TOGO :LEGISLATIVES ANTI-CHIPEES:
DERNIER VIRAGE
Samuel Batchati
Annoncées pour mars 2001, les législatives
qui sont supposées assainir la vie politique au Togo auront
finalement lieu le 27 octobre 2002 dans une situation
d’anticonstititionnalité et d’illégalité absolues: le
parlement n’est pas dissout comme prévu par la constitution; le
code électoral consensuel est tronqué et cosmétisé au look du
Rpt; la CENI est dissoute et remplacée par un comité de 7
magistrats cousus-main qui cachent mal leur précipité Rpt. En
somme les législatives anticipées sont chipées d’avance
puisque fardées de tricheries, de compromission, donc grotesques
et ridicules au suprême degré.
Pourtant elles auront lieu.
Iront voter ceux qu’on voudra
qu’ils votent. Depuis le 1er octobre, les électeurs peuvent
aller chercher leur carte d’électeur et ce jusqu’au 8 octobre
soit trois (3) jours avant le début des campagnes. Les centres de
distribution sont installés dans les établissements scolaires.
Ce qui normalement devait perturber les classes. Mais non ! Aucune
affluence n’est notée. Personne ne semble s’y intéresser.
Difficile de le dire. Mais de l’avis de plusieurs habitants
joints au téléphone à Kara, fief supposé du président Eyadema,
plusieurs ignorent même la distribution de ces cartes. Les établissements
scolaires à Lomé n’ont pas le visage des centres de
distribution de cartes d’électeurs. Un autre a même grogné :
« Ce sont leurs élections » Peut-être attendent-ils les
derniers jours !
En revanche dans les villages et
hameaux reculés, les pauvres paysans à qui on a seriné la
chansonnette ethno-tribaliste, s’empressent de retirer leur
cartes. C’est tout !
On ira voter. Mais aucun problème
ne sera résolu. Le parlement gardera sa triste teinte des jours
de deuil. Des farceurs de députés moralement et
intellectuellement dégingandés répèteront tels des jeunes
scolaires élémentaires après leur factotum, des fariboles de
textes qui vont dégravoyer la terre de nos aïeux. Et la République
trottinera en souffre-douleur sur les sentes de la démocratie,
les fers de la dictature aux pieds.
On ira voter. Sans
l’opposition.
Et malgré les marches, les déclarations et les
hosannas louangeurs, l’Union Européenne reprendra ou ne
reprendra pas la coopération avec le Togo. Son président Romano
Prodi a été on ne peut pas clair : des législatives qui verront
la participation de l’opposition et qui ne souffriront aucune
contestation. Or tout au départ est faussé. L’Accord cadre de
Lomé est jeté aux chiottes (sauf votre respect lecteurs). A la
place de ce point d’orgue de l’UE, se joue une cacophonie électoraliste
sur fond d’ostracisme et de déviances tribalistes.
On ira voter. Pour le Rpt.
Au soir
des résultats, ce parti regressiste, hissera sa crête et clamera
ses pignons sur la République. Comme d’ordinaire, les partis de
l’opposition serviront de papageai à leur leurs mortifications
calomnieuses. On dira tout le mal de ceux qui ont des velléités
de liberté. On dira des crimes de science-fiction qu’ils
auraient commis en notre siècle. Les partis de l’opposition
couineront, les queues basses entre les pattes, les langues coincées
entre les dents. Les antichambres des ambassades et des consulats
connaîtront leur plein de palabreurs. On parlera de table de négociation.
On parlera des présidentielles à venir. On commettra des
facilitateurs. Et la roue tournera. Tournera. 1993 sera 1998. 1998
sera 2003. 2003 sera… In saecula saeculorum. Si une crise
cardiaque ne foudroie pas le Rpt, on en sera là jusqu’au
prochain déluge. Lamentable pays que le nôtre.
On ira voter. Pour la mode.
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