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Eyadéma,
l’homme qui trop
embrase ne saurait éteindre
Samuel Batchati
De sources concordantes, une
parties des rebelles ivoiriens auraient été formés au Togo entre
le camp landja de Kara et Kpéwa. Le tout aux bons soins des autorités
togolaises appuyées par l’Elysée. Aujourd’hui, la France
appuie Eyadema qu’on appelle hypocritement “sage” dans le règlement
du conflit qu’il a contribué à allumer. Comme l’homme est
d’une maladresse criarde, il a osé la semaine dernière affirmer
qu’il est hors de question de demander aux rebelles ivoiriens de
deposer les armes, en même temps qu’il reçoit les autorités
ivoiriennes. Le plan de la droite française c’est de chasser
Laurent Gbagbo du pouvoir et tuer l’idée même de démocratie que
Chirac exècre de toutes ses forces.
Les guignols des médias togolais reprennent en
choeur les “exploits” de leur maître absolu en matière de médiation
et de recherche de la paix. On l’appelle l’apôtre de la paix,
lui qui tue les Togolais comme des mouches. Bob Denard est à la
retraite, Eyadema le remplace. Mais qu’il assume fièrement son rôle
de pyromane sans se cacher derriere des verres noirs. Quelle honte
pour le Togo et l’Afrique!
L’homme a traversé l’Oubangui-Chari en pirogue
pour éteindre un
conflit au Tchad : la rébellion continue dans ce pays et il
n’est pas dit que la Libye ne rumine pas des rancœurs ; les
frères ennemis du Libéria et de la Sierra Léone ont tour à tour
séjourné au Togo pour ramener la paix dans leur pays respectif :
ces deux pays hélas sont toujours en proie à des conflits armés.
Mieux le tortionnaire Fodey Sanko séjourna au Togo comme un prince,
logea au luxieux hotel du 2 Fevrier, entouré d’une sécurité
sans faille. Eyadema sera épinglé plus tard dans le trafique du
diamand sierra léonais. Les manchots et estropiés de
l’ami Sankoh ne se comptent pas.
L’homme s’est essayé à la médiation
internationale dans le
conflit qui oppose le Nigeria au Cameroun pour la souveraineté de
la presqu’île de Bakassi : l’affaire même tranchée,
reste encore pendante à la Hayes parce qu’elle n’agrée pas les
deux parties.
L’homme est
intervenu dans le cataclysme du Congo-Zaïre, sans succès.
Aujourd’hui, il a l’obscur honneur d’assurer la médiation
dans la crise ivoirienne. Que dira l’épervier à Sire l’éléphant
en furie ? Aujourd'hui en
Côte d’Ivoire, demain en Centrafrique.
L’homme c’est le Général Gnassingbé Eyadema,
Prix Simba pour la Paix 1980, décerné par l’Académie Simba et
le Corriere Africano ; Prix de l’Homme de la Paix par
l’Institut des Relations Diplomatiques de Bruxelles, le 28 juillet
1983 ; Trophée de la Paix du 2 février
1986, par l’Institut International de Droit Privé ;
Grand compagnon de la Paix, le 21 octobre 1989 par l’Ordre
Abdoulaye Mathurin Diop ; Pris de la Paix 1989 par le Pax Mundi
, fondé par le secrétaire de l’ONU, Dag Hamerkjord. Une kyrielle
de trophées même pas pour un
terne exploit.
Le militaire de carrière qui se sent à l’aise dans la tunique de doyen de chefs d’Etat, a en revanche une acception très
primaire de la paix. Elle est pour lui, absence de guerre à l’algérienne
ou à l’indochinoise. « Une paix durable repose sur notre
capacité individuelle et collective à prévenir, à gérer
et à régler les conflits qui déchirent nos Etats »,
dixit le Magister ès-Pax , le général Gnassingbé Eyadema. Celui
qui possède l’élixir
des conflits, élixir qui n’a réussi aucune médication.
Celui qui a érigé la prévarication, la cancrerie,
la délation, la médiocrité en
système politique et économique
au Togo, s’empêtre dans une diplomatie internationale
tentaculaire. Il négocie un cessez-la–guerre
en Côte d’Ivoire. Pourquoi n’instaure-t-il pas un cessez-la-corruption,
un cessez-la-dictature, un cessez-la-menterie ? Il vient ô
suprême scandale, d’organiser une mascarade électorale sans
opposition alors qu’il tente de concilier des gouvernements et
leur oppositions. C’est simplement
renversant !
Au terme de cette fafanronnade
de médiation, les frères ivoiriens, sous les
feux des caméras, s’embrasseront pour la grande joie du généralissime
Eyadema. Ce genre d’accolades se sont déjà vues au Togo entre
Price Johnson, Samuel Doe et Charles Tyalor pour le seul plaisir du
chef de l’Etait togolais. Mais gageons que le scénario
sierra léonais ne se rejoue en Côte d’Ivoire en un
tragique lamento. Il faut se rappeler la rage avec laquelle Ahmed
Tejan Kaba et Foddey Sankho se sont combattus aux lendemains des négociations
de Lomé.
Il ne nous reste qu’à
chanter le Miserere pour que le panier de la ménagère burkinabé,
malienne, ou nigérienne se regarnisse à nouveau. Pour la paix du
ventre !
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