Arrêtés pour détention de
tracts incitant l'armée à la revolte
Mathias Akoulansa
A peine
sortons-nous de l'affaire Claude Ameganvi, Djaoura Tiguena et
Takana Badjessa qu'un autre feuilleton prend déjà corps qui
aura pour nom Avigan Kokou et Alabi.
En effet
depuis le 25 septembre 2002, l'ancien député Avigan Kokou est
aux arrêts pour un motif non élucidé par les autorités
judiciaires du Togo. On lui reproche vaguement d'avoir rédigé
et fait distribuer à Sokodé des tracts incitant l'armée à la
révolte.
Selon Maître
Apévon, joint par Togoforum.com, M. Avigan n'est pas auteur des
tracts en question. L'avocat rapporte que quelques jours avant
son arrestation, et alors que Monsieur Avigan se trouvait au siège
du Comité d'Action pour le Renouveau (CAR), parti politique
d'opposition dont Maître Agboyibo est leader, un de ses anciens
collègues y est venu et lui a montré le tract qui circulait déjà
à Adewi (quartier de Lomé) et dont beaucoup dans la ville
avaient eu vent.
Monsieur
Avigan demanda à un militant du CAR, le jeune Alabi d'aller lui
faire copie du texte qu'il lui tendit. Le jeune revint quelque
minutes plus tard avec le texte et sa copie et les remit à
Monsieur Avigan.
Selon Maître
Apévon et ceux qui ont pu lire le tract incriminé, il s'agit
d'un texte écrit par des militaires à l'adresse d'autres
militaries, appelant à une prise de conscience au sein de l'armée
togolaise pour mettre fin au système qui les opprime, les
divise et les élimine un à un.
Selon
les autorités togolaises qui promettent d'améner le jeune
Alabi pour une confrontation avec M. Avigan, ce jeune homme
aurait été arrêté à Sotouboua en train de distribuer des
tracts. Selon ces mêmes autorités, Monsieur Alabi aurait déclaré
qu'il en avait été chargé par Monsieur Avigan.
Maître
Apevon déclare que c'est en vain qu'une telle confrontation est
attendue et demandée. Selon l'avocat, le jeune Alabi a dû
faire une copie pour lui-même et à l'insue même de M. Avigan.
Selon
des informations récueillies par togoforum.com, le jeune Alabi
aurait été pris par la gendarmerie à Sotouboua, chez lui, et
celle-ci aurait trouvé dans sa poche une copie du texte. Si une
telle version est vraie, il subsite toutefois la question de
savoir à quelle occasion la gendarmerie aurait pris le jeune
homme qui se trouve actuellement en détention à la prison de
Sokodé. Aussi on se demande pourquoi les autorités judiciaires
ne concrétisent pas la confrontation pour élucider plusieurs
points. Connaissant les méthodes arbitraires courantes au Togo,
l'on est en droit de s'inquiéter des conditions de détention
du jeune Alabi à Sokodé loin de tout avocat.
Le
feuilleton Avigan et Alabi ne fait que commencer. Déjà trois
avocats se sont déjà constitués défenseurs des deux prévenus
au motif principal qu'ils ne sont pas auteurs du tract même
s'ils étaient en possession de celui-ci. Ils s'agit de Me Apévon,
de Me Hegbor et de Me Lawson.
Les
autorités togolaises, dans leur guerre contre la liberté de
presse et d'expression au Togo sont allées jusqu'à la
destruction d'appareils photocopieurs à Lomé pour éviter
justement que des écrits jugés dérangeants ne circulent sous
le manteau. Des emprisonnements sont déjà en perspective,
comme on s'en doute bien.
A
la veille du 12ème anniversaire du soulèvement populaire le 5
Octobre prochain, il faut peut-être rappeler que c'est pour
repondre aux accusations de «distribution de tracts
diffamatoires insitant l'armée à la revolte» que Messieurs
Logo Dossivi et Doglo Agbélenko comparaissaient devant les
juges togolais le 5 Octobre 1990.
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