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SASSOU
ET CHIRAC: MÊMES TYPES MÊMES DEGÂTS
Samuel Batchati
Monsieur
Denis Sassou Nguesso (appelons-le Monsieur De Sang),
est depuis le 19 septembre 2002 l’hôte du président Chirac.
Jusqu'à 24 septembre. On
pouvait composer tous les couples mal assortis jusqu’à celui de
George W. Bush déjeunant avec Sadam Hussein à la Maison Blanche mais
jamais il était difficile d’imaginer De Sang déjeunant avec Chirac
au nez et à la barbe de la justice française. L’étonnement
n’est dans ce cas qu’innocent. Lorsqu’on sait toutes les
compromissions, les accointances et complicité de crimes politico-
mafieux économiques, l’étonnement s’arrête net.
C’est
au nom de cette intelligence que Chirac peut
cracher sur la constitution française, sur la justice française,
sur le statut ratifié (
même si l’article 124 de ce statut est sujet à controverse) de la
Cour Pénale Internationale en invitant
à déjeuner De Sang au
Palais de l’Elysée.
Il
ne pouvait en être autrement puisque c’est Chirac qui a placé De
Sang au pouvoir. Dans son discours prononcé à Luanda le 30 juin
1998, Chirac était on ne peut plus clair : « je me réjouis
de l’intervention de l’Angola au Congo-Brazza pour la raison
simple que ce pays était
en train de s’effondrer dans la guerre civile, de s’auto-détruire,
qu’il était souhaitable que l’ordre revienne. Il y avait
quelqu’un qui était capable de le faire
revenir, c’était Denis
Sassou Nguesso. Il lui fallait un
soutien extérieur pour un certain nombre de raisons
( ‘’Occultes’’ – c’est nous qui soulignons.),
l’Angola le lui a apporté. La paix est revenue, les
conditions de développement reprennent. Cette ville de Brazza, qui était
devenue martyre commence à se relever et Denis
Sassou Nguesso s’est engagé à mettre en œuvre le processus
de démocratisation dans un délais
maximum de deux ans.» De qui Chirac se moque-t-il ? Il a
chassé Pascal Lissouba dont le seul crime avait été de confier
l’exploitation du pétrole congolais à Oxidental Petroleium, une
compagnie américaine au détriment d’Elf.
De qui Chirac se moque-t-il en parlant
de retour de paix ?
Les
victimes des opérations COLOMBES I et II, HERODE, HAIDES, et pour
couronner le tout de l’opération MOUEBARA sont-elles signe de paix ?
Les 350 morts de la Beach de Brazza en 1999 sont-ils également
signe de retour de paix ? La mascarade électorale
de mars 2002 qui a maintenu De Sang au pouvoir sont aux yeux de
Chirac démocratiques.
Alors
que la justice française devait plutôt entendre De Sang et certains
membres de sa délégation,
suite à une plainte déposée
contre eux le 5 décembre
2001, pour tortures, disparitions forcées et crimes
contre l’humanité par deux congolais, réfugiés en France,
non seulement Chirac déjeune avec le criminel mais aussi a la fière
hypocrisie de déclarer qu’ « il n’appartient pas
aux autorités françaises d’interférer dans le cours de la
justice. » Mieux, la porte-parole de l’Elysée Catherine
Colonna a indiqué que
« le président congolais a évoqué la question en soulignant
que cette affaire est
instruite au Congo.» Suprême ridicule : le cancrelat au
tribunal de la poule.
Le
gouvernement n’avait-il pas annoncé
que le général Norbert Dabira ne comparaîtra pas pour la
deuxième fois devant un juge français du tribunal de Meaux dans la
banlieue de Paris ? Pourtant « les juridictions françaises
sont compétentes pour connaître
notamment des crimes de torture, quels que soient la nationalité
de l’auteur et le lieu d’accomplissement des crimes à condition
que la personne présumée auteur
du crime soit trouvée sur le territoire français au moment du dépôt
de la plainte. » Les organisations constituées parties civiles
(FIDH, collectif des Parents Disparus du Beach de Brazza, la Fédération
des Congolais de la Diaspora et Survie ) pensent que tel « sera
le cas du président de la république du Congo Brazzaville à compter
de son arrivée sur le territoire français, ainsi probablement que
d’autres responsables congolais susceptibles de faire partie de sa délégation »
Chirac
se goinfre du pétrole congolais et se constitue caution morale pour
De Sang. Lorsqu’il s’était agi d’une plainte contre François-Xavier
Verschave, l’auteur de La Françafrique et de Noir
Silence, et de son éditeur, par les présidents du Gabon, du
Tchad et du Congo-Brazza, la justice française s’était sentie compétente
pour instruire ce procès. Et
n’eût été la perspicacité de Me Jean-Louis Bruguyère, la vérité
aurait été condamnée. La
vile conscience ayant
amené les trois présidents à porter plainte non pas pour
diffamation mais pour « offense à chefs d’Etat étrangers »,
sachant qu’en diffamation, les preuves, témoins et documents sont
possibles. Au nom d’une sénile loi séculaire caduque de
1881.
La
partie de la liberté, de
la Fraternité et l’égalité est
en panne . Chirac met la
France en panne
de justice par ses multiples intelligences avec les dictateurs
africains. Au nom d’une politique française de l’Afrique. Ce
criminel iceberg dont la face visible s’arrête aux poignées de
mains et aux flashes des camera est
mille fois tentaculaire. En dessous coule silencieux un immense
fleuve de
sang, de diamant, de pétrole, de phosphate. L’empire de l’argent
sale, de l’argent occulte. Piteuse image de l’amère France.
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