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Vendredi, 11 Octobre 2002

L'Assemblée Nationale togolaise est-elle dissoute ou  endormie?
Joseph Takeli


Le chef de l'Etat togolais a procédé hier à la dissolution de l'Assemblée Nationale, conformement à l'article 68 de la constitution togolaise qui dispose que «le Président de la République, après consultation du Premier Ministre et du Président de l’Assemblée Nationale peut prononcer la dissolution de l’Assemblée Nationale.» Cet article ajoute qu'«une nouvelle Assemblée doit être élu dans les soixante jours qui suivent la dissolution.» Des élections législatives dites anticipées sont supposés se dérouler le 27 Octobre prochain. Mais il semble que le pouvoir togolais lui-même n'a pas foi dans la tenue de telles élections et de leur validité.

L'Assemblé nationale togolaise a posé un dernier acte important avant que sa dissolution ne devienne effective après minuit du 10 Octobre 2002. Cet acte tend à confirmer que le 27 Octobre prochain n'auront pas lieu, comme annoncées, des élections législatives.

En effet, L'Assemblée Nationale, suite à un projet de loi introduit par le gouvernement du Premier Ministre Koffi Sama, a amendé l'article 52 de la constitution et permet à l'Assemblée Nationale dissoute d'être mise en veilleuse et de continuer par légiférer au cas où les élections législatives n'auraient pas lieu le 27 Octobre 2002. La dernière décision de l'Assemblée Nationale, c'est-à-dire l'amendement de l'article 52 de la constitution togolaise entrera certainement en vigueur dans les meilleurs delais, car on s'imagine bien que le chef de l'Etat ne tardera pas à la promulguer. La nouveauté dit: «Les députés de l'Assemblée Nationale sortante, par fin de mandat ou par dissolution, restent en fonction jusqu'à la mise en place effective de la nouvelle Assemblée.»

L'acte suscite déjà beaucoup de commentaires dans les milieux universitaires du Togo. Un Professeur de l'Université de Lomé interrogé hier soir a déclaré qu'il s'agit d'une «monstruosité juridique jamais rencontrée dans l'histoire du droit,»

En principe, et d'une part, la dissolution d'une Assemblée Nationale met fin à la législature et les députés deviennent de simples citoyens et ceux parmi eux qui veulent briguer un autre mandat s'en vont en campagne. D'autre part, la dissolution de l'Assemblée Nationale donne normalement au gouvernement le pouvoir de légifèrer par ordonnance dans des domaines bien definis par la constitution jusqu'à l'élection de la nouvelle Assemblée.

Pour combler rapidement le vide consécutif à la dissolution de l'Assemblée nationale, la constitution togolaise fait obligation à la nouvelle assemblée élue de se réunir dans un delai assez court.  Ainsi, dans en son alinéa 4, l'article 68 dit que «L’Assemblée Nationale se réunit de plein droit le deuxième mardi qui suit son élection.»

C'est dire qu'il n'est jamais question que l'ancienne assemblée soit mise en veilleuse pour faire surface pour quelque raison que ce soit.

Pour l'heure, il y a plus de questions que de reponses et seuls les jours à venir permettront de comprendre la stratégie en jeu. Mais espérerons qu'il ne sera pas trop tard pour comprendre ce qui se joue réellement.

On ne peut s'empêcher de remarquer que la précaution supplémentaire prise par le pouvoir togolais cache mal son propre malaise face à des élections législatives dénoncées par toute l'opposition et dans lesquelles le pouvoir lui-même ne croit plus. Sinon, pourquoi mettre en veilleuse une assemblée dissoute alors qu'on s'apprête à s'accorder une nouvelle assemblée monocolore et toute acquise au chef d'Etat?

On peut aussi se demander si Cette mesure ne fait pas partie du faux coup d'état déjà annoncé par les sources les plus alarmantes du Togo? En effet des informations circulent qui soutiennent que des troubles sont en préparation (par le pouvoir) pour justifier des mesures d'exception donnant des pouvoirs étendus au Président Eyadema qui pourrait ainsi rester au pouvoir au delà d'avril 2003. Dans ce cas, le Général Président aura certainement besoin de son assemblée monocolore pour parachever les révisions constitutionnelles nécessaires à son énième candidature présidentielle. 

 

Pour tout contact écrire à liaisons@togoforum.com

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