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Bouffonneries électorales tartinées de menteries
Samuel Batchati
Ils ont voulu nous en faire
accroire : 70% des 2,9 millions d’électeurs ont voté pour
les législatives anticipées du 27 octobre 2002. Des observateurs
distraits et inattentifs ont apporté crédit à ces balivernes.
Khouraïchi Thiam, observateur de la Francophonie, a conclu à un
scrutin normal et sans incident. Sans incident ? Oui !
Normal ? Non ! Le nouveau secrétaire de la Francophonie,
l’ancien président du Sénégal, Abdou Diouf,
qui a inscrit la restauration de la démocratie dans son plan
d’action, est mal parti
si ses envoyés le dévoient en
cautionnant des bouffonneries électorales.
Ils
ont dit que, dès potron-minet, les électeurs ont assailli les
bureaux de vote pour l’observance de leur devoir civique. Une
affluence monstre, a dit le shérif, Sinzing Walla. Des
calembredaines, des billevesées qui ont eu malgré tout l’onction
démocratique des observateurs si ce ne sont des ab-servateurs.
En la matière, la démocratie togolaise dérive sans
conteste, d’authentiques incunables helléniques.
Ils
ont dit que les législatives anticipées ont infligé une monstre
nasarde à l’opposition qui devrait se sentir toute petite,
rabougrie dans un rapetissement, un anéantissement d’avant la création
de l’univers. L’opposition devrait “tirer les leçons de ce
camouflet électoral et changer de fusil d’épaule.” Mieux,
adhérer au Rpt.
Car le peuple n’est pas avec elle, mais avec le président Eyadema
qui a toujours eu à cœur de cultiver et de maintenir, un climat de
paix, de dialogue. Pour un peu, ils arracheraient le Nobel de la
paix à Jimmy Carter pour le remettre à qui de mérite :
Eyadema, pyromane,
liberticide, culturicide,
ethnophile, dictateur, républicide, rancuneux, la calamité de l’ apocalypse
qui mite la terre de nos aïeux.
Ils ont dit !
Ils ont encore dit ! Des menteries tout ça !
Nous
avons vu le 27 octobre 2002, les rues désertes, dérangées par les
patrouilles militaresques, des bureaux de vote déserts, des
citoyens goguenards tirer la
langue à la démocrature togo-laide. Même après que les églises
et paroisses eurent déversé leur flot de fidèles, les bureaux
sont demeurés vides. Seul le bureau d’Adéwi, à Lomé a connu
une chétive affluence sur les coups de 10 h. Et point. Même dans
le supposé fief du Rpt, à Kara, seuls les anciens combattants, les
retraités ont fait le déplacement des urnes. La jeunesse, elle,
est restée coite.
Nous
avons vu des individus intercepter des passants et leur remettre des
cartes qui n’étaient pas les leurs. Un quinquagénaire qui
s’est retrouvé avec une carte de 22 ans avec pour lieu de
naissance, Anèho, a simplement refusé de voter. Mais
cela aucun observateur ne
l’a vu. D’ailleurs depuis une semaine, ces cartes sont distribuées
à qui n’en a pas sans tenir compte ni des noms et prénoms,
ni des âges.
Nous
avons écouté des responsables de service se plaindre, des
fonctionnaires gémir : «Si
je ne vais pas voter, je vais perdre mon travail».
Il faut se rappeler ce qui est arrivé au groupe des réformateurs
du Rpt pour comprendre pareilles jérémiades. En effet, des
militaires et des gendarmes ont fait le tour des services le lundi
28 octobre, scrutant discrètement les doigts barbouillés ou pas
d’ encre indélébile. Des chamboulements prochains sont
attendus. Ils
ont surtout voté parce qu’ils sont du nord donc congénitalement
du Rpt. Donc ils ont voté faux.
Les
81 farceurs qui seront installés au parlement ne sont pas seulement
mal élus. Ils ne le sont pas du tout. La farce hideuse
qui s’est jouée entre 6h30 et 18h ou 19h est effarante,
hilarante. Il faudrait lire dans les menteries grotesques des raouts
médiatiques, une vérité cristalline :le peuple togolais ne
peut cautionner des élections suicides. L’opposition
victorieuse, ne sera jamais RPToche ! Ces élections
sont plutôt cautérisantes pour
le parti au pouvoir. Elles
ont un message clair :
du balai !
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