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La
bibliotheca Alexandrina: Le sphinx renaît de ses cendres
Samuel Batchati
Alexandrie
vit depuis une semaine une sorte de couvre-feu préventif.
Quelques arrestations, des malades déplacés de l’hôpital
jouxtant la bibliothèque, les écoles et universités fermées.
Et des flics partout qui veulent épurer la ville
de ses suspects.
Parce que naît ce
16 octobre 2002, la
Bibliotheca Alexandrina, le sphinx
du savoir qui
renaît de ses cendres.
Il
y a près de deux mille ans
brûlait la célébrissime bibliothèque d’Alexandrie. Fondée
en 304 avant Jésus Christ par Démétrios de Phalère,
dans la ville fondée en 332 avant Jésus Christ par
Alexandre le Grand, cette
bibliothèque contenait environ 550 000 rouleaux de papyrus représentant
30 000 œuvres. Selon l’évêque d’Alep en 1286, le Calife Omar qui pensait que si les livres « sont conformes au Coran, ils sont
inutiles, s’ils sont contraires au Coran, ils sont pernicieux »,
incendia la
bibliothèque. Là dessus, l’histoire dit que musulmans et chrétiens
se querellaient pour
que tel ouvrage chrétien
ou tel autre ouvrage musulman
fût accepté ou ne le fût pas. Ironie du sort, c’est
un musulman, Hosni Moubarak, président d’Egypte, qui inaugure
ce joyau pharaonique en présence d’un chrétien de la
très Sainte Eglise Apostolique Catholique Romaine, le président
français, Jacques Chirac.
Pour comble d’invraisemblance,
on annonce la Thora à côté du Coran. Les présents rapports
inamicaux entre Israël et les Etats arabes augurent d’une
cohabitation conflictuelle, torride. Pourtant Tahar Ben Jelloun,
l’écrivain marocain, administrateur
de la Bibliotheca Alexandrina, pense que tous les
ouvrages seront acceptés quelle que soit leur origine ou leur
appartenance religieuse et culturelle.
Cette
superstructure de
verre, de métal et de béton
qui sort de terre, se dresse vers le soleil avec une révérence
à la mer comme pour prendre à témoin
ce triumvirat immortel, a coûté, $223 millions, soit
225 millions euros. Trois personnes ont à elle seules
déboursé $61 millions : Le Cheikh Zayed des
Emirats, le roi Fahdd d’Arabie
et Saddam Hussein d’Irak. L’Egypte a contribué avec $120
millions soit $10 millions par an
puisque le joyau a duré 12 ans.
La première pierre était posée le 26 juin
1988 et la
construction était confiée au cabinet norvégien Snohetta
Arkitektur Landskap. Le coût prévu était de $160 millions
sur une surface de 52 000 m2 .
Même
si les 25 000 ouvrages de
la Bibliotheca Alexandrina
vient loin derrière la bibliothèque de Washington, avec
ses 32 000, elle compte réunir à long terme plus de 8 millions
d’ouvrages. Avec ses 70 000 m2 , la Bibliotheca
Alexandrina, éclipse les plus belles et anciennes bibliothèques
d’Europe :
1-
La Nationalbibliothek de Vienne (Autriche), construite en
1726 par l’architecte Fischer Von Flach et son fils;
2-
La Bibliothèque Abbatiale de Saint-Gall ( Suisse) conserve la
correspondance de Napoléon et certains manuscrits datent
de 850
3-
La Bibliothèque du Clementinum( République Tchèque) , cette
« république de livres » dotée de 3 millions de
livres et manuscrits tel
l’exquis « passionnaire » enluminé
de Sainte Cunégonde, est l’œuvre
du roi Charles , cousin du roi de France, à l’époque
ou on faisait brûler Jeanne d’Arc ;
4-
La Bibliothèque Bénédictine d’Admont (Autriche ), intacte
depuis le XVII è siècle, dont les grandioses
fresques de plafond ont
été peintes en un
seul été par Bartolo Altomonte, alors âgé de 76 ans
et où on a pu dire des livres qu’ils « sont des
présences fraternelles » ;
5-
La Bibliothèque Apostolique Vaticane, fondée en 1471 par le
pape Sixte-Quint, reste attachée à l’histoire de Théodor
Mommsen, auteur de L’Histoire de Rome, et prix Nobel, qui en 1870 resta assis à l’entrée du pape Pie
IX et qui eut l’impertinence
de s’écrier, quand le Pape
qui venait de promulguer « L’Infaillibilité
pontificale » se
fut éloigné et
que ses collègues le réprimandaient : « Le
pape ? Mais quel malheur ! Je ne me suis rendu compte
absolument de rien ! »
6-
La Bibliothèque Anna-Amalia de Weimar (Allemagne) qui détient
le plus grand fonds de
littérature allemande de 1750 à 1850 et la première
collection des éditions de « Faust » de Goethe avec
ses 13 000 volumes ;
7-
La Old Library de la Trinity College
de Dublin (Irlande),
8-
La Bibliothèque du Palacio National de Mafra avec ses 83 mètres,
est la plus grande pièce du palais de Mafra, construite dans
les années 1720 par El Magnifico, Jean V le Magnanime avec l’or du Brésil ;
9-
La Royale de l’Escorial (Espagne) une œuvre de
Philippe II.
La
Bibliotheca Alexandrina qui
compte exploiter
la toile, le Web,
pourra reprendre la dédicace de l’empereur Charles VI sur le fronton de la « Kaiserlichehofsbibliothek » :
« Entrez sans bourses délier. Mais sachez repartir
enrichis.» Elle devra aussi ajouter qu’elle est ouverte
à tous sauf aux « niais, aux bavards, aux oisifs
et aux garçons d’écuries » (Idem). Encore moins
aux pyromanes. A
bons incendiaires et
autres jeteurs de bombes, salut !
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