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Lundi, 30 septembre 2002

L'ECOMOG va s'interposer en Côte d'Ivoire
Joseph Takeli

Le sommet extaordinaire de la CEDEOA a clôturé avec deux acquis importants et une requalification juridiques des auteurs du coups d’Etat manqué:  

-   L’envoi d’une force de paix en Côte d’Ivoire.

-   La constitution d’un groupe de contact en vue du règlement pacifique du conflit.

-   La redefinition de la qualité des occupants de Bouaké, Korhogo, Odémé et autres.  

1-   De l’envoi d’une force de paix en Côte d’Ivoire: 

L’ECOMOG (ECOWAS ceasefire monitoring group ou groupe de la CEDEAO pour le contôle et la mise en oeuvre du cessez-le-feu) a été mis en branle.  

«Nos soldats vont se rendre à Abidjan immédiatement, aujourd'hui même, pour prendre contact avec les rebelles» a affirmé le Président en exerce de Me Abdoulaye Wade. On estime à 3500 le nombres d’hommes à envoyer en Côte d’Ivoire. 

On précise que les troupes de l’EOMOG n’ont pas pour mission d’intervenir en faveur du gouvernement ivoirien. Ces troupes ont pour but de s’assurer comme son nom l’indique, du cessez-le-feu afin de faciliter les négociations entre le gouvernement et les “rebelles”.

Les troupes de l’ECOMOG ne passeraient à l’acte que si la “voie diplomatique” échoue. Mais il semble que le passage à cette étape soit écarté au profit du "dialogue". C’est la solution que préconise la France officielle. Il faut seulement espérer que ce n’est pas une manoeuvre de diversion pour gagner du temps et ne permettre finalement que l'enlisement et aucune solution à la crise. 

2-     Un groupe de contact conposé des Présidents du Ghana, du Togo, de l’Afrique du Sud, du Nigéria, de la Guinée Bissau et du Niger a été mis sur pied. 

3-      Rebellion et non mutinérie 

Les Présidents des Etats de la CEDEAO se sont mis d’accord sur le terme “rebelles”, disqualifiant ainsi celui de “mutins” . Il ne s’agit donc plus d’une simple mutinerie. Selon la CEDEAO, il s’agit d’une rebellion s’élevant contre l’ordre constitutionnel. Cette qualification juridique est ce qui semble avoir amené les chefs d’Etats à Accra à condamner unanimement cette méthode de prise de pouvoir. 

Sur ce point il apparaît que les autorités ivoiriennes n’ont pas réussi à convaincre de l’implication d’un pays étranger. Le Président en exercice de la CEDEAO, Me Wade a déclaré qu'«en l’absence de preuves, nous devons continuer à avoir les uns vis-à-vis des autres, la même confiance que nous avons eu jusqu’à présent», et d’insister qu’il serait le premier à dénoncer toute implication étrangère s’il y avait des preuves d’une main étrangère derrière la tentative de coup d’état. Maître Wade s’est également réjoui de l’accolade entre Laurent Gbagbo et Blaise Compaoré du Burkina Faso. Il semble en fait que cette accolade ait convaincu beaucoup de chefs d’Etat et les ait amené à la disqualification de "l'hypothèse" d'une  “agression extérieure.”  

Visiblement on joue ici la diplomatie pour se menager et ne pas dire qui fait quoi. C’est certain, on évite d’éclabousser le Burkina qui pourrait en éclabousser un autre et ainsi de suite.

Il est rapporté qu’en armement, les rebelles sont plus équipés que les forces régulières ivoiriennes. On se demande comment cela aurait pu être possible sans l’appui d’un Etat étranger. Sur la supériorité en armement des rebelles, un article de George Abou sur RFI date du 27 sept. 2002 et l’interview que le Ministre de la défense Lida Kouassi a accordée à l’AFP(29 septembre 2002) en témoignent.    

A Paris pendant ce temps, le pouvoir se révèle inconstant dans sa position vis-à-vis du pays du vieux Boigny. L’AFP semble dire que suite aux accusations de la France par une partie de la presse ivoirienne, on noterait  un changement de ton: «La France est déterminée à agir pour préserver la stabilité et l'unité de la Côte d'Ivoire et souhaite la mise en oeuvre rapide d'une force africaine pour s'interposer entre les troupes loyalistes et rebelles dans ce pays, a souligné dimanche un responsable français à Paris.» 

Bien plus, des responsables français seraient incapables de faire des declarations à visage découvert:  « "Il n'est pas question de laisser faire une déstabilisaiton de la Côte d'Ivoire", a déclaré ce responsable français qui s'exprimait sous le couvert de l'anonymat. "L'unité de la Côte d'Ivoire passe par le respect des institutions en place", a-t-il ajouté.» Exactement comme sous les dictatures du continent, un responsable Français a peur d'exprimer ses opinions lorsque celles-ci sont contraires à celles du gouvernement.    

En tout cas tout le monde a intérêt à ce que la paix règne en Côte d’Ivoire: Et la France et l’Afrique surtout francophone. La France a plus à gagner d’une situation de stabilité que de troubles. La Côte d’Ivoire compte 20000 Français sur son territoire et très peu ont envie d’aller moisir en France alors qu’ils ont contruit toute leur vie en Côte d’Ivoire. La France elle-même n’est-elle pas sur le point  de rapatrier vers leurs pays environ 60 000 personnes? 

La stabilité en Côte d’Ivoire et en Afrique passe par l’acceptation par tous que la démocratie s’implante. Nul n’est indigne de la liberté de choisir ses dirigeants, comme adore à le dire le chef de l’Etat français, “Chirac l’Africain”.   

 

Pour tout contact écrire à liaisons@togoforum.com

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