Les journalistes
togolais pris au piège de l’argent d’Eyadema
Justin Hèzu
Tiyé
Qui dit que le Général President ne
vaut pas des milliards de dollars? Et qui vous dit qu’avec son
argent il ne dirigera pas le Togo aussi longtemps que Dieu le laissera
vivre? Sommes-nous vraiment à la hauteur de la tâche qui est nécessaire
pour amener l’état de droit au Togo? Très dubitatif!
Bonne lecture!
L’Observatoire togolais des médias
(OTM),
une structure qui comprend aussi bien les journalistes des medias privés
que ceux des médias étatiques a fait un pari difficile. Une véritable
lutte pour la reconquête de ce que le peuple togolais a perdu récemment
avec l’adoption d’un nouveau code de la presse au Togo.
L’Observatoire a pris l’initiative salutaire
- d’oeuvrer
à l’abrogation du tout nouveau code de la presse;
- d’amener
l’Etat à s’investir dans le respect et la création des
conditions d’épanouissement de la liberté d’expression au
Togo, des structures et des cadres nécessaires à la formation
des journalistes;
- d’amener
l’Etat à revoir à la baisse les redevances versées par les
radios privées togolaises à l’Etat. (Les radios de Lomé
payent une redevance de 1200 000 francs par an à l’Etat
togolais et celles de l’intérieur versent une redevance de 750
000 francs par an.) Ce qui est très élevé, quand on connait
bien le Togo.
Il faut rappeler que le nouveau code de
la presse, adopté recemment, en
alourdissant les peines et en accroïssant les marges de manoeuvres du
ministère de l’intérieur en matère de saisie des journaux de la
presse independante, interdit de facto la liberté d’expression au
Togo. Des voix se sont élevées à l’extérieur du Togo et de non
Togolais pour dire combien cette nouvelle donne faisait honte à
l’Afrique de compter encore un pays où la liberté d’expression
est un crime politique punissable avec la dernière rigueur. Qui d'autres
que les journalistes peuvent poser en connaisseurs la problématique?
Ils ont essayé mais, le Général Président connaissait leur partie
moche et il les a attaqué par là.
Les négociations ont commencé il y a
un moment déjà avec le Ministre de tutelle, Monsieur Pitang Tchala,
un ancien journaliste qui,
se sentant tout petit, a clairement signifié à ses anciens pairs que
la satisfaction de leurs révendications démandait des compétences
autrement plus élevées et que même le Président de l’Assemblée
Nationale, Monsieur Fambaré Natchaba se serait déclaré dans
l’incapacité de contribuer à satisfaire des révendications que
tout le monde sait légitimes. La composition mixte de
l’observatoire lui-même témoigne du degré de conscience générale
des journalistes togolais de cette légitimité: Le minimum de liberté
manque cruellement au Togo.
Seulement, La satisfacion des révendications
formulées plus haut démande une compétence spéciale: Celle du chef
d’Etat lui-même. On le sait désormais, “Tout part
d’Eyadema et revient à Eyadema.” Alors, Eyadema lui-même
décide de régler le problème, dans sa grande magnanimité.
Eyadema s’exprime
en argent et non en mots. “Money talks” comme diraient les
Anglais.
Vendredi 20
septembre 2002
Le chef de l’Etat lui-même reçoit
les membres de l’Observatoire togolais des medias (OTM) pour une séance
de travail à son domicile chic de Lomé II. Le Porte-Parole de
l’Observatoire est Monsieur Daniel Lawson, ancien journaliste à “Courier
du Golf” puis au journal “Le Temps”. On
discute et on rediscute en présence du chef de l’Etat lui-même qui
raconte la même histoire. Celle qu’il raconte depuis 1967 quand il
est devant un auditoire: Sa bravoure, comment il est venu au pouvoir,
comment il a uni le pays, comment a réussi sur le plan économique,
etc
Un discours somnifère dans une
ambiance plutôt festive, entre des murs luxueux, dans une ville
moribonde de Lomé. Un ministre somnole par ici et autre ronfle par là
et on n’aboutit à rien ce 20 septembre sur la question qui réunit
là une vingtaine de journalists, les courtisans et le roi. De toutes
façons, l’objectif n’est pas d’aboutir à quelque chose
lorsqu’on va à Lomé II. Les journalistes sont allés se faire
sonder par Eyadèma. Il veut simplement savoir par où les prendre.
