Eyadema cherchent un "emergency exit". Ce parti ringard aux pratiques aberrantes est rouillé et en déphasage avec le contexte actuel de démocratisation et de globalisation. L’information que ce  parti tente de  tuer, rattrape ses ignominies et révèle ses scandales. Même si la presse est muselée, nous savons nous autres, tous les trafics souterrains qui se traficotent.

 Si la rumeur dit vrai, Eyadema devrait lancé son projet de retraite sur la place publique. Le peuple verra s’il le lui accordera. Car il appartient au peuple souverain de désigner ses gouvernants. Et le peuple togolais , il y a longtemps a retiré sa confiance à Eyadema. S’il dirige ce pays c’est comme depuis toujours, à l’issu de coups d’Etats, de hold-up électoraux. Le peuple verra s’il faudra lui concéder cette retraite d’émir ou cette vie d’un capo di tutti capi de la honteuse mafia sicilienne.

 Mais attention ! Ce qu’il faut le plus redouter c’est le nombre de militaires qu’il faudra laisser à sa garde. Ces rumeurs demandent qu’on lui laisse un camp entier, celui de Kara, ses appartements de Lomé II  et de Pya son village natal construits avec l’argent du contribuable, son parc auto, son salaire entier,  l’avion devenu sien qui   joue de temps en temps, le rôle de  taxi-avion. Il faudrait ajouter pour la blague, ses femmes, ses maîtresses et autres zozos et zombis  à son service.

Mais le danger comme je le disais tantôt réside dans le fait que ce monsieur qui a le premier fait un coup d’Etat dans une Afrique à peine indépendante, ne récidive. Il prendra  le même prétexte qu’en 1963 pour forfaire un autre coup d’Etat sénile : l’armée est intervenue pour rétablir l’ordre et l’unité nationale. Ce serait plus qu’une reculade. Ce serait un plongeon dans le néant. Et nous savons que la soldatesque  au mépris de l’Art . 147 de la Constitution qui dispose que « Les Forces Armées Togolaises sont une armée nationale, républicaine et apolitique. Elles sont entièrement soumises à l’autorité politique constitutionnelle régulièrement établie. », se prêtera à cette clownerie  du Far-West texan.  

De fait ce monsieur est politiquement et moralement mort. La ploutodiplomatie qu’il mène dans la sous-région est une  prothèse politique dont il se sert pour  auréoler sa piteuse image d’homme d’Etat. On sait que  ce super négociateur marchande ces négociations et comme c’est le plus fortuné de la sous-région, elles lui sont adjugées avec la couverture ridicule  de doyen des Chefs d’Etat.Ce généralissime fini  n’est pas que fini au Togo. 

Il est fini dans le monde. Le peuple togolais devait donner la tocade à ce parti cache-sexe et à son présidentissime Eyadema. Aucune négociation hors constitutionnelle n’est pas possible. Le peuple  ne devra pas tricher avec son histoire ni avec le destin de ses enfants qui ont perdu  pairs, pères et repères.

 

 

Pour tout contact écrire à liaisons@togoforum.com

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