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Le 22 septembre 2002

 

Editorial

SASSOU ET CHIRAC: MÊMES TYPES MÊMES DEGÂTS
Samuel Batchati
 

Monsieur Denis Sassou Nguesso (appelons-le Monsieur De Sang),  est depuis le 19 septembre 2002 l’hôte du président Chirac. Jusqu'à 24 septembre.  On pouvait composer tous les couples mal assortis jusqu’à celui de George W. Bush déjeunant avec Sadam Hussein à la Maison Blanche mais jamais il était difficile d’imaginer De Sang déjeunant avec Chirac au nez et à la barbe de la justice française. L’étonnement n’est dans ce cas qu’innocent. Lorsqu’on sait toutes les compromissions, les accointances et complicité de crimes politico- mafieux économiques, l’étonnement s’arrête net.

C’est au nom de cette intelligence que Chirac peut  cracher sur la constitution française, sur la justice française, sur le statut  ratifié ( même si l’article 124 de ce statut est sujet à controverse) de la Cour Pénale Internationale en invitant  à déjeuner De Sang  au Palais de l’Elysée.

Il ne pouvait en être autrement puisque c’est Chirac qui a placé De Sang au pouvoir. Dans son discours prononcé à Luanda le 30 juin 1998, Chirac était on ne peut plus clair : «  je me réjouis de l’intervention de l’Angola au Congo-Brazza pour la raison simple que  ce pays était en train de s’effondrer dans la guerre civile, de s’auto-détruire, qu’il était souhaitable que l’ordre revienne. Il y avait quelqu’un qui était capable de le faire  revenir, c’était  Denis Sassou Nguesso. Il lui fallait  un soutien extérieur pour un certain nombre de raisons  ( ‘’Occultes’’ – c’est nous qui soulignons.),  l’Angola le lui a apporté. La paix est revenue, les conditions de développement reprennent. Cette ville de Brazza, qui était devenue martyre commence à se relever et Denis  Sassou Nguesso s’est engagé à mettre en œuvre le processus de démocratisation dans un délais  maximum de deux ans.» De qui Chirac se moque-t-il ? Il a chassé Pascal Lissouba dont le seul crime avait été de confier l’exploitation du pétrole congolais à Oxidental Petroleium, une compagnie américaine au détriment d’Elf.  De qui Chirac se moque-t-il  en parlant  de retour de paix ?

Les victimes des opérations COLOMBES I et II, HERODE, HAIDES, et pour couronner le tout de l’opération MOUEBARA sont-elles signe de paix ?  Les 350 morts de la Beach de Brazza en 1999 sont-ils également signe de retour de paix ? La mascarade électorale  de mars 2002 qui a maintenu De Sang au pouvoir sont aux yeux de Chirac démocratiques.

Alors que la justice française devait plutôt entendre De Sang et certains membres de  sa délégation, suite  à une plainte déposée contre eux  le 5 décembre 2001, pour tortures, disparitions forcées et crimes  contre l’humanité par deux congolais, réfugiés en France, non seulement Chirac déjeune avec le criminel mais aussi a la fière hypocrisie de déclarer qu’ « il n’appartient pas  aux autorités françaises d’interférer dans le cours de la justice. » Mieux, la porte-parole de l’Elysée Catherine Colonna a indiqué  que « le président congolais a évoqué la question en soulignant que cette affaire  est instruite au Congo.» Suprême ridicule : le cancrelat au tribunal de la poule.

Le gouvernement n’avait-il pas annoncé  que le général Norbert Dabira ne comparaîtra pas pour la deuxième fois devant un juge français du tribunal de Meaux dans la banlieue de Paris ? Pourtant « les juridictions françaises sont compétentes pour connaître  notamment des crimes de torture, quels que soient la nationalité de l’auteur et le lieu d’accomplissement des crimes à condition que la personne présumée  auteur du crime soit trouvée sur le territoire français au moment du dépôt de la plainte. » Les organisations constituées parties civiles (FIDH, collectif des Parents Disparus du Beach de Brazza, la Fédération des Congolais de la Diaspora et Survie ) pensent que tel « sera le cas du président de la république du Congo Brazzaville à compter de son arrivée sur le territoire français, ainsi probablement que d’autres responsables congolais susceptibles de faire partie de sa délégation »

Chirac se goinfre du pétrole congolais et se constitue caution morale pour De Sang. Lorsqu’il s’était agi d’une plainte contre François-Xavier Verschave, l’auteur de La Françafrique et de Noir Silence, et de son éditeur, par les présidents du Gabon, du Tchad et du Congo-Brazza, la justice française s’était sentie compétente pour instruire ce procès.  Et n’eût été la perspicacité de Me Jean-Louis Bruguyère, la vérité aurait été condamnée.  La vile conscience  ayant amené les trois présidents à porter plainte non pas pour diffamation mais pour « offense à chefs d’Etat étrangers », sachant qu’en diffamation, les preuves, témoins et documents sont  possibles. Au nom d’une sénile loi séculaire caduque de 1881. 

La partie de  la liberté, de la Fraternité et l’égalité  est en panne . Chirac  met la France  en panne  de justice par ses multiples intelligences avec les dictateurs africains. Au nom d’une politique française de l’Afrique. Ce criminel iceberg dont la face visible s’arrête aux poignées de mains et aux flashes des camera  est mille fois tentaculaire. En dessous coule silencieux un immense  fleuve   de sang, de diamant, de pétrole, de phosphate. L’empire de l’argent sale, de l’argent occulte. Piteuse image de l’amère France.

 

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