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Beyrouth
en Bleu Blanc Rouge
Samuel Batchati
Hier 18 octobre 2002,
s’est ouvert à Beyrouth, capitale lépreuse d’un pays qui a
connu 17 années de guerre, le Liban, le 9è sommet des chefs
d’Etat et de gouvernement de la francophonie. Beyrouth
jusqu’au 20 octobre 2002, parlera français drapée d’une
robe de circonstance haut en couleurs. Le français du Français,
le français de France, mais aussi, le français plat d’Afrique, le français de Hanoi pointu.
Prévu
pour octobre 2001, ce sommet a été reporté
à cause de l'attentat terroriste du 11
septembre 2001 contre Etats-Unis.
HISTOIRE
DES SOMMETS
Le
premier sommet tenu
à Paris du 17 au 19 novembre 1986, dit sommet
de Versailles,
avait réuni 41 pays ; le second
du 2 au 4 septembre
1987 au Québec avait réuni 36 pays et
3 invités ; le troisième
du 24 au 26
septembre 1989 à Dakar, le quatrième
du 19 au 21 novembre 1991 à Chaillot à Paris
avec 44 pays, 3 observateurs
(Bulgarie, Cambodge, Roumanie) et
3 invités (Louisiane, Nouvelle Angleterre, Val d’Aoste) ;
le cinquième du 14
au 16 octobre à Grand-Baie (Ile Maurice) avec 47 pays et
4 invités ( Louisiane, Moldavie, Nouvelle Angleterre et Val
d’Aoste) ; le sixième du 1er au 2 décembre
1995 à Cotonou (Bénin) ; le septième du 14 au 16
septembre 1997 à Hanoi (Viêt Nam) avec 52 pays ; le
huitième à Moncton en 1999 au Canada.
Le
sommet de Chaillot (Paris)
en 1991, a été l’occasion de lancer un appel solennel
pour appuyer le processus de démocratisation en cours, et les
solutions propres à les favoriser. Les travaux de ce sommet
avaient été placés sous une
bannière fondamentale :
la démocratie.
ORIGINE
DE LA FRANCOPHONIE ET FRANCOPHONIE DES ORIGINES.
La
francophonie désigne généralement l’ensemble des peuples ou
des groupes de locuteurs qui utilisent partiellement ou entièrement
la langue française dans
leur vie quotidienne pour leur communication. Elle désigne
institutionnellement, l’ensemble des gouvernements des pays ou
des instances officielles qui ont en commun l’usage du français
dans leurs travaux ou leurs échanges.
Le
père du mot de « Francophonie »,
qui a eu en deux siècles des
concurrents (la francité, le comonwealth francophone),
Onésime Reclus, l’a utilisé en 1880 dans
son livre France, Algérie et colonies, pour désigner
l’ensemble des populations parlant français. La francophonie
pour Onésime Reclus était le symbole de la solidarité, du
partage, et de la coopération entre les peuples.
A
l’origine de l’organisation trois hommes d’Etat africains :
1-
Léopold Sédar Senghor,
premier président du Sénégal en 1960, poète et académicien
décédé le 20 décembre 2001 ;
2-
Habib Bourguiba, lui aussi premier président de la Tunisie en
1957 : cet infatigable voyageur et actif défenseur de la
francophonie, croyait à une « Commonwealth à la française » ;
3-
Hamani Diori le diplomate président du Niger de 1960 à 1974 ,
avait une idée : créer une organisation internationale
francophone qui regrouperait l’ensemble des pays francophones,
( anciennes colonies françaises et belges d’Afrique, pays du
Maghreb, Liban, Viêt Nam, Laos, Cambodge, France, Canada,
Belgique, Suisse Luxembourg.) De lui la décision de créer
l’ACCT, l’Agence de Coopération Culturelle et Technique.
L’ACCT,
naît effectivement le 20 mars 1970 au Niger
avec pour devise, Egalité, Complémentarité, Solidarité,
un acte signé par 21 gouvernements. Elle devient en 1997, au
sommet d’Hanoi, l’Agence
Intergouvernementale de la Francophonie
et connaît son premier secrétaire
en la personne de Boutros-Boutros Ghali.
Aujourd’hui
la francophonie se définit comme un espace privilégié de
concertations et d’actions multilatérales. C’est le lieu
pluriel de dialogue et d’échanges ; l’instrument de
rapprochement des peuples grâce
à l’usage commun de la langue française. Selon Sony Labou
Tansi, « elle
est le courage qu’auront les Français de savoir que
des hommes font l’amour avec leur langue. Toute langue est le
premier lieu d’exercice de la liberté. La liberté
fait la promotion de la différence en naturalisant la
ressemblance. Le XXI è siècles sera peut-être
celui de la différence et de sa promotion. »
En somme, la francophonie ne se cloître pas dans un
particularisme désuet. Elle s’ouvre à la différence ; à
l’universalisme. Elle n’est pas en rupture avec les autres
langues et cultures, elle est un pont d’échanges et de
dialogue jeté
entre elles toutes.
