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CAPAGNE
ELECTORALE SANS TAMBOUR NI TROMPETTES
Laurent Panam Lébitchalou
Permettez
moi d’emprunter un proverbe de ma langue, le Kabyè, pour
traduire le comportement de ceux qu’on croyait acquis à
Monsieur Eyadèma: «Pa héyu sona toyu se gno lim.»
Traduit litteralement: «on ne demande pas à un mangeur
de haricots de boire de l’eau»
Le
proverbe a été systématiquement utilisé par les journalistes
en langue Kabyè comme une sorte de mot de passe au peuple Kabyè
pour dire qu’il sait le comportement à adopter face au vent démocratique.
Le mot de passe ou le mot d’ordre a eu quelque succès en son
temps auprès des masses mal informées. Mais aujourd’hui, les
Kbayè, s’ils sont mangeurs de haricot au Togo comme tout le
monde, ils sont très sélectifs et ne boivent pas n’importe
quelle eau pour se désaltérer.
Des
jeunes de Pya et de Bohu (chez Dahuku Péré) expriment
ouvertement aujourd’hui leur opposition à celui qu’ils
appellent “le boureau de la Kozah.” Ces jeunes
sont allés jusqu’à s’opposer à l’installation des urnes
dans leur circonscription électorale. Leur déterminantion est
telle qu’une contre-manifestation manipulée celle-ci, a été
montée avec tapage médiatique pour dénoncer ceux qu’on a
appelés “des jeunes égarés” Mais c’est désormais
un secret de polichinelle, les Kabyè ne sont pas la propriétaire
d’un certain Général Eyadèma. A Kara tout le monde sait que
le pire ce n’est pas la démocratie, mais bien le boureau.
Dans
cette ville martyre, il n’existe aucune ambiance électorale.
Sur quelques murs, au centre ville, on distingue difficilement,
entre les affiches publicitaires de Bond
Street,
les affiches du Ministre
Andjo Tchamdja
de la 3è circonscription électorale. Les deux autres candidats
M.
Kambia Essobéhéyi
(1ère circonscription) et Mme
Nimon Baloukina-Eza
(2è circonscription) semblent inexistants. « J’ai
vu une voiture avec une affiche de Mme Nimon stationnée devant
un bar. C’est tout »
indique cet habitant qui pense qu’ « ils
devaient annuler ces elections… Aujourd’hui, comme la
montagne n’allait pas à Mahomet, Mahomet est allé à la
montagne. Le Ministre candidat s’est rendu au Lycée de la
ville pour battre campagne. Il a dit aux élèves qui
n’avaient de cesse de réclamer de l’argent, et des
explication sur l’esprit de ces législatives anticipées»,
ajoute-il ironique. Le Ministre aurait repondu qu’il s’agit
de montrer à la communauté internationale la bonne volonté du
gouvernement à sortir de la crise politico-économique du pays.
«Vous
imaginez Agboyibor, ou Olympio en campagne à Kara?» s’interroge
cet habitant et d’ajouter «D’ailleurs
la distribution des cartes d’électeurs à été un fiasco ici.
Pas même 5% de cartes ont été distribuées. Samedi 12
octobre on distribuait ces cartes de maison en maison .»
Outre
Kara, la campagne en vue des législatives commencées le 11
octobre 2002, n’a ni
la ferveur, ni la frénésie, encore moins l’enthousiasme des
campagnes précédentes Elle manque de vie ou, pour tout dire,
elle se fait en catimini.
On devrait pouvoir
broder sur ces élections législatives, quelques injurieuses
rhapsodies tant la farce est grotesque et les acteurs, des héros
de la débâcle. Les candidats à ces législatives sont sûrement
mus par quelque dessein inavoué: moche !
A
Lomé où nous avons fait un tour ce matin,
l’ambiance était identique. C’est une campagne
exsangue, mollasse qui préfigure la future assemblée
monocolore à parements délavés.
Mais au sein du RPT ce doit être une vraie bataille pour les 700 000
francs cfa mensuels de salaire du député. Par le passé des
candidats de ce même parti se sont livrés la mort par
empoisoonnement. On dirait qu’aujourd’hui, ils soient peu
convaincus de gagner quoi que ce soit même s'ils étaient élus
dans les conditions actuelles du Togo. Néanmoins dans la 4ème
circonscription électorale de Lomé s’affrontent Messieurs
Abass, Kpelly et Dossah. Un habitant du quartier nous rapporte
qu’on assiste à une guerre d’ivisibles. Des candidats déchirent
les affiches des autres: les uns affichent et les autres dechirent la nuit»
affirme l'habitant du quartier.
Même si cette campagne a débuté sur les médias, elle ne suscite
aucun engouement et on peut deviner l’audimat intéressé
quand on sait les quolibets qui se disent au sujet de nos radios
et télévision nationales. Il faut préciser que la HAAC (la
Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication)
accorde dans sa répartition du passage des candidats, 5 minutes
aux candidats indépendants, tandis
que la durée d'intervention des partis politiques est
proportionnelle au nombre de candidats présentés dans les
circonscriptions électorales. Et 15 partis politiques sont dans
la course avec entre 126 à 140 candidats pour 81 sièges (dont
81 candidats pour le Rpt. Ces derniers certainement élus
d’avance).
Il faut aussi signaler la candidature de Tchangaï Akouavi alias
Monia Tchangaï , l’artiste de la chanson qui se présente
dans le compte du PTJ.
Fantaisie ou véritable volonté politique? Elle qu’on n’a
jamais vu la rhétorique politique à la bouche?
Plus rien! Aucune compétitivité
«A vaincre sans péril on triomphe sans gloire» dixit Pierre Corneille.
Le 27 octobre 2002 au soir, ces candidats, sans coup férir auront
leur élection dans la poche. Le Rpt et ses partis satellites siègeront au
parlement. Et quand même on annulerait ces législatives anticipées, l’Assemblée en disposant le
10 octobre 2002 à l’article 52 de la Constitution votée le 14 octobre 1992,
que « les membres de l’Assemblée sortante par fin de mandat ou dissolution, restent en fonction
jusqu’à la prise de fonction effective de leurs successeurs », a donné un blanc-seing au
Rpt pour tous tripatouillages, tous calculs mesquins, tout hold-up.
Les divers blackboulages du Rpt aux diverses consultations électorales au Togo témoignent de
son désaveu, de son impopularité notoire et explique sa hargne
à se maintenir aux affaires de l’Etat au forceps. Sa
caractéristique essentielle a toujours été de forfaire
parce qu’il a avec lui l’armée. Cette soldatesque
votera 72 heures avant le 27 octobre2002. Le vasistas de la
fraude. Charmant !
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