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Editorial

Lundi, 29 Oct. 2002

Eyadéma, l’homme qui trop embrase ne saurait éteindre
Samuel Batchati
 

De sources concordantes, une parties des rebelles ivoiriens auraient été formés au Togo entre le camp landja de Kara et Kpéwa. Le tout aux bons soins des autorités togolaises appuyées par l’Elysée. Aujourd’hui, la France appuie Eyadema qu’on appelle hypocritement “sage” dans le règlement du conflit qu’il a contribué à allumer. Comme l’homme est d’une maladresse criarde, il a osé la semaine dernière affirmer qu’il est hors de question de demander aux rebelles ivoiriens de deposer les armes, en même temps qu’il reçoit les autorités ivoiriennes. Le plan de la droite française c’est de chasser Laurent Gbagbo du pouvoir et tuer l’idée même de démocratie que Chirac exècre de toutes ses forces.  

Les guignols des médias togolais reprennent en choeur les “exploits” de leur maître absolu en matière de médiation et de recherche de la paix. On l’appelle l’apôtre de la paix, lui qui tue les Togolais comme des mouches. Bob Denard est à la retraite, Eyadema le remplace. Mais qu’il assume fièrement son rôle de pyromane sans se cacher derriere des verres noirs. Quelle honte pour le Togo et l’Afrique! 

L’homme a traversé l’Oubangui-Chari en pirogue pour éteindre  un conflit au Tchad : la rébellion continue dans ce pays et il n’est pas dit que la Libye ne rumine pas des rancœurs ; les frères ennemis du Libéria et de la Sierra Léone ont tour à tour séjourné au Togo pour ramener la paix dans leur pays respectif : ces deux pays hélas sont toujours en proie à des conflits armés. Mieux le tortionnaire Fodey Sanko séjourna au Togo comme un prince, logea au luxieux hotel du 2 Fevrier, entouré d’une sécurité sans faille. Eyadema sera épinglé plus tard dans le trafique du diamand sierra léonais. Les manchots et estropiés  de l’ami Sankoh ne se comptent pas.  

L’homme s’est essayé à la médiation internationale  dans le conflit qui oppose le Nigeria au Cameroun pour la souveraineté de la presqu’île de Bakassi : l’affaire même tranchée, reste encore pendante à la Hayes parce qu’elle n’agrée pas les deux parties.  

 L’homme  est intervenu dans le cataclysme du Congo-Zaïre, sans succès. Aujourd’hui, il a l’obscur honneur d’assurer la médiation  dans la crise ivoirienne. Que dira l’épervier à Sire l’éléphant en furie ? Aujourd'hui  en Côte d’Ivoire, demain en Centrafrique. 

L’homme c’est le Général Gnassingbé Eyadema, Prix Simba pour la Paix 1980, décerné par l’Académie Simba et le Corriere Africano ; Prix de l’Homme de la Paix par l’Institut des Relations Diplomatiques de Bruxelles, le 28 juillet 1983 ; Trophée de la Paix du 2 février  1986, par l’Institut International de Droit Privé ; Grand compagnon de la Paix, le 21 octobre 1989 par l’Ordre Abdoulaye Mathurin Diop ; Pris de la Paix 1989 par le Pax Mundi , fondé par le secrétaire de l’ONU, Dag Hamerkjord. Une kyrielle de trophées même pas pour  un terne exploit.

Le militaire de carrière  qui se sent à l’aise dans la tunique  de doyen de chefs d’Etat, a en revanche une acception très primaire de la paix. Elle est pour lui, absence de guerre à l’algérienne ou à l’indochinoise. « Une paix durable repose sur notre capacité individuelle et collective à prévenir, à gérer  et à régler les conflits qui déchirent nos Etats », dixit le Magister ès-Pax , le général Gnassingbé Eyadema. Celui qui  possède l’élixir des conflits, élixir qui n’a réussi aucune médication. 

Celui qui a érigé la prévarication, la cancrerie, la délation, la médiocrité  en système politique et économique  au Togo, s’empêtre dans une diplomatie internationale tentaculaire. Il négocie un cessez-la–guerre en Côte d’Ivoire. Pourquoi n’instaure-t-il pas un cessez-la-corruption, un cessez-la-dictature, un cessez-la-menterie ? Il vient ô suprême scandale, d’organiser une mascarade électorale sans opposition alors qu’il tente de concilier des gouvernements et leur oppositions. C’est  simplement renversant ! 

Au terme de cette fafanronnade  de médiation, les frères ivoiriens, sous les  feux des caméras, s’embrasseront pour la grande joie du généralissime Eyadema. Ce genre d’accolades se sont déjà vues au Togo entre Price Johnson, Samuel Doe et Charles Tyalor pour le seul plaisir du chef de l’Etait togolais. Mais gageons que le scénario  sierra léonais ne se rejoue en Côte d’Ivoire en un tragique lamento. Il faut se rappeler la rage avec laquelle Ahmed Tejan Kaba et Foddey Sankho se sont combattus aux lendemains des négociations de Lomé. 

Il ne nous reste qu’à chanter le Miserere pour que le panier de la ménagère burkinabé, malienne, ou nigérienne se regarnisse à nouveau. Pour la paix du ventre !

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Pour tout contact écrire à liaisons@togoforum.com

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