MIRAGE
Les
buts de la francophonie étaient de renforcer la solidarité
Nord-sud et Sud-Sud. IL s’agissait avant tout de donner un
nouveau souffle à la langue française menacée par
l’anglais. Classée au 10ème
rang avec ses
129 millions de locuteurs, le français vient loin derrière
l’anglais, deuxième langue après le chinois (1070 millions
de locuteurs), avec 508 millions de locuteurs, qui est une
langue de la technologie, de la science et des médias.
Il
s’agissait aussi d’aplanir les différences de revenus trop
flagrantes entre le nord et le sud. 16 ans après le premier
sommet, rien n’a été fait même
si en 1991 François Mitterrand
avait augmenté l’aide de $
230 millions à $ 360 millions par an. Pourtant, il n’est que de
constater l’action néfaste de la France
pour conclure que tous ces
objectifs ne sont que mirages, miroir aux alouettes.
La France n’est
dans la francophonie que
pour mieux renforcer sa suprématie
ou mieux pour renforcer une occulte raison d’Etat qui
l’incline à s’amouracher,
contre nature, de tous les gouvernements criminels.
Pierre Joxe et Roland Dumas vendaient des
armes à Habyarimana ;
Jacques
Monsieur a vendu
des armes à Pascal
Lissouba ensuite à Denis Sassou Nguésso (Monsieur De Sang). La
France a refusé la victoire
électorale du
FIS en Algérie et
on sait les proportions alarmantes
que prend le terrorisme dans ce pays. L’Angola
poussée par la France a aidé monsieur De Sang
à chasser Lissouba
du pouvoir. C’est toujours l’Angola
qui envoie des blindés, des chars et
500 hommes en Côte d’Ivoire. Et
n’importe quel myope
politique peut
se demander si la France n’a
pas sa main derrière cette intervention absurde de l’Angola.
En
France même, la question de l’immigration est pendante.
Les sans papiers, les SDF, gardent en mémoire les expulsés de
l’Eglise Saint-Bernard. Alors
pourquoi tenir des
sommets avec pour thème la démocratie
dès lors même qu’il y a des régimes diamétralement
opposés à ces sommets : La démocrature du Togo,
le communisme vietnamien, la royauté marocaine, le fédéralisme
suisse ? Dès lors même qu’il y a
des criminels poursuivis
par des justices internationales : De Sang ?
La
France n’est pas
une terre d’accueil. Les vaccins Mérieux, coûtent moins que
les canons Thomson. Pourquoi en faisant du français une langue
d’exil devons-nous nous abaisser
à jouer les clowns dans un cirque où c’est la France
qui prend tout le cachet ?
AUJOURD’HUI
Le
9ème sommet de Beyrouth a choisi le
thème de la
diversité culturelle et le dialogue des cultures. Ce qui
convoque en filigrane, une défense du pluriculturel, une
démocratie internationale
qui englobe le
plurilinguisme, la mondialisation politique, le volet économique,
financier et technique et enfin une culture
universelle de la paix. Au sommet de Hanoi en 1997,
les chefs d’Etat et
de gouvernement avaient
donné « à la francophonie sa pleine dimension politique
pour pérenniser l’idéal francophone, celui de la
liberté et des droits de l’homme, de la justice
et de la solidarité, de la démocratie et du progrès »
Nonobstant, depuis 1997 qu’est-ce qui a été fait ? Rien !
Des actions
politiques inefficaces au sein
de la francophonie ( échec de la médiation au Togo),
diplomatie préventive percluse, échecs des règlements des
différends et de
surveillances électorales. A l’actif donc, rien !
Sur
le plan économique c’est Chirac qui siphonne le pétrole
du Congo, du Gabon, le phosphate du Togo et j’en passe. Sur le
plan économique la France va investir $ 40 millions en Europe
de l’Est alors que le sud de la méditerranée n’en recevra
que 2 à 3. Alors
une francophonie solutionniste est chimère.
A
Beyrouth, on élira Diouf par complaisance ou Henri Lopez
pour services rendus à la littérature francophone. La grand-messe
des chefs d’Etat et de gouvernement clôturera le 20 octobre
avec un nouveau secrétaire. Il ne sera pas celui des millions
de francophones, mais
celui des réseaux mafieux. Déjà
Omar Bongo fulmine contre un quelconque retrait de la
candidature d’Henri Lopez. Le 20 octobre,
la Côte d’Ivoire sera toujours bercée par la sang-folie
des canons angolais. Le 20 octobre pour nous autres, ce sera
comme tous les jours, notre 11 septembre. Une journée endeuillée
de victimes de la
faim, du sida, de la guerre de l’injustice, de la dictature,
d’indigestion d’espoir. Ni plus ni moins.
CONCLUSION
La
culture est besoin et recours. Etre francophone devrait être
assumer sa différence, mais aussi comprendre l’autre dans sa
spécificité. Non,
elle n’est pas cela ! Etre francophone au troisième millénaire,
c’est revendiquer par le français un mieux être. Encore
moins, c’est parler français, la diiférence matérielle en
flambeau. Être francophone, c’est
simplement ne pas pouvoir parler anglais. Non plus : être
francophone c’est habiter un pays pauvre
par où est passée la botte gauloise.
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