C’est tout. Rendez-vous est pris pour le lendemain.
Semedi 21
septembre 2002
La séance de travail continue sur le même
ton que la veille mais cette fois-ci un fait important marque
l’ambiance. Une surprise: L’argent pour tous et séance tenante.
Ils étaient 20 journalistes ce Samedi
21 septembre à Lomé II pour continuer les discussions enterprises la
veille, mais le Ministre de tutelle en fit partir 3: Messeirus Koffi
Kpélé Ahoumey-Zounou, Missité de la TVT et Mademoiselle Mourouma
Kpatéga de Radio Lomé. Il restait donc 17 journalistes à écouter
les ronflements des ministres dormeurs et le discour répétitif du
chef de l’Etat. Soudain on vit s’avancer vers les journalistes un
homme portant sur son ventre un gros sac. Un sac plein d’argent. Et
devant chacun de 16 journalistes, on deposa une somme de 500 000
francs CFA en espèce sonnante et trébuchante. 5 petits tas de 100
000 francs CFA en coupures de 1000. Devant le 17ème journaliste, le
Porte-Parole du groupe, Monsieur Daniel Lawson, on deposa le double,
c’est-à-dire 10 petits tas de 100 000 CFA francs en coupure de
1000.
Ce fut le début de la fin des
revendications salutaires pour notre people. Eyadema sait que que face
à l’argent, le Togolais tremble et perd tous ses repères.
Au sortir de Lomé II, les journalistes
se sont donné rendez-vous à la maison du journalisme. Là, une voix
s’élève et fait une proposition: Le Directeur du journal “Le
Regard”, Monsieur
Abass Saïbou déclara: «Nous ne devons pas dépenser
l’argent qui vient de nous être distribué. Je propose que nous le
mettions dans la caisse de l’Observatoire togolais des medias pour décider
quoi en faire plus tard.» C’était peine perdue. Les gens
rougirent mais une autre voix appuya. Celle du Directeur du journal "Crocodille",
Monsieur Francis AMUZUN.
Le soir, on présenta à la Télévision
Togolaise, les journalistes qu’on qualifia de "journalilstes de
l’opposition" (à nuancer avec journaliste de la presse privée)
qui seraient allés supporter le chef de l’Etat. Le retrait des 3
journalistes mentionnés plus haut avait pour but de ne pas montrer
sur les écrans de la TVT des journalists de l’opposion parmi
lesquels on pouvait apercevoir des journalistes des médias d’Etat.
A ce
jour, seuls les deux journalistes Abass Saïbou du journal
"Le Regard" et Francis AMUZUN de "Crocodille".
ont versé l’argent à Mademoiselle Mourouma Kpatéga jouant le rôle
de Trésorière de l’Observatoire togolais des medias (OTM) et se
sont fait délivrer des quitus. Beaucoup promettent de le faire mais
quand on sait le temps qu’il fait à Lomé, on se demande si c’est
possible. Déjà ceux qui ont bouffé leur part reprochent aux deux de
faire montre d’un “puritanisme obsessionnel.” Ils exigent
que chacun reprenne son argent.
On annonce que les discussions se
poursuivront mais faut-il en attendre quelque chose? A chacun d’en
juger.
L’observatoire togolais des medias
comprend les organizations suivantes:
-
UJIT: L’Union des journalistes indépendants du Togo
dirigé par Daniel Lawson;
-
L’URATEL: Union des radios et télévisions libres du
Togo dirigé par Peter Dogbé;
-
L’ATEPP: Association togolaise des éditeurs de presse
privée dirigé par John Holonou Hounkpati;
-
Le SYNLICO: dirigé par Kokou Agbémadon
- Le
SYNJOP: dirigé par Akuété Béléti |