SENEGAL : LE JOOLA OU LE
TITANIC DE L’ATLANTIQUE
Samuel Batchati
Sur ce
bateau qui reliait la Casamance au Sud du Sénégal à Dakar la
capitale, se trouvaient sûrement des Rose et des Jacques. Des
Comtes, des comtesses, des lords et le bas peuple. Des amours
possibles et impossibles ont sombré dans les eaux de
l’Atlantique ce 26 septembre 2002. L’hécatombe qui met la
raison humaine Knock Out.
Les
1034 passagers embarqués fatalement ou criminellement sur le
Joola ont péri. Péri à l’exception de 64 survivants qui
devraient chaque jour que DIEU fait, allumer des cierges à la
Sainte Vierge, à Jésus, à Bouddha, à Confucius, au Vaudou,
à quelque divinité qui les sauva ce 26 septembre des flots
meurtriers de l’Atlantique au large de la Gambie.
Pour les
autres, le soleil à jamais s’est éteint. Les corps de 400
passagers et membres d’équipage ont été retrouvés tandis
que près de 600 restent encore disparus. Des 400 corps repêchés,
6 sont français et des 600 disparus, 26 sont aussi français.
Et la France a dépêché « sur place un expert en catastrophe
maritime pour participer aux enquêtes quant aux origines de la
catastrophe » a indiqué le porte-parole adjoint du ministère
des Affaires Etrangères, Bernard Valéro.
Le black
Titanic n’était pas à son premier voyage. Depuis plus de dix
ans, le Joola effectuait des voyages dans l’océan. Sa
navigabilité était pourtant douteuse et précaire. Son
exploitation avait été confiée à la marine nationale.
Malheur : la cupidité de la soldatesque a envoyé le Joola dans
les abîmes de l’océan.
L’iceberg
qui a percuté la coque du Titanic de la Teranga porte plusieurs
noms : indiscipline, laisser-aller, corruption, concussion, négligence,
irresponsabilité, insouciance, etc. Des mines explosives dans
la très proclamée « bonne gouvernance » du président Wade.
Après
la stupeur, la colère, les Sénégalais s’interrogent et
accusent. Le naufrage du Joola a chambardé le gouvernement du
Premier ministre sénégalais Mme Mame Madiore Boye. En effet
deux de ses ministres, celui de l’Equipement et des
Transports, Youssouph Sakho et celui des Forces armées Youba
Sambou, dont les responsabilités sont flagrantes dans cette
tragédie, ont présenté leur démission au président qui les
acceptés. Celui-ci dans une intervention mardi 1er octobre a
souligné que « les Sénégalais de tous les niveaux devraient
se regarder dans les yeux, comprendre et dire pourquoi cela est
arrivé. Cet examen de conscience fait avec lucidité, courage
et impartialité, nous préservera peut-être à l’avenir, de
pareilles catastrophe. »Il a aussi, par décret lu à la télévision
nationale ( RTS ), sénégalaise, le mercredi après midi, confié
les Forces armées à Mme Mame Madiore Boye, tandis que
l’Equipement et le transport va au ministre des Mines et de
l’Hydraulique, Macky Fall.
Environ
600 personnes restent encore coincées dans la coque du Joola et
cette introspection ne leur rendra pas le souffle. Le Sénégal
pleure et toute l’Afrique qui n’avait pas besoin d’un
autre hécatombe pleure avec lui. La surcharge du Joola se vit
partout en Afrique, dans les trains, les cars, et les taxis.
Quelques billets de banque suffisent à un agent de sécurité
qu’il donne son satisfecit à un chauffard pour que celui-ci
embarque des vies pour un voyage sans retour.
Pour combien
de billets de banque, plus de 900 personnes sont-elles mortes
sous la coque du Joola ? L’Afrique devrait-elle s’abaisser
à vivre par régression ? A vivre la conscience en continuelle
démission ? Les morts du black Titanic et bien d’autres avant
eux, devaient allumer des chandelles dans nos consciences
carbonisées de fonctionnaires véreux et retors. Pour que cela
n’arrive plus jamais par la bêtise humaine ! Par une malsaine
cupidité. Never again ! Never again !
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