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Actualité

Le 26 septembre 2002

Les journalistes togolais pris au piège de l’argent d’Eyadema
Justin Hèzu Tiyé

Qui dit que le Général President ne vaut pas des milliards de dollars? Et qui vous dit qu’avec son argent il ne dirigera pas le Togo aussi longtemps que Dieu le laissera vivre? Sommes-nous vraiment à la hauteur de la tâche qui est nécessaire pour amener l’état de droit au Togo? Très dubitatif!  

Bonne lecture! 

L’Observatoire togolais des médias (OTM), une structure qui comprend aussi bien les journalistes des medias privés que ceux des médias étatiques a fait un pari difficile. Une véritable lutte pour la reconquête de ce que le peuple togolais a perdu récemment avec l’adoption d’un nouveau code de la presse au Togo. L’Observatoire a pris l’initiative salutaire 

  1. d’oeuvrer à l’abrogation du tout nouveau code de la presse;
  2. d’amener l’Etat à s’investir dans le respect et la création des conditions d’épanouissement de la liberté d’expression au Togo, des structures et des cadres nécessaires à la formation des journalistes;
  3. d’amener l’Etat à revoir à la baisse les redevances versées par les radios privées togolaises à l’Etat. (Les radios de Lomé payent une redevance de 1200 000 francs par an à l’Etat togolais et celles de l’intérieur versent une redevance de 750 000 francs par an.) Ce qui est très élevé, quand on connait bien le Togo.

Il faut rappeler que le nouveau code de la presse, adopté recemment,  en alourdissant les peines et en accroïssant les marges de manoeuvres du ministère de l’intérieur en matère de saisie des journaux de la presse independante, interdit de facto la liberté d’expression au Togo. Des voix se sont élevées à l’extérieur du Togo et de non Togolais pour dire combien cette nouvelle donne faisait honte à l’Afrique de compter encore un pays où la liberté d’expression est un crime politique punissable avec la dernière rigueur. Qui d'autres que les journalistes peuvent poser en connaisseurs la problématique? Ils ont essayé mais, le Général Président connaissait leur partie moche et il les a attaqué par là.   

Les négociations ont commencé il y a un moment déjà avec le Ministre de tutelle, Monsieur Pitang Tchala, un ancien journaliste  qui, se sentant tout petit, a clairement signifié à ses anciens pairs que la satisfaction de leurs révendications démandait des compétences autrement plus élevées et que même le Président de l’Assemblée Nationale, Monsieur Fambaré Natchaba se serait déclaré dans l’incapacité de contribuer à satisfaire des révendications que tout le monde sait légitimes. La composition mixte de l’observatoire lui-même témoigne du degré de conscience générale des journalistes togolais de cette légitimité: Le minimum de liberté manque cruellement au Togo. 

Seulement, La satisfacion des révendications formulées plus haut démande une compétence spéciale: Celle du chef d’Etat lui-même. On le sait désormais, “Tout part d’Eyadema et revient à Eyadema.” Alors, Eyadema lui-même décide de régler le problème, dans sa grande magnanimité. 

Eyadema s’exprime en argent et non en mots. “Money talks” comme diraient les Anglais.

Vendredi 20 septembre 2002 

Le chef de l’Etat lui-même reçoit les membres de l’Observatoire togolais des medias (OTM) pour une séance de travail à son domicile chic de Lomé II. Le Porte-Parole de l’Observatoire est Monsieur Daniel Lawson, ancien journaliste à “Courier du Golf” puis au journal “Le Temps”. On discute et on rediscute en présence du chef de l’Etat lui-même qui raconte la même histoire. Celle qu’il raconte depuis 1967 quand il est devant un auditoire: Sa bravoure, comment il est venu au pouvoir, comment il a uni le pays, comment a réussi sur le plan économique, etc 

Un discours somnifère dans une ambiance plutôt festive, entre des murs luxueux, dans une ville moribonde de Lomé. Un ministre somnole par ici et autre ronfle par là et on n’aboutit à rien ce 20 septembre sur la question qui réunit là une vingtaine de journalists, les courtisans et le roi. De toutes façons, l’objectif n’est pas d’aboutir à quelque chose lorsqu’on va à Lomé II. Les journalistes sont allés se faire sonder par Eyadèma. Il veut simplement savoir par où les prendre. C’est tout. Rendez-vous est pris pour le lendemain. 

