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AgoraPress
Editorial

Vendredi, 4 Octobre 2002

SENEGAL : LE JOOLA OU LE TITANIC DE L’ATLANTIQUE
Samuel Batchati

Sur ce bateau qui reliait la Casamance au Sud du Sénégal à Dakar la capitale, se trouvaient sûrement des Rose et des Jacques. Des Comtes, des comtesses, des lords et le bas peuple. Des amours possibles et impossibles ont sombré dans les eaux de l’Atlantique ce 26 septembre 2002. L’hécatombe qui met la raison humaine Knock Out.

Les 1034 passagers embarqués fatalement ou criminellement sur le Joola ont péri. Péri à l’exception de 64 survivants qui devraient chaque jour que DIEU fait, allumer des cierges à la Sainte Vierge, à Jésus, à Bouddha, à Confucius, au Vaudou, à quelque divinité qui les sauva ce 26 septembre des flots meurtriers de l’Atlantique au large de la Gambie.

Pour les autres, le soleil à jamais s’est éteint. Les corps de 400 passagers et membres d’équipage ont été retrouvés tandis que près de 600 restent encore disparus. Des 400 corps repêchés, 6 sont français et des 600 disparus, 26 sont aussi français. Et la France a dépêché « sur place un expert en catastrophe maritime pour participer aux enquêtes quant aux origines de la catastrophe » a indiqué le porte-parole adjoint du ministère des Affaires Etrangères, Bernard Valéro.

Le black Titanic n’était pas à son premier voyage. Depuis plus de dix ans, le Joola effectuait des voyages dans l’océan. Sa navigabilité était pourtant douteuse et précaire. Son exploitation avait été confiée à la marine nationale. Malheur : la cupidité de la soldatesque a envoyé le Joola dans les abîmes de l’océan.

L’iceberg qui a percuté la coque du Titanic de la Teranga porte plusieurs noms : indiscipline, laisser-aller, corruption, concussion, négligence, irresponsabilité, insouciance, etc. Des mines explosives dans la très proclamée « bonne gouvernance » du président Wade.

Après la stupeur, la colère, les Sénégalais s’interrogent et accusent. Le naufrage du Joola a chambardé le gouvernement du Premier ministre sénégalais Mme Mame Madiore Boye. En effet deux de ses ministres, celui de l’Equipement et des Transports, Youssouph Sakho et celui des Forces armées Youba Sambou, dont les responsabilités sont flagrantes dans cette tragédie, ont présenté leur démission au président qui les acceptés. Celui-ci dans une intervention mardi 1er octobre a souligné que « les Sénégalais de tous les niveaux devraient se regarder dans les yeux, comprendre et dire pourquoi cela est arrivé. Cet examen de conscience fait avec lucidité, courage et impartialité, nous préservera peut-être à l’avenir, de pareilles catastrophe. »Il a aussi, par décret lu à la télévision nationale ( RTS ), sénégalaise, le mercredi après midi, confié les Forces armées à Mme Mame Madiore Boye, tandis que l’Equipement et le transport va au ministre des Mines et de l’Hydraulique, Macky Fall.

Environ 600 personnes restent encore coincées dans la coque du Joola et cette introspection ne leur rendra pas le souffle. Le Sénégal pleure et toute l’Afrique qui n’avait pas besoin d’un autre hécatombe pleure avec lui. La surcharge du Joola se vit partout en Afrique, dans les trains, les cars, et les taxis. Quelques billets de banque suffisent à un agent de sécurité qu’il donne son satisfecit à un chauffard pour que celui-ci embarque des vies pour un voyage sans retour.

Pour combien de billets de banque, plus de 900 personnes sont-elles mortes sous la coque du Joola ? L’Afrique devrait-elle s’abaisser à vivre par régression ? A vivre la conscience en continuelle démission ? Les morts du black Titanic et bien d’autres avant eux, devaient allumer des chandelles dans nos consciences carbonisées de fonctionnaires véreux et retors. Pour que cela n’arrive plus jamais par la bêtise humaine ! Par une malsaine cupidité. Never again ! Never again !

 

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