Semedi 21 septembre 2002 

La séance de travail continue sur le même ton que la veille mais cette fois-ci un fait important marque l’ambiance. Une surprise: L’argent pour tous et séance tenante.  

Ils étaient 20 journalistes ce Samedi 21 septembre à Lomé II pour continuer les discussions enterprises la veille, mais le Ministre de tutelle en fit partir 3: Messeirus Koffi Kpélé Ahoumey-Zounou, Missité de la TVT et Mademoiselle Mourouma Kpatéga de Radio Lomé. Il restait donc 17 journalistes à écouter les ronflements des ministres dormeurs et le discour répétitif du chef de l’Etat. Soudain on vit s’avancer vers les journalistes un homme portant sur son ventre un gros sac. Un sac plein d’argent. Et devant chacun de 16 journalistes, on deposa une somme de 500 000 francs CFA en espèce sonnante et trébuchante. 5 petits tas de 100 000 francs CFA en coupures de 1000. Devant le 17ème journaliste, le Porte-Parole du groupe, Monsieur Daniel Lawson, on deposa le double, c’est-à-dire 10 petits tas de 100 000 CFA francs en coupure de 1000. 

Ce fut le début de la fin des revendications salutaires pour notre people. Eyadema sait que que face à l’argent, le Togolais tremble et perd tous ses repères. 

Au sortir de Lomé II, les journalistes se sont donné rendez-vous à la maison du journalisme. Là, une voix s’élève et fait une proposition: Le Directeur du journal “Le Regard”, Monsieur Abass Saïbou déclara: «Nous ne devons pas dépenser l’argent qui vient de nous être distribué. Je propose que nous le mettions dans la caisse de l’Observatoire togolais des medias pour décider quoi en faire plus tard.» C’était peine perdue. Les gens rougirent mais une autre voix appuya. Celle du Directeur du journal "Crocodille", Monsieur Francis AMUZUN.

Le soir, on présenta à la Télévision Togolaise, les journalistes qu’on qualifia de "journalilstes de l’opposition" (à nuancer avec journaliste de la presse privée) qui seraient allés supporter le chef de l’Etat. Le retrait des 3 journalistes mentionnés plus haut avait pour but de ne pas montrer sur les écrans de la TVT des journalists de l’opposion parmi lesquels on pouvait apercevoir des journalistes des médias d’Etat.   

A ce  jour, seuls les deux journalistes Abass Saïbou du journal "Le Regard" et Francis AMUZUN de "Crocodille". ont versé l’argent à Mademoiselle Mourouma Kpatéga jouant le rôle de Trésorière de l’Observatoire togolais des medias (OTM) et se sont fait délivrer des quitus. Beaucoup promettent de le faire mais quand on sait le temps qu’il fait à Lomé, on se demande si c’est possible. Déjà ceux qui ont bouffé leur part reprochent aux deux de faire montre d’un “puritanisme obsessionnel.” Ils exigent que chacun reprenne son argent.  

On annonce que les discussions se poursuivront mais faut-il en attendre quelque chose? A chacun d’en juger. 

L’observatoire togolais des medias comprend les organizations suivantes:

-     UJIT: L’Union des journalistes indépendants du Togo dirigé par Daniel Lawson;

-     L’URATEL: Union des radios et télévisions libres du Togo dirigé par Peter Dogbé;

-     L’ATEPP: Association togolaise des éditeurs de presse privée dirigé par John Holonou Hounkpati;

-    Le SYNLICO: dirigé par Kokou Agbémadon

-    Le SYNJOP: dirigé par Akuété Béléti

 

 

Pour tout contact écrire à liaisons@togoforum.